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Bestie di scena

Bestie di scena Mise en scène, conception, scénographie Emma Dante
Lumière Cristian Zucaro Avec Elena Borgogni, Sandro Maria Campagna, Viola Carinci, Italia Carroccio, Davide Celona, Sabino Civilleri, Alessandra Fazzino, Roberto Galbo, Carmine Maringola, Ivano Picciallo, Leonarda Saffi, Daniele Savarino, Stéphanie Taillandier, Emilia Verginelli Et Gabriele Gugliara, Daniela Macaluso Théâtre du Rond-Point jusqu’au 25 février

N’oublie pas que tu as un corps. N’oublie pas que tu es un corps. Tel pourrait-être le thème de ce spectacle gymnique. Nous vivons dans un entrelacs de questions qui font mal à propos de ce corps. Tant de phénomènes de nos affaires communes tournent autour de : Qu’en faire ? Il est (parfois) objet et nous sommes sujets. La médecine s’en empare pour éloigner la douleur, nous soigner et fréquemment nous guérir et nous laissons faire, bien contents de n’être pas nés plus tôt dans les siècles, quand on ne savait rien ou si peu… comme au temps de Molière. Ici, les corps sont en santé, en très bonne santé et en énergie(s) puissante(s). Les religions ont toujours voulu escamoter l’animal humain, comme si son acceptation valait diminution radicale de l’esprit, de l’âme. A l’inverse, les images libertines, pornographiques pullulent et nous excitent, en notre solitude le plus souvent. Les pratiques libertines ne sont plus antireligieuses, ni antisociales, comme au temps de Sade ; il n’y a plus guère de souffre dans les clubs échangistes, ce sont des boîtes de nuit presque comme les autres. En même temps, les activités sexuelles sont devenues le terrain de la morale et de la politique, objets d’une surveillance étroite de tout le monde et susceptibles de permettre de rabaisser et d’exclure les hommes les plus puissants, sur simple dénonciation. Le coït est devenu triste et administratif, il convient d’abord, surtout, et presqu’exclusivement de s’assurer du consentement (de la femme), mot clé. Le désir, l’amour, la pulsion de vie comptent dorénavant pour du beurre par rapport au consentement. Les écarts entre les contemporains grandissent, celles et ceux qui surfent sur ce nouveau rapport au corps, côté jouissif ou côté punitif, l’un et l’autre à la suite parfois… celles et ceux qui en rêvent sans oser (Osez, succès éditorial), celles et ceux qui l’auront au paradis, celles et ceux qui restent ou redeviennent puritains (réduisons le corps le plus possible et ne valorisons qu’un petit nombre de ses possibilités).

Bestie di scena traverse cette problématique en équilibriste insensible au vide sous ses pieds. Je ne sais pas si l’Italien porte comme le français le sens métaphorique de « bêtes de scène », un tempérament qui donne force spectaculaire à certains dès qu’ils sont sur scène, et ce, comme un instinct, sans travail, avant le travail. Ce sont bien quatorze bêtes de scène qu’on va voir, dans des activités groupales et fortement individualisées aussi, la scène devenant une sorte de gymnase, de terrain d’un sport en salle.

Les acteurs danseurs ont commencé avant que le public entre et s’installe. Ils sont habillés. Ils sautent comme des sportifs qui se chauffent. Ils sautent en rythme, rapide ce tempo. Le spectacle va sortir de ces mouvements sans trop s’annoncer, comme ça.

Ils viennent se déshabiller face public, en bord de scène, les vêtements tombent du côté des spectateurs. Ils se cachent le sexe et les seins du mieux qu’ils peuvent. En dehors de cette pudeur amusante parce qu’inefficace, les corps de Bestie di scena sont fort peu sexués. Ce sont des corps mobiles, gambadant, ce sont des personnages créant chacun leur faconde. Ils vivent dépouillés, au plus près des racines de la vie, comme avant la politique. Premier degré de l'humain, en collectif, en tribu cependant.

Des objets arrivent jetés des coulisses ou descendant des cintres et relancent des bribes d’actions narratives.

