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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Baisers suaves. Luca Marenzio et la Compagnia del Madrigale

Baisers suaves. Luca Marenzio et la Compagnia del Madrigale

De Luca Marenzio (1553-1599), la Compagnia del Madrigale nous a gratifié d’un très bel enregistrement en 2013, nous faisant découvrir le Primo Libro di Madrigali que le compositeur fit paraitre en 1580. Moins récemment, c’est La Venexiana qui a fait renaitre de ses cendres les excellents Nono Libro et Sesto Libro.

Pour ce nouvel opus, l’ensemble italien s’est attaché au Quinto Libro di Madrigali a Sei Voci paru en 1591 à Venise chez l’imprimeur Girolamo Scotto. Dans la fin de ce XVIe siècle aux incessants débats stylistiques et en quête d’une représentation des passions de plus en plus marquée, ce recueil de madrigaux de Marenzio est représentatif à la fois de la virtuosité caractéristique de l’époque mais aussi de la douceur dont les textes du Tasse et de Guarini nous rappellent combien l’amour et la nature sont source d’inspiration.

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Le Quinto Libro est dédicacé à Virginio Orsini et le madrigal Leggiadrissima eterna Primavera qui ouvre le recueil remémore le mariage du duc avec Flavia Peretti puisque les deux prénoms des époux sont expressément cités. Plus généralement, Orsini est un homme d’une grande culture autour duquel gravitent poètes, musiciens et compositeurs. Il est dès lors peu étonnant que Marenzio lui dédicace le recueil sachant que ce dernier entre en contact avec cette famille romaine dès 1590 et qu’il loge dans le palais Orsini de Montegiordano.

Marenzio est déjà à cette époque un compositeur à la notoriété évidente. Si c’est bien le cas pour l’Italie, il en est de même pour les anciens Pays-Bas où le compositeur italien est le premier représenté dans les quatre premières anthologies anversoises de madrigaux que fait paraitre l’imprimeur Pierre Phalèse. Preuve d’une demande de plus en plus conséquente, le même imprimeur diffusera trois ans plus tard en 1594 tous les livres à cinq et six voix composés jusque là. 
D’un point de vue stylistique, les années 1580 voient émerger le style hybride dont un autre représentant est le compositeur Giovanni de Macque. Ce style se caractérise par sa relation entre complexité et immédiateté, savant et léger, artificiosità et ariosità. 1591 est une date charnière : Marenzio prendra de plus en plus ses distances avec le contrepoint strict pour s’essayer au style déclaratif affettuoso.

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La grandiose Canzone Baci soavi e cari en cinq parties est certainement ce qui retient le plus l’attention dans ce recueil. Sommet expressif dont chacune des parties commence avec le même motif « Baci » en valeurs longues, Marenzio concourt tout au long des seize minutes à la même finesse musicale que les vers délicatement érotiques de Guarini. La Compagnia del Madrigale est peut-être ce qui est arrivé de mieux dans le domaine de l’interprétation du madrigal ces dernières années. L’exemple de la Canzone est éloquent et s’applique à l’ensemble du disque : chaque mot vit, respire, captive l’auditeur et donne une vision idéale de cette forme madrigal un peu trop délaissée au disque en dehors des standards monteverdiens.

C’est donc une nouvelle pierre à l’édifice pour ces interprètes en terrain connu, dont on ne peut qu’encourager la continuité de ce cycle salvateur, voire espérer à terme une intégrale Marenzio. Puisse Glossa leur offrir la possibilité d’enregistrer encore longtemps en conservant ce beau packaging.

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Cliquez ici pour écouter des extraits et acheter le disque

Luca Marenzio (1553-1599)
Quinto Libro di Madrigali a Sei Voci (1591)

La Compagnia del Madrigale

2015 Glossa GCD 922804



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