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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Chefs d’oeuvre du 7ème art - V pour Vendetta

Chefs d’oeuvre du 7ème art - V pour Vendetta

Adaptation cinématographique par les réalisateurs de Matrix – au scénario seulement - du roman graphique d’Alan Moore et David Lloyd, gros succès des années quatre-vingt prenant pour cible l’Angleterre de Maggy Thatcher, V pour Vendetta s’inspire de la figure de Cyrano de Bergerac, le juste qui a du panache. Qu’il transpose dans un Londres futuriste afin de lui faire incarner la rébellion à l’ordre établi. Ordre démocratique s’entend, avec une scène inaugurale en 1605 ou le héros – tout du moins son inspirateur – tente de carboniser le Parlement anglais, se fait arrêter puis pendre sur la place publique.

Avec cette introduction, les auteurs inscrivent la démocratie représentative sous l’angle d’un régime tendant intrinsèquement vers une dictature orwellienne, ce qu’est devenue l’Angleterre cinq siècles plus tard.

V, l’héritier du pyromane, est donc un personnage à la Edmond Dantès qui seul se dresse contre l’ordre et contre l’état policier totalitaire. Masqué, victime autrefois d’expériences venues de l’imaginaire des camps de la mort, des expériences de la CIA et de Guantanamo, il est la personnification de la résistance, un Anonymous avant l’heure puisant dans le monde des films de cape et d’épée tout autant que dans l’attirail des super-héros contemporains son arsenal, sa geste comme ses symboles.

Un contre tous. Sachant que le solitaire va s’adjoindre une compagne, qui sera son élève. Sauvée tout d’abord des griffes de policiers véreux, recueillie et mise dans la confidence de la liste des meurtres à accomplir pour que justice soit faite, l’héroïne jouée par Nathalie Portman vit encore dans la peur. Une peur originelle qui puise sa source dans sa propre enfance, et à partir de laquelle le système totalitaire implante en elle sans qu’elle s’en rende compte un mode de fonctionnement lui interdisant l’affranchissement. V – vengeance, victoire … - va donc procéder à une reprogrammation en usant autant la douceur que la violence, et en actionnant un second trauma lui permettre d’éteindre le premier. Et donc la peur qui va avec.

L’état british s’inscrit ironiquement en opposition avec des Etats Unis en proie à la décadence et à la guerre civile. La demande d’ordre de la population manipulée par ses gouvernants a permis à ceux-ci de rogner une à une toutes les libertés les plus élémentaires. La thématique du complot, archi présente, met en scène la réalisation de meurtres sur des innocents, de terrorisme apparent servant de bouc émissaire à l’instauration de lois liberticides, de génocide, de manipulations via les médias ainsi que d’inversion accusatoire. L’espèce de fou au sommet de la Pyramide britannique est tel un démiurge furieux vivant dans la peur qu’il diffuse en la répercutant sur tous ses collaborateurs, qu’il n’hésite pas à éliminer si besoin. Son mode opératoire, l’hyper contrôle, se base sur la paranoïa de celui qui, inapte à l’intuition, a besoin de tout savoir sur tout et sur tout le monde, et se voit confronté à un ennemi invisible qui déjoue un à un tous ses pouvoirs. Jusqu’à retourner le peuple contre lui.

La destruction des symboles démocratiques, à commencer par le Palais de Justice, résonne comme une provocation des auteurs, lesquels mettent au travers de leur fiction tous les pouvoirs en accusation. Se désaliéner implique tuer le symbolique et aller jusqu’à faire sauter Big Ben et réintroduire une autre histoire officielle. Au travers de la date symbolique du 5 novembre, le jour ou fut pendu en place publique le premier rebelle de l’Empire, celui qui voulut s’attaquer à la racine du mal qu’est le Parlement.

La dimension visuelle du film, mêlant scènes futuristes, imaginaire de certaines bandes dessinées, films de cape et d’épée et univers à la Jack l’Eventreur, réussit une symbiose assez surprenante, en tout cas extrêmement originale, de nombre de genres du cinéma anglo-saxon. Aussi futuriste que tourné vers le passe, V pour Vendetta s’écarte de toute la production de films d’aventures contemporaines, inscrivant son message politique dans une extra-temporalité qui doit autant à Cyrano qu’à Orwell. En cela, il réinvente une forme d’héroïsme qui s’en va puiser dans les racines des vieux pays d’Europe, et les adapte à l’époque contemporaine. Avec un panache qui laisse pantois.


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5 réactions à cet article    


  • Dom66 Dom66 6 octobre 16:29
    Salut christophecroshouplon

    Merci pour cet article. V pour Vendetta est effectivement un « Chefs d’œuvre à avoir vu, mais en plus, pour moi est une image de la vie future de notre societé si nous ne réagissons pas.

    Votre texte est très bon...j’ai retenu entre autre : et j’ai enlevé des mots.

    « Avec cette introduction, les auteurs inscrivent la démocratie représentative sous l’angle d’un régime tendant intrinsèquement vers une dictature , ce que deviendra l’Angleterre 50 anss plus tard.

    V, qui seul se dresse contre l’ordre et contre l’état policier totalitaire »

    Bravo d’avoir fait un article sur ce film.

    Film à voir.


    • Dom66 Dom66 6 octobre 18:48

      @Dom66
      Un certain mr G... est passé moinser smiley


    • christophecroshouplon christophecroshouplon 6 octobre 23:07

      @Dom66
      Merci Dom !


    • Morologue Morologue 6 octobre 18:55

      Je pensais récemment à ce film, comme ambiance d’époque contemporaine.


      • Film plus que top comme je les aime....

        Une Fiction sur fond de vérité et d’un réalisme largement possible.

        Comme la série de films « la planète des singes.... », Soleil Vert, Le survivant avec Charlton Heston .
         smiley

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