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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Des roses blanches pour... Berthe Sylva

Des roses blanches pour... Berthe Sylva

Il y 70 ans disparaissait, au terme d’une existence romanesque, l’une des voix les plus emblématiques de la chanson française réaliste : celle de Berthe Sylva. Si de nos jours ses chansons sont largement méconnues des jeunes, 20 ou 30 ans après sa mort, ses titres les plus célèbres tiraient encore des larmes à ceux, adultes et gamins, qui les entendaient sur les ondes de la TSF...

Aujourd’hui encore, il est difficile d’écouter sans émotion Les roses blanches. Écrite par le parolier Charles-Louis Pothier sur une musique de l’accordéoniste Léon Raiter en 1927, cette complainte mélodramatique a marqué le sommet de la carrière de Berthe Sylva et lui a définitivement ouvert le panthéon des chanteuses. Reprise par d’autres artistes comme Lucienne Delyle, Jean Lumière, Édith Piaf ou Tino Rossi, pour ne citer que les plus connus, la tragique histoire du petit garçon et de sa maman s’est vendue à des millions d’exemplaires ; elle a même, dans les années 60, été mise à la sauce yéyé par Les Sunlights dans une version malheureusement beaucoup trop anémique.

Berthe Faquet serait née le 7 février 1885 à Gouesnou, un village proche de Brest. La métropole de l’ouest breton est alors une ville presqu’entièrement tournée vers la mer, entre son port de commerce ouvert sur la rade et, nichés dans les replis de la rivière Penfeld de part et d’autre du château médiéval, son port de guerre et son arsenal militaire. Une ville aux bistrots innombrables où se pressent, notamment dans le quartier de Recouvrance, le port de commerce, et la partie basse de la célèbre rue de Siam*, ouvriers, marins et prostituées. On trouve également dans la ville quelques cabarets et brasseries dans lesquels se produisent amuseurs publics ou chanteuses en quête de notoriété.

Renonçant à la voie tracée par la tradition familiale – « chez les Faquet on était marin ou instituteur », confira un jour la chanteuse à l’un de ses paroliers, Max Vière –, la sœur aînée de Berthe décide, au désespoir de ses parents, d’entamer une carrière de chanteuse de cabaret, faute d’attirance pour l’enseignement, et faute évidemment de pouvoir servir dans La Royale ou la marine de commerce. Un milieu où, affirment avec une mâle autorité les porteurs de marinière ou de pompon rouge, « on n’embarque pas de poulies coupées** ». Plus douée que sa sœur, Berthe suit tout naturellement le même chemin en provoquant une nouvelle désillusion chez ses parents. Elle se produit tout d’abord en compagnie de son aînée dans un cabaret de Saumur, puis vole de ses propres ailes à Angers où elle connait ses premiers véritables succès avec des airs en vogue.

On n’a pas tous les jours vingt ans

Saumur et Angers, c’est bien, mais Paris c’est tellement mieux ! Montée dans la capitale, le jeune bretonne se présente au culot au cabaret Parisiana où l’on recrute, a-t-elle lu dans un journal, des « petites femmes » pour chanter dans une revue. Coup de chance, Berthe est embauchée. Quelque temps plus tard, un nouveau coup de chance l’attend à sa sortie de scène : la vedette ayant été indisposée, Berthe l’a remplacée et s’est taillé un beau succès, décrochant du même coup un engagement pour... l’Amérique du Sud. Comme la très émouvante Fréhel plus tard, mais dans un contexte moins sordide, Berthe Sylva parcourt le Brésil et l’Argentine, puis la Russie, la Roumanie et l’Égypte où elle peut, semble-t-il, vivre de son art.

