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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Cédric Klapisch, peintre de la génération Erasmus

Cédric Klapisch, peintre de la génération Erasmus

« J’aime à dire que les trois volets sont des films de la génération Erasmus, marquée par la culture du voyage et qui a créé des "citoyens du monde", travaillant aussi à l’étranger. De ce fait, tous les spectateurs qui avaient une vingtaine d’années, en 2002, lors de "L’Auberge espagnole" veulent voir ce que sont devenus leurs héros… » (Cédric Klapisch, "La Dépêche" le 4 décembre 2013).



Le réalisateur Cédric Klapisch fête son 60e anniversaire ce samedi 4 septembre 2021. Il fait partie de ces cinéastes qui attirent les foules, pas seulement pour voir ses films mais aussi pour le voir lui-même, l’écouter, lui poser des questions. Il est lui-même une star et il fait partie intégrante de ce qu’on pourrait appeler la culture française, même si cette notion reste floue (tout le monde contribue à la culture française, même les djeunes qui ont commencé le langage SMS sur leur vieux téléphones portables il y a une vingtaine et que des plus âgés ont adopté par amusement), d’autant plus floue qu’il est allé dans sa jeunesse étudiante aux États-Unis (à New York) pour compléter son inspiration très franco-française.

Ce qui ressemble à l'acteur Kad Merad a été primé finalement assez peu par les Césars puisque Cédric Klapisch n’en a reçu qu’un seul, pour le scénario du film "Un air de famille" et en commun avec deux autres personnes (très connues), et huit autres nominations, mais ses films ont quand même reçu cinq Césars supplémentaires notamment pour leurs acteurs.

Dès ses premières œuvres, il a décrit la réalité d’une société qui pouvait laisser à désirer. Ses films sont donc souvent très éloquents, et constituent un bon témoignage de la vie contemporaine. Beaucoup de ses films sont savoureux, comme son premier long-métrage "Riens du tout" (sorti le 11 novembre 1992) où Fabrice Luchini joue le rôle du nouveau patron d’un grand magasin parisien (genre La Samaritaine) pour tenter de sauver l’entreprise (à tort quand on sait la fin, qui décrit surtout le cynisme d’un certain capitalisme foncier) en employant de nouvelles méthodes de management (on y retrouve Jean-Pierre Darroussin, et aussi Karin Viard, Zinedine Soualem, etc.).

Autre film devenu "culte" (je n’aime pas trop cette expression même si elle décrit une certaine réalité, Cédric Klapisch est d’ailleurs un auteur "culte" de films "cultes" !), "Le Péril jeune" (sorti le 21 mai 1994), au titre très bien trouvé, décrit une société des jeunes où débutent une nouvelle génération d’acteurs comme Romain Duris et Vincent Elbaz, aussi Élodie Bouchez, Hélène de Fougerolles, etc.

Cédric Klapisch a poursuivi avec d’autres films qui ont attiré l’intérêt pour leur chronique sociale, comme "Chacun cherche son chat" (sorti le 3 avril 1996), avec Garance Clavel (un bel espoir, mais que devient-elle à part des petits rôles ?), Renée Le Calm (qui est morte à 101 ans il y a deux ans), Zinedine Soualem (un des acteurs "fétiches" de Cédric Klapisch avec Romain Duris, Vincent Elbaz et Karin Viard), Olivier Py, etc., "Un air de famille" (sorti le 6 novembre 1996), reprenant une pièce d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, avec ces derniers ainsi que Catherine Frot, Jean-Pierre Darroussin, Claire Maurier, Wladimir Yordanoff, Zindine Soualem, etc., ou alors par le côté gangster de ses personnages comme "Ni pour ni contre (bien au contraire)", au titre provenant d’une boutade de Coluche (sorti le 5 mars 2003), avec Marie Gillain, Vincent Elbaz, Zinedine Soualem, etc.

