• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Bernanos en pleine lumière

Bernanos en pleine lumière

Depuis quelques temps, à droite d'aucuns se réclament de Bernanos (ils se disent ni de droite ni de gauche mais sont objectivement de droite). Pour ma part, je trouve cela éminemment sympathique bien entendu ainsi que j'aime déjà comme des frères ceux qui à gauche le voient comme un frère d'armes. Pour quelques uns il est même leur capitaine, pour d'autres un exemple. Ils jugent de ses capacités de réflexion politique injustement, le font de leur camp parfois abusivement, le transforment en quelqu'un d'autre qu'il n'a jamais été. Ce qui m'agace le plus sont ceux en faisant leur maître, ce qui ferait d'eux leurs héritiers tout en étant mondains, serviles et avides de la reconnaissance des maîtres de ce monde.

Tous ou presque oublient une chose pourtant fondamentale chez lui qui est sa foi.

Comment pourraient-ils s'y attacher dans notre société si matérialiste, atomisée et traversant une crise morale encore plus grave qu'à l'époque des « Grands Cimetières sous la lune ». Comment pourraient-ils le comprendre alors que tous finalement sont contaminés par l'esprit libéral libertaire, et mortifère, et nous poussant au narcissisme le plus abject, de nos temps troublés.

Si on oublie sa foi chez Bernanos, on passe à côté de tout une partie importante de ce qui fait son originalité, sa grandeur, la beauté de son abandon total à la cause de la Liberté mais aussi à celle de la Vérité. Car il y en a bien une. Elle n'est pas diverse ni multiple. Elle est. Beaucoup peuvent s'y retrouver, quel que soit leur camp supposé au départ. C'est une question de « communion des saints ». Je songe en particulier à Simone Weil, la philosophe pas la ministre, qui avait écrit à Bernanos pour dire combien elle se retrouvait en ses élans du cœur vers tout ce qui est libre, tous ceux qui savent vivre à grandes rênes, qui savent ce qu'être humain signifie.

Sa foi n'est pas une posture, n'est pas un choix intellectuel mûri après avoir consulté tel ou tel auteur réputé ou non, ce n'est pas du sirop de guimauve en tonneau, ce n'est pas une ostentation sociologique. Elle vient de son cœur, de son cerveau, de ses entrailles. Elle le brûle, le dévore, le pousse à une intégrité morale de plus en plus rare. On chercherait vainement de ces êtres hors norme incapables du moindre compromis de nos jours. La plupart des homoncules les considèrent comme inévitables et puisque tout le monde le fait pourquoi pas nous ? Pourquoi s'en priverait-on ?

C'est je pense la vraie raison, consciemment ou pas, engendrant tant de retenue chez certains de ses lecteurs contemporains. Ils ont tellement peur que des obligations envers les autres que la foi, normalement, impose, les empêche de vivre cet hédonisme étriqué devenu la norme. Et auquel ils n'échappent pas plus que le reste des citoyens consommateurs...

Bernanos est définitivement de l'ancien temps, d'un monde disparu à jamais où la culture était véritablement à tout le monde. On lisait le journal en famille, entre voisins, entre personnes du quartier. Tout le monde s'intéressait à la politique, en conservant de temps à autres la capacité de se révolter durement. Les auteurs appelés maintenant « classiques », paternalistes et poussiéreux pour beaucoup, pour des « modernistes », écrivaient dans des journaux dits populaires des feuilletons à suivre. Et l'on apprenait à s'exprimer, à échanger. C'était tout un art que « le grand d'Espagne » maîtrise à merveille. Il n'a jamais renié cet enfant aux yeux clairs et grand ouverts sur le monde qu'il était, il n'a jamais abandonné ses convictions monarchistes ou religieuses. Il n'est pas devenu un adepte de l'appel aux fameuses z-heures les plus sombres, du festivisme main dans la main et la zigounette dans le pilou-pilou...

