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Bodies l’exposition, Voyage au coeur du corps humain

 « Voir c’est savoir »

L’affiche est alléchante, un corps sans peau, scindé en deux d’où transparaissent les organes principaux de l’abdomen et un titre « voyage au cœur du corps humain ». Voilà comment l’équipe marketing, chargée d’appâter le chaland, à conçue sa pancarte publicitaire pour cette fameuse exposition « Bodies ».

Aussi impressionnante que puisse être cette publicité, je n’ai a priori aucune raison d’être plus sensible à cet affichage qu’aux autres que l’on retrouve dans à peu près toutes les stations de métro Montréalaise. L’élément déclencheur est bien évidemment cette grande polémique sur une exposition semblable en France qui aurait été interdite pour plusieurs raisons. L’origine des corps d’une part, et l’interdiction de faire du commerce avec des cadavres d’autre part. Il ne m’en fallait pas plus pour visiter cette exposition et me faire ma propre opinion sur l’intérêt de celle-ci.

« Un bébé a 270 os, un adulte 204 »

Revenons rapidement sur le procédé scientifique employé pour conserver des corps, les manipuler et les présenter dans des conditions inédites. Ce procédé s’appelle la plastination, elle se déroule en quatre étapes durant lesquelles le corps, entier ou partiel, entre en contact avec différents produits chimiques. Ils devront chronologiquement fixer les tissus avec du Formol, éliminer les liquides du corps avec de l’acétone pour les remplacer par du silicone, puis durcir le tout avec un gaz spécial. Notons que le traitement d’un corps entier nécessite plus d’un an de travail.

« Chaque goutte de sang passe par le cœur au moins 1 fois toutes les minutes »

L’exposition est indirectement guidée par thème ; Se suivent les sections des membres, le sang et ses organes, les organes respiratoires, la chaîne digestive, les organes génitaux et enfin les fœtus. L’ambiance est sobre et sombre pour mettre en exergue les différents corps entiers et partiels présentés tout au long de l’exposition » Les guides, eux arborent une blouse typique de laborantin.

« Le corps humain c’est 160.000 km de vaisseaux sanguins »

Le but de « Bodies », comme c’est écrit sur le dépliant fourni à l’entrée, est de montrer ce qu’il y a en chacun de nous, ce que nous ne pouvons voir, ce que notre peau nous cache. Cette phrase écrite à l’entrée de la salle principale « voir c’est savoir », est un bon résumé de ce qui nous est présenté ici.

Vous verrez premièrement, un crâne, une main, un bras, une jambe, un pied, et les articulations principales comme la scapula, le genou, la anche et le coude. Chacune de ces parties du corps nous sont dévoilées en apportant des informations anatomiques et physiologiques principales. Organisation des muscles, des os, des articulations et des nerfs dans un ensemble restreint. Chaque membre est dans un tel état de réalisme, que nous pouvons sans connaissance particulière, distinguer et admirer l’organisation interne de chaque membre présenté. En particulier, l’une des plus belles propositions de cette partie est ce corps d’un seul homme dont se font faces d’un côté son squelette et de l’autre le reste de son anatomie. Ces deux parties se regardent comme le reflet de l’une vers l’autre. Fascinant de voir toutes ces combinaisons de muscles, d’organes, de nerfs, et de circuits sanguins, tous organisés, imbriqués les uns dans les autres pour donner un corps élégant et harmonieux.

Seconde partie, le sang. Partie légèrement plus abstraite, ici est présenté en premier lieu le cœur, organe fondamental dans la diffusion du sang. Nous avons le droit aussi à différentes parties du corps mettant en avant le circuit sanguin de chacun. Ces systèmes complexes de veines et d’artères nous sont présentés dans des bocaux de Formol. Un jeux de lumière, le sang écarlate contrastant avec les couleurs fluorescentes projetées dans la salle donne du relief à ces gros maillons gorgés de sang flottants dans le liquide. Des systèmes sanguins à l’état brut, mais aussi des explications sur la transmission des globules rouges par les os. La plus belle pièce de cette courte partie nous est présentée en dernier avec un tronc humain entier où seuls sont présentés, l’ensemble des canaux servant à transporter le sang dans le corps. Un gigantesque réseau de veines et d’artères plus ou moins grosses tapissant l’ensemble du buste nous éclaire de son rouge vif et de sa perfection naturelle.

Troisième univers, le système respiratoire et digestif. Cette fois-ci nous sommes d’abord face à des poumons présentant des anomalies, ou non. Des poumons sains sont mis en opposition avec des poumons présentant des complications telles qu’emphysème et divers cas de tumeur. On notera aussi la flagrante différence entre une paire de poumons des villes et celle des champs. La partie consacrée au système digestif est plus variée. Ici nous est proposée la chaîne de digestion du début à la fin du circuit. C’est-à-dire, en partant de la bouche, langue, larynx puis l’intestin l’estomac le foie, pour finir par le colon. Chaque pièce nous est donnée seule et dans son contexte physique, j’entends par là, intégrée dans le corps avec ses connexions en amont et en aval. Par ailleurs, dans cette partie, des pièces impressionnantes sont mises en scène comme le déploiement total d’un intestin, ou partiel d’un poumon.

