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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Chateaubriand vs Brassens

Chateaubriand vs Brassens

Dans le match qui, à treize décennies d’écart, les a opposés pour être enterrés dans un cadre marin, c’est incontestablement le Malouin qui l’a emporté sur le Sétois. Tous deux avaient en effet formulé – chacun à sa manière – ce souhait de sépulture, mais seul le vœu de François-René a été exaucé. Pauvre Georges !...

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Le tombeau de Chateaubriand sur le Grand Bé

 

Dès 1955, en lointain disciple du poète médiéval François Villon – lui-même auteur d’un cycle de poèmes intitulé Le Testament –, Georges Brassens rédigeait en chanson un savoureux condensé de dernières volontés. Non que le bon moustachu envisageât, à 34 ans, de quitter prématurément son existence terrestre et la chaleur humaine du modeste foyer de Jeanne et Marcel* pour goûter aux délices de l’au-delà, mais on ne sait jamais ce que réserve l’avenir lorsque la camarde guette, sa faux affûtée pour la moisson des âmes. À l’entendre (cf. Le testament), il n’était pas très pressé, notre troubadour :

S´il faut aller au cimetière

J´prendrai le chemin le plus long

Je ferai la tombe buissonnière

J´quitterai la vie à reculons

Tant pis si les croqu’ morts me grondent

Tant pis s´ils me croient fou à lier

Je veux partir pour l´autre monde

Par le chemin des écoliers...

 

Or, voilà qu’en 1966, Georges Brassens décide de compléter ce testament. Il le fait à sa façon, dans la très belle et très poétique Supplique pour être enterré à la plage de Sète, superbement soutenu à la contrebasse par l’excellent Pierre Nicolas.

La camarde, qui ne m'a jamais pardonné

D'avoir semé des fleurs dans les trous de son nez

Me poursuit d'un zèle imbécile.

Alors, cerné de près par les enterrements,

J'ai cru bon de remettre à jour mon testament,

De me payer un codicille.

Trempe, dans l'encre bleue du golfe du Lion,

Trempe, trempe ta plume, ô mon vieux tabellion,

Et, de ta plus belle écriture,

Note ce qu'il faudrait qu'il advînt de mon corps,

Lorsque mon âme et lui ne seront plus d'accord

Que sur un seul point : la rupture...

 

Hélas, les autorités municipales, invoquant des motifs administratifs, se montrent frileuses, et le poète, en lieu et place du « petit trou moelleux (...) sur la plage de la Corniche » qu’il convoitait, est enterré, lui le libertaire bourru au grand cœur, comme de « pauvres cendres de conséquence » dans un caveau au cimetière du Py, privé par des règlements imbéciles de « passer sa mort en vacances », les osselets baignant dans les eaux de la Grande bleue.

François-René de Chateaubriand a eu plus de chance, mais cela lui a demandé une grande opiniâtreté.

Bien qu’il ne soit mort qu’en 1848, le célèbre écrivain se préoccupe du lieu de sa future sépulture dès... 1823, comme le confirme une lettre à son « ami d’exil », le vicomte de Montlosier, auquel il confie être à la recherche d’« une petite île sur la côte de Bretagne pour se faire enterrer. »

Cette île, il la trouve tout naturellement à Saint-Malo, à quelques centaines de mètres du château de la cité corsaire et de la maison où il est né en 1768, à deux pas des remparts. Ce ne peut être le Petit Bey (Petit Bé) occupé par un fort du 17e siècle, pas plus que l’Islet, sur lequel a été bâti, au 17e siècle également, le fort Royal (l’actuel fort National). Quant aux autres îles de la baie, elles sont inaccessibles à pied. Or, Chateaubriand aime sans doute à penser que ses bons amis auront à cœur de venir, à marée basse, se recueillir sur sa tombe, voire lui faire un brin de conversation, lorsqu’il sera passé de vie à trépas. Et sans doute pense-t-il, comme ce jeune Lamartine avec lequel il entretient des rapports difficiles, que « L’oubli drape les morts d’un second linceul ». Un oubli qu’il convient de conjurer en se faisant discret, mais pas trop.