Il est temps de se mettre en colère de nouveau, réellement, virilement, contre toutes ces sottises et cet esprit de sérieux tellement ridicule, tellement grotesque sévissant de plus belle en 2018.

 

Illustration empruntée ici<

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

Amaury - Grandgil


Moyenne des avis sur cet article :  1.27/5   (15 votes)




Réagissez à l'article

7 réactions à cet article    


  • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 23 mai 12:58

    Amaury bonjour. Sa foi bien sûr. Mais aussi son honnêteté intellectuelle et son humanisme qui l’a fait quitter son milieu politique (Action française) , lors de la guerre d’Espagne ." Les grands cimeterres sous la lune « ou » la France contre les robots" peuvent interroger toutes et tous, de gauche ou droite, nons croyants ou croyants...Et ses romans aussi .


    • Coriosolite 23 mai 15:36

      @Aita Pea Pea


      Bonjour,
      Ne voyez pas de mal ni de moquerie dans ce qui suit.
      Mais quand je lis « les grands cimeterres sous la lune » ça me semble être un titre de livre (à écrire) quasi prophétique quant à un avenir possible de notre Europe.

    • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 23 mai 16:34

      @Coriosolite

      Co-q-uille


    • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 23 mai 23:23

      @Amaury Grandgil

      Oui...lol ...pas un lapsus révélateur venant de ma part.


    • Yann Esteveny 23 mai 22:59

      Message à avatar Amaury Grandgil,


      Beau texte sur une belle âme. Georges Bernanos a parfaitement compris le message du Christ : C’est la Vérité qui rend Libre. La liberté n’est possible que dans cet ordre là. Sinon, le concept de liberté devient frauduleux et une expression comme « Amour Libre » devient doublement frauduleuse.

      Quand George Bernanos dit « Je voudrais que la jeunesse de France fasse le serment de ne plus mentir » c’est pour qu’elle devienne libre. Ceux qui prétendent apporter la Liberté sans cet effort permanent mentent. Les Révolutions prétendent apporter la Liberté jamais la Vérité. 

      Evidemment, un écrivain qui écrit ces lignes ne paraîtra jamais dans un manuel scolaire en France en 2018. Et c’est précisément du fait de l’absence de ces simples lignes que l’ « Education Nationale » n’engendre que le désespoir.

      « Oui, ne plus mentir, cesser pas croire qu’il est trop tôt ; cesser de croire qu’on peut attendre « plus tard » pour se mettre à l’œuvre de la vie, de se mentir à soi même ! Car celui qui remet à plus tard le choix de sa vie de catholique, il risque bien de choisir trop tard, une fois que le caractère est pris, une fois qu’on est dans les petites habitudes, et alors cela devient vraiment dur, notre âme est déjà prise dans les filets de Satan. Ne pas mentir, c’est rester fidèle. Il faut rester fidèle au Christ, et à travers lui à la France, car par la France il veut régner. C’est pourquoi il faut pratiquer les vertus, et parmi celles là une des plus importantes, parce qu’elle est la motrice de toutes les autres et qu’elle est nécessaire à l’exercice des autres, le courage, les courages, et surtout celui dont on ne parle pas et qui consiste à être fidèle à ses rêves de jeunesse. Et pratiquer ce courage, ces courages, c’est peut-être cela « L’Honneur de Vivre » » 
      Georges Bernanos 


      • UnLorrain 23 mai 23:14

        La vérité ? « il y aura toujours autant de vérités que d’intérêts » ===> c’est là http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/blasco-ibanez-vicente-les-quatre-fils-deve.html

        Une heure pour écouter. Sûrement serait vous sidéré d’entendre un passage ou Vicente parle de l’argent,ses mots sont les mêmes que ceux de Pierre Jovanovic parlant de la même chose...du,des, suicides de gens de la bourse. Vicente écrit bien auparavant que Pierre voilà qui est intéressant.

        Fable de Vicente vous aurez compris. Mais quelle fable ! Dieu y a un grand rôle,Adam,Eve la fauteuse de trouble,Gabriel veille...

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès