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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « C’est en parlant haut qu’on devient haut-parleur ! (...)

« C’est en parlant haut qu’on devient haut-parleur ! »

« Mieux vaut être actif aujourd’hui que radioactif demain ! » « Aimez-vous les uns sur les autres ! » « Des trottoirs, pas des crottoirs ! » À l’évidence, le « cyclodidacte » Aguigui Mouna, militant convaincu de la « vélorution » et antimilitariste viscéral, avait le sens de la formule. Petit rappel historique pour ceux qui n’ont pas connu ce trublion anarcho-utopiste, cet indigné permanent, ce tribun des rues et des restos-U dont la mémoire reste bien vivante au cœur du Quartier Latin.

Bien avant de devenir Aguigui Mouna, le Savoyard André Dupont (son véritable nom) est né le 1er octobre 1911 de manière très conventionnelle sous la forme d’une petite chose rose et braillarde dans une pauvre ferme de Meythet tenue par son père, également ouvrier et fossoyeur du village.

Ni son milieu, ni son éducation ne prédisposaient le jeune André à un destin original. Son père vivant, il eût été destiné à l’une des usines qui surgissaient dans l’agglomération d’Annecy en ce premier quart du 20e siècle. Le sort en décida autrement : tel le « pauvre Martin » de Brassens, André Dupond-père se coucha – certes involontairement – dans la fosse qu’il venait de creuser et s’y endormit de sa belle mort. Enfin presque : je dois à la vérité de préciser qu’il fut extirpé encore vivant de son humide gangue de terre mais pris d’une belle et fatale congestion pulmonaire.  

Uniforme, communisme et bouillabaisse

Adélaïde Dupond suit son mari un an après. Devenu orphelin à 8 ans, André Dupond-fils est recueilli par une tante d’Annecy. À 13 ans, il devient ouvrier et va de job en job, de plus en plus écœuré par la condition ouvrière et les tâches « débiles ». À 17 ans, il s’engage dans la marine. Affecté à Brest sur le navire-école Montcalm, il voit d’un œil frustré ses copains lui conter les délices de la rue de Siam qu’il n’a, au début, pas les moyens de s’offrir. Après quelques avatars et de menues amourettes locales, André prend enfin le large : il découvre les côtes d’Afrique et les plages égyptiennes, mais... consigné à bord par ses nombreuses incartades. Il quitte sans regrets la marine en 1933 à la fin de son contrat. 

Suit alors, entre Marseille et Nice, un parcours chaotique jalonné de jobs dans des hôtels, des restaurants ou des boîtes de nuit. En dehors du boulot, seuls comptent alors pour André le rugby et les filles. Jusqu’à l’arrivée de Mimi qu’il finit par épouser le 5 juillet 1939. Le 3 septembre, c’est la déclaration de guerre et André est parmi les premiers mobilisés. Rendu à la vie civile par l’armistice de juin 1940, André quitte l’uniforme dégoûté de l’armée et du comportement des gradés.

Il retrouve Mimi et sa vie d’avant. Jusqu’au jour où, lassé d’exercer des « boulots de larbin », il reprend avec un ami un petit restaurant à Paris qu’il dénomme Chez Dupond avant de virer Mimi dont il découvre qu’elle le cocufie. Mimi est remplacée par la fille d’un communiste, Riri, une Antiboise par chance pas antibaise. Tous deux adhèrent au PC le jour de la libération de Paris, furieux de ne voir aucun drapeau soviétique. Dès lors, André vend l’Humanité, lit Marx et suit les cours de l’Université nouvelle d’Henri Wallon et Roger Garaudy.

Suit une série d’évènements anecdotiques savoureux où le militantisme d’André souffre quelque peu de son goût pour le vin et pour les femmes. Retour à Antibes où le couple gère, à sa manière, la pension de famille Lou Pajeu, Survient alors un mémorable pugilat entre Riri et André sur fond de bouillabaisse. Aux coups de louche puis au lancer de soupière de la dame répondent les torgnoles du militant. Riri est hospitalisée et la section locale du PC atterrée par cette publicité négative. André est exclu du PC par des camarades qui lui reprochent en outre son manque de respect pour Staline.

À bas le caca, le pipi, le caca-pipi-talisme !

C’est alors qu’un jour de 1951, un peintre argentin farfelu et résolument libertaire, franchit les portes du bar et professe son rejet des règles et des carcans sociaux. Pour André, déprimé par les échecs de sa vie, c’est la révélation. André Dupond n’est qu’une chrysalide ; elle s’ouvre au cœur de l’hiver pour donner naissance à Aguigui Mouna.