Mais Paris lui manque. Revenue dans la capitale avant la Grande guerre, c’est là qu’elle entend faire carrière. On la voit notamment au Casino de Montmartre, au Casino Montparnasse, puis, dans les années 20, au Caveau de la République où elle bénéficie d’un engagement durable avant de devenir, grâce à Léon Raiter, une vedette de Radio Tour-Eiffel en 1929. Berthe Sylva est alors au sommet de sa notoriété et ses disques, propulsés au sommet du box-office par le succès phénoménal de On n’a pas tous les jours vingt ans et surtout Les roses blanches se vendent comme des petits pains. Berthe Sylva multiplie les tournées et se produit dans les plus grands music-halls de Paris (Pacra, le Bataclan, la Gaîté-Montparnasse) et de province, notamment l’Alcazar de Marseille où elle chante à plusieurs reprises et enregistre un triomphe à chacune de ses apparitions. Des succès tellement spectaculaires que la chanteuse s’installe définitivement dans la cité phocéenne après la signature de l’Armistice de 1940.

C’est le début d’une vertigineuse descente aux enfers : en moins d’un an, Berthe Sylva sombre dans un incroyable dénuement. Née dans un port, elle meurt dans un autre port, Marseille, le 26 mai 1941, pauvre et complètement rongée par l’alcool.

Un destin analogue détruira Fréhel dix ans plus tard, comme s’il existait, quelque part, une fatalité tragique pour ces femmes qui, souvent avec leurs tripes, ont chanté la misère et les tourments de la vie des humbles, ouvrant la voie à la grande Édith Piaf, une autre écorchée vive qui connaîtra, elle aussi, un destin tragique. 

* Ces quartiers ont été très largement bombardés et détruits en août et septembre 1944, recevant « une pluie de fer, de feu, d’acier et de sang » écrira Prévert dans un inoubliable poème que chanteront Barbara ou Les Frères Jacques en situant, au cœur du déluge, la rue de Siam. En quelques semaines, 90 % du centre-ville de Brest a été détruit !

** Poulies coupées : appellation triviale et... imagée utilisée par les marins pour désigner les femmes. Assez fréquente dans les chants de marins.

Lien musicaux Berthe Sylva :

Les roses blanches

On n’a pas tous les jours vingt ans

Frou-frou

Le tango des fauvettes

Mon vieux Pataud

Autres liens musicaux :

Les roses blanches par Les Sunlights

Barbara par Les Frères Jacques


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49 réactions à cet article    


  • Jean-Pierre 26 mai 2011 07:32

    Merci,j’ai été « bercé » par ces chansons ..Qui se souvient de « C’est pour nourrir les chères têtes blondes ».« .Qu’elle partait acheter l’entrecôte... »(j’ai perdu les paroles..Qui chantait cela.Les Frères Jacques ?)..Ma mère,qui élévait seule deux têtes blondes,nous chantait ces chansons,mais en riant ,qu’est-ce qu’elle était drôle !Gloire à nos mamans,pétries de courage !


    • Fergus Fergus 26 mai 2011 09:31

      Bonjour, Jean-Pierre.

      Il s’agit bien de la chanson L’entrecôte, un superbe mélo comique magnifiquement chanté par Les Frères Jacques que j’ai eu la chance de voir sur scène à Paris. Mais si Les roses blanches m’embuaient les yeux lorsque j’étais gamin, je souriais moi aussi à l’écoute de L’entrecôte, une belle illustration de la chanson réaliste humoristique.


    • Rosemarie Rosemarie 26 mai 2011 09:11

      Quand j’ai lu votre article en modération, cela m’a fait uncoup au coeur.

      Cette chanson était la préférée de ma mère et je me revois, j’avais 10 ans environ, l’entendre la chanter. Ma maman est morte peu après.

      Aujourd’hui j’ai des rosiers blancs dans mon jardin, et tous les soirs en ce moment je taille les feuilles fanées en pensant à elle.

      Merci de m’avoir permis d’écouter à nouveau cette chanson et me rémémorer cette période encore heureuse.


      • Fergus Fergus 26 mai 2011 09:40

        Bonjour, Rosemarie, et merci pour votre commentaire.

        Les jeunes ne peuvent imaginer à quel point quelques chansons ont pu, dans le passé, et de manière durable, marquer les gens en faisant appel à l’émotion. Ce fut le cas de cette chanson, bien sûr, mais aussi de quelques autres. Personnellement, j’étais très touché par Les escaliers de la butte que chantait Cora Vaucaire et plus tard par Les amants d’un jour, interprété par Edith Piaf.

