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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Edward Cullen/Christian Grey : les deux faces d’une même (...)

Edward Cullen/Christian Grey : les deux faces d’une même pièce

Après le phénomène mondial Twilight de Stephenie Meyer (tant… « littéraire » que cinématographique) qui a ravagé le cœur des damoiselles, est venu le phénomène Fifty Shades of Grey de E.L.James, toujours à l’état de roman et que ces mêmes damoiselles attendent avec impatience de voir adapté en chair et en os au cinéma (on parle même du beau Henri Calvill dans le rôle du fameux Christian, l’acteur qui incarne