Table bancale pour symboliser l’état du monde, patron fada, discours iconoclastes, Lou Pajeu devient une adresse incontournable de la vie antiboise. Au contact de sa nouvelle clientèle, et notamment du poète Jacques Prévert, Mouna découvre, comme l’écrit Anne Gallois, qu’« il est tout à la fois dadaïste, surréaliste et existentialiste » ! La presse locale va même jusqu’à surnommer Aguigui « le Patachou d’Antibes ». C’en est trop pour Riri, dépassée par cette métamorphose. Trop également pour notre néo-philosophe, qui a besoin d’air et lorgne avec réprobation sur la surcharge pondérale de sa maîtresse. Mouna repart pour la capitale.

Il y reprend la gestion d’un restaurant de la rue de Louvois dont il veut faire un club d’aguiguistes : Les amis de la vie. Sans se démonter il sollicite le parrainage d’Einstein qui enseigne alors à Princeton (USA). Le savant accepte par courrier. Son célèbre portrait, la langue pendante, est accroché au mur du restaurant à côte de celui d’Eisenhower rongeant un os, le tout légendé « L’homme d’esprit et la bête ». À la même époque Mouna commence ses incursions dans le quartier Saint-Germain-des-Prés où, juché sur un piédestal, il harangue les passants et dénonce la presse « caca-pipi-taliste » et la guerre d’Indochine.

Ce qui devait forcément arriver survient en 1955 : 12 jours de prison pour outrages à agents répétés. À sa sortie de Fresnes, une surprise attend Mouna : Carmen, sa nouvelle compagne, est partie avec la caisse. Qu’à cela ne tienne, Aguigui a découvert Ghandi. Séduit par le grand homme, il devient résolument non-violent. Non violent mais ruiné.  

Suit une nouvelle période méridionale qui voit Mouna, le visage doté d’une demi-barbe, sillonner le pays en compagnie d’une ânesse parfois culottée d’un seyant costume de bain. Notre homme se produit même dans une corrida-crochet sous les yeux de Picasso avant d’être renversé par un peu complaisant taureau. Ses provocations lui valent une nouvelle condamnation à un mois de prison pour outrages et rébellion à un commissaire rancunier. Faute de quartier pénitentiaire asinien, Aguigui cède son ânesse au prince Ali khan.

1960 le voit beaucoup militer contre la guerre en Algérie au sein de l’Armée de la Paix. Mouna voyage également au Moyen-Orient et en Italie où il tente, durant les Jeux Olympiques de Rome, de s’introduire sous les acclamations des beatniks, dans le village des athlètes féminines. Cela lui vaut les acclamations des marginaux et 20 jours dans les prisons italiennes ! 

Les temps sont durs, votez Mou ! 

1965. Mouna est devenu, dit Anne Gallois, « le bouffon attitré du Quartier Latin ». Le béret orné de médailles, la poitrine couverte de décorations burlesques, il sillonne les rues avec son triporteur. Je fais sa connaissance un soir de décembre devant la fontaine Saint-Michel alors que, la langue un tantinet alourdie par le jaja, il harangue les passants et vend Mouna Frères, le journal qu’il a créé trois ans plus tôt. Je le reverrai fréquemment par la suite. 

Puis vient 1968. Mouna s’oppose frontalement à Cohn-Bendit qui le traite comme un simple bouffon. Surtout depuis ce soir de mai où notre militant de l’absurde surgit dans le no man’s land qui sépare étudiants et CRS avant l’affrontement et offre un bouquet de fleurs aux uns et aux autres en signe d’apaisement. Sans succès : accusé d’œuvrer pour la bourgeoisie, il est rejeté par les étudiants sous l’œil impassible des policiers. 

Aguigui retourne à son triporteur et à ses harangues jusqu’au jour où l’abbé Delfieux, aumônier de la Sorbonne, lui suggère de se présenter aux législatives. Pourquoi pas ne pas reprendre le flambeau laissé naguère par Duconnaud ? Banco : Mouna devient le candidat du MOU (Mouvement Ondulatoire Unifié) et fait campagne sous ce slogan « Les temps sont durs, votez MOU ! » Il récolte 142 voix face au ministre gaulliste René Capitant.