        A l’époque, non encore pollués par les techniques déshumanisantes, nous étions facilement fleur-bleue et cédions non moins facilement à l’émotion le temps d’une chanson sur la TSF...


      • Gérard Luçon Gerard Lucon 26 mai 2011 19:38

        sans parler de La Marseillaise, cette vieille encore plus chanson ....

         


      • Fergus Fergus 26 mai 2011 20:34

        Bonjour, Gérard.

        Celle-là, si j’en aime le symbole, je continue d’être choqué par le « sang impur ». C’est pourquoi j’aurais préféré que l’on substituât Le chant des partisans à La Marseillaise. Un avis très personnel.


      • Georges Yang 26 mai 2011 09:14

        Ah les Roses blanches ! Et Fréhel !
        Toute une époque, des paroles misérabilistes dans un monde où existait une véritable misère et en même temps une joie de vivre plus intense. Malgré Sombre dimanche qui entraina une vague de suicide à Budapest. Toute une période de chansons tristes qui furent toutes des succès énormes. Et toutes les chansons évoquant la tristesses des filles de joie
        Les chanteuses de la misères, mortes misérables alcooliques ou toxico on retrouve cette ambiance dans les premiers Gabin, comme la belle équipe

        Et puis, comme une parodie de ces chansons misérables, il ne faut pas oublier l’Entrecôte des Frères Jacques, évoquée par Jean Pierre


        • Fergus Fergus 26 mai 2011 09:47

          Salut, Georges.

          J’ai mis un lien dans l’article sur Fréhel (à qui j’ai consacré un papier intitulé Splendeur et déchéance : Fréhel, 60 ans déjà !), cette autre grande dame de la chanson réaliste tombée dans cette misère qu’elle avait chantée dans son corps de femme avachie et usée, longtemps après avoir débuté sous le nom de Pervenche en chantant des textes plus légers de Montéhus. Fréhel que l’on retrouve précisément avec Gabin dans l’inoubliable Pépé le Moko.

          Bonne journée.


        • Georges Yang 26 mai 2011 10:25

          Les roses blanches, c est la France d avant la Secu et d avant la Streptomycine. La mere doit etre tuberculeuse et elle en meurt, ou alors, on ne le disait pas a l\epoque, elle a ete voir une faiseuse d\anges et elle est en train de crever de septicemie.


        • Fergus Fergus 26 mai 2011 10:37

          @ Georges Yang.

          ... Tout cela dans un immeuble à la façade lépreuse au fond d’une cour pavée où courent quelques rats et où l’hiver les eaux usées se prenaient en glace...

          Eh oui, Georges, ainsi vivait-on souvent dans les classes populaires, au point que beaucoup se soient émerveillés de se voir proposer, à la fin des années 50 ou au début des années 60, un appartement en HLM avec WC et baignoire sabot !


        • Jean-Pierre 26 mai 2011 13:49

          Fergus-je comprends rien à ce système:chaque fois que je veux répondre à un intervenant,c’est un autre qui s’affiche..bon...je voulais dire :les WC étaient dehors au jardin,loin.L’eau,j’allais la chercher au lavoir,sur la place.Puis en ville,idem,avec en plus l’eau courante.On se débarbouillait à l’évier de la cuisine.La douche,la salle de bain,j’ai découvert ça à trente ans,en me mariant.De même pour la télé(quel malheur,cette découverte !).La radio,sauf à la campagne chez la grand-mère,était toujours présente,d’où cet impact formidable qu’on n’imagine pas aujourd’hui.Et quand la Modulation de Fréquence est arrivée(aujourd’hui « FM »),alors là ,ma mère s’est offert une Voix de son Maître au design génial,car elle aimait la Musique,Mozart,etc...et elle était pas riche,du tout !A 15 ans,nous l’avons tellement persécutée qu’elle a fini par acheter le TOURNE-DISQUE portatif,le TEPPAZ !Le premier rock:Little Tony ,« hey Luuuuucile ! » ,la musique du « Pont de la rivière Kwaï »,et Brassens,qu’on écoutait avec elle en cachette de la Mémé ! Que nous étions heureux !