C’est donc sur le Grand Bey (Grand Bé) que se porte son choix. Massive et occupée seulement par les armérias et les chardons de mer, cette île correspond d’autant mieux au désir de Chateaubriand que, vue des remparts de Saint-Malo, elle semble être un gros tumulus qui n’attend plus qu’un hôte de marque pour se transformer en mausolée de verdure. Le 3 septembre 1828, l’écrivain formule son vœu par lettre au Conseil municipal de Saint-Malo. Une demande rejetée par les édiles, peu enclins à donner satisfaction à un homme au parcours politique controversé.

Après différentes interventions dont celles, déterminantes, du poète malouin Hippolyte de la Morvonnais, Chateaubriand obtient en 1831, sous réserve d’une autorisation de concession délivrée par le ministre de la Guerre**, l’accord du maire Louis Hovius au terme d’un Conseil extraordinaire qui acte de surcroît la prise en charge du futur monument par la Ville de Saint-Malo.

Mais rien n’est simple, au point que Châteaubriand, oubliant les passe-droits dont il bénéficie et qui vaudraient au vulgum pecus d’être éconduit sans ménagement, écrit en 1835 « Je n’aurais jamais cru qu’il eût été si difficile de se faire enterrer en France ! » Malgré tout, les choses se débloquent et le maire de Saint-Malo ouvre une souscription destinée à financer le futur tombeau. Ce qui lui vaut, l’année suivante, les remerciements de l’auteur des Mémoires d’Outre-Tombe : « Enfin, Monsieur, j’aurai un tombeau et je vous le devrai ainsi qu’à nos bienveillants compatriotes ! »

Le temps passe, et avec lui quelques différends sur l’aspect de la sépulture, le matériau choisi et la taille de la croix, toutes choses qui font dire en 1838 à Chateaubriand à la vue de son monument funéraire enfin réalisé « Tout devait être difficile dans ma vie, même mon tombeau ! »

En 1848, un an avant la mort de l’écrivain, Gustave Flaubert, accompagné par son ami Maxime du Camp, se rend dur place et rend compte ainsi de ce qu’il a ressenti, non sans laisser percer une pointe de perfidie : « Il dormira là-dessous, la tête tournée vers la mer ; dans ce sépulcre bâti sur un écueil, son immortalité sera comme fut sa vie, déserte des autres et tout entourée d’orages. »

« Déserte des autres » ? Avec tout le respect que l’on doit à Flaubert, Chateaubriand ne fut ni plus ni moins indifférent à ses contemporains que ces derniers à son égard. Et n’en déplaise à ce bon Monsieur Gustave, la tombe du plus célèbre des Malouins, régulièrement balayée par les vents et enveloppée d’embruns lorsqu’un grain s’abat sur la baie, est de nos jours infiniment plus visitée que le caveau rouennais du génial auteur de Madame Bovary.

Quant à Brassens, s’il n’a pas bénéficié d’un passe-droit pour disposer d’un lopin sur la plage de la Corniche à Sète afin de « faire du pédalo sur la vague en rêvant », du moins est-il enterré au côté de son amie Joha Heiman, plus connue sous le surnom de « Pupchen ». Une cohabitation tout à la fois baroque et émouvante car ces deux-là, en 35 ans de destin commun, n’ont jamais été mariés, ce qui est banal, mais n’ont surtout jamais vécu sous le même toit, ce qui est nettement plus insolite. « Ne gravons pas nos noms au bas d’un parchemin », avait dit en chanson Georges à Pupchen. Par chance, ni l’un ni l’autre ne s’étaient opposés à ce que ces noms fussent un jour gravés dans le marbre de leur première et dernière demeure commune. « Une femme c’est comme un cadeau qui vous aurait choisi ». Depuis 1999, le cadeau repose à côté du poète.

 

Jeanne et Marcel Planche ont recueilli Brassens en 1944 dans la modeste maison sans eau ni électricité qu’ils louent dans l’impasse Florimont (Paris 15e). Fugitif du STO, Georges n’avait alors pas un sou. Une précarité qui a duré de longues années. En 1955, lorsqu’il a commencé à gagner de l’argent, le poète a acquis la maison et celle qui la jouxtait avant de les offrir à ses bienfaiteurs après modernisation en guise de reconnaissance. Brassens n’a définitivement quitté l’impasse Florimont qu’en 1966.

