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CREANCIERS

La distribution est intéressante, l’auteur est fascinant, la metteur en scène a de l’expérience, le théâtre de l’Atelier est un lieu où la magie opère à juste titre et pourtant, d’où vient cette étrange impression que tous ces éléments réunis passent à côté de l’impact attendu à l’égard d’un tel projet ?

A l’analyse, il sera possible de penser que la direction d’acteurs est trop réaliste au détriment du machiavélisme implicite tissé dans la stratégie d’August Strindberg. Sans doute le jeu des protagonistes s’apparente-t-il trop à une rencontre de salon, là où il faudrait voir des âmes en souffrance prêtes en puissance à des extrêmes contradictoires, là où le spectateur devrait percevoir davantage de ressentiment que de sentiment bafoué.

Ainsi, Gustav (Lambert Wilson) apparaît-il très sûr de lui, imbu de sa personne mais relativement peu comme un personnage en nécessité de vengeance radicale en mémoire d’un amour trahi.

Ainsi, Adolphe (Jean-Pierre Lorit), cet artiste vulnérable et influençable, nous apparaît comme une victime sans défense, alors qu’en fait une sourde résistance au cataclysme à venir ne devrait cesser de poindre à fleur de peau.

Et puis, il y a Tekla la femme fatale, celle par qui tout le mal amoureux se déclenche autour d’elle sans qu’elle en ait la moindre once de responsabilité ; Emmanuelle Devos semble en distancier tellement son interprétation que l’attrait mystérieux qu’elle devrait irradier paraît s’estomper dans la banalité des arguties du rôle.

Cependant, divisée en trois parties caractérisées par autant de rencontres déterminantes, d’abord "Gustav-Adolphe", ensuite "Tekla-Adolphe" et enfin "Gustav-Tekla", la pièce "Créanciers" culmine en une rencontre finale au sommet avec le trio composé de l’ex-mari, de la femme et du jeune époux, pour dévoiler la manipulation démoniaque à laquelle, devant témoins, ils se sont tous abandonnés, du plus actif au plus passif.

Il faut dire alors que Lambert Wilson, lâché comme un lion en cage depuis le début de la représentation, fait passer l’assistance par de tels frissons d’effroi mêlés d’admiration, que ces instants d’émotion intense valent bien d’effacer toutes les sensations précédentes de vacuité.

C’est bien lui le prince de la soirée !... En effet le "Gustav" d’Hélène Vincent tire toutes les épingles du jeu, du sien et même de celui de ses partenaires, au point qu’il pourrait paraître crédible que Tekla et Adolphe, par instinct de survie, se remettent en ménage.

Mais était-ce là l’objectif psycho-dramatique poursuivi par August Strindberg ?

Theothea.com

photo : Emmanuel-Robert Espalieu

CREANCIERS ** de August Strindberg - mise en scène : Hélène Vincent
- avec Lambert Wilson, Emmanuelle Devos, Jean-Pierre Lorit - Théâtre de l’Atelier -

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