        • Fergus Fergus 26 mai 2011 15:58

          @ Jean-Pierre.

          De bons souvenirs, j’imagine. Pour ce qui est des sanitaires, j’ai connu ça en Auvergne chez mes grands-parents. Ils vivaient dans une vieille ferme cantalienne où, jusque dans les années 60, il n’y avait pas de WC (on allait dans l’étable) et il fallait aller chercher l’eau dans des citernes à une « bachasse » (un abreuvoir) située à 500 m de là ! Par la suite, j’ai participé avec l’un de mes oncles à l’installation de l’eau courante en créant une prise d’eau à 1,5 en amont et en tirant jusqu’à la ferme des canalisations destinées à alimenter la cuisine, mais également des abreuvoirs pour les animaux dans la cour. Sacré travail !

          Quant à ma vie parisienne, elle s’est déroulée longtemps dans un immeuble vétuste avec les WC sur le palier à mi-étage. Mais on s’adaptait très bien à ces conditions à cette époque. Une époque où la radio jouait effectivement un grand rôle en nous faisant connaître de la musique en complément des feuilletons La famille Duraton ou Sur le banc (avec Raymond Souplex et Jeanne Sourza) ou des soirées d’évocation historique. Puis est venu le temps du tourne-disques, puis celui de la chaîne hi-fi...


        • aloha aloha 26 mai 2011 09:34

          Bonjour Fergus,


          « Les Roses Blanches ».... Jamais pu l’écouter sans pleurer comme une Madeleine... Un morceau d’enfance qui reste mais que je ne veux plus entendre tant il brise le coeur.

          Merci pour cet hommage aux voix du peuple qui savaient si bien décrire le quotidien.

          Amicalement.

          • Fergus Fergus 26 mai 2011 09:58

            Bonjour, Aloha.

            Merci à vous d’avouer sans fard avoir, comme moi, été touché (et l’être encore) à chacune des écoutes de cette chanson. Rendre compte d’une tragédie en moins de 3 minutes et susciter autant de compassion sincère montre à quel point la chanson peut, dans un délai si bref, rendre compte des pires drames et des misères de la vie.

            Cordiales salutations.


          • Ronald Thatcher rienafoutiste 26 mai 2011 09:41

            Bonjour,
            Fréhel, malgré mon jeune âge, à bercé mon enfance chez la grand-mère née en 1901... et fatalement, ses chansons me ramènent toujours à la nostalgie de ces années d’insoucience... merci pour l’article.

            Sinon, ma préférée c’est du gris, du Gainsbourg avant l’heure smiley


            • Fergus Fergus 26 mai 2011 10:01

              Bonjour, Rienafoutiste.

              Merci pour votre commentaire et pour ce lien. Berthe Sylva a également chanté Du gris. Les deux chanteuses ont d’ailleurs eu une carrière croisée dans les années 30.


            • Ronald Thatcher rienafoutiste 26 mai 2011 16:19

              je parlais bien sur de la mère Sylva et non de la gamine Fréhel, cela va sans dire


            • JL JL 26 mai 2011 09:50

              Merci Fergus pour cette évocation. Qui a dit que la nostalgie n’est plus ce qu’elle était ? « Casque d’or » savait surement ce qu’elle disait, mais quand même.


              • Fergus Fergus 26 mai 2011 10:08

                Salut, JL.

                La nostalgie surgit toujours au moment où on ne l’attend pas : au détour d’une rue, à l’écoute d’une chanson échappée par une fenêtre ouverte, à la lecture d’un roman. Reviennent alors en mémoire des images, des sons, des odeurs oubliés. La nostalgie, c’est le rêve des personnes qui avancent en âge et qui, souvent, repeignent les souvenirs pour leur donner un aspect plus séduisant.

                Bonne journée.


              • Fergus Fergus 26 mai 2011 10:13

                Bonjour, Zubi.

                Toujours la querelle des Anciens et des Modernes. Normal chez les jeunes, nombre d’entre nous avons dû avoir le même type de réaction lorsque nous étions adolescents. Cela dit, il est possible d’apprécier Akhénaton et Brassens, comme il est possible d’apprécier Schubert et U2.


              • Peachy Carnehan Peachy Carnehan 26 mai 2011 11:08

                Salut Fergus.

                Je me souviens d’un reportage où Joey Starr reprenait, pour rire, les roses blanches en rap. C’était à mourir de rire. Malheureusement je n’ai pas retrouvé les images.

                Merci pour l’article.


              • Fergus Fergus 26 mai 2011 11:27

                Salut, Peachy, et merci à toi pour la visite.

                Bonne journée.


              • Jean-Pierre 26 mai 2011 14:02

                 Fergus : Ah ben moi,cest ACDC,et Monteverdi !Le récent enregistrement d« Il combattimento di Tancredi e Clorinda »est fabuleux,là,c’est pas des larmes,c’est des torrents !En plus,il y a un DVD des répétitions ,extraordinaire-je ne suis pas du tout« Opéra »,musique de classe,de caste,pour moi,mais Monteverdi,c’est l’invention de l’Opéra,il y a ..400 ans,et c’est d’une fraîcheur absolue,une « Good vibration » qui vous touche au plus profond ,instantanément - ce goût pour la grande musique,c’est à ma mère que je le dois-toute seulette,issue du« bas-peuple »-vous voyez la sympathie que je peux avoir pour le FMI !...


              • Fergus Fergus 26 mai 2011 16:09

                @ Jean-Pierre. Monteverdi est un géant de la musique sacrée et lyrique dont j’écoute les oeuvres avec plaisir, mais chez les compositeurs pré-classiques, je lui préfère JS Bach ou Alessandro Scarlatti pour leurs cantates, et Purcell pour ses opéras (avec une prédilection pour La reine Indienne). Mais il y a tant d’autres œuvres musiciens remarquables en baroque et pré-baroque... Je dois également mon premier contact avec le classique à ma mère : elle m’avait offert La messe du Couronnement et, incontournable, La petite musique de nuit de Mozart...


              • ARMINIUS ARMINIUS 26 mai 2011 10:34

                Bonjour Fergus,
                Pour une fois (n’est pas coutume) pas d’accord, ces roses blanches m’ont toujours fait copieusement ch... .Et mes copains, nés pendant de la guerre, partageaient mon avis : ras le bol des chansons nian-nian et tristes à mourir comme des roucoulements gominés du corse faux-cul. J’ai plutôt rigolé de la BD de Reiser qui a fait la peau, de son trait incisif aux« roses blanches ». Nous avions au sortir de cette immense grisaille envie de passer à autre chose et nous sommes mis à rêver d’amérique : le Pento à remplacé la Gomina et le Rock de Bill Haley a ouvert la porte à toute une nouvelle génération avide de modernité à l’américaine, il faut dire que les stars d’Hollywood avient un autre look. Nous avons laissé sans regret l’avant -guerre à la nostalgie surranée de nos grands- parents. Quant à nos parents : ils swinguaient et profitaient à plein des plaisirs de la nouvelle consommation,après dix ans de privation : les trente glorieuses ne faisaient que commencer...


                • Fergus Fergus 26 mai 2011 10:49

                  Merci pour ce commentaire, Arminius.

                  Je n’ai pas connu cet état d’esprit : j’étais tout aussi fasciné par certaines chansons anciennes que par certaines nouveautés rock qui arrivaient en Europe. Aucun problème pour moi de passer de Fréhel à Bill Haley, d’écouter à la radio des chansons d’avant-guerre ou, dans les années 60, Salut les Copains. Il est vrai que j’ai toujours été très rétif à toute appartenance de clan ainsi qu’à toutes les modes : dans tous les domaines, j’ai toujours fait un tri... très sélectif.

                  Bonne journée.