Transition entre deux parties, un corps de femme découpée en trois tranches sur la largeur, pour mettre en avant les tissus adipeux sur le corps, leurs effets et les milieux dans lesquels ils sont le plus souvent présents.

Dernière partie, les organes génitaux et les fœtus. À droite les organes masculins et à gauche les organes féminins. Pour les hommes, présentation des reins, de la prostate, des testicules et du pénis. Pour la femme, le vagin ainsi que diverses coupes transversales de la poitrine. Tout comme les précédentes parties, les comparaisons entre deux mêmes organes, l’un sain face à un autre dégénérescent sont soulignées. Seront traités les tumeurs du sein, de la prostate, et les dégénérescences du foie et des reins. Enfin les fœtus, l’expérience la plus extrême de l’exposition. La pièce est noire et plutôt petite, les corps eux sont dans des bocaux, baignant dans du Formol, chaque bocal est éclairé d’une lumière fluorescente différente. Cette partie n’est pas conseillée pour les âmes sensibles, et le public se voit averti avant son entrée. Deux lignes de bocaux, la première pour des fœtus de 9,11,13,15 semaines. La seconde pour des embryons de 4,5,6,7,8 semaines. Il est remarquable de voir l’évolution rapide de la formation du fœtus dans le ventre de sa mère. Vous pourrez distinguer clairement un être humain dès la cinquième semaine.

 

« À 70 ans un homme aura accompli environ 600 millions de respiration »

On dit que cette exposition est du business, pourquoi ? Je ne suis personnellement pas un érudit de la science humaine, et j’ai ici, appris plus de choses sur le corps humain que pendant toute ma scolarité. J’ai peut-être une mémoire majoritairement visuelle et cette exposition a peut-être plus d’effet sur les personnes assujettis la même particularité. Désormais je sais ce qu’il se passe en moi, sous ma peau. J’ai une image globale du triptyque muscle, système nerveux et système sanguin de mes différents membres. La forme, le rôle et la place de chaque organe ne m’est plus étranger. Par ailleurs, les cas d’organes tuméfiés, sont ici une manière des plus utiles pour montrer à n’importe qui, les effets d’une attitude excessive, abus d’alcool ou de tabac par exemple.

Cette exposition est sans doute une manière souple d’apporter de la science à n’importe qui. L’attrait sensationnel de ces corps décharnés, découpés, ou mutilés (aux dires de certains) aura sûrement permis à des milliers de curieux, comme moi, n’ayant pas une connaissance approfondie de la science, de découvrir le fonctionnement complexe, les particularités de chaque organe ainsi que des anecdotes sur chacun d’eux avec un vocabulaire simple et adapté à tous. Ceci n’est certainement pas un substitut aux « Cités des sciences », c’est un complément qui ne s’adresse pas nécessairement aux mêmes personnes.

Même si, apparemment aucun scientifique ne soutient cette exposition dans son intérêt pédagogique ou scientifique, je reste persuadé que quiconque sortira de cette exposition aura amélioré ses connaissances personnelles sur le corps humain, et rien que ça, suffit à légitimer la présence de celle-ci à coté d’autres présentations scientifiques. Alors peut être que cette exposition privée a pour caractère premier, l’aspect mercantile, il n’empêche que le public ressort de là souvent plus instruit qu’il n’est rentré et c’est à mon sens un bon compromis. Enfin je finirai par un trait, très Français ; J’ai l’impression qu’il ne semble pas admissible en France que des entreprises privées culturelles assument transmission du savoir et rentabilité.

« À la 11ème semaine, tous les organes du fœtus sont formés »

On dit que l’utilisation de vrais corps n’était pas nécessaire pour transmettre ces informations.

Ceci est vrai. Évidemment l’utilisation de vrais corps est un élément sensationnel qui est la principale raison, pour la majorité du public de se rendre à cette exposition. Évidemment qu’avec les connaissances actuelles, il était tout à fait possible de réaliser un résultat similaire avec plastiques, résines et autres caoutchoucs. L’utilisation de vrai corps se défend par la mise en exergue à nous, être vivant, des corps de personnes, mortes probablement pour des raisons de santé. Ces corps ont vécu, en abusant ou non de certaines substances, certains produits, qui ont eu un effet direct ou non sur leur vie et ayant provoqué ou non leur mort. C’est en cela que l’utilisation de vrais corps est importante. Il s’agissait ici de montrer, par exemple, ce que devenait un poumon de fumeur, un foie d’alcoolique ou encore le corps d’une personne en surpoids.

