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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Bilan du 1er Salon du Cinéma à Paris

Bilan du 1er Salon du Cinéma à Paris

Le week end dernier, à Paris, se déroulait le 1er Salon du Cinéma. Une initiative pour vulgariser les métiers du cinéma certes louable...

 

medium_salon.JPG
Alors, ce salon du cinéma ? Paris avait son salon de l’agriculture, du chocolat, du thermalisme, et tant d’autres encore, il lui fallait, semble-t-il son salon du cinéma. Animal étrange, gourmandise délectable, cure de jouvence, après tout n’est-il pas tout cela aussi ? En manque de frénésie festivalière, janvier étant un mois bien frileux en manifestations cinématographiques, je ne pouvais donc pas manquer ce rendez-vous parisien. Arrivée de bonne heure le jour J, comme toute festivalière assidue qui se respecte, je dois attendre (jolies réminiscences de mes pérégrinations festivalières) que les portes s’ouvrent... vingt minutes après l’heure prévue. Des techniciens collent encore les affiches, et notamment celle du salon, je ne m’arrête pas à cette impression première d’amateurisme. Le cinéphile sait que si tout peut se jouer dans les premières minutes, il faut toujours aussi attendre la dernière seconde pour se faire une impression. Une porte qui imite vaguement un décor medium_salon3.JPGmarocain procure à ce salon des allures du parc à la célèbre souris aux grandes oreilles ici en manque de moyens. Avec témérité, je poursuis néanmoins mon chemin, et déambule dans les allées encore presque vides, l’occasion d’observer de près le carrosse du film Marie-Antoinette de Sofia Coppola, vestige esseulé d’une autre et fastueuse époque, si banal de près, et sans grand intérêt si ce n’est peut-être de rendre hommage à la talentueuse réalisatrice qui a magnifié ce décor d’Anne Seibel. Un peu plus loin se trouve le stand du Maroc, puis celui de Bollywood, des aigles au regard menaçant en attente de spectateurs ... ou de proies, un stand Virgin, le disproportionné stand de la SNCF, un stand Unifrance, un stand de coussins (si, si) un stand du Forum des Images qui nous apprend que la déjà fameuse bibliothèque n’ouvrira qu’à l’automne, quelques stands d’écoles de cinéma, et partout des stands d’une boisson alcoolisée. Pour un peu, je me serais demandée si je ne m’étais pas trompée de salon et si je ne m’étais pas retrouvée à celui de l’alcool. Un mélange incohérent dont le cinéma est vaguement le fil directeur. Tout cela ressemble plutôt à une vaste foire, à moins que ce ne soit un hommage conceptuel aux origines du septième art et au spectacle de foire qu’il était alors.

Ayant fait le tour en quelques minutes (le salon se réduisant à la moitié du hall 6 du parc des expositions), j’en profite pour me rendre au stand de l’UGS et acheter ma gazette adorée, trésor inestimable car difficilement trouvable. Je reste tout de même pour la conférence des scénaristes où il est avant tout question d’audace et de persévérance. D’ailleurs d’audace et de persévérance il sera question à chaque conférence sur les métiers du cinéma. Je ne peux qu’abonder dans leur sens. Au milieu de ce brouhaha, je perçois néanmoins quelques étincelles passionnées dans les yeux des intervenants. Certains parlent de chance aussi. Je ne crois pas. Ou alors si infime ou alors une chance qui se fabrique. Des étincelles donc. Dans les yeux de Philippe Lioret avant tout. Qui parle de sa passion du scénario. De son admiration pour Claude medium_salon2.JPGSautet. De quelques jours avec moi et du Mauvais fils. De cette influence flagrante dans chacun de ses films. De son bonheur quand une spectatrice lui dit qu’il arrête le temps. Oui, c’est ça « arrêter le temps ». Créer une dimension parallèle, faire oublier, transcender la réalité, aussi. Il parle aussi de cette poignante chanson Lili qui a sublimé ce film. Et puis il parle de persévérance et d’audace lui aussi. Lui succède Isild Le Besco venue parler de Charlie, le film dont elle vient de terminer le montage et dans lequel son frère tient le rôle principal. Le sujet me rappelle le magnifique film d’Emmanuelle Bercot, Clément. La réalisatrice semble avoir influencé son actrice fétiche. Un peu ailleurs, voire totalement absente. Le lendemain, c’est au tour de Danièle Thompson. De parler. Longtemps et le regard étincelant aussi. De persévérance et, paraphrasant Suzanne Flon dans Fauteuils d’orchestre, de prise de risques, aussi. Un instant je retrouve cette indécence involontaire des festivals quand un homme, fébrile, et déjà plus si jeune, lui rappelle avec orgueil qu’il a « tourné sous sa direction », je me dis que s’il avait tourné avec elle, elle s’en souviendrait, avouant qu’il était figurant (bah tiens) parlant de lui, de son fils star en devenir car quand même « premier rôle d’une série », l’oubliant elle, imperturbable d’ailleurs, ne s’arrêtant plus, spécifiant qu’il était l’ami (intime hein)d’un autre figurant, que ledit figurant la remerciait etc. Un scénariste qui aurait voulu illustrer la vanité (dans les deux sens du terme) n’aurait pas mieux fait. Touchant de pathétisme. Pendant ce temps Niels Tavernier tourne un court métrage faisant participer le public. Et des bandes annonces passent. Et une autre conférence se déroule à côté. Et des aigles impatients se font entendre. Ils ne manquent pourtant pas de proies, le salon a même dû momentanément fermer ses portes pour faire face à l’influence. Et des courts métrages en sélection pour les César. J’en aperçois un : Les Volets. Cruel. Intéressant. Je n’aime pas apercevoir un film. J’aime le savourer. J’aurais plutôt dû venir au salon du chocolat. Et des démonstrations de kung fu et d’effets spéciaux. Et tout cela ne ressemble plus à rien. Si : à ce à quoi on veut assimiler le cinéma : une marchandise comme les autres. On incite à zapper, à passer d’un stand à un autre, d’un film à l’autre, à regarder sans voir, à entendre sans écouter. Plus loin, un scénariste raconte : pour écrire un film par exemple sur un chauffeur de taxi il faut forcément avoir été taxi au moins quelques temps soi-même, assène-t-il fièrement devant un public admiratif et conquis. Et pour écrire un film de truands il faut avoir braquer combien de banques ? Je me dis que, dans ce cas, Schoendoerffer ne doit alors pas être très fréquentable. Je me dis que décidément on entend n’importe quoi. Alors je repars, me souvenant néanmoins de la petite étincelle, faisant écho à la mienne, à ma persévérance, à mon envie insatiable d’écriture et d’arrêter le temps, encore et encore. Je repars laissant un public déchaîné écouter Michaël Youn (mon sens du sacrifice pour vous a ses limites) me promettant de relire sa « filmographie » certaine d’avoir raté un chef d’oeuvre du septième art au regard de sa fierté, je n’ose dire prétention. Bon, si, je le dis.

