• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > De l’Action Directe contre la résignation

De l’Action Directe contre la résignation

Près d'un siècle après la fameuse conférence de Voltairine nous avons beau nous répéter le mantra : "ça pourrait être pire : je ne suis ni Japonais, ni Libyenne", nous sentons bien que là, comment dire…

Les lecteurs de la sûreté seront déçus en réalisant qu'il ne s'agira pas ici de promouvoir M. Rouillan et ses camarades mais bien de revenir sur un texte écrit par Voltairine de Cleyre en 1912 et pourtant d'une actualité en fusion !
Une conférence qui étudie la légitimité d’un type d’action politique qui renaît chaque fois que sont menacées « les forces de la vie ». Contrant ceux qui tirent argument de la violence pour discréditer tout mouvement social, Voltairine puise dans l’histoire contestataire, souligne l’inventivité des formes d’action directe et soutient la nécessité d’agir quand les droits les plus élémentaires sont bafoués.(1)

Nous voilà presque cent ans plus tard et Naomi (2) a beau nous avoir prévenus, la stratégie du choc en action ça tétanise, ça désoriente et ça démotive ! Et c'est bien là son but.
Abasourdis nous voyons une nouvelle guerre de circonstance balayer les catastrophes en cours des unes. Il est clair que le nucléaire ne fait pas partie des thèmes de campagne de Sarkozy et ses amis, tout autant qu'une intervention militaire ne sera jamais humanitaire !
L'offensive est globale, sans répit sur tous les fronts, des infirmières et professeurs ils font des fonctionnaires névrosés, des employés ils font des ouvriers et des travailleurs des précaires, des deux des chômeurs en sursis, quant aux chômeurs…
Des insurrections ils font un spectacle à leur avantage et des catastrophes naturelles, des affaires en flux tendu !

Or s'ils peuvent se permettre tout cela et bien pire c'est uniquement parce que nous le tolérons. Nous ne l'acceptons pas et le dénonçons certes mais il est temps de constater que cela ne suffit pas et n'a jamais suffi.
Nous sommes en état de légitime défense et comme nous pouvons aussi le constater en subissant ces assauts, la meilleure défense reste l'attaque. En stratégie militaire ou politique comme sur le tatami celui qui est offensif oblige l'adversaire à se concentrer sur la défense, celui qui pare ou subit n'a pas même le temps d'envisager une riposte. Nous le savons tous mais il est bon de se le rappeler maintenant que nous sommes dans les cordes. 

Ce ne sont pas les grévistes qui nous prennent en otages, c'est -entre autres- le lobby nucléaire.

Le problème majeur de beaucoup d'entre nous est d'avoir voulu oublier que les avancées, les "acquis" sociaux dont nous bénéficions, furent en fait des conquêtes. Que les quelques règles minimes et insuffisantes que les peuples avaient pu imposer aux puissants le furent par un rapport de force et d'inimaginables sacrifices, des mots qui cadrent mal avec le confort qu'ils nous ont provisoirement accordés.
Non, les nantis ne se sont pas réveillés un beau jour travaillés par les remords et décidé spontanément de sortir les enfants des usines et des mines, d'accorder l'éducation, la santé, le droit de vote, la journée des huit heures. Pas plus qu'ils ne renonceront spontanément à leurs guerres impériales ou au nucléaire. Exit les bisounours win-win politiquement correctes et leur positivisme hystérique.
Chacune de ces conquêtes furent et seront arrachées d'âpres luttes -des classes- et de la seule et unique manière à notre disposition hier comme aujourd'hui : l'action, l'action directe et non-violente(3). S'indigner, tisser ou se réapproprier les réseaux, s'unir car le camp adverse l'est, oui mais surtout agir afin de construire un nouveau rapport de force ! Concrètement et non virtuellement.

Voltairine l'avait bien compris et magistralement expliqué. Cette charmante libertaire offre un manifeste antidote à la résignation, une lecture qui rend à cette association de termes souvent dévoyée ou calomniée, toute son actualité et sa pertinence.
Extrait :

"Qu’est-ce que l’action directe ?

En réalité, ceux qui la dénoncent avec autant de vigueur et de démesure découvriront, s’ils réfléchissent un peu, qu’ils ont eux-mêmes, à plusieurs reprises, pratiqué l’action directe, et qu’ils le feront encore.
Toute personne qui a pensé, ne serait-ce qu’une fois dans sa vie, avoir le droit de protester, et a pris son courage à deux mains pour le faire ; toute personne qui a revendiqué un droit, seule ou avec d’autres, a pratiqué l’action directe. (…)
Toute personne qui a eu un projet, et l’a effectivement mené à bien, ou qui a exposé son plan devant d’autres et a emporté leur adhésion pour qu’ils agissent tous ensemble, sans demander poliment aux autorités compétentes de le concrétiser à leur place, toute personne qui a agi ainsi a pratiqué l’action directe. Toutes les expériences qui font appel à la coopération relèvent essentiellement de l’action directe.
Toute personne qui a dû, une fois dans sa vie, régler un litige avec quelqu’un et est allé droit vers la ou les personne(s) concernée(s) pour le régler, en agissant de façon pacifique ou par d’autres moyens, a pratiqué l’action directe. Les grèves et les campagnes de boycott en offrent un bon exemple …"

Voltairine de Cleyre "De l'Action Directe" 1912.


Ce texte -"De l'Action Directe" suivi d'un autre de la même Voltairine -"Où nous en sommes"- est joliment réédité par "le passager clandestin" et tout aussi brillamment introduit par Normand Baillargeon. Il est aussi disponible en ligne sur "activista.be" ou encore en format pdf grâce à infokiosques.net.
Le livre est disponible chez Aden ou -dans un format très en poche- dans divers supermarchés de la culture.

Bonne lecture et action !


"De l'Action Directe" texte complet en ligne - HTML.//

"De l'Action Directe" texte complet - PDF / (grâce à infokiosques)//

 

(1)L'éditeur de la réédition livre : le passager clandestin

(2)Naomi Klein : "La Stratégie du Choc".

(3)L'Histoire ancienne ou récente démontre que l'action directe des citoyens et des peuples est non-violente. C'est la violence de la répression qui provoque parfois le recours -désespéré vu la disproportion des moyens- à une autodéfense légitime.
A ce sujet les dix de Tarnac soulignaient récemment et judicieusement que l' :"On s'émerveille de ces "révolutions" (en méditerrané) pour mieux esquiver les évidences qu'elles nous jettent au visage pour mieux dissoudre le trouble qu'elles suscitent en nous.
Faut-il qu'elles soient précieuses, les illusions qu'il s'agit d'ainsi préserver, pour que l'on se répande partout en pareilles apologies de l'insurrection, pour que l'on décerne la palme de la non-violence à un mouvement qui a brûlé 60 % des commissariats égyptiens. Quelle heureuse surprise de soudain découvrir que les principales chaînes d'information sont entre les mains des amis du peuple !"
(Extrait de "Paris-Texas : une proposition politique")


Moyenne des avis sur cet article :  4.5/5   (8 votes)




Réagissez à l'article

7 réactions à cet article    


  • easy easy 2 avril 2011 15:25

    La subversion s’accommode mal de la coagulation.

    Le maitre de la subversion était Diogène de Sinope et il était seul, presque seul. Pour copuler, il faut tout de même être deux et qu’il avait alors une copine aussi subversive que lui. Mais à ce détail près, il était seul.
    Même dans une classe, le subversif est seul. La solitude est fondamentale à la subversion.

    Quand on appelle au rassemblement on n’est pas subversif, on est révolutionnaire. C’est parce qu’une révolution est fondée sur une coagulation des esprits, qu’on se retrouve constamment, de révolution en révolution, sous quelque massive férule.


    • eric 2 avril 2011 16:33

      Il y a clairement deux modalités très distinctes que vous vous acharnez a rapprocher et je pense que c’est pour justifier la seconde.
      L’action au sens le plus large non violent. Coopération, association, entraide, résistance passive, gréve etc..Pas de problème, largement ouvert, encouragé non seulement par la loi mais même souvent bénéficiant de financements publics. Il n’y en a guère. On peut penser que c’est la faute des médias, mais comme ils sont plus indépendant que jamais, c’est évidemment faux. La TV complétement contrôlée par le Gouvernement sous De Gaulle n’a pas empêché les grandes grèves de 68.. Il était plus difficile, plus risque, de se soulever, de faire grève, d’organiser des coopératives, en 1870, en 1936.
      C’est donc peut être qu’en fait la situation réelle de la très grande majorité des gens ne les conduits pas a se mobiliser. Ce fait concret devrait vous conduire a vous interroger sur la réalité de votre analyse de la société contemporaine. A l’impossible, nul n’est tenu.
      Bon, personne ne vous écoute, et peu de gens éprouvent un besoin irrépressible d’aller combattre les injustices supposées devenues insupportables, au quotidien dans la rue.
      Reste la seconde modalité pour « l’élite éclairée » qui elle ,comprend que tout va très mal et que tous les autres étant de fieffes imbécile qui ne le comprennent pas, il faut bien agir a leur place.
      Et la, comme les masses ne suivent pas et qu’une action concrète non violente risque de passer parfaitement inaperçue, pour exister, il faut faire du bruit. La seule chose qui choque encore, c’est la violence pure, même habillée en non violence, même justifiée par « la violence première du système ». Bon, d’accord, la, on parlera de vous. Maintenant, politiquement, cela n’a jamais donne aucun résultat, au moins dans le sens recherche, parce qu’a l’inverse, les réflexes de peurs ont souvent favorise le camps adverse.

      Non, dans ce domaine, le seul truc qui marche historiquement, c’est la terreur de masse. La un petit groupe peut arriver a quelque chose. Quelques « terroristes » en 93, 8 a 13 000 bolcheviques ou vietmin, finissent par s’imposer. Cela demande pas mal de poigne, le truc est de tuer tous le monde. Les adversaires, leurs familles, les neutres, les mous, les incertains, les douteux, les amis. (ce n’est pas un hasard si cela s’appelle la terreur et pas simplement le terrorisme).
      Pour cela il faut des loups sanguinaires ayant eu une vie d’enfer ( Façon Staline par exemple), ce ne sont pas des fils a papa façon tarmac, des intermittents du spectacle ou « RMIstes par choix » habitues a vivre au crochet du système qui fourniront la main d’œuvre qu’il faut. La priorité politique est donc toute tracee, il fut militer et recruter dans les hopitaux pshychiatrique, les prisons et autres bas fond. Il y a énormément de précédents.

      Bonne chance.


      • easy easy 2 avril 2011 18:28

        Plus lucide que ça, tu meurs.


      • activista/// Activista 2 avril 2011 18:46

        Bonsoir easy,
        En effet Diogène était subversif et seul, d’autres le furent et le sont toujours en groupe.
        Pour passer de la subversion à la construction, un rapport de force est souvent le préalable et dans ce cas la solitude n’aide pas...

        Bonsoir Eric,
        Si je partage certains points de votre analyse d’autres me paraissent forts subjectifs, ainsi les médias seraient « plus indépendants que jamais » ?!
        Un autre fait qui vous a peut-être échappé sont les multitudes de citoyens Tunisiens, Grecs, Étasuniens, Égyptiens, Français ou plus récemment Allemands (contre le nucléaire) ou Anglais (une des plus importantes mobilisations de l’histoire du pays le WE passé, ce malgré le peu d’entrain des syndicats) etc, etc, qui agissent et pratiquent l’action directe ces derniers mois.

        Les « avant-gardes » auto-proclamées n’ont jamais obtenus des avancées similaires à celles obtenues par de réelles mobilisations et rapports de force.
        (comme sortir les enfants des mines, obtenir la scolarisation ou un accès à la santé,etc.)

        Le propos de Voltairine est -entre autre- que l’action directe précède souvent l’action politique.
        Particulièrement quand comme aujourd’hui cette dernière s’est corrompue et trahit sa fonction.

        La mobilisation récente et spontanée en Angleterre en est un bel exemple, à présent les syndicats auront difficile à justifier leur manque d’entrain et de combativité.

        Bien à vous.


        • activista/// Activista 2 avril 2011 18:52

          ps :
          (comme sortir les enfants des mines, obtenir la scolarisation ou un accès à la santé,etc.)
          ...un accès aux soins, si je me rappelle bien en France « la santé » est le nom d’une prison ;)


        • easy easy 2 avril 2011 19:37

          Oh que ça fait des lustres que j’ai bien compris que la solitude ne permet pas les renversements et qu’il faut coaguler pour renverser.

          Mais laissez les subversifs à leur subversion nécessairement solitaire, nécessairement en position de faiblesse par rapport à toutes sortes d’alexandries, qu’elles soient monarchies, oligarchies ou démocraties. Ne volez pas à Diogène le peu qu’il a.

          Lorsque des victimes coagulent au point de pouvoir renverser leur bourreau, elles deviennent bourreaux et il devient victime. 

          Contentez-vous d’être révolutionnaires, ça pose déjà son homme vous savez.


        • easy easy 2 avril 2011 19:45

          «  »«  »«  » Les « avant-gardes » auto-proclamées n’ont jamais obtenus des avancées similaires à celles obtenues par de réelles mobilisations et rapports de force.
          (comme sortir les enfants des mines, obtenir la scolarisation ou un accès à la santé,etc.) «  »«  »«  »«  »"

          C’est absolument vrai.

          Mais c’est de la révolution (qu’on appellle aussi progrès) non de la subversion.

          Le Chevalier de la Barre, Sade, Molière, c’était de la subversion, la prise de la Bastille, le nazisme, le maoisme, c’est de la révolution.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON








Les thématiques de l'article


Palmarès