** Le Grand Bey (Grand Bé), potentiel lieu de défense, appartenait alors au ministère de la Guerre.

 

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Le Petit Bé et le Grand Bé vus des remparts

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28 réactions à cet article    


  • diogène diogène 9 octobre 2014 09:25

    Ce toit tranquille, où marchent des colombes, 
    Entre les pins palpite, entre les tombes ;
    Midi le juste y compose de feux
    La mer, la mer, toujours recommencée
    O récompense après une pensée
    Qu’un long regard sur le calme des dieux !


    Le cimetière marin
    Paul Valéry

    • Fergus Fergus 9 octobre 2014 09:32

      Bonjour, Diogène.

      J’avais prévu de faire une allusion à cet autre Sétois célèbre qu’a été Paul Valéry, et cela d’autant plus qu’il a été inhumé au cimetière marin. Un oubli de ma part. Merci d’avoir rappelé ces quelques vers du poète.


    • Abou Antoun Abou Antoun 9 octobre 2014 10:52

      Brassens lui rend hommage dans cette chanson même :

      Déférence gardée envers Paul Valéry,
      Moi, l’humble troubadour, sur lui je renchéris,
      Le bon maître me le pardonne,
      Et qu’au moins, si ses vers valent mieux que les miens,
      Mon cimetière soit plus marin que le sien,
      Et n’en déplaise aux autochtones.

      On ne peut pas en dire autant de Claudel ...
      Elle déclame du Claudel, du Claudel, j’ai bien dit
      Alors ça, ça me fige !

      Elle m’emmerde, elle m’emmerde, j’admets que ce Claudel
      Soit un homme de génie, un poète immortel
      J’reconnais son prestige
      Mais qu’on aille chercher dedans son œuvre pie
      Un aphrodisiaque, non, ça, c’est d’l’utopie
      Elle m’emmerde, vous dis-je


    • Fergus Fergus 9 octobre 2014 11:04

      Bonjour, Abou Antoun.

      Brassens mentionne en effet à Valéry dans La supplique (déjà mise en lien dans l’article).

      Quant à Claudel, c’est dans Misogynie à part qu’il y fait allusion, à sa manière iconoclaste.


    • Alex Alex 9 octobre 2014 14:55

      Fergus,

      Merci pour ce très bon article.

      Il y a 3 ou 4 ans, j’avais donné à ma fille la lecture de La Supplique, à titre d’exercice de français. Son vocabulaire doit dérouter beaucoup d’amateurs de rap...
      De Chateaubriand, j’aime beaucoup certains passages des Mémoires d’Outre Tombe.
      Si j’avais le choix pour mon futur domaine, je passerais 6 mois d’hiver en Bretagne, et 6 mois d’été sur la plage de Sète, y espérant le « petit bonheur posthume » d’une éventuelle ondine.


      • Fergus Fergus 9 octobre 2014 15:10

        Bonjour, Alex.

        Merci à vous.

        Le fait est que le vocabulaire de Brassens est déconcertant pour de nombreux jeunes, et peut être même « relou ». Pas sûr que la plupart « kiffe » ce brave Georges.

        Je connais mal l’oeuvre de Chateaubriand, ayant été quelque peu découragé par ma lecture d’Atala. J’ai néanmoins lu naguère des passages intéressants des Mémoires.

        Pour ce qui est de choisir entre Sud et Bretagne, je ferais l’inverse : l’été en Bretagne et l’hiver dans le Sud afin de limiter les effets de la chaleur dont je ne suis pas très amateur.


      • Alex Alex 9 octobre 2014 15:59

        Fergus,

        Même s’il y a un peu de soleil le 15 août (l’été, en Bretagne...), je crains que l’ombre de ma croix sur une ondine revêtue d’un ciré ne produise pas le même effet que sur une Sétoise avec moins que rien de costume...


      • Fergus Fergus 9 octobre 2014 17:07

        @ Alex.

        Il faut choisir son année en Bretagne, et 2014 a été l’un des meilleurs crus : mis a part trois semaines médiocres en août, le beau temps a été omniprésent du 5 juillet jusqu’au 4 octobre !

