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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Blue Ruin » : le sang, la rouille et la poussière

« Blue Ruin » : le sang, la rouille et la poussière

L'Amérique de Jeremy Saulnier ressemble à s'y méprendre à la guimbarde délabrée de Dwight Evans : minable, désarticulée, à la dérive. Vagabond crasseux au regard flottant, l’antihéros de Blue Ruin vit à la marge d’une société en lambeaux. D’expédients et de rancœur. Incapable de trouver un quelconque point d’ancrage, encore sous le coup d’un traumatisme inaltérable, il ne sortira de sa torpeur végétative qu’après une longue ouverture contemplative, presque hypnotique, au moment précis où les forces de l’ordre lui apprennent la libération récente du criminel qui a décimé sa famille vingt années plus tôt. S’ensuivra alors une double mutation, physique et mentale, à l’aube d’une vendetta sanguinaire contrariant avec minutie les désuètes usines à rêves hollywoodiennes.

Un conte âpre et désenchanté, finement charpenté, que ne renieraient ni Jeff Nichols, ni les frères Coen. Avec ses personnages compromis et ses déluges d’hémoglobine, Blue Ruin apparaît comme une plongée vertigineuse dans le ventre mou des États-Unis, au premier rang de tous les cortèges scélérats. Brillamment interprété par Macon Blair, le gauche et parfaitement inapte Dwight Evans sonne la charge avec une indifférence mâtinée de fatalisme, comme s’il honorait froidement les termes d’un contrat qu’il avait paraphé à contre-cœur. Terrain vague, parking, toilettes publiques, logement investi clandestinement : partout s’égosille une bestialité vengeresse, tout sauf méthodique, avec la perdition en service commandé. N’y cherchez surtout pas une once de morale : Jeremy Saulnier – financé par les internautes – s’en désintéresse obstinément, comme pour mieux cristalliser et esthétiser les souillures emphatiques de son temps.

 

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3 réactions à cet article    


  • bakerstreet bakerstreet 4 décembre 2014 15:00

    Z’êtes sûr que ça se passe aux states, cette histoire ?


    Bon, quoi qu’il en soit, cela ressemble tout simplement à de la promo, pas à un article. Et encore si court qu’il tiendrait sur un timbre poste. On aurait voulu que l’auteur fasse l’effort de situer cette oeuvre dans la production américaine actuelle. Ses auteurs, sa machine à rêve un peu enrayée. 


    • Gasty Gasty 4 décembre 2014 17:41

      Pas très loin de chez nous, nous avons chez nous et en Belgique avec Benoît Delépine et Gustave Kervern.

      Aaltar, Louise Michel, Mammuth, Avida, Le grand soir...


      • Nicole Cheverney Nicole CHEVERNEY 4 décembre 2014 19:10

        @ Jonathan

        Dans l’Amérique florissante des années cinquante, un immense écrivain donnait à la littérature américaine ses lettres de noblesses : John Steinbeck.

         Avec son roman Rue de la Sardine, Steinbeck nous livrait sa vision nostalgique et désenchantée de l’Amérique. L’action du roman se situe à Monterey (Californie). S’y croise toute une faune de « petits blancs », d’immigrés, (comme l’épicier chinois) dont l’auteur nous brosse un savoureux portrait, des chômeurs, des prostituées, des individus en rupture de banc, etc...

        Cette plongée en profondeur du sud américain, par l’écrivain, nous fait réaliser combien les Etats-Unis conjuguent deux sociétés antagonistes : l’opulence contre la pauvreté ou la misère. Ce roman est essentiel pour la compréhension de la société américaine.

        Et il est salutaire que des films critiques plus récents viennent compléter avec le septième art, la grande littérature américaine, incarnée magistralement par un John Steinbeck, par exemple.

        Cordialement.

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