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Concert d’Elton John au Zénith : au royaume des sourds les malentendants sont rois

Tenté par une perte de virginité tardive, je me suis laissé tenté par le plaisir d’aller écouter un monstre de la scène pop. Elton John a vendu 350 millions d’albums dans le monde depuis les quelque 40 années qu’il chante et compose sur des paroles de l’éternel Bernie Taupin. Il est encore au zénith de sa forme, ça se voit. Mais ça ne s’entend pas. Peut-être à cause de la forme du Zénith.

Dans les années 80, I’M Still Standing faisait la joie des élèves de collège qui avaient reçu la mission de traduire un hit pop en français. À l’époque, on était sensible à ce mélange d’énergie hystérique et de modulations en mineur. Mais qu’en est-il aujourd’hui de la sensibilité musicale de mes contemporains ? Sommes-nous tous sourds ? Je me pose la question à la sortie d’un concert comme celui du Zénith de Paris le 11 septembre dernier. Est-ce que j’ai pu vraiment apprécier le jeu des musiciens qui, malgré eux sans doute, étaient noyés dans l’énorme, la colossale, sonorisation du Zénith ? Là aussi, j’ai bien peur que nous confondions quantité et qualité. Comme pour les fruits et légumes, la prévalence de l’une nuit à l’autre. Au-delà d’un certain niveau, la confusion (le bruit) prend le pas sur la différenciation sonore (la musique) parce que le cerveau ne distingue plus la moitié du message, et que l’oreille humaine n’est pas du tout faite pour endurer de forts niveaux acoustiques sur la durée.

À y bien penser, sont -ce les quelque 100 et plus décibels qui ont contribué à ravir les auditeurs et les fans d’Elton John ? (La fiche technique du Zénith nous dit posséder 150 amplis pour 100 000 watts). Mes oreilles ont sifflé la demi-heure après le concert. Il y aurait donc un problème dont tout le monde se contrefout. Est-ce que les amateurs de musique, qui paient leur place au moins 80 euros la soirée pour être à trente mètres de la scène, compensent l’éloignement de leur idole par la surabondance sonore ? Se sentent-ils plus proches de lui parce que le Yamaha de concert de sir Elton claque dans les aigus aussi sûrement qu’une boîte à clous amplifiée le ferait ? Peut-être, me suis-je dit, que j’ai reservé une soirée dont les bénéfices iront aux oeuvres de soutien des prothésistes auditifs, ou qu’à l’inverse, j’ai pris place par erreur parmi les membres d’une association de malentendants ?... Peut-être aussi que le fort volume sonore est un cache-misère qui masque efficacement la mauvaise qualité acoustique de cette salle métallique qui offre, grâce à l’écho, deux concerts pour le prix d’un. Mais pour ce prix, je me souviens avoir pu assister de très près à l’expression de chanteurs ou d’orchestres "sans micro" lors de soirées inoubliables d’émotions diverses. Là, pour mon premier concert pop, une seule émotion : la sidération.

Cette course au bruit, parce qu’il faut bien l’appeler comme cela, détruit aussi sûrement l’oreille physiquement qu’elle anéantit le jugement, le goût musical. Mon propos n’est bien sûr pas d’opposer les différentes formes musicales, et je ne suis pas un adepte de la branlette baroquisante. J’aime bien ce que fait Elton John (même s’il a eu tendance à se prépéter dernièrement), mais, précisément, je suis persuadé que les auteurs, les compositeurs, les interprètes qui ont pris soin, comme Elton john, de s’entourer d’une équipe, d’un directeur musical comme Davy Jonhston, fameux gutariste de surcroît, que tout ces talents, donc, méritent mieux que ce que les équipes techniques du son retransmettent de leur travail. Je m’inquiète également pour nos musiciens et tous les professionnels qui travaillent sur ces plateaux hautement sonores tout au long de l’année. Elton John était assis au milieu de quatre "retours", haut-parleurs de scène. Serait-il, lui aussi, sur la même pente que Beethoven ?