                • antonio 26 mai 2011 11:01

                  Des chansons qui racontaient une histoire, des chansons avec un vocabulaire varié, des chansons qui touchaient le coeur !
                  Ah ! La complainte de la butte de Mouloudji !


                  • Fergus Fergus 26 mai 2011 11:25

                    Bonjour, Antonio.

                    Reconnaissons qu’il y avait également du déchet, mais en général les textes des chansons étaient plus soignés, dans la tradition du début du siècle où les chansons, se vendaient quelques sous dans la rue et se devaient d’accrocher le public.

                    Les choses se sont, à mon point de vue, dégradées dès les années 50 avec la généralisation des disques et notamment avec l’émergence des 33 tours où l’on a parfois eu tendance à faire du remplissage autour de 2 ou 3 titres de qualité. Même Marguerite Monnot, amie et compositrice d’Edith Piaf, a produit des quantités de chansons médiocres au sein desquelles émergent de purs chefs d’oeuvre.

                    Pour La complainte de la butte, j’ai mis dans un précédent commentaire un lien non sur l’excellente version de Mouloudji, mais sur celle, tout aussi émouvante, de Cora Vaucaire.


                  • ARMINIUS ARMINIUS 26 mai 2011 11:45

                    Pour moi Mouloudji c’était surtout sa lettre à « Messieurs qu’on nomme grand » et non« Monsieur le président » comme on a pu l’entendre après...d’autre part j’étais beaucoup plus fan de Brassens et de Brel ( plus tard de Ferrat)donc tendance beaucoup plus anar et loin des yé-yés. La nouvelle vague m’a laissé sur le sable avec une petite exception pour le couple Hardy-Dutronc. Ma nostagie est donc plutôt de ce coté...


                    • Fergus Fergus 26 mai 2011 12:41

                      @ Arminius.

                      Le déserteur (de Boris Vian) commence en effet par « Messieurs qu’on nomme grands », et je n’ai jamais su d’où était venue cette modification d’en-tête de la fameuse lettre.

                      Brel et Ferrat (surtout le premier) étaient des incontournables pour moi, mais celui que je plaçais au-dessus du lot était Brassens. J’ai d’ailleurs eu la chance de le voir à 2 reprises sur scène à Bobino.

                      Bonne journée.


                    • romaeterna romaeterna 26 mai 2011 11:50

                      Bonjour Fergus
                      comme l’écris Arminus, c’est vrai que toutes ces chansons ont été rejeté pour leur tristesse larmoyante mais dans les années 70 est arrivé Renaud qui a donné un regain de vie à la chanson réaliste ! Et tout d’un coup je me suis remis à écouter les chansons de ma grand-mère et à aimer ça !
                      Et puis le plaisir de chanter avec une vieille dame du Tino Rossi, du Fréhel, du Berthe Sylva.... et voir ses yeux s’embuer de larmes et de plaisir !!!!!

                      De Berthe Sylva, pour moi sa plus belle chanson est « Du Gris » qu’il m’arrive de fredonner quand je fume.
                      « Le coupable, ah je peux bien vous le dire
                      C’est les hommes avec leur amour
                      C’est le cœur qui se laisse séduire
                      La misère qui dure nuit et jour »


                      • Fergus Fergus 26 mai 2011 12:45

                        Bonjour, Romaeterna, et merci pour votre commentaire.

                        Vous avez raison de citer Renaud qui a repris, à sa manière, la tradition de la chanson réaliste. Pour ce qui est de la chanson Du gris, vous êtes la seconde sur ce fil à la mentionner. A juste titre, et je regrette d’avoir oublié de la mettre en lien.


                      • Abou Antoun Abou Antoun 26 mai 2011 11:55

                        Merci Fergus pour cette évocation un peu à contre-courant, mais rafraîchissante (pour la mémoire).
                        Berthe Sylva et les autres, du même tonneau, c’est une époque, cela fait partie de notre passé culturel, il n’y a pas de raisons de passer tout çà à la trappe.
                        Je crois qu’à l’épreuve du ’long temps’ les roses blanches résisteront peut-être mieux que certaines productions actuelles totalement insipides.


