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De la médecine à la poésie

La médecine, aujourd’hui hautement technologique et indéfectiblement scientifique, fut en des temps pas si reculés que cela considérée comme un art. La richesse de son vocabulaire et de ses expressions sémiologiques en témoigne. Souvent très imagés, les termes donnent aux souffrances qui les accompagnent une dimension bien plus humaine que les comptes rendus laconiques des IRM et autres examens paracliniques particulièrement pointus mais souvent terriblement désincarnés.

Le rossignol des tanneurs, maladie autrefois très répandue, typique de ces ouvriers dont les extrémités des doigts ulcérés par les produits chimiques, se présentait sous forme de lésions en forme d’oeil d’oiseau et produisait lors de la pression un cri de douleur expliquant son surnom. Pathologie à ne pas confondre avec l’œil de perdrix, sorte de cor installé douloureusement entre deux orteils. Dans la métaphore ornithologique, il y a également le nanisme à tête d’oiseau, maladie congénitale rajoutant à la petite taille un faciès particulier avec menton fuyant, de gros yeux et un nez proéminent.

Les références animalières sont d’ailleurs très nombreuses. Le bec de lièvre, fente labiale supérieure se prolongeant dans le palais s’appelle gueule de loup lorsqu’elle est bilatérale. Chez les sages-femmes, casser son œuf signifie faire une fausse-couche. Longtemps le col de l’utérus s’appela museau de tanche ! Le cou de taureau, une enflure du cou signant un envahissement du médiastin par un cancer, ne renvoie malheureusement pas en médecine à la force physique. Plus sympathique, le cou proconsulaire, fait référence au proconsul Vitellius, connu pour sa gourmandise. L’ éléphantiasis, très souvent localisé aux membres inférieurs, est une insuffisance veineuse provoquant leur démesure. Le faciès léoninse retrouve dans les stades ultimes de la lèpre et de certaines syphilis. La lèvre de tapir définit improprement un affaissement de la lèvre inférieure dans certaines myopathies, puisque chez ledit tapir, c’est la lèvre supérieure qui est pendante. La maladie du cri du chat diagnostique à la naissance par le cri du nourrisson une anomalie du chromosome 5 responsable de polymalformations et de débilité mentale. Les oreilles d’ours se constatent à la radio du thorax par des saillies arrondies au bord du médiastin. L’os de seiche est une calcification de la plèvre suite à une pleurésie non ou mal soignée. Le paquet de vers de terre s’emploie pour décrire un cœur en fibrillation ventriculaire. La patte d’oie, point de jonction de trois muscles en haut de la cuisse est le siège de fréquentes tendinites. Plus connue, la queue de cheval est la fin du rachis. La toux en chant du coq signe la... coqueluche ! Les cirrhoses graves conduisent à la formation d’un réseau veineux abdominal en tête de méduse. Dans le typhus, la langue est de perroquet et dans l’arthrose les vertèbres en bec de perroquet. La grenouillette, ainsi nommée par Ambroise Paré, est une tumeur liquide sous la langue obstruant les voies salivaires et provoquant une déformation caractéristique de la voix.