Mouna se représente en 1978 sous l’étiquette du PMU (Parti Mondialiste Universaliste). Mais c’est en 1988 qu’il obtient son meilleur résultat avec 1291 voix contre Jean Tibéri, adversaire auquel il prendra encore 722 voix en 1993.

Aguigui Mouna décède le 8 mai 1999, quelques années après avoir été fait chevalier des Arts et des Lettres par Jack Lang. Il est membre, entre autres, de SOS Racisme, du MRAP, de la Ligue des Droits de l’Homme et de Greenpeace. Bref, c’est un citoyen du monde, ami de l’abbé Pierre et de Théodore Monod, mais aussi de Cavanna et de Cabu, qui meurt. Un poète de l’utopie, un combattant de l’absurde qui disparaît, parti sur son triporteur à l’assaut des moulins à vent intergalactiques, comme il encercla naguère avec quelques amis juchés sur des pédalos un cuirassé américain dans la rade de Golfe Juan.

Reconnaissons-le, le temps joue pour lui ; car comme il se plaisait-il à le dire : « On vit peu, mais on meurt longtemps ! »


À lire : Aguigui Mouna. Gueule ou crève. Anne Gallois. Dossiers d’Aquitaine. 2004

À voir : Mouna, film documentaire réalisé par Bernard Baissat, Paris, 1989. Consultable au Centre national d’art et de culture Georges-Pompidou, à la BNF et à la Vidéothèque de Paris

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58 réactions à cet article    


  • SANDRO FERRETTI SANDRO 7 avril 2009 11:11

    Personage atypique et interessant.
    Belles formules.


    • Fergus fergus 7 avril 2009 13:16

      Merci, Sandro. Je bois à votre santé car comme l’affirmait Mouna : Mieux vaut le vin d’ici que l’au-delà !


    • JoëlP JoëlP 7 avril 2009 11:37

      Mouna est de retour, tout est pardonné !

      Je me souviens de l’avoir rencontré à Grenoble à la sortie d’un festival du court-métrage. Mouna Aguigui, son vélo, sa crécelle, qui vendait son journal fait main.Soudain il interpelle Mendès-France chapauté au bras de son épouse que lui seul semblait avoir remarqué dans la foule.

      Merci pour cet article.


      • Fergus fergus 7 avril 2009 13:19

        Merci à vous, JoëlP, pour ce commentaire.


      • LE CHAT LE CHAT 7 avril 2009 11:52

        j’étais jeune , mais je me souviens encore de sa candidature en 1978 ! ça c’est un vote très rock’n’roll attitude ! dommage qu’il y ait pas la relève pour les europèennes ! smiley


        • Fergus fergus 7 avril 2009 13:26

          Bonjour Le Chat.
          Oui, il est en effet dommage que la tradition du canular politique et des candidatures bouffonnes se soit quelque peu perdue depuis la mésaventure de Coluche.
          Sans doute faudrait-il que nous nous mobilisions, ici ou là, pour faire renaître cette tradition qui ridiculisait les excès de notre système politique.


        • Radix Radix 7 avril 2009 11:54

          Bonjour Fergus

          Celà fait un peu froid dans le dos de voir la vie d’un homme résumée en si peu de caractères !

          Certe le format des articles d’Agoravox ne permet pas un très long développement mais il y a quand même quelque chose d’indécent à voir une vie défiler sous ses yeux en trois minutes !

          Radix


          • Fergus fergus 7 avril 2009 12:37

            Vous avez raison, Radix. faute de place, je n’ai d’ailleurs pas pu aborder le volet écologiste, et notamment antinucléaire de notre homme.
            Mais c’est beaucoup mieux que rien, ne serait-ce que si ce papier a pu révéler l’existence de notre cyclodidacte à des jeunes.
            Et peut-être cela incitera-t-il quelques lecteurs à se pencher sur la biographie complète de Mouna ou à aller voir le film qui lui a été consacré.


          • Radix Radix 7 avril 2009 12:55

            Bonjour Fergus

            Ce n’était pas une critique de votre article, qui m’a intéressé, mais le malaise de voir en raccouçi la vie d’un homme défiler.

            A travers ses diverses tribulations on sent un homme qui cherche un idéal innacessible et qui, à la fin, comme son père fossoyeur finit par creuser sa tombe pour y mourir !

            Cette désespérance a certainement trouvé en écho quelque part en moi !

            Radix


          • Gasty Gasty 8 avril 2009 20:07

            Dommage que le film documentaire ne soit pas accessible en streaming. Un personnage hors du commun, merci d’en avoir parlé. A mon avis...lui aussi devait aimer le chouchen. Hé hé hé...


