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Belfort le Magnifique

C’est Hollywood qui le martèle : le ver de l’opulence n’a jamais plus cessé de ronger et vicier le fruit américain depuis que Wall Street est à la manœuvre. Déjà passée sous le scalpel froid et incisif des frères Coen, de Charlie Chaplin ou Oliver Stone, la finance exubérante, tyrannique et versatile se frotte aujourd’hui à l’impérial Martin Scorsese, qui prend le parti de filmer le plaisir instantané comme si les lendemains n’existaient pas. Avec fureur, outrance et jubilation.

Portraiturant sans mesure ni complaisance ces vautours capitalistes prêts à s’engraisser à tous les râteliers, le maître d’œuvre de Taxi Driver (1976) et Casino (1995) dresse des tableaux humains vertigineux, où le plus vulgaire des mercenaires fait joyeusement la nique au meilleur des Samaritains. Ainsi, la meute – les financiers – et son éternel gibier – le profit – s’imposent ensemble comme le centre névralgique d’un récit à la fois immensément bordélique et minutieusement agencé. C’est d’ailleurs peu dire que Le Loup de Wall Street, formellement binaire, détricote volontiers la folie et l’immodération à l’aide de scènes enfumées, enivrées ou hallucinées. Une manière, sans doute, de combattre le mal par le mal.

À mesure que s’égrènent les scènes cultes et les dialogues parfaitement troussés, Martin Scorsese brûle le capitalisme sauvage à petit feu. À moins, finalement, qu’il ne se consume seul, assis sur un baril de poudre, les voies nasales enfarinées, les idées réduites en miettes, voire à néant. Car cette adaptation du premier roman autobiographique de Jordan Belfort a le mérite de trancher dans le vif : elle met en saillie, sans la moindre retenue, un microcosme empoisonné par sa propre toxicité et perpétuellement branché sur des perceptions au mieux distordues.

Scénarisé avec brio par Terence Winter (Les SopranoBoardwalk Empire), filmé au cordeau par un monument indémodable du cinéma, brillamment interprété par des comédiens au sommet de leur art (enfin une statuette pour DiCaprio ?), Le Loup de Wall Street décline à l’infini, et avec une irrévérence jouissive, les névroses et mégalomanies incurables qui n’en finissent plus d’animer ces boursicoteurs affamés et insatiables qui ne jurent que par le billet vert. Tourné en format anamorphique, ce chef-d’œuvre satirique n’étire pas seulement l’image : il caricature gaiement ce qu’il (d)énonce, forçant le trait et épaississant les lignes autant que faire se peut. Au lieu de chanceler, comme tant d’autres films dans pareil cas, Le Loup de Wall Street en ressort avec une aura décuplée et des séquences d’une grandeur étourdissante.

Sublimé par des traits d’humour percutants, mené tambour battant, ce thriller financier dopé à la testostérone et à l’adrénaline, pour s’élever, peut en outre s’appuyer sur l’expertise incontestable de Bob Shaw, son chef décorateur, et de Thelma Schoonmaker, monteuse attitrée du grand Martin. De quoi rendre le spectacle définitivement épique.

 

Deux anecdotes pour conclure :

1) La scène, visible dans la bande-annonce, durant laquelle Matthew McConaughey se martèle la poitrine tout en fredonnant a été entièrement improvisée.

2) Brad Pitt et Leonardo DiCaprio se disputèrent longtemps les droits d’adaptation du roman. C’est la promesse d’une réalisation signée Martin Scorsese qui fit pencher la balance en faveur du second.

 

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