        Autre chose : les ondines, notamment allemandes et néerlandaises sont également présentes sur les plages et dans les dunes, parfois avec moins que rien de costume là aussi...

        Et la Bretagne est l’té un refuge pour les gens du sud, à l’image de ce couple d’enseignants de Vaisons-la-Romaine qui loue un gîte 2 mois par an du côté de Douarnenez pour ne pas cuire au cagnard provençal. A l’inverse, j’ai un copain finistérien qui a acheté une maison du côté de Prades. Le pauvre : l’été, il est obligé de vivre enfermé dans sa cave, à la mode catalane !


      • rocla+ rocla+ 9 octobre 2014 15:48

        Un p’tit coin d’ parapluie,
        Contre un coin d’ paradis.
        Elle avait quelque chos’ d’un ange,
        Un p’tit coin d’ paradis,
        Contre un coin d’ parapluie.
        Je n’ perdais pas au chang’, pardi !


        • Fergus Fergus 9 octobre 2014 16:42

          Bonjour, Capitaine.

          « Le parapluie » a valu à Brassens d’être récompensé par l’Académie Charles Cros. Comme « La non-demande en mariage » ou « Je me suis fait tout petit », cette chanson lui a été inspirée par Pupchen. 


        • rocla+ rocla+ 9 octobre 2014 17:16

          Bonjour Fergus , 


          je trouve cette chanson très joyeuse par sa simplicité , sa mélodie jolie
          et ses mots tranquilles .

          Partager un bout de parapluie avec Brassens quel bonheur . 

          Autrement pour parler de changement , le littoral de la mer méditerranée 
          a changé de tout au tout . 

          Dans les années 60 je faisais traveller à pied , auto-stop etc de Nice à Cerbère . 
          Plein de bouts de plage à l’ intérieur des villes villages traversés . Des maisons 
           basses de pêcheurs , des jardins de bord de plages , cabanes , roseaux .
          Un souvenir précis à Martigues , les anciens les soir venu sortant leur cadière 
           (chaise ) devant leur domicile qui tricotant qui bavardant avec les voisins .
          La vie avait un gout de liberté , de bon enfant , de gentillesse .

          à certains endroits écartés on était comme il y a 10 000 ans en arrière ,
          la nature dans son jus de naissance avec cette putain de belle mer 
          bleu étincelant  flux et reflux pareil comme chez Gros Moignon .

          Un paradis pour amoureux de la vie .


           Un bien-être sûr .

          Maintenant  ? des lotissements de villas  , espaces bétonnés , mobilier 
          urbain standardisé .



        • Fergus Fergus 9 octobre 2014 17:27

          @ Rocla.

          Effectivement, ce n’est pas gai comme transformation. Cevennevie et Katherine ont, à cet égard, brossé un tableau de Sète bien loin d’être séduisant.

          Ce problème est d’ailleurs principalement méditerranéen, les autres régions côtières étant moins touchées, même si, ici et là, il y a eu également, des dérives immobilières insupportables.


        • cevennevive cevennevive 9 octobre 2014 15:49

          Bonjour Fergus,


          La plage de la Corniche... Si vous saviez comme elle a changé depuis Brassens !

          Si, depuis sa demeure éternelle, le pauvre Georges voit ce qu’est devenu ce site magnifique et sauvage (de sa jeunesse et de la mienne beaucoup plus tard), il ne doit pas regretter que les autorités lui aient refusé d’y dormir à jamais.

          Pour commencer, « ils » ont refait le petit quartier rural sur les rochers près de la ville et ont déménagé en entier une église pour y construire des bâtiments modernes.

          Les colonies de vacances, les petites pensions de famille (le Lazaret), les rochers, les minuscules anses, tout est parti avec du béton, des passerelles en teck, des bancs, et même, comble du ridicule, une marina !.

          Mais je pense qu’il en est de même pour bien des sites.

          Par contre, je crois que Saint Malo ou la Rochelle n’ont pas beaucoup changé. Du moins à l’intérieur de la ville, car dans les alentours, ce doit être partout les mêmes zones infectes de commerces, de villas et de vilaines choses.

          Bien à vous.

           

          • Fergus Fergus 9 octobre 2014 16:52

            Bonjour, Cevennevive.

