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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Black Snake Moan » de Craig Brewer

« Black Snake Moan » de Craig Brewer

Pour son troisième film (« The Poor and Hungry » est à ce jour toujours inédit, mais après l’excellent « Hustle & Flow », LE film référence sur l’univers hip-hop), Craig Brewer nous convoque pour ce qui doit être le plus impressionnant des face-à-face qui nous ait été proposé au cinéma depuis belle lurette.

Samuel L. Jackson campe un ancien chanteur de blues, Lazarus, blessé par le départ de son épouse, et qui mène une vie pépère d’agriculteur en marge d’un petit village du Tennessee. Face à lui, Rae (Christina Ricci), avec littéralement le diable au corps, et qui s’offre à tous les mecs qui l’approchent de trop près. Son petit ami (Justin Timberlake) l’a abandonnée pour la guerre en Irak et la voilà perdue, dans tous les sens du terme. Agressée par le meilleur ami de son boyfriend, elle est laissée pour morte sur une route. Au matin, Lazarus l’a recueille chez lui. Il l’enchaîne à un radiateur, au propre comme au figuré, pour empêcher les démons qui agitent la belle de la malmener encore.
Le film vire à la fable moralisatrice dès lors que Lazarus explique que son but est de libérer Rae de l’emprise de ses démons. Craig Brewer est cependant assez subtil pour que ces leçons passent sans provoquer la moindre irritation chez les spectateurs. Bientôt, Lazarus se substitue au père que Rae n’a jamais eu, ce père qui aurait dû la protéger de l’existence sordide dans laquelle elle est empêtrée.
La confrontation entre ses deux personnages est assez stupéfiante tant les deux acteurs sont habités par leur rôle. Au style punky de Ricci s’oppose l’attitude lourde et blasée d’un Jackson colossal. Ce duel est quelque peu ambigu, provocateur même, mais Brewer est assez habile pour nous laisser entrer dans cet univers poisseux sans jamais vraiment nous heurter. Le film est souvent sur la tangente, clairement atypique mais c’est en cela qu’il puise toute sa singularité. Brewer ne commet aucune faute de goût et ne tombe jamais dans le piège du kitsch. Au contraire, « Black Snake Moan », transcendé par une bande-son évidemment blues, illustre à merveille l’ambiance moite de ce Tennessee dont ce film constitue probablement le plus vibrant hommage.
Un film étonnant et viscéral, porté par des acteurs au-delà de tous les standards. Une énorme surprise et la confirmation que nous tenons en Craig Brewer, un auteur intelligent et doué qui, espérons-le, n’a pas fini de nous ravir.

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2 réactions à cet article    


  • ExSam 11 juin 2007 22:14

    Pas aussi convaincu. Le film m’a intéressé par le jeu des acteurs et la plastique largement dévoilée de l’héroïne. Les valeurs moralisatrices et religieuses qui irriguent le film prennent le pas sur l’intention libertaire finale, dont le jeu soudain emprunté des acteurs, révèlent l’artificialité.

    La bande blues casse pas trois patte à un canard, si on n’écoute ne serait-ce qu’un mainstream de cette musique, comme Robert Cray.

    Bref, un film qu’on peut ne pas voir.


    • Benoit Thevenin Benoit Thevenin 12 juin 2007 23:55

      Merci pour ta réaction.

      Je reconnais volontiers ne rien connaitre, ou si peu, de la musique blues. Je ne crois pas prétendre le contraire avec cet article. Je dis juste que la bande-son transcende l’histoire. Il y a une nuance a laquelle je tiens donc.

      Après, l’aspect moralisateur du film c’est justement le point principal qui risque de heurter les spectateurs. Spécialement en France car ce n’est pas du tout dans notre culture.

      Cela dit, je trouve que le cinéaste joue très subtilement de ce sentiment. Le prétexte du film, de prime abord, semble être la leçon de morale qu’une jeune dévergondée reçoit d’un vieux manitou. A mesure que l’intrigue avance, je crois que les personnages perdent tous leurs stéréotypes initiaux et gagnent chacun en nuance. Elle n’est pas si mauvaise et lui est aussi tourmenté par ses démons, ou même par la simple tentation de se laisser aller avec la fille.

      Bref, pour moi ce film il ne faut pas le prendre spécialement au pieds de la lettre. Il est bien plus subtil qu’il n’en a l’air et, en tous les cas, m’a été une très agréable découverte.

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