L’objectif de ce premier salon est paraît-il dès l’an prochain (hum) d’être l’équivalent pour le public du Festival de Cannes pour les professionnels. De Cannes qui rappelons-le a 60 ans cette année. De Cannes qui rappelons-le a quand même célébré et fait émerger parmi les plus grands chefs d’œuvre du septième art. L’équivalent de Cannes donc. Je vous laisse juges.

L’objectif des 50000 visiteurs a été dépassé. Profusion de bruit et de spectateurs. Faire entrer le public dans les coulisses : génération télé réalité pour qui il faut tout démythifier. En tout cas cela prouve que la demande du public est là, qu’un festival de cinéma manque à Paris. Je vous renvoie à mon idée, peut-être pas si absurde, de création d’un festival à Paris : ici.

Site officiel du Salon du Cinéme : http://www.salonducinema.com


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5 réactions à cet article    


  • rodofr (---.---.234.213) 17 janvier 2007 12:30

    Son but, ouvrir à tous, les entrailles de la machine à rêve et montrer tous ces métiers qui la fabrique. Belle initiative, pour ceux qui vont découvrir le nombres incroyable de gens, qui chacun dans leurs arts, font vivre ce beau métier, qu’est le cinéma. Cependant, cela arrive un peu tard et surtout, cet événement qui n’en pas un, en fait, ne doit pas nous faire oublier que beaucoup de ceux qui font le cinéma, aujourd’hui, l’ont aussi détruit. Voulant toujours le porter là où les recettes sonnent le toscin et le champagne, la vaine gloire comme valet de chambre et les histoires aussi transparente que notre époque, Le cinéma, sauf rare exception, est plus devenu l’ombre de lui-même que le contrepoint nécessaire et vivifiant qu’on pouvait en attendre et qui naguère, à fait sa renommée légitime, appelé aussi “âge d’or”.


    • Sandra.M Sandra.M 18 janvier 2007 15:54

      @rodofr:Je ne crois pas que le cinéma soit devenu « l’ombre de lui-même ». L’influence croissante et hégémonique des chaînes de télévision l’a juste rendu plus formaté. Ce ne sont pas les créateurs du cinéma mais leurs financiers (certains) qui le détruisent.