Le cinéaste a aussi réalisé un film fantastique "Peut-être" (sorti le 10 novembre 1999) où il réussit le tour de force de faire de Jean-Paul Belmondo (66 ans) le fils de Romain Duris (25 ans), aux côtés de Jean-Pierre Bacri, Julie Depardieu, Emmanuelle Devos, etc. dans un scénario qui peut faire penser à "Hibernatus" revu et corrigé par l’époque contemporaine. Aussi d’autres chroniques sociales : "Paris" (sorti le 20 février 2008), avec Juliette Binoche, Fabrice Luchini, Romain Duris, François Cluzet, Albert Dupontel, Karin Viard, Julie Ferrier, Mélanie Laurent, etc. ; "Ma part du gâteau" (sorti le 16 mars 2011), vive critique du capitalisme, avec Karin Viard, Gilles Lellouche et Audrey Lamy ; "Ce qui nous lie" (sorti le 16 mai 2017) avec Ana Girardot, Pio Marmaï et François Civil, aussi Florence Pernel ; "Deux moi" (sorti le 11 septembre 2019) avec Ana Girardot et François Civil, aussi Camille Cottin, François Berléand, Simon Abkarian, Zinedine Soualem, etc.

Au-delà du cinéma, Cédric Klapisch a également collaboré pour une série télévisée, en tant que directeur artistique et producteur associé (et réalisateur parfois), "Dix pour cent", vingt-quatre épisodes diffusés sur France 2 du 14 octobre 2015 au 4 novembre 2020 où l’idée ést de raconter l’histoire d’une agence d’acteurs avec la participation d’un "vrai" acteur dans chaque épisode, capable parfois de faire de l’autodérision sur sa propre réputation (la série a été une grande réussite mais je trouve que c’est un peu trop le milieu fermé d’acteurs qui s’autopromeuvent)

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C’est la fameuse trilogie de Cédric Klapisch (je l’ai gardée pour la faim !) qui l’a fait connaître au-delà des frontières nationales, et pour une raison simple puisque ce sont trois films "internationaux" (d’abord par leur titre, ensuite par leur lieu : Barcelone, Saint-Pétersbourg, New York) : "L’Auberge espagnole" (sorti le 19 juin 2002), avec quatre acteurs "récurrents" présents dans toute la trilogie, Romain Duris, Audrey Toutou, Cécile de France et Kelly Reilly, aussi avec Judith Godrèche ; "Les Poupées russes" (sorti le 15 juin 2005) aussi avec Evguenia Obraztsova ; "Casse-tête chinois" (sorti le 4 décembre 2013) aussi avec Sandrine Holt et Flore Bonaventura.

Ces trois films racontent les tribulations d’une génération qui est née dans les années 1980 et pour qui faire des études à l’étranger est une évidence d’ouverture pour découvrir le monde. Le dernier volet évoque aussi la "crise de la quarantaine", les familles recomposées et même le désir d’enfants par PMA, homoparentalité, etc. qui, à l’époque de la loi sur le mariage pour tous, était en plein dans l’actualité (même si Cédric Klapisch a mûri le scénario pendant une dizaine d’années).

Je fais partie d’une génération qui s’est ouvert au changement. Chacun évidemment évolue à son rythme avec retard ou précocité, mais le sens social est là : avant, on se mariait au village d’à-côté et c’était déjà très nouveau (bon, d’accord, cette phrase est assez caricaturale, mais pas si éloignée de la réalité). Et puis, petit à petit, tout le monde a commencé à aller plus loin, à voyager. Il suffit de connaître le nombre quotidien d’avions qui décollent dans un aéroport international (hors période covid-19) pour s’en rendre compte.

Personnellement, je me souviens très bien qu’enfant, je n’imaginais absolument pas une seule seconde vivre toute ma vie dans une autre agglomération que la grande ville provinciale (lorraine) où j’étais né. Ce n’était même pas en discussion, parce que j’y avais toujours vécu, mon seul environnement humain n’était qu’à ce lieu… Et puis, étudiant, je me suis "nationalisé", pour diverses raisons (et pas forcément pour les études), dans une période où, pour avoir un emploi, il fallait accroître aussi le spectre géographique. Je peux dire que ma génération est nationale et pas régionale, mais c’est loin d’une preuve d’ouverture.

Quand je regarde les générations suivantes, je suis plutôt fasciné. J’aurais pu (déjà) devenir dans une "génération européenne", comme certains de mes amis, ces premiers étudiants bénéficiant d’une bourse Erasmus, le programme européen génial d’échanges étudiants (qui va bien plus loin que les seules limites de l’Union Européenne), et les générations suivantes, elles ne sont pas ouvertes seulement sur l’Europe mais sur le monde, et c’est fascinant. L’Égypte, la Turquie, le Canada, les États-Unis, l’Australie, le Japon, etc. On pourrait croire qu’avec la crise économique, ce n’est pas facile de voyager, que les familles ne roulent généralement pas sur l’or, mais ce sont aussi des générations débrouilles, qui réussissent à financer leurs projets d’une manière ou d’une autre, qui n’attendent rien d’un État ou de collectivités publiques qui meurent de leurs déficits, et qui savent s’éveiller aux saveurs du monde.