            Je ne connais pas très bien Sète, mais ce que vous décrivez là ne m’étonne pas car c’est le sort de trop nombreuses villes côtières. La semaine dernière, j’ai consacré un article à la commune d’Arzon, où Port-Navalo constitue l’une des portes maritimes du golfe du Morbihan. Un endroit superbe. Quel dommage que l’une des anses sauvages ait été sacrifiée à la construction d’un port de plaisance géant (1200 emplacements de bateau), d’une thalasso et d’immeubles très majoritairement constitués de résidences secondaires !

            Si Saint-Malo intra-muros et Saint-Servan n’ont pas changé, en revanche les abords de la ville comportent effectivement pas mal de lieux peu attirants, principalement constitués de zones commerciales parfaitement hideuses et de lotissements déprimants. Même chose à La Rochelle où j’étais il y a un mois.

            Brassens est décidément mieux, tout compte fait, au cimetière du Py en compagnie de Pupchen.


          • cevennevive cevennevive 9 octobre 2014 17:02

            Ah Katherine, nous avons vécu les mêmes instants de liberté et de bonheur...


            Pacceco et ses saucisses grillées devant le marché à la criée, après l’arrivée des pêcheurs !

            Et les daurades, qui venaient faire un tour dans le port quelques jours, parfois quelques heures seulement chaque année ! Une guirlande de pêcheurs à la ligne s’invectivaient, criaient et s’insultaient quand les lignes s’embrouillaient...

            Quant aux blocs de béton du St Clair, s’ils constituaient une occasion de leçon d’histoire pour les enfants que nous étions (et pour mes propres enfants) ils étaient aussi un décor parfait pour les jeux de piste.

            Comme vous, j’y suis retournée à l’occasion d’une visite à un parent en cure à Balaruc-les-bains, et j’ai fui.



          • Fergus Fergus 9 octobre 2014 17:09

            Bonjour, Katherine.

            Déprimant, ce tableau de Sète que vous peignez là ! Comme vous le soulignez, « Vaut mieux garder les souvenirs intacts ».


          • cevennevive cevennevive 9 octobre 2014 17:56

            Katherine,


            Elle est bien jolie cette « drolette » qui vous sert d’avatar. Mignonne à croquer.

            C’était vous ?




          • Fergus Fergus 9 octobre 2014 20:21

            Bien jolie, en effet, cette petite !


          • Rincevent Rincevent 9 octobre 2014 16:31

            En fait, il y a quatre personnes dans le caveau : outre Georges et Püpchen s’y trouvent aussi Simone et Yves Cazzani. Simone est la demi-soeur de Georges et Yves son mari. Quant « plantez, je vous prie, une espèce de pin » quelqu’un en avait déposé symboliquement un (en pot) à droite de la tombe. Je ne sais pas s’il y est encore.

            Il y a une erreur dans la gravure de sa compagne : ce devrait être Püppchen (petite poupée) et pas Püpchen (petit pet)… http://maryse54310.blog.fr/2008/09/17/le-pet-de-la-poupee-de-brassens-4739152/


            • Fergus Fergus 9 octobre 2014 17:20

              Bonjour, Rincevent.

              Vous avez raison, les Cazzani sont enterrés dans le même caveau.

              Pour ce qui est de Pupchen orthographié ainsi, ce n’est pas une erreur. Le mot de « Püppchen » (petite poupée) était devenu familier à Brassens lors de ses mois de STO à Basdorf dans le Land de Brandebourg. Tombé amoureux de Joha Heiman, une juive estonienne rencontrée à Paris dans le 14e arrondissement, Brassens l’a surnommée ainsi avant que, d’un commun accord, il ne changent l’orthographe en « Pupchen », ce quii signifie effectivement petit pet. S’agissait-il d’une malice de leur part ? Je n’en ai pas la moindre idée.


            • Surya Surya 9 octobre 2014 17:44

              Bonjour Fergus,


              Très bel article, comme d’habitude. Un plaisir de vous lire. Un plaisir aussi de retrouver dans votre article les superbes textes de Brassens. 