Cette confrontation brutale avec ce corps plastiné face à nous, à d’autant plus d’impact que l’on sait que ce que l’on voit est la stricte réalité. Prenons le cas du poumon. Ce poumon, en relief, idéalement inséré dans sa cage thoracique n’est pas homogène, ce n’est pas une reproduction ni une exagération, il n’est ni noir ni blanc. La couleur naturellement modifiée et imparfaite dans sa teinte en dit long sur les effets de la cigarette, celle-ci varie du gris foncé au gris clair. Face à ça, il n’y a pas de « oui mais... oui mais c’est un mannequin ». On voit, on réfléchit et l’on comprend. Le message est fort et pour certains, l’envie de fumer aurait disparu à en croire cette urne transparente remplie de paquets de cigarettes usagés accotant l’homme tuméfié dans la vitrine.

Nul doute, ces corps plastinés sont la force de cette exposition et sans eux elle perd tout son intérêt pédagogique.

« Cette exposition change la façon dont les gens se perçoivent, et ultimement, les amènent à réfléchir et à adopter un mode de vie plus sain. Elle est conçue pour informer, fasciner et inspirer »

L’origine des corps est-elle importante ?

Le principal débat mené autour de cette exposition est l’origine des corps. On lit dans les différents journaux que l’artiste lui-même a du mal à savoir d’où viennent ces corps. Sont-ils des condamnés à mort chinois ? ou pire encore, des fous ou des itinérants gênants pour la société ? De leur vivant ont-ils accepté de donner leur corps à la science ? Toujours est il que ces corps semblent tous venir de Chine, d’un endroit apparemment connu pour garder les corps non réclamés que l’on utilise à des fins scientifiques. Ainsi la justice Française, a je crois, interdit l’exposition pour, je cite « la commercialisation des corps pour leur exposition porte une atteinte manifeste au respect qui leur est dû ». Ok

Pour ma part je n’imagine pas voir un membre de ma famille, là, coupé en deux, nu, et dans ce sens je comprends les gens blessés par cette pratique.

Partant du principe naïf que ces corps ont tous une provenance légale, cette exposition est-elle toujours aussi morbide ? Qu’y a-t-il de si atroce dans cette exposition ?

Le corps n’est qu’une enveloppe destinée à disparaître avec le temps. L’utiliser légalement après la mort à des fins artistiques, préventives, pédagogiques ou scientifiques est à mon sens tout à fait louable.

Vive la plastination.


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4 réactions à cet article    


  • Georges Yang 30 décembre 2009 18:52


    J’avais une autre vision, mais la votre est plus anatomo physiologique
    http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/our-body-a-corps-ouvert-52470


    • Plus robert que Redford 31 décembre 2009 00:21

      Désolé, mais votre point de vue ne fait que confirmer le constat que l’attrait morbide est le seul ressort qui incite à la visite der l’expo en question...
      Bien sûr qu’il existe foison de représentations extrêmement réalistes de corps humains « détaillés » aussi bien normaux que pathologiques. Et la valeur pédagogique de ces représentations est aussi efficace que celle de vos corps « plastinés », sans pour autant mettre le spectateur mal à l’aise ainsi que le fait votre exposition. Car c’est bien le malaise qui est recherché et c’est bien un spectacle qui est offert. Point n’est besoin de se cacher derrière son petit doigt et l’alibi d’un enseignement pour se repaitre de la contemplation de cadavres désodorisés et proprets...

      S’il vous faut assouvir des penchants voyeuristes, sans vous faire remarquer dans une exposition publique, je vous conseille, bien à l’abri des odeurs, du sang et de la merde derrière votre clavier, le site suivant
       Rotten.com
      Vous m’en direz des nouvelles ! 


      • gpeur 31 décembre 2009 07:07




        L’origine des corps est-elle importante ?

        Pour moi, rien que se poser la question me fait froid dans le dos ! Origine Chine : j’ai forcément des doutes et même, je ne vois pas l’intérêt de cette expo, à part bien sûr satisfaire ses instincts les plus dégueulasses. Mais ce n’est que mon avis et qui suis-je pour le donner. Un d’en bas.


        • stephanemot stephanemot 31 décembre 2009 10:22

          J’ai vu cette expo il y a quelques annees a Seoul et j’avoue etre franchement tres critique.

          Oui le procede est interessant et il y a une dimension pedagogique, mais elle est releguee au second rang par la mise en scene et la campagne marketing. Il suffit de voir l’inventeur du procede pour comprendre ses motivations : ce type cherchait avant tout la gloire et se felicite de l’avoir trouvee.

          Ce qui m’a le plus choque ? Voir des cars entiers d’eleves d’ecole primaire emmenes par leurs ecoles voir ce cirque concu des le depart pour provoquer des adultes en jouant sur la fascination morbide.

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