Ce mélange de plusieurs nationalités dans son même "chez-moi" que décrit Cédric Klapisch pourrait provoquer la peur des xénophobes repliés, des souverainistes frileux, etc. mais en fait, ceux-là me montrent qu’ils sont à mille lieux de la réalité sociale, car cette réalité sociale, ce sont les jeunes qui la façonneront dans quelques années et pour eux, le problème du nationalisme renfermé sera plié, à quelques jusqu’au-boutistes près.

Pourquoi n’est-ce pas un danger pour la culture française ? Parce qu’on ne peut connaître jamais mieux ses origines que lorsqu’on les quitte. C’est aussi simple que cela. Je me suis senti Lorrain dans le Dauphiné. Et jamais j’ai mieux parlé de la Lorraine, l’ai mieux défendue, promue, que lorsque je n’habitais pas en Lorraine. Le cosmopolitisme, c’est être ambassadeur de ses propres origines, mais pour cela, il faut les connaître, il ne faut pas en avoir peur. Ni honte. Ni même fier.

Le mélange des nationalités est une richesse, on le découvre à la fois par l’universalisme de l’humanité (les valeurs sont les mêmes, même si certaines sont réprimées politiquement), et par la richesse des différences. C’est exactement ce qu’a vécu Cédric Klapisch en faisant un cinéma très français tout en s’inspirant aussi de sa période new-yorkaise.

C’est à lui que je souhaite un bon anniversaire, au peintre d’un cosmopolitisme universel qui ne fait pas fondre les particularités nationales, au contraire, qui les redore, les promeut, les rend plus attractives. Ce sont elles, ces générations Erasmus, qui feront que l’Europe reste encore un espoir bien vivant et prometteur. Sûrement pas les vieux nationalistes aigris qui voudraient être revanchards, mais revanchards de quoi ? de leur vieillesse ? de leur jeunesse dont ils n’ont pas autant profité ? Bon anniversaire, monsieur Klapisch, et bravo pour votre œuvre de salubrité publique !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 août 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le programme Erasmus.
Cédric Klapisch.
Philippe Labro.
Adrian Monk.
Patrick Bouchitey.
Philippe Léotard.
Romain Goupil.
Isabelle Carré.
Claude Piéplu.
Michael Lonsdale.
Jean-Pierre Bacri.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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6 réactions à cet article    



    • troletbuse troletbuse 3 septembre 21:19

      @Clocel
      J’ai donc bien raison de ne pas aller au cinoche pour voir des daubes pareilles.


    • Albert123 4 septembre 08:36

      @Clocel

      elle donne effectivement très envie cette clique d’apatrides branleurs et de nihilistes narcissiquement détraqués, 

      Ce genre de nuisibles doit effectivement bander h24 depuis mai 2017


    • Mellipheme Mellipheme 3 septembre 18:59

      @ L’auteur :

      Vous savez que je ne partage pas vos convictions politiques, loin s’en faut, mais j’aime bien Klapisch , et surtout j’aime bien votre façon de lui souhaiter « Bon anniversaire ».

      Je veux juste vous suggérer de lire (si ce ne n’est déjà fait) L’usage du monde, de Nicolas Bouvier, écrit en 1963.

      Erasmus n’existait pas mais certains jeunes gens faisaient déjà preuve d’ouverture d’esprit et de courage pour aller à la rencontre des autres dans leur diversité.

      En fait, ma recommandation s’adresse aussi à tous ceux qui vous liront et qui apprécient l’œuvre de Klapisch .


      • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 3 septembre 20:44

        C’est beau , c’est magnifique ...mais pour participer d’erasmus faut avoir du pognon de papaman ou papymi ...


        • reptile cyrus 3 septembre 20:58

          @Aita Pea Pea

          c’ est pas faux , mais avec ta gueule d’ ange tu va pouvoir te trouver un sugar daddy aussi beau que nonos ...ca va t’ operer des hemoroide gratos smiley

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