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Cap au pire

Cap au pire de Beckett mise en scène Jacques Osinski avec Denis Lavant au théâtre Athénée, jusqu'au14 janvier.

JPEG Cap au pire va à l'essence de l'être. A l'essence de la langue et du théâtre. Plus minimal, il ne resterait rien. Un comédien, un diseur, un texte, un public. L'essence du théâtre est dans l’espace qui régit la salle, l’essence du théâtre est le lien entre le comédien et celles et ceux qui écoutent et voient. Denis Lavant est au plus essentiel du théâtre, avec un texte d’une sobriété dure et acide, un texte musical et désespéré, le dernier de Samuel Beckett. Le metteur en scène Jacques Osinski a lié ces deux duretés : A peine quelques lumières rouges, créées par Catherine Verheyde, font lentement varier le mur du fond, qui est plutôt une toile, apportant des modulations subtiles, quasi-subliminales. On pourrait parler de dureté au sens chimique : plus une eau est dure, moins elle fait mousser le savon. Il n’y a aucune fioriture, aucun apparat qui est une des dimensions du spectacle. Il n’y a même pas de mouvement du comédien. Une fois entré, il se tanque devant le public et envoie le texte. Impressionnant exercice de mémoire, tant tout bouge dans ce texte selon des règles sans sens. Cap au pire, d’après son titre, semble indiquer une direction. En fait, non, pas vraiment. Beckett nous entraîne dans une forêt, une pénombre sans limite, pas de vivants piliers pour faire sortir de confuses paroles. Tout y est parole au plus profond du mystére de la parole humaine. Est-ce un roman ? une nouvelle ? C’est un texte involvé sur lui-même qui parle de la meilleure manière de rater, rater encore, rater mieux, un sorte de recette qui s’applique à elle-même son but. Beckett a voulu donner à ses contemporains sa méthode pour créer « la pire des œuvres, une non-œuvre », dans un texte qui serait lui-même « la pire des œuvres, une non-œuvre ».

Le metteur en scène et le comédien ont pris à bras le corps cette intense auto-hypnose. Denis Lavant a sa voix, sa silhouette de gnome en difficulté et qui ne renonce jamais. Juste une lumière sur lui et ensuite les lucioles fugitives qui animeront un rien l'espace dans un désordre lent et capricieux cependant. Il tient la salle, pieds nus au bord de la scène, la regarde. Juste quelqu'un qui est venu nous dire quelque chose et cette chose est tragique, cette chose est qu'on a beau dire pour trouver le sens, on n'a jamais que la musique comme route des mots et qu'on va vers la fin.

Dire un corps. Où nul. Nul esprit. Ça au moins. Un lieu. Où nul. Pour le corps. Où être. Où bouger. D’où sortir. Où retourner. Non. Nulle sortie. Nul retour. Rien que là. Rester là. Là encore. Sans bouger.

C'est pas triste. C'est prenant et beau comme une cuite. La salle respire comme un seul homme. Nous sommes embarqués.

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3 réactions à cet article    


  • Taverne Taverne 26 décembre 2017 15:24

    Le thème du corps retenu, interdit de vivre, est récurent chez Beckett. Avec ce rôle marquant, peut-on dire qu’il y a un Lavant d’avant et un Lavant d’après ? Le Lavant de Leos Carax et le Lavant de l’Absurde...

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