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De la Scène à la Loire, un parcours original

Anthony Gorius

 

 

Anthony Gorius est un drôle de matelot tout autant qu’un artiste atypique. Son parcours incite à penser que le conformisme ne sera jamais la voie empruntée par ce drôle de lascar. De la toile du chapiteau à la voile de ce petit bateau, le Jan-Jan qui lui a permis de remonter la Loire d’Ancenis à Orléans à la seule force du vent, des fils des marionnettes aux cordes de son embarcation, des oiseaux fous aux poissons volants, de la régie lumière aux ciels de Loire, de la chanson cousue main au vent dans la mâture, de la magie à la réalisation de son rêve fou, il a autant de cordes à son arc que de facettes à son talent.

Il écrit des chansons qu’il interprète avec une formidable intensité. « Chanson », c’est du moins ainsi qu’il faut qualifier ce drôle d’objet qui hésite entre récit et poème, conte et théâtre, incantation et ballade. Pour vous donner des frissons, le diable est accompagné par un accordéoniste d’exception : Etienne Boisdron. Accompagné, ce n’est pas du tout le terme qui convient. Il y a entre eux comme un dialogue, un jeu de ricochets par lequel chanson et musique se répondent, s’entrechoquent, se mêlent et se séparent.

L’un ne serait rien sans l’autre. Ils sont en fusion, parfois en confusion, évoluant en symbiose ou en totale opposition. C’est de ce jeu du double que naît la magie d’un duo envoûtant. Vous ne sortirez pas indemne d’un tour de chant qui immanquablement évoque des Grands de la chanson. Vous ne pouvez échapper au jeu des références, pensant tour à tour à Brel, Leprest ou Arno avant que de repousser cette facilité pour admettre qu’un véritable auteur se présente à vous.

Il ne doit rien à personne même si son parcours artistique a nourri son travail. Ces textes sont d’abord visuels, se libérant parfois des contraintes de la ligne narrative. Ils sont constitués d’images qui reviennent parfois en boucle, de propos qui rebondissent sur les notes de l’accordéon, complément parfait d’une voix éraillée et profonde.

Vous êtes invités à vivre de petits épisodes d’existences chaotiques dont Anthony Gorius se fait le témoin bienveillant. Textes ciselés, enveloppés par les notes d’un accordéon qui a parfois des airs de limonaire. Anthony et Étienne vous feront dresser les poils sur les bras. Ne vous attendez pas à vivre une expérience de tout repos, voilà un spectacle exigeant et troublant.

« Par dieu je le sais bien qu’elle était belle Jeannette, elle avait le cœur grand comme un buisson de fleurs. Une tombe fleurie où ma pensée s’arrête pour y calmer un peu mon sommeil et ma peur ... » Portrait délicat d’une femme qui vous laisse un souvenir impérissable ! Puis nous découvrons un autre personnage, un homme cette fois : « Anatole fait cramer sa chaudière en fin de semaine ». Bien sous tout rapport puisque fonctionnaire, il est trop propre sur lui pour provoquer la suspicion. « Anatole fait de drôles d’affaires avec sa chaudière dans son petit quartier ! »

La messe est dite, en deux épisodes vous ne savez plus si vous êtes au cinéma ou bien au cabaret. Les deux amis déroulent bien plus d'images que de mots en combinant mots et notes pour en faire un petit film qu’ils vous invitent à regarder. Prenez la peine de fermer les yeux pour vous laisser impressionner...

Puis ouvrez les yeux, car c’est à bicyclette que vous vous en retournerez chez vous. Hélas, rien ne se passe comme prévu. Rythme entêtant, phrases courtes, accent du pays, confusion, propos incohérents, toute la panoplie de l’aventure dithyrambique se love contre les hoquets de l’instrument. Vous achevez le voyage en roue libre après avoir risqué le saut de chaîne …

Puis l'instrumentiste se lance dans un long solo durant lequel vous retiendrez votre souffle. Il fait pleurer ses touches, en tire des sanglots, des râles, des plaintes avant que de soudainement enflammer la mélodie en une sarabande endiablée. Du grand art qui atteste non seulement d’une virtuosité incontestable mais plus encore d’une belle et grande âme.

Alors son compère peut reprendre la parole. Il vous livrera le récit de vie du grand-père sur sa mobylette bleue. Un conte plus exactement qui vous fait pénétrer dans l’intime. Anthony se livre tout en pudeur, tout en délicatesse au travers de portraits qui sont toujours respectueux. Du bel ouvrage d’artisan de la poésie en musique qui illustre à merveille des tranches de vie.

Un dernier air de tango, « Ludo » s’invite dans la danse. Il y a du Carlos Garden dans les touches de ce diable de musicien tandis qu’à contre-pied, Anthony livre une histoire triviale. C’est de ce contraste que naît la magie du moment. Le « Tango à Ludo » vous aura pris par le cœur. « Ludo » a beau être bourré, c’est vous qui avez la tête qui tourne au terme d’un spectacle authentique, atypique et d’une incroyable personnalité. Ne boudez pas votre plaisir, faites donc venir ses deux drôles de zèbres.

Admirablement leur.

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