Décret n° 88-405 du 21 avril 1988 sur les niveaux de bruit


Lexique à l’usage des bien-entendants :

* • Le décibel (dB) : correspond à peu près au pouvoir sélectif de l’oreille permettant d’apprécier une variation d’intensité. Il constitue une bonne unité relative pour caractériser physiquement et physiologiquement les sons.
• Le seuil de l’audition situe le niveau minimal d’intensité audible à une puissance liminaire, pour un sujet normal, de 10-12 W/m2, ce qui correspond à une pression de 2.10-5 Pascals (20 micropascals).

Source : Université virtuelle de médecine du travail


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7 réactions à cet article    


  • TSS 12 septembre 2007 12:59

    je suis allé voir HF Thièfaine au zenith à son dernier concert et j’ai egalement trouvé que le son etait trop fort et ne permettait pas d’apprecier les subtilités !!

    il ya d’ailleurs un afficheur sur la console centrale du zenith qui permet de voir le nombre de decibels et ce soir là il a affiché 103db !c’est beaucoup trop....


    • Olivier Jaquemet 12 septembre 2007 17:37

      J’étais à ce concert hier soir, et je ne peux qu’acquieser.

      Pour avoir assister à son concert à Bercy il y a 2 ou 3 ans, par comparaison, j’étais vraiment *extremement* deçu de l’accoustique du concert d’hier soir au Zenith.

      Etait-ce du à mon emplacement dans la salle (sur le coté), à l’installation technique de sir Elton, ou de l’accoustique du Zenith... je ne saurais vraiment le dire, je n’ai pas l’oreille aussi fine que cela.

      J’ai déjà assisté à d’autres concerts au Zenith (Bénabar, Frantz Ferdinand) ou j’étais bien mieux placé et je n’ai pas eu à me plaindre plus que ça même si ce n’était pas dans le même registre musicale.

      Une chose est sûre : d’autres salles sont bien plus agréables.

      1. Le zenith ferait bien d’investir dans une refonte accoustique pour permettre à ses spectateurs de profiter au mieux des concerts à prix d’or qui y ont lieu... 2. 80 euros la place sur le coté ou la reverb est abominable, la stéréo quasi absente et où n’entends que les aigu... faut pas pousser. Les artistes devrait penser un peut à leur public et essayer de mieux évaluer le prix des places....

      Quoi qu’il en soit, passé la deception du début de concert ou même les grands « hits » sont à peine reconnaissable... on ne se laisse finalement entrainer par la dynamique du concert.


      • Marc Bruxman 12 septembre 2007 21:52

        C’est bizarre j’avais le souvenir inverse avec un Zenith bien sonorisé et un Bercy dégeulasse.

        Mais cela dépend beaucoup de la position dans la salle. Je me souviens d’une soirée techno dans un stade aux pays bas ou le son était très bon dans la fosse mais quand on allait se reposer en tribune le son était infame, plein de reverb bref a gerber.

        Après sonoriser une salle c’est plus facile a dire qu’a faire lorsque la salle est grande. Techniquement cela reste un challenge et dés fois il faudrait raser le batiment pour le reconstruire car c’est l’accoustique du batiment qui est foireuse.


      • Nycolas 12 septembre 2007 18:33

        Je ne peux qu’acquiescer à mon tour, ayant des problèmes d’audition (acouphènes d’origine inconnue) et ayant longtemps fréquenté des musiciens, je sais que beaucoup d’entre eux se protègent en allant aux concerts avec des bouchons spéciaux pour oreilles... (Moi je me contente d’y aller aussi peu souvent que possible...)

        Rien que ce fait est édifiant en soi, non ?

        Cette mauvaise habitude de la surenchère sonore est catastrophique, et c’est un fan de hard rock qui vous le dit...