C’est pour moi le point faible du spectacle : ils ne tirent pas le déroulé de leur vie d’eux-mêmes, ils ne créent pas leurs « événements » de ce tout qu’est notre corps d’humain, comme les enfants dans une cour de récréation font naitre leurs jeux de leurs jeux, du fortuit des rencontres, de rien pour ainsi dire. Ils ne sont guère en attirance vers l’autre, en désir, si j’osais les mots de la religion, d’une certaine religion en tout cas, ils ne sont pas soumis à la tentation.

Au bout d’un moment, on voit la scène comme un aquarium ou une cage de zoo… et paradoxalement, cette nudité initiale, biblique, de l’Eden, sans problème ni péché devient un objet en soi, impraticable, qui réduit à du convenu. Chercher le point zéro de notre présence au monde s’accommode mal avec les balais, les cacahuètes qui ramènent le nu comme singe, le singe comme matamore tentant d’impressionner son adversaire…

Emma Dante est une figure importante de la scène internationale qui a fondé à Palerme en 1999 sa compagnie Sud Costa Occidentale.

Les personnages de Bestie di scena sont tendres, pleins d’une humanité relativement sereine et colorée à laquelle précisément il manque une dureté du monde et des rapports humains, une dureté de leurs nécessités, le crochetage des corps est une impérieuse exigence pour continuer l’espèce, c’est-à-dire pour vaincre la mort, tandis qu’à l’inverse, l’intrusion du corps par le fer peut la donner. Une certaine fragilité de la peau manque dans cette salle de jeux où la violence, vraiment la violence est contenue elle aussi dans le jeu par le jeu.

Bestie di scena {JPEG}


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7 réactions à cet article    


  • La Voix De Ton Maître La Voix De Ton Maître 13 février 13:21

    Je reste perplexe lorsque quelqu’un me montre son cul pour faire passer une idée.

    Est-ce utile ? Mon imagination ne suffirait-elle pas ?
    Est-ce pour vendre mieux, pour la com’ ?
    Peut-être qu’en fin de compte cela aurait l’air vulgaire en slip

    Je dois être plus conservateur que je ne le pense...


    • Orélien Péréol Orélien Péréol 13 février 13:37

      @La Voix De Ton Maître
      C’est vous qui dites qu’ils montrent leur cul, vous l’imaginez.

      Les questions fermées que vous posez n’ont pas de sens. L’art ne sert à rien. On peut toujours imaginer tout seul, on n’a pas besoin d’œuvres d’art, ni pour imaginer, ni pour autre chose. Suspecter les gens de faire n’importe quoi pour vendre... que dire ? Oui très certainement, comme Victor Hugo avec les Misérables... je prends cet exemple par hasard.
      Je subodore que vous n’avez pas lu mon article,

    • La Voix De Ton Maître La Voix De Ton Maître 13 février 15:27

      @Orélien Péréol

      Je l’ai lu, mais c’est avant tout le microcosme du monde du théâtre que j’ai un peu connu qui m’a effleuré l’esprit. Puis j’ai vu les fesses.

      Comme tout microcosme, il a ses codes, son histoire, ses valeurs que l’on ne peut comprendre que par un parcours initiatique.
      Donc il est évident qu’à un moment ou à un autre de la recherche artistique on s’en ira explorer de plus en plus loin, et la surenchère d’expériences peut mener à une construction vide de sens si on la transpose comme moi, sans passion, du microcosme au le monde réel.

      Ma faiblesse, ma nature je la vois tous les jours en sortant de ma douche, et parfois même le hasard fait que j’y pense. Ai-je besoin de voir cela mis en scène, moi tout habillé assis au milieu des voyeurs ?


    • La Voix De Ton Maître La Voix De Ton Maître 13 février 15:35

      @Orélien Péréol

      Je ne remets en aucun cas la sincérité de votre article, puisqu’elle découle de votre parcours initiatique dans le monde du théâtre.

      Mais où peut-elle bien se situer cette frontière entre vous et moi ? Une chose deux interprétations, conservateur ou non-initié ?

      Que ce soit le point de croix ou le tuning auto, cette frontière existe pourtant partout.


    • Orélien Péréol Orélien Péréol 13 février 16:21

      @La Voix De Ton Maître
      Cette idée de parcours initiatique n’appartient qu’à vous. Je n’ai rien d’autre à en dire.


    • Christ Roi Christ Roi 13 février 21:54

      Comme tout merdia, le théâtre qui n’a pas de talent montre des fesses. Passons.


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