              En effet, Brassens n’a pas eu de chance. Je trouve qu’il est primordial de respecter les dernières volontés des défunts. Que sa dernière volonté n’ait pas été respectée en plus pour des raisons administratives m’agace profondément.

              Ca fait un moment que je me demande si je vais ou non vous faire une petite remarque au sujet de certains de vos articles, car j’ai un peu peur de vous froisser. 
              J’ai remarqué que parfois, dans vos articles, vous avancez des affirmations dont on se doute bien que vous ne les avez pas piochées dans un chapeau, mais on (en tout cas moi, je ne vais pas prendre mon cas pour...) aimerait bien connaître vos sources. Exemple : lorsque vous dites : « est de nos jours infiniment plus visitée que le caveau rouennais du génial auteur de Madame Bovary », je voudrais savoir tout de même si vous vous êtes appuyé sur des données statistiques pour affirmer cela. Y-a-il un site recensant le nombre de visiteurs annuels des tombes de personnalités, par exemple ? Je vous avouerais que je viens de faire une recherche (très rapide, certes) sur internet, et je n’ai rien trouvé à ce propos.

              Si je vous dis ça, ce n’est évidemment pas pour vous embêter, mais parce que je pense que si la perfection n’est en principe pas de ce monde, vous ne seriez pas loin de l’atteindre avec nombre de vos articles si vous donniez plus volontiers vos sources lorsque vous faites une affirmation. 

              Alors évidemment, ce n’est qu’un détail dans ce très bel article, et je me doute bien que vous n’allez pas cribler vos textes d’astérisques et de notes en bas de page, il ne s’agit pas non plus d’un travail universitaire (je sais, j’ai un peu l’air de vous parler comme un professeur en ce moment...), mais tout de même, parfois, vous affirmez des trucs et j’aimerais bien en savoir plus long sur la question.

              Belle fin d’après midi à vous smiley

              • Fergus Fergus 9 octobre 2014 19:58

                Bonjour, Surya.

                Merci pour votre commentaire.

                Le fait est que je vérifie les informations que je donne dans mes articles. Mais il peut y avoir quelques exceptions, et je dois avouer qu’en ce qui concerne le différentiel de visiteurs entre la tombe de Chateaubriand et celle de Flaubert, j’ai extrapolé, faute d’éléments tangibles. En réalité, je me suis basé sur le nombre des visiteurs de Saint-Malo comparé à Rouen. Sachant que la cité corsaire reçoit grosso modo près de 3 fois plus de visiteurs chaque année (2 000 000 à Saint-Malo), il était logique que le tombeau de Chateaubriand, situé dans un cadre superbe à 10’ des remparts, soit plus visité que celui de Flaubert au cimetière de Rouen, même si la majorité des visiteurs ne sont pas de fervents admirateurs des écrits du Malouin. Certains apprennent même son existence en découvrant cette sépulture. Mais je suppose que les visiteurs du cimetière de Rouen (il faut déjà monter sur les hauteurs de la ville !) n’y vont pas tous non plus pour saluer le créateur des personnages d’Emma Rouault ou Léon Dupuis.

                Bonne soirée.


              • Surya Surya 9 octobre 2014 22:38

                « je me suis basé sur le nombre des visiteurs de Saint-Malo comparé à Rouen. » en effet, ça se tient tout à fait, ça semble logique et je pense donc que vous devez avoir raison.


                Je me suis permise de vous faire cette remarque parce que vos articles, que je lis régulièrement, sont tellement de bonne qualité que ce petit truc, pas grand chose en fait mais je suis du genre à pinailler sur les détails, me semblait comme le grain de sable qui risquait de gripper le système dans son ensemble, si je peux dire, et je trouvait ça dommage.

                Très bonne soirée à vous smiley

              • Fergus Fergus 9 octobre 2014 23:05

                @ Surya.

                Quoi qu’il en soit, merci de vous intéresser à mes articles.

                Bonne nuit.