        En outre je dois dire que votre article résume assez bien l’absurdité de la chose. Je vis près d’une boite de nuit, et parfois réveillé en pleine nuit par le volume sonore lorsque les portes s’ouvrent, je suis souvent moi-même sidéré par ce que doivent subir les oreilles des clients, qui sont non seulement consentants à ces agressions, mais en plus en redemandent...

        Au-delà même de ce qu’on constate dans les concerts ou les lieux spécialisés, le bruit est une pollution comme une autre, qui comporte ses propres problèmes de santé publique. Problèmes qui sont quasi tout le temps minimisés par ceux qui devraient s’en occuper... Il est prouvé que des agressions sonores répétées peuvent déstabiliser le psychisme, pouvant être responsables de différentes formes de dépression ou d’atteintes psychiques. D’ailleurs la nervosité et les constantes bagarres à la sortie de la dite boite de nuit semble l’attester...

        Alors que dire des habitués des concerts qui ne pensent pas une seule seconde à se protéger ? Sortez couverts, on vous l’a dit... Et il n’y a pas que la masturbation qui rende sourd...


        • Marc Bruxman 12 septembre 2007 21:48

          Une seule chose à dire : Mettez des bouchons d’oreille. Pas les saloperies en mousse que vous trouvez en pharma. En effet, des boules quies classique vont déformer le son et il va etre tellement dégeulasse que la musique sera sans saveur. Il existe par contre des bouchons spéciaux pour musiciens : http://www.ecoute-ecoute.com/quoi/search.asp?ref_produit=ABERS20&gam=1&fam=19

          Ces bouchons ne déforment pas le son et sont lavables et réutilisables. Pensez y comme vous pensez aux capotes, les troubles auditifs suite aux concerts ca existe malheureusement.

          Pour ce qui est du niveau sonore, la limite en France est a 105dB et c’est généralement respecté. Souvent, il n’est techniquement pas possible de baisser le son pour des raisons d’accoustique et de dimensions des salles que je ne détaillerai pas ici. Une autre raison très simple : Une foule de 10 - 20 000 personnes fait beaucoup de bruit (Les 80dB sont vite atteints) même quand elle semble silencieuse ! ! ! C’est le fait qu’on s’habitue au bruit qui fait que l’on n’entend pas la foule. Et on monte donc le niveau de 10dB minimum pour la couvrir.

          Et contrairement a une idée recue, rien ne sert de s’éloigner de la scéne. La plupart des sonos modernes (avec cluster d’enceintes suspendus au plafond) fournissent un niveau sonore quasi homogéne dans toute la salle.


          • lyonelk 13 septembre 2007 00:42

            Ben moi (ainsi que 20’000 autres) nous avons écouté Elton John à Vevey (Suisse) et en plein air. Ce fut magnifique. Y compris pour mes oreilles. Cela faisait longtemps que je n’avais pas assisté à un concert sans avoir à protéger mes oreilles. Nickel. smiley


            • Ben Ouar y Villón Brisefer 13 septembre 2007 22:01

              Mise-à-jour : M. Martin responsable de de la diffusion du Zenith de Paris me répond après avoir lu cet article sur Agoravox.

              Il nous apprend ceci :

              "Le problème n’est pas que nous ayons ou pas bonne presse, il concerne plutôt ceux qui parlent (ou qui écrivent) sans vérifier leurs propos. Je serai bref.

              Le Zénith n’a pas de sono, Elton John comme tous les artistes utilise la sienne et ses techniciens.

              Pourquoi la sono serait-elle parfaite sur certains concerts et merdique sur d’autres si ce n’était que certains sont consciencieux et d’autres s’en foutent...

              A propos du décret 98-1143, le Zénith est une des très rares salles à être équipée d’un système de limitation de pression acoustique, les mesures étant enregistrées par ailleurs.

              En résumé, la qualité, c’est pas nous, mais étant responsables pénaux des séquelles que le bruit peut engendrer, on limite le niveau.

              Tout compte fait, et concernant la qualité, ça vaut peut être mieux que de vendre aux entrées des bouchons d’oreille comme d’autres salles font... Cordialement."

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