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Bon plan expo (gratuite) : Gilles Balmet, artiste-collectionneur, au Pavillon Carré de Baudouin

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Plus un sou en poche en ce moment pour une sortie culturelle ? Surtout pas de panique ! Dans le registre des expos bons plans, Gilles Balmet, artiste mais aussi collectionneur, présente à Paris, dans le 20e arrondissement, une exposition double à l’entrée libre (il vous suffit de réserver*), et ce jusqu’au 2 octobre prochain, qui offre la particularité de donner à voir à la fois sa production picturale personnelle (des créations abstraites en noir et blanc ou, a contrario, hautes en couleur) et sa propre collection, riche, à l’heure actuelle, de plus de 350 œuvres d’art ! Ici, réunies dans deux grands espaces, au rez-de-chaussée et à l’étage, du Pavillon Carré de Baudouin, bel édifice du XVIIIᵉ siècle situé rue de Ménilmontant dans le 20ᵉ arrondissement parisien, converti en un espace culturel ouvert au public depuis juin 2007, 150 œuvres (peintures, dessins, sculptures et photographies), réalisées par 150 plasticiens français et internationaux, reconnus ou émergents, sélectionnées avec soin au sein de cette impressionnante collection, viennent harmonieusement dialoguer avec ses œuvres sur papier, qui sont comme autant de grandes plages abstraites liquides ouvertes à la contemplation et aux projections mentales des visiteurs. Dépaysement garanti.

Qui est Gilles Balmet ? Ce jeune plasticien, né en 1979 à Grenoble, partage son activité, d’artiste et de collectionneur, entre le 20e arrondissement de Paris, Grenoble et Montpellier, ville où il enseigne depuis 2012 comme professeur à l’Ecole supérieure des beaux-arts, devenu récemment le MO.CO Esba. Depuis 2004 et sa sortie, en tant que diplômé, de l’Ecole supérieure d’art de Grenoble, où il a eu notamment comme enseignants Joël Bartoloméo et Ange Leccia, Balmet crée une abstraction allusive séduisante, se situant dans l’entre-deux du dessin et de la peinture, de l’abstrait et du figuratif, le tout étant porté par la révélation photographique, le souvenir d’artistes inspirants comme Jackson Pollock et Simon Hantaï ainsi que par un tropisme évident pour l’art japonais : en 2010, il a séjourné six mois à Kyoto (Japon) à la Villa Kujoyama.

Le Pavillon Carré de Baudouin dévoile, au rez-de-chaussée, une sélection d’œuvres suggestives récentes de l’artiste, réalisées en majorité en 2020, focalisant sur différentes séries de sa démarche plastique, comme les Ink Mountains, les Waterfalls Hybrid, les White Rains ou les Silver Mountains. Exécutées sans pinceaux mais à partir de protocoles singuliers (papier plongé dans des bacs d’eau, gestes répétitifs, maculages…), les images engendrées par cet alchimiste, se jouant de la « culture du hasard », qu’il apprécie tant, et de l’ambiguïté du résultat obtenu (peinture ou photo ?), sont troublantes car, en laissant libre cours à l’aléatoire, elles ne cessent d’hésiter, sous notre regard, entre l’abstraction évanescente et la représentation paysagère. Cette équivocité à l’œuvre, multipliant les lectures possibles, en fait d’ailleurs tout leur charme. Bien sûr, leur auteur ne refuse pas les lectures évidentes de ses œuvres - d’aucuns y voient des chutes d’eau, des pluies noires ou encore des montagnes. Pour autant, il préfère laisser planer le mystère afin qu’elles agissent sur les regardeurs comme surfaces de projection. Les titres des pièces exposées se jouent également, en se faisant souvent référentiels, d’une double lecture possible : ainsi, devant Black Rain, superbe peinture acrylique et encre sur papier (cf. visuel), le film éponyme de Ridley Scott (1989), aux noirs charbonneux inquiétants, nous revient en mémoire. Et le titre même de cette expo double, Happy Together, que l’on peut traduire par « Heureux Ensemble », peut être perçu comme un clin d’œil malicieux au film mémorable de Wong Kar-Wai (1997), narrant une histoire d’amour mouvementé en Amérique du Sud.

Heureux ensemble… Cette expression correspond bien à Gilles Balmet, artiste contemporain participant depuis des années à de nombreuses manifestations collégiales, tant il aime dialoguer, joyeusement, avec les autres créateurs. Et il apprécie d’ailleurs tellement échanger avec eux qu’il les collectionne, avec appétit et expertise ! Par artiste-collectionneur, on pourrait entendre un artiste accumulateur à la Arman, le Nouveau Réaliste, qui nourrissait ses créations en agrégeant moult objets issus de la consommation de masse ou encore penser à des artistes glaneurs, tels Agnès Varda (Les Glaneurs et la Glaneuse, 2000) ou Henri Cueco (Le Collectionneur de collections, 1995), tous deux collectionneurs compulsifs et attachants de petits riens du quotidien (pommes de terre, noyaux de fruits, cailloux, bouts de crayons, sandows, etc.) d’où la poésie émerge subrepticement. Mais, avec Gilles Balmet, il s’agit d’autre chose : il est à la fois artiste ET collectionneur : ces deux activités sont séparées même si, bien entendu, elles se nourrissent l’une de l’autre. Soit dit en passant, une collection d’artiste, c’est loin d’être rare mais, ce qui est plus inédit, c’est de la montrer au grand jour car, en général, les collections d’artistes, constituées souvent à pas feutrés et dans le plus grand secret, relèvent d’une pratique intime. Avec Balmet, sa geste de collectionneur se fait extime, s’offrant ainsi généreusement au regard du public. Merci à lui. 