    • Sandra.M Sandra.M 21 janvier 2007 12:05

      Bonjour Julien,

      Je comprends ta virulence (après tout c’est toujours mieux que l’indifférence smileymais je déteste par-dessus tout l’élitisme et la condescendance donc je le regrette bien si j’en ai fait preuve mais n’en est-ce pas aussi une preuve (de condescendance ) que d’assimiler les études universitaires à ce genre de comportement ? Ces études ne sont en aucun cas pour moi un gage de passion et de goûts, nés bien avant. Pour la gentillesse de Michael Y, je reconnais qu’il sait la feindre avec beaucoup d’habileté et de démagogie (ah le coup de l’artiste maudit, incompris, du clown triste, des failles, de celui qui n’est pas ce qu’il montre, oui, j’ai bien compris ), sinon j’avoue que j’ai du mal à assimiler à du cinéma ce qu’il a fait jusqu’à présent mais en effet peut-être nous surprendra-t-il dans l’avenir, notamment avec le film pour lequel il était venu au Salon. Je n’ai d’ailleurs pas l’impression de tirer sur une ambulance au regard de son nombre d’entrées qui pour moi reste un mystère que peut-être tu pourras m’expliquer. C’est justement parce que j’aime profondément, passionnément, le cinéma et aussi, autant, le cinéma qui fait rêver (détrompe-toi, j’aime tous les styles de cinéma, tu le constateras par mes critiques publiés ici et sur mon blog) que j’aurais aimé qu’on le respecte un peu plus. A la place des réalisateurs qui projetaient leurs films, je pense que j’aurais été agacée de ce va et vient incessant qui incitait au zapping. Ma critique « Génération télé-réalité » ne s’adressait donc pas au public mais aux concepteurs du salon et aux diffuseurs de ladite télévision. Je n’ai d’ailleurs pas nié l’intérêt des rencontres et conférences de ce salon que moi-même j’ai eu, pour certaines, beaucoup de plaisir à suivre. Enfin, rassure-toi : inutile de « baffer » tout le monde, il y aura toujours de la place pour le talent, un jour...ou l’autre.

      Cinématographiquement...et effectivement « allez au cinéma » !


    • julien l’omniprésent (---.---.101.157) 21 janvier 2007 04:33

       smiley

      Bonjour à toi,

      bien entendu, c’est commercial, bien entendu il y avait trop de véléitaires et pas suffisamment de vrais passionnés ( dans le sens de futurs pros). Cependant, je resterai moins catégorique que toi face à ce que tu nommes : « Génération télé-réalité », je trouve que ce terme est inapproprié, voire limite discriminant et même insultant. Peut-être est-ce là une réminiscence de ta formation universitaire qui ressort (on entendrait presque ce cher François Jost). arrêtons là l’élitisme hypocrite et condescendant : le « grand public », lui aussi a le droit de rêver, il a même le droit à son « quart d’heure » et plus si affinités. alors, moi, je dis simplement merci aux professionnels de la profession (et non pas les aspirants) d’avoir franchi un cap et montrer que les autres arts n’ont pas l’exclusivité de la rencontre avec le public. voilà. oui, juste un regret : j’ai assisté à presque toutes les rencontres, et j’ai noté que le public était composé de beaucoup trop de demandeurs d’emplois armés de leur cv-photo et, ça me déprime, j’avais des envies de baffer tous ces gens... pour me faire ma propre place !!! autre et dernière petite chose : Mickael Y.est un mec normal, doué, gentil, arrêtons de tirer sur les ambulances, c’est beaucoup trop simple !!!

      merci aux nombreux vrais cinéphiles qui ont fait de ce week end un instant fugace, mais, magique. et n’oubliez pas, comme dirait la très belle Isabelle G. : Allez au Cinéma !!!

      Julien S. ***

      (Sandra, désolé de ma véhémence, mais, ton article m’a quelque peu irrité, ça prouve qu’il est bon !!!)


      • Julien l’omniprésent (---.---.101.157) 21 janvier 2007 16:10

         smiley

        Bonjour Sandra,

        voilà, je crois que nous sommes finalement sur la même longueur d’ondes, il y aurait à redire sur l’organisation du salon en elle-même. Accordons cependant à la société organisatrice, (qui me semble être commerciale) le bénéfice de la primauté et de l’originalité. Je sais bien que la jeunesse n’excuse pas toujours tout, mais, espérons que cet aspect « zapping » que tu décris très bien sois gommé pour les prochaines éditions. espérons que l’aspect foire à tout montrer« ou »showroom" soit également atténué au profit de la création pure et simple(des coussins, des associations de financements, de home-cinéma n’auraient pas dû avoir autant de visiblité sur ce petit espace...à discuter). Pour te répondre plus précisemment sur Mickael, je dirais simplement qu’en effet, il a été révélé par la télé, qu’il y était plus « acteur »(lui-même) que « comédien »(compositeur d’un personnage) selon la définition (très résumée ici) de Louis Jouvet. Son travail ne laisse pas indifférent, je ne crois pas qu’il soit en pure recherche de légitimité. au contraire, je pense qu’il évolue au fur et à mesure des propositions qu’on lui fait, qui, de par le fait de sa renommée évoluent également et s’affinent. Je lui ai même suggéré de s’attaquer à Baal de Brecht car, pour moi, il aurait là une vraie place. c’est curieux, mais, je ne crois pas que ce soit un si mauvais comédien que ce que la critique en a dit. Il bosse, c’est un acharné ce mec, il a plusieurs cordes à son arc, et, ça, ben, ça plaît pas... peut-être son talent est-il inégal dans les divers domaines exploités mais, après tout, qu’il en profite. voilà. ce n’est pas du cinéma c’est ce que les américains appellent de l’« entertainment » et ça, ben, on n’a pas envie de voir ça en France. c’est très dommage... ps : je suis aussi comédien, et universitaire donc, quand je critique le formatage de la pensée par les codes universitaires, je m’autocritique également, rassure-toi.

        Voilà, en tout cas, je te remercie pour la qualité de tes interventions, et, pour m’avoir fait découvrir ce média citoyen.

        Julien S, dit l’Omniprésent***

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