                        • Fergus Fergus 26 mai 2011 12:53

                          Bonjour, Abou Antoun.

                          A contre-courant, sans doute, mais il faut régulièrement jeter un coup d’oeil dans le rétroviseur pour ne pas se couper du passé, particulièrement à notre époque où tout passe très vite.

                          Les roses blanches résisteront-elles ? Je le crois moi aussi. A cet égard, j’ai en projet des articles sur les chansons anciennes (entre le siège de Paris et l’entre-deux guerres), et l’on pourra constater à leur lecture que nombre de titres sont encore bien présents dans notre mémoire malgré plus d’un siècle d’existence pour certaines d’entre elles. Pas sûr que les titres vedette des hit-parade actuels soient en mesure de s’assurer une telle longévité !


                        • Taverne Taverne 26 mai 2011 13:44

                          Salut Fergus,

                          Merci de m’avoir appris que Berthe Sylva était bretonne. Quand j’avais 12 ans, j’avais acheté le 45 tours avec face A « Les roses blanches » et face B « On n’a pas tous les jours vingt ans ». Je commençais à m’intéresser à la bonne chanson ;.. smiley

                          On n’a pas fait aussi poignant que « Les roses blanches », à part peut-être « Mon vieux » ou « Les Passantes » de Brassens sur des paroles d’Antoine Pol.

                          Je trouve que ton article est un bel hommage aux femmes qui sont aujourd’hui maltraitées par notre classe dirigeante. Je prépare moi aussi un hommage mais ce ne sera pas un article. j’ai en cours un album de 3 ou 4 chansons qui va s’appeler « Femmes ».


                          • Fergus Fergus 26 mai 2011 14:14

                            Salut, Paul.

                            Merci pour ce commentaire. La chanson, le poème devrais-je dire, Les passantes (texte et musique superbes) fait partie de mon panthéon personnel, et cela d’autant plus que j’ai connu à 18 ou 19 ans « cette compagne de voyage dont les yeux, charmant paysage, font paraître court le chemin ; qu’on est seul, peut -être, à comprendre, et qu’on laisse pourtant descendre sans avoir effleuré la main. » 

                            Les femmes ayant toute ma sympathie dans leur lutte pour plus de respect et d’égalité, je vais guetter ta production avec intérêt.

                            Cordiales salutations.


                          • Abou Antoun Abou Antoun 26 mai 2011 14:55

                            Je me sens obligé de faire chorus avec vous pour ’Les passantes’. Quand il n’écrit pas ses paroles Brassens sait choisir de beaux textes et les mettre en valeur. Un autre exemple, parmi tant d’autres, est « Les oiseaux de passage » (poème de Jean Richepin) ; il y a d’ailleurs un point commun entre ces deux chefs d’œuvre : l’aventure, définie par Milan Kundera comme une découverte passionnée de l’inconnu.


                          • antonio 26 mai 2011 15:11

                            @ Fergus,
                            Bonjour,
                            Poème de Baudelaire : « à une passante » ; exactement le même thème.


                          • Fergus Fergus 26 mai 2011 16:18

                            @ Abou Antoun.

                            Le merveilleux poème Les oiseaux de passage, superbement mis en musique par Brassens, fait également partie de mon panthéon. Ce texte est extraordinaire de puissance, de farouche détermination et de terrible destin. Oui, « les bourgeois sont troublés de voir passer les gueux ». Un texte que l’on devrait faire étudier (et méditer) à tous les adolescents.

                            @ Antonio.

                            Merci pour ce poème de Baudelaire que je ne connais pas. Je vais essayer de le trouver sur le net.


                          • Georges Yang 26 mai 2011 14:28

                            En dehors de la nostalgie c ’est l’aspect sociologique qui est important dans ces chansons Elles decrivent la misere, les petits plaisirs de l’epoque, les putes, les malfats et les bourges qui s’encanaillent comme le Milord de Moustaki chante par Piaf

                            Et puis il y a les moins triste tres Front Populaire comme au bord de l’eau de Gabin

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