Ainsi, le second volet de l’exposition Gilles Balmet, à l’étage du Pavillon Carré de Baudouin, présente une (large) partie de sa collection personnelle d’œuvres d’art contemporain, principalement constituée via des échanges avec d’autres plasticiens, le reste (les 10% restants) étant des achats réalisés pour des sommes modestes, lors de ventes caritatives ou à quelques occasions bien choisies (enchères, par exemple). Depuis une vingtaine d’années, à la fin de ses études, Balmet a commencé, selon ses affinités, les opportunités et au fil de ses voyages, de ses expositions et de ses visites de galeries, à proposer des échanges d’œuvres entre artistes dont il aime le travail : pour certains, il les connaît déjà, pour d’autres, il les contacte, souvent via les réseaux sociaux, ce jeu, sur fond de troc, produisant in fine refus ou réponses positives. Quand il y a accord, le jeune artiste envoie alors tout simplement par la Poste une œuvre et, en retour, toujours par voie postale, il en reçoit une, de l’artiste contacté. À ce jeu-là, la nature humaine se révèle : il y a les honnêtes (envoi d’une œuvre de valeur artistique égale), les généreux (supérieure) et les radins, comme l’un, pourtant hyper reconnu par les institutions établies, n’offrant qu’un… poster lambda alors qu’il a reçu une pièce unique !

En tout cas, au Pavillon Carré de Baudouin, avec sa générosité coutumière, Gilles Balmet met ses propres créations en résonance, entre continuité et ruptures, avec une foultitude d’œuvres d’art d’autres plasticiens. Dans ce parcours foisonnant, voire gargantuesque !, on y décèle son goût manifeste des autres, avec une nette prédilection pour le dessin, cela vient notamment de sa façon de collectionner (« de nombreux échanges internationaux ont été réalisés, précise l’artiste-collectionneur, par des envois postaux de cartons à dessins et de tubes en carton roulés pour faciliter leur transport, ce qui explique la présence dans ma collection de nombreuses œuvres sur papier »), ainsi que des leitmotivs, thématiques et formels, rappelant son univers plastique : le paysage, le corps, l’empreinte de la culture nippone. Dans cette collection aventureuse, on y croise de grandes signatures internationales comme Larry Clark, Hans Hartung, Wolfgang Tillmans, Kiki Smith et Lawrence Weiner, des artistes actuels, reconnus et talentueux, tels Vincent Olinet (cf. visuel), Marion Charlet (cf. visuel), Mathieu Cherkit, Eva Nielsen, Julien des Monstiers, Maud Maris et autres Tursic & Mille, mais également de jeunes pousses, comme cinq étudiants du MO.CO Esba de Montpellier où Balmet enseigne. Ainsi, on sort de cette collection stellaire d’exception, à tendance encyclopédique (offrant un large panorama de la création artistique d’aujourd’hui), en se disant qu’elle témoigne magnifiquement, en s’éloignant tant du parcours officiel de l’histoire de l’art que d’une quelconque démonstration sociale de force de signes extérieurs de richesse, du regard passionné et curieux que Gilles Balmet porte sur ses contemporains, petits ou grands. À voir, donc !

*« Happy Together – Gilles Balmet et sa collection », exposition (entrée libre, sur réservation* pour respecter les contraintes sanitaires) au Pavillon Carré de Baudouin, Paris 20e, jusqu’au 2 octobre 2021 (prolongations, du fait de son succès), Ici, pour réserver : https://teleservices.paris.fr/rdvma20/jsp/site/Portal.jsp?page=appointment&view=getViewAppointmentCalendar&id_form=57&fbclid=IwAR3-d810e9Pbu65Qnn80_A2aFaP6KyO-cjue7CUWxakhxGWoQ4rct5IIMEg

 

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« Black Rain », Gilles Balmet, 2017, peinture acrylique et encre sur papier Arches, 160 x 113 cm, photo V. De.
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Portrait de l’artiste-collectionneur Gilles Balmet, photo V. De., devant l’une de ses encres, le 12 mars 2021, au Pavillon Carré de Baudouin, Paris.
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« Parc royal », Marion Charlet, 2014, huile sur toile, 27 x 19 cm, collection Gilles Balmet, photo V. De.
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Vue d’ensemble (photo V. De.) de l’expo Gilles Balmet, « Happy Together », à l’étage, Pavillon Carré de Baudouin, Paris.
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« Rouge cadix », Vincent Olinet, 2009, bois de sapin sculpté, peinture industrielle, paillette et vernis, collection Gilles Balmet, photo V. De.

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