Plus culturelles, les références à la littérature, aux traditions et à l’Histoire ont donné parfois de véritables syndromes. Le bovarisme signe selon le dictionnaire Garnier-Delamarre le cas des jeunes femmes insatisfaites, qu’un mélange de vanité, d’imagination et d’ambition porte à des dispositions au dessus de leurs conditions, principalement dans le domaine sentimental. Plus souvent masculin, le syndrome de Peter Pan explique l’incapacité de certaines personnes à entrer dans l’âge adulte. L’éonisme est employé pour nommer les travestis. Le léprechaunisme, maladie héréditaire rare, transforme le visage à l’images des léprechaums, lutins du folklore irlandais. La prière mahométane signe une péricadite dont seul la position genoux au sol, face contre terre peut soulager. Chez les neurologues, le tic de salaam décrit une inclination rapide du tronc particulière à certaines épilepsies. Le syndrome d’Arlequin est un trouble circulatoire bénin du nourrisson dont on imagine aisément l’aspect. Le syndrome de Laetitia est un accouchement inopiné se produisant dans un lieu public, comme ce fut le cas pour la naissance de Napoléon. Le syndrome d’Alice au pays des merveilles s’observe dans certaines pathologies mentales où le sujet se perçoit comme un être minuscule ou gigantesque. Les obèses dont le ventre comprime le diaphragme produisant ainsi des troubles respiratoires amenuisant la qualité de leur sommeil nocturne et induisant une somnolence diurne développent le syndrome de Pickwick, du nom du personnage de Dickens. Toujours dans le registre des contes et légendes le fameux syndrome de Münchausen, en référence à l’officier allemand du XVIIIe siècle devenu personnage fantastique, est la pathomimie ou simulation de maladies conduisant l’intéressé sur les tables d’opération dont il revient porteur de valeureuses cicatrices. Moins drôle le syndrome de Münchausen par procuration met en jeu la vie d’enfants pour que leurs parents, le plus souvent les mères, apparaissent aux yeux des autres comme des gens totalement dévoués au bien-être de leur progéniture. Un peu du même acabit que le syndrome de Münchausen, mais touchant principalement les personnels médicaux et paramédicaux, le syndrome de Lasthénie de Ferjol trouve son origine dans Une histoire sans nom de Barbey d’Aurevilly où le personnage principal entretient secrètement son anémie par des saignées régulières. Dans un autre genre, le mithridatisme, en référence au roi Mithridate, consiste à s’immuniser contre un poison en l’absorbant régulièrement à petite dose. Le syndrome d’Ondine, nymphe se vengeant radicalement de son mari en lui supprimant son mécanisme respiratoire pendant qu’il dort, est heureusement beaucoup moins fréquent que la classique apnée du sommeil. Et, cerise sur le gâteau, la syphilis, tire son non de l’œuvre de Fracastoro Girolamo, médecin et poète véronais du XVIe siècle, où elle est admirablement décrite chez le berger Syphilus, frappé de ce mal incurable par Apollon !

Animés également par un souci d’efficacité, les médecins des siècles passés et du temps présent n’ont pas lésiné sur la métaphore terre à terre pour décrire symptômes et particularités anatomiques. Les fameux tableaux cliniques font référence aux toiles de maîtres et les travaux d’aiguilles désignent tous les actes de soins nécessitant l’usage d’instruments piquants. La méningite a pour symptôme caractéristique, outre la raideur de la nuque, les vomissements en fusée. Une malformation de le la valvule mitrale s’appelle la valvule en parachute. Le souffle tunnellaire rappelant le passage d’une locomotive dans un tunnel caractérise le souffle du canal artériel persistant. Du côté de l’insuffisance mitrale, le chirurgien Pierre Louis Duroziez parle au XVIIIe siècle de ffoutt tata rrou, bruit du cœur particulier à cette pathologie. Le souffle amphorique s’entend au stéthoscope à l’auscultation des poumons, de même que les râles bulbeux semblables au glougloutement produit lorsqu’on souffle dans un verre d’eau avec une paille. Les sibilances, comparées aux roucoulements de la tourterelle ou au sifflement du vent dans les branches, s’observent chez les asthmatiques. Dans le même esprit et au même endroit, le murmure vésiculaire est quant à lui un bruit normal. La tuberculose creuse dans les poumons des cavernes, observables sur une radio du thorax. La candidose buccale est plus respectable sous le nom de muguet. La maladie des os de verre provoque de multiples fractures par décalcification. La paralysie des amoureux, heureusement momentanée, provient de la compression du nerf radial par la tête du partenaire. On la nomme aussi moins poétiquement syndrome du havresac. Les thrombocytes sont appelés plaquettes, par analogie géométrique, de même que les tumeurs sont dites des patates ou des pêches. Le poétique lâcher de ballons s’emploie pour parler de métastases. Et quand arrivé au stade ultime, rendu par la maladie à l’état de plante verte, le sujet pousse ses derniers souffles, il fait des petits pois. Moins tragique le signe du godet décèle un œdème. La selle turcique, logement de l’hypophyse, renvoie à la selle des guerriers turcs et le rocher décrit bien la base de la boite crânienne. Le front olympien, anormalement étiré vers le haut, fait référence à la hauteur de l’Olympe mythologique. Les hémiplégiques en sont réduits à fumer la pipe en respirant. Tandis que la tabatière anatomique est le petit creux situé au bord du poignet dans le prolongement du pouce, endroit autrefois fort prisé et très utile aux priseurs. La crise de tétanie donne une contracture appelée main d’accoucheur et une atteinte du nerf cubital produit au niveau de la main, la griffe cubitale. Une ponction lombaire collectera de l’eau de roche en temps normal et de l’eau de riz en cas de méningite purulente. La scarlatine générait des éruptions en carte de géographie, à ne pas confondre avec les cartes de géographie ou cartes de France des adolescents pubères ! Certaines lésions cérébrales très graves provoquent une contraction du corps en opisthotonos, avec les mains en position d’accélération sur une poignée de gaz, ce qui s’appelle alors faire de la mobylette. Pudiquement la goutte militaire est la blennorragie chronique appelée aussi plus joliment coup de pied de Vénus. Les bruits sont particulièrement évocateurs : bruit de galop pour les insuffisances cardiaques, bruit de pistolet pour les insuffisances aortiques, bruit de perle dans un vase de cristal pour les pneumothorax, bruit de cuir neuf pour une plèvre saine. Le bégaiement urinaire s’observe chez les prostatiques. Ressentie dans l’embolie pulmonaire et la pneumonie la douleur en coup de poignard ne laisse aucun doute sur son origine. Avoir de l’eau dans le bocal signe un œdème cérébral. La douleur du membre fantôme ne lâche jamais les amputés. Les raideurs peuvent être en roue dentée dans la maladie de Parkinson et les syndromes extrapyramidaux, en lame de canif ou en tuyau de plomb dans d’autres pathologies neurologiques affectant la mobilité.