          • Annie 7 avril 2009 11:58

            Oui un très bon article bien écrit et très drôle. Et un personnage qui défie toute catégorisation. En existe-t-il encore ?


            • Fergus fergus 7 avril 2009 13:30

              Merci, Annie. Oui, sans doute existe-t-il, ici et là, des bouffons iconoclastes et un tantinet anarchistes comme Mouna. Mais, peut-être par manque de charisme, aucun n’a réussi à se faire une notoriété nationale.


            • ZEN ZEN 7 avril 2009 12:18

              Merci, Fergus, pour cette plongée dans le passé

              Il se trouve que je croisais souvent Mouna en allant prendre des cours à la Sorbonne
              Un personnage haut en couleur, avec sa poussette, son chien , sa clochette, sa bonhommie,et son attirail des plus hétéroclites
              Je connaissais assez mal son parcours et ce qu’il était devenu
              Merci encore d’avoir fait remonter en surface des souvenirs émouvants


              • Fergus fergus 7 avril 2009 12:50

                Bonjour, Zen. Nous le croisions donc dans le même quartier, de la place Saint-Michel à celle de la Sorbonne en passant par la rue Saint-André-des-Arts, le carrefour de l’Odéon ou le resto-U de la rue Mazet.

                Je ne le connaissais pas personnellement, mais il m’est arrivé à plusieurs reprises de parler avec lui lors de mini débats improvisés dans la rue. Et ce n’était pas triste, malgré la gravité des sujets parfois abordés. Le plus drôle étant les altercations (relativement rares car peu de passants s’y frottaient) avec les gaullistes purs et durs au look parfois caricatural d’anciens militaires, façon Noël Roquevert.

                Peut-être la société serait-elle plus saine si notre conscience était plus souvent interpellée par des bouffons comme Aguigui Mouna...



              • Fergus fergus 7 avril 2009 13:03

                Merci pour ce commentaire, Parpaillot. Comme je le rappelais dans ma réponse à Radix, Mouna s’est en effet beaucoup battu, et sur différents sites, pour l’écologie et surtout contre le nucléaire depuis sa première manifestation à Pierrelatte en 1956 sur un vélo... décentré.

                Quant à son journal, Mouna frères, dont le 1er numéro est sorti en 1962, il tenait à la fois du Canard Enchaîné, de Charlie-Hebdo et des Pieds Nickelés. Il pourfendait les tenants du nucléaire, les militaires et la sauvagerie du capitalisme (déjà). Son sous-titre était Mou-nana pour les soeurs  !


              • maxim maxim 7 avril 2009 12:42

                c’est marrant que vous parliez de Mouna ,sur le Bd St Michel ,on le voyait entouré de toute sa bande ,je lui ai même plusieurs fois payé le coup malgré le fossé idéologique qui nous séparait ,il faut dire qu’il aimait bien lever le coude !... smiley

                faut dire qu’il aurait eu besoin d’une bonne douche parfois ! smiley

                c’était l’épopée de la Rhumerie ,du Bona ,des Deux Magots ,de la Huchette ! on était heureux et sans soucis du lendemain à cette époque !


                • Fergus fergus 7 avril 2009 13:13

                  Bonjour Maxim.
                  Sans oublier Le Tabou !

                  Je n’ai pas constaté que Mouna exhalait un parfum particulier, mais vu son accoutrement et la rareté de son passage au pressing, cela semble en effet tout à fait possible. L’un de ses modèles était d’ailleurs Diogène, peut-être souhaitait-il lui ressembler jusqu’à sentir le chacal !

                  Quant à son goût pour le vin, c’était de notoriété publique, et si je ne l’ai jamais vu carrément bourré, il m’est en revanche arrivé de le voir sérieusement diminué côté élocution.


                • LE CHAT LE CHAT 7 avril 2009 15:05

                  @fergus et maxim

                  en Belgique , ils ont Michel Daerden qui maintient cette noble tradition ! hips !  smiley
                  http://www.leblogpolitique.be/wp-content/uploads/2008/12/daerden.jpg


                • Fergus fergus 7 avril 2009 16:28

                  C’est vrai qu’il a une tête à faire la promotion du jaja !
                  Cela dit, n’est-ce pas lui qui, invité à chanter l’hymne belge (la Brabançonne) avait entonné... la Marseillaise ?


