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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Du plus loin qu’il m’en souvienne...

Du plus loin qu’il m’en souvienne...

Une chanson d'amour dédiée à un public, c'est rare, et c'est magnifique, surtout quand c'est Barbara qui évoque ce thème dans une de ses chansons les plus célèbres : Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous...

Rappelant ses amours d'autrefois, le "premier rendez-vous, les premières peines", la chanteuse raconte, avec tendresse ses lointains émois amoureux... La jeunesse, l'enfance sont suggérées par des expressions imagées pleines de charme "coeur tout blanc, griffes aux genoux"...

Tendresse et passion alternent dans cette évocation... et les mots répétés "du plus loin" montrent, en fait, que l'empreinte d'un seul amour compte, aujourd'hui, celle du public, ce qui est souligné par le présent de l'indicatif et un superlatif à valeur hyperbolique : "ma plus belle histoire d'amour, c'est vous".

L'emploi de la deuxième personne du pluriel "vous" est une adresse directe à ce public et à chacun d'entre nous...

Avec pudeur, sensibilité, et un peu de provocation, Barbara suggère de multiples amours passées : "c'est vrai, je ne fus pas sage / Et j'ai tourné bien des pages..."

L'image du livre aux pages oubliées est rempli de poésie et de charme, pages devenues "blanches", donc sans importance. Et les amants désignés par l'expression à la fois forte et légère "mes guerriers de passage" se sont évanouis...

Leur visage est éclipsé par l'image du public, maintes fois rencontré, comme le soulignent les imparfaits itératifs : "je refaisais mes bagages et poursuivais mon mirage..."

L'amour est, ainsi, naturellement comparé à un voyage, une route à parcourir :"Sur la longue route qui menait vers vous", d'autant que les tournées d'une chanteuse la contraignent à des déplacements incessants...

L'expression "la longue route" réitérée évoque une quête d'amour qui n'en finit pas, malgré des embûches, le froid, les intempéries : "Le vent de décembre, 
Me gelait au cou, 
Qu´importait décembre, 
Si c´était pour vous..."

Mais "l'amour fou" peut vaincre tous les obstacles, et la route a été franchie : on le perçoit à travers l'emploi des temps variés du passé : "Elle fut longue la route, 
Mais je l´ai faite, la route, 
Celle-là, qui menait jusqu´à vous..."

Toutes les peines et toutes les difficultés importaient peu, face à cette attente et cet amour du public : "quelques mauvais apôtres, ...l'hiver ou la neige à mon cou" ne pouvaient arrêter ce bonheur...

L'énumération qui suit traduit, pourtant, une attente déçue, une sorte de désaffection du public, avec l'emploi de la négation : "Mais tant d'hivers et d'automnes 
De nuits, de jours, et personne, 
Vous n´étiez jamais au rendez-vous". 

Des expressions très fortes restituent, alors, un désarroi :"perdant courage, 
Soudain, me prenait la rage, 
Mon Dieu, que j´avais besoin de vous, Que le Diable vous emporte..."
Dieu et Diable sont, ainsi, convoqués pour insister sur une forme d'exaspération d'un amour déçu.

La chanteuse renonçait alors, se montrait "infidèle", mais pour revenir vers ce public qui était sa raison de vivre.
Le vocabulaire de l'affectivité fait alterner, ensuite, "larmes et sourire", contraste saisissant qui nous montre les désordres et les tourments de l'amour.

L'adjectif "doux" répété insiste bien sur la force des sentiments associés à un sourire de la foule. Et une "larme" de ce public suscite une sorte de communion puisque la chanteuse elle-même en "pleure d'amour".

Le dernier couplet évoque un moment privilégié, avec l'utilisation du singulier et de l'article indéfini : "un soir, en septembre", la chanteuse a perçu l'attente de ce public, sa confiance "vous étiez venus m'attendre".

Et elle a compris cet amour irrépressible qui était le sien, atteignant une plénitude, un bonheur absolu...

La quête peut, alors s'arrêter "J´avais fini mon voyage, 
Et j´ai posé mes bagages."

La phrase "je vous remercie de vous", dans sa simplicité, son élégance, restitue toute le gratitude de la chanteuse envers son public.

Le refrain revient inlassablement, pour insister sur cette relation d'exception : "ma plus belle histoire d'amour, c'est vous ".

La mélodie légère et douce, et la voix pleine d'émotions de Barbara soulignent toute la force et la tendresse de cet amour...

 

Le blog :

http://rosemar.over-blog.com/2016/03/du-plus-loin-qu-il-m-en-souvienne.html

 

Le texte :
 
http://www.paroles.net/daphne/paroles-ma-plus-belle-histoire-d-amour-c-est-vous

 

Vidéo : 


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10 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion François Pignon 9 février 2019 15:22

    Autrement dit, la sublimation d’un narcissisme exacerbé : dans son incapacité à échanger après le viol paternel (Jacques Serf, « l’aigle noir »), elle est fascinée par sa propre image renvoyée par un public idolâtre.


    • jalin 9 février 2019 16:19

      @François Pignon

      J’organise un dîner mercredi, je vous invite.


    • Séraphin Lampion François Pignon 9 février 2019 16:23

      @jalin

      Avec plaisir, vous pourrez me montrer votre tour Eiffel en allumettes et moi j’mènerai mon dernier boomerang. Dites à votre femme qu’elle ne fasse pas encore une île flottante, j’aime pas trop ça, en fait.
      Je prendrai mes chaussons, parce que les patins, ça glisse trop.


    • Xenozoid 9 février 2019 16:29

      @François Pignon

      les patins, c’est terrible



    • Abou Antoun Abou Antoun 10 février 2019 01:00

      @François Pignon

      Pas mieux ! Mais je suis quand même un admirateur de Barbara.


    • jalin 10 février 2019 10:55

      @François Pignon

      J’attends que vous ameniez votre Concorde en allumettes, ça sera essentiel pour le dîner.


    • aimable 9 février 2019 17:18

      rosemar

      Pour moi cette chanson n’évoque aucun souvenir , peut être quand disant les vôtres , cela ferait remonter quelques souvenir en moi .


      • totof totof 11 février 2019 02:18

        Super chanson ! J’ai découvert Barbara à sa mort à vrai dire. J’étais bien jeune alors et bouffé par la soupe anglo-saxonne qui m’avait appris à détester la poésie. Je vivais dans un hôtel en Normandie et je revois le veilleur de nuit, un colosse ancien ouvrier qui avait perdu son boulot avec la fermeture de son usine, je le revois devant la télé, m’appelant, fasciné, devant l’image de Barbara chantant et il me dit : « comment imaginer autant de poésie ? » Les classes populaires n’avaient pas encore totalement divorcées d’avec la poésie.

        Cette chanson me rappelle un de mes amours de cette époque. Mais je dois dire que je ne suis pas d’accord avec l’interprétation que vous en faite. Je ne pense pas qu’il s’agisse du public dont elle parle. « Tant d’hivers et d’automnes, de nuits de jours et personne, Vous n’étiez jamais au rendez-vous », chante-t-elle. Il me semble que cela s’adresse plus à un homme qu’au public.

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