              • Passante Passante 10 octobre 2014 08:21

                bonjour Fergus,


                peut-être que seul François-René est bien enterré, toute plage mise appart...
                le poète lui dort et s’éveille dans ses chansons.
                puis attention, un récidiviste : 
                déjà dans le titre... tout un programme, tout se joue sur le mot final, « d’outre-tombe », 
                une obsession.

                non, il est puni : 
                voilà, tu as été propriétaire terrien, même si misère sur la fin, ministre d’Empire, 
                sauvé des griffes du lion, ambassadeur très las et à jamais là-bas, 
                le chouan reformaté en mode mondialisé.

                le chanteur garde toute la France sans attache décisive, 
                l’autre a beau scribouiller il ne sortira jamais du silence de son père, 
                et c’est un surbreton qui en revient continuellement à sa terre pour sans cesse se déserter, 
                il a le génie du témoin, mais on lui connaît peu de risques, 
                la politique l’a enterré, avant le poème.

                Contrairement à vous, il me semble que Gustave vise juste, 
                et quelles que soient les apparences, voyage oblige, georges a bien gagné le match.

                • Fergus Fergus 10 octobre 2014 09:34

                  Bonjour, Passante.

                  Votre interprétation des faits est très bien étayée et n’est pas très différente de ma propre opinion.

                  J’ajoute même à ce que vous avez écrit que, son rôle politique n’étant plus connu que des passionnés d’histoire, et ses écrits, hors les Mémoires, n’étant guère mieux lotis, le respect de la mémoire de Chateaubriand est devenu avant tout régionaliste. Dans la région où j’habite (je vis à Dinan, à 25 km de Combourg et à 35 de Saint-Malo), Chateaubriand est une icône comparable à celle de ces saints orthodoxes que l’on place sur un piédestal mais dont on ne sait plus quelle a été leur vie et quel rôle ils ont joué.

                  Quant au « match » de la notoriété, et même d’une forme d’adulation, entre Chateaubriand et Brassens, je ne l’ai pas abordé car il n’aurait guère eu de sens, les profils des deux postulants au cimetière marin étant trop éloignés.

                  Quant à Flaubert, s’il a vu juste en balayant à l’avance d’un revers de main les nombreuses mais superficielles visites qu’amènerait la sépulture du Grand Bé - Chateaubriand restant plongé dans sa solitude comme un quidam dans la foule -, son propre sort à l’état de « macchabée » prestigieux est encore moins enviable à Rouen. Or, ce sont ces deux-là que je comparais en faisant allusion au propos de Gustave, Brassens restant hors du coup. Au moins Chateaubriand bénéficie-t-il des apparences grâce aux amateurs d’air marin et de décors somptueux !

                  Un mot sur votre joli pseudo (nous sommes tous des passantes et des passants). Je ne sais évidemment pas s’il a un rapport avec le poème d’Antoine Pol ou la chanson de Brassens. A toutes fins utiles, pour ceux qui ne connaîtraient pas cette merveilleuse chanson dont le texte me rappelle des souvenirs, comme sans doute à beaucoup d’entre nous : Les passantes.


                • Passante Passante 11 octobre 2014 18:21

                  merci Fergus de cette réponse,


                  il est bien dommage que les Mémoires ne provoquent plus le détour qu’elles méritent, 
                  moins combourg que le récit d’Empire surtout, auquel seul Stendhal put faire concurrence,
                  mais la position problématique du mémorialiste, et aussi cette solitude définitive, de toujours, 
                  au point que coincé avec les carlistes, on y verrait moins un hasard politique qu’une destinée d’isolé définitif...
                  oui gustave voyage bien moins, mais son seul tour d’orient fut cent fois toutes les pérégrinations du va-nus-pieds de saint-malo, flaubert goûte avant de penser, chateaubriand fait toujours l’inverse, le grand siècle est encore là, il tient la charnière ; jamais il ne se délecterait de pourlécher une Kuchuk-Hanem sur une nuit entière ; c’est un autre versant de la vie, livré aux répugnances de la cour.

                • Fergus Fergus 11 octobre 2014 19:50

                  Bonsoir, Passante.

                  Amusant que vous parliez des Kuchuk Hanem car précisément je suis en train d’écouter en vous lisant la musique de ballet Gayaneh de Katchaturian L’orient répond ainsi à l’orient.

                  Le fait est que la démarche comparée de Chateaubriand est fort différente de celle de Flaubert. Question de tempérament à la fois pour ces deux monuments de la littérature, mais aussi pour ceux qui s’intéresse à leurs œuvres respectives.

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