                • maxim maxim 7 avril 2009 19:41

                  salut mon pote Le Chat ...

                  t’as fait la toilette de Printemps ?nouveau costard ,et tout et tout ....

                  j’adore les mecs complètement court circuités comme Mouna ,surtout quand il avait sa petite muflée !

                  étant jeune ,dans mon bled ,on avait Brabant ,un genre Mouna ,qui balancait les quatre vérités à tout le monde avec des délires politiques ,des délires poètiques ,des délires tout court quand on lui avait payé une tournée !


                • LE CHAT LE CHAT 8 avril 2009 08:17

                  @maxim

                  ouais , les mousquetaires , ça faisait vraiment plus tendance ! smiley ce nouveau look est très glam rock , début seventies ( T rex, sweet , Slade , KISS... )


                • Allain Jules Allain Jules 7 avril 2009 13:09

                  @Fergus,

                  Un seul mot : "savoureux".

                  Je crois bien que notre ami Silvio Berlusconi qui fait la cour à Naomie Campbell aura un destin à la Aguigui Mouna.

                  Bien à vous et merci !



                  • Fergus fergus 7 avril 2009 15:33

                    Merci pour ce commentaire.

                    Mais en ce qui concerne Silvio, je le vois plus comme un goujat récidiviste que comme un histrion iconoclaste.


                  • jako jako 7 avril 2009 14:03

                    Merci Fergus, Mouna revient ! ils sont devenus fous !
                    Cela met de bonne humeur


                    • Fergus fergus 7 avril 2009 14:19

                      Je crois, en effet, Jako, que Mouna aurait fort à faire s’il vivait l’époque actuelle tant les sujets d’indignation sont devenus nombreux et quotidiens ; et que sa parole de bouffon imprécateur aurait un écho encore plus important dans une société qui dérive de plus en plus vers le pouvoir autocratique et la confiscation des richesses par une minorité.

                      "Mouna, c’est l’indignation", écrivait Cavanna dans sa préface du livre d’Anne Gallois. Et il avait raison. Sans doute ne sommes-nous pas assez nombreux à nous indigner des dérives qui menacent notre démocratie de manière insidieuse et sournoise. Il faudrait pourtant plus de Mouna, plus d’indignés, plus de révoltés dans les rues, avec ou sans bérte à médailles, pour faire barrage à la multiplication des atteintes aux acquis sociaux et aux libertés !


                    • sisyphe sisyphe 7 avril 2009 14:10

                      Merci pour l’évocation émouvante , et la documentation sur la vie d’Aguigui Mouna, que j’ai croisé ; tant à Nice qu’au quartier latin, pendant des années, de très nombreuses fois, et dont j’appréciais le surréalisme anarchiste. 

                      Hommage à lui. 


                      • sisyphe sisyphe 7 avril 2009 14:12

                        ". Riri, une Antiboise par chance pas antibaise. " ..

                        Hommage aussi, donc à Bobby Lapointe !
                         smiley


                        • Fergus fergus 7 avril 2009 14:29

                          Bonjour, Sisyphe, et merci pour ces commentaires. Notamment pour cette référence à Bobby Lapointe, un autre personnage inclassable que j’aime bien.


                        • Papybom Papybom 7 avril 2009 14:33
                          Bonjours Fergus,
                           
                          Au risque de passer pour un rustre et un inculte, je n’ai nulle souvenance de votre héros.
                          Ce cyclodidacte semble avoir eu plus de verve que notre motodidacte niçois. Votre article me donne envie d’acquérir « Gueule ou crève » d’Anne Gallois.
                          Il est sain pour une démocratie de posséder ce genre de troublions. Merci d’enrichir mes connaissances par ce plaisant article. Court, peut être, mais donnant de l’envie d’approfondir le personnage.
                          Si tel était votre but, objectif atteint ! 
                           
                          Cordialement.

                          • Fergus fergus 7 avril 2009 15:03

                            Bonjour Papy.

                            Il faut reconnaître qu’entre le "motodidacte" Estrosi et le "cyclodidacte" Mouna il n’ ya pas photo en matière de discours et d’humanisme !

                            Pour ce qui est de la notoriété de Mouna, force est de reconnaître qu’elle a surtout été grande à Paris dans les milieux estudiantins, sur la Côte d’Azur dans les lieux branchés où Mouna aimait à retrouver les artistes du cru et provoquer les bourgeois friqués et dans les milieux protestataire contre la guerre (Indochine, Vietnam, Algérie) et contre le nucléaire.

                            Ravi que cela ait pu vous donner envie d’en savoir plus.


                          • Frabri 7 avril 2009 14:54

                            Je l’ai également croisé quelque fois. Il me semble l’avoir entendu dire : "dans mon journal le papier est léger le style est lourd"


                            • Fergus fergus 7 avril 2009 15:18

                              Bonjour, Frabri.

                              C’est tout à fait dans le style de Mouna qui avait toujours des slogans en réserve dans sa besace d’empêcheur de magouiller en rond. 

                              Personnellement j’avais bien aimé lorsqu’il avait établi son propre gourvernement. On y trouvait Brassens, Ferré, Savary, mais aussi Sheila en "ministre du sexe" et Ménie Grégoire en "ministre du Crétinisme". Un portefeuille que pourraient se partager aujourd’hui au moins une demi-douzaine de membres du gouvernement !


                            • Veilleur de Nuit 7 avril 2009 14:58


                              Merci pour cet article et son évocation d’un artiste jubilatoire dans l’excercice de la révolte loufoque et magicien des attitudes poétiques et déjantées.
                              Il me fait penser à cette époque hélas révolue, chhère à mon coeur du bon rire, des Pierre Dac et autres innovateurs des partis les plus résolument engagés dans le ’MOU’ mouvement ondulatoire unifié, avec Jean Yanne et Goscinny.
                              Cela me fait revivre un peu de jeunesse, quand je venais écouter ses harangues,
                              il était souvent pour ce faire juché sur des cageots, tout bancal et tout marrant, attendrissant et philosophe un peu aussi,
                              c’était devant une foule bigarrée de supporters amusés et enthousiastes, juste devant la piazza du Pompidolium...


                              • Fergus fergus 7 avril 2009 16:10

                                Merci pour ce commentaire.
                                Il est vrai que l’époque était plus marrante, beaucoup moins coincée contrairement aux apparences.
                                Et les amuseurs publics se prenaient pour des amuseurs, ni pour des maîtres à penser ni pour des génies des arts, a contrario de certains gugusses actuels qui se la pètent avec un "Bienvenue chez les Ch’tis" ou ne font rien qui n’ait été préalablement acté dans leur plan marketing !


                              • Pierrot Pierrot 7 avril 2009 15:06

                                C’était une joie de l’écouter au quartier Latin !


                                • Fergus fergus 7 avril 2009 16:04

                                  Une joie ? Pas forcément pour tous.
                                  En tous les cas pas pour René Capitant, l’austère ministre du général de Gaulle, qui avait vu cet histrion se dresser sur sa route. "Avec Mouna, cela va être DUR !" avait-il dit en substance en faisant allusion à la sérénité de la campagne.
                                  Un marrant, finalement, ce Capitant quand on sait que Mouna était le candidat du MOU. N’empêche, Capitant avait fait la gueule. Normal pour un type né à... La Tronche !


                                • Nautile 7 avril 2009 15:56

                                  Merci pour cet article qui a fait ressurgir dans ma mémoire cet ineffable personnage.
                                  Je l’ai croisé - et bien sur un peu écouté - lorsque je passais dans le quartier latin. 
                                  Nous sortions à peine des 30 glorieuses et étions encore bercés des rêves de 68 !
                                  Il a bien fait de partir l’ami Mouna ! Quand on voit la folie qui s’est emparée de ce monde !


                                  • Fergus fergus 7 avril 2009 16:31

                                    Précisément, Nautile, nous manquons d’antidote.
                                    Et Mouna était une antidote contre la morosité ainsi qu’un fortifiant pour la lutte contre toutes les formes de conneries !


                                  • Yohan Yohan 7 avril 2009 16:22

                                    salut Fergus
                                    bonne idée que cet article souvenir
                                    J’ai croisé souvent l’huluberlu du côté du quatier latin qu’il affectionnait dans les années 70. Il faisait partie du décor et tout le monde venait le saluer. lui et sa bicyclette richement décorée. Mais personne ne comprenait vraiment ce qu’il fabriquait, seul le personnage intriguait.


                                    • Fergus fergus 7 avril 2009 16:37

                                      Bonjour Yohan.
                                      Par ses harangues enflammées ou ses numéros de bateleur, Mouna n’eût-il convaincu que quelques dizaines d’individus de l’absurdité des temps ou de la duplicité de certains choix politiques, qu’il eût été utile !

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