Maintenant que dire si ce n’est citer le merveilleux docteur Knock : Toute personne bien portante est un malade qui s’ignore !


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4 réactions à cet article    


  • Jojo2 (---.---.158.64) 23 janvier 2007 14:50

    « Les obèses dont le ventre comprime le diaphragme produisant ainsi des troubles respiratoires amenuisant la qualité de leur sommeil nocturne et induisant une somnolence diurne développent le syndrome de Pickwick, du nom du personnage de Dickens. »

    C’est une impropriété, car c’était Joe qui pionçait toute la journée et souffrait d’apnées du sommeil...


    • L'enfoiré L’enfoiré 23 janvier 2007 15:16

      Bonjour,

      Je dois avouer que j’ai admirablement surpris par les noms poétiques des maladies citées. En général, pourtant, le jargon medical est braucoup moins imagé. Souvent en ayant le nom d’une maladie inconnue, on se lance à coups de liens sur internet pour en connaitre un peu plus. Là, déconvenue, on va de lien en lien et l’on reste sur sa faim. Est-ce un cancer ou tout autre chose ? Dernièrement j’avais écrit un article homage à Bourvil et sa fin douloureuse. Départ sur un mot, pour glisser sur un autre et ainsi de suite. En fin de course, ce n’était pas encore précis. Les symptomes, peut-être, l’origine ? Se trouver devant un médecin et s’entendre annoncer une maladie au « doux nom exotique » et le questionnement reprend. N’est-ce pas voulu ? Sacré jargon..


      • roumi (---.---.74.206) 23 janvier 2007 20:29

        tu devrais écrire une annexe au Vidal .

        des mots pour des maux .

        c’est du pierre perret à la chanson .

        savoureux smiley


        • chantecler (---.---.146.118) 24 janvier 2007 10:05

          @ Roumi, tu ne comprends pas, l’auteur t’explique qu’autrefois la clinique et la relation avec le malade étaient fondamentales:le triptyque de la ménignite:raideur,vomissements en fusée ,et céphalée en casque. Position en chien de fusil. Etc. Rien à voir avec le Vidal qui justement ne propose que des médicaments pour torcher une ordonnace en 5 minutes !!

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