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Calme de Lars Norén : Grande Mélancolie aux Amandiers

« Calme » pourrait être à la « Cerisaie » ce que la décomposition de la famille mononucléaire serait à celle de la famille généalogique !

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CALME de Lars Norén
photos © Pascal Victor

Si pour Lars Norén comme pour Tchekhov, la cause initiale de cette détérioration sociale est initialement économique, chez les deux écrivains la sphère psychologique l’emporte rapidement sur tout autre considération.

Lars Norén a choisi le quatuor comme mesure de référence car telle est la norme autobiographique qui a conditionné toute sa jeunesse.

C’est en parallèle d’une cure psychanalytique que le dramaturge eut l’opportunité d’écrire « Calme », troisième volet d’une trilogie où cette phase ultime faisait office de synthèse à la saga universelle unissant, a priori pour le meilleur mais souvent pour le pire, les liens du sang en une destinée commune cédant aisément aux sirènes de la pathologie familiale.

Ici sont donc réunis, en ce grand hôtel déserté par les clients, le père, la mère et leurs deux fils majeurs en compagnie d’une employée en charge de la maintenance générale.

Vivant les uns avec les autres, les uns sur les autres, les uns contre les autres, c’est bel et bien le royaume du handicap, apparaissant dans toute sa splendeur par couches successives, qui va être révélé durant trois heures à des spectateurs, pris à témoins d’un déphasage collectif chronique.

C’est sur fond d’alcoolisme du père que va se développer la maladie irréversible de la mère mais c’est surtout sur l’incapacité des enfants à concevoir l’autonomie vitale que le débordement affectif va se répandre en son contraire venimeux contaminant, peu à peu, tous les rouages dynamiques identitaires.

Jean-Pierre Darroussin et Christiane Millet auront beau avoir le souci de maintenir les apparences d’une famille « normale », John et Ingemar n’auront de cesse de faire déraper le concept cellulaire idéale, alors même qu’ils s’y accrochent désespérément, telle la moule à son rocher.

L’un en surprotégeant la mère, l’autre en la défiant, tous les deux en affichant un mépris condescendant face au père, leurs interprètes Alban Guyon et Nicolas Pirson jouent en permanence le va-tout du malaise psychosocial, reflet d’une déviance sociétale dont l’étrangeté se développe en abîme infini.

Une grande mélancolie se dégage de cette mise en scène de Jean-Pierre Martinelli, au point de faire sombrer tous les systèmes de défense immunisant le corps social et d’en désagréger le noyau nucléaire.

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CALME de Lars Norén
photos © Theothea.com

CALME - ***. Theothea.com - de Lars Norén - mise en scène : Jean-Louis Martinelli - avec Delphine Chuillot, Jean-Pierre Darroussin, Alban Guyon, Christiane Millet & Nicolas Pirson - Théâtre des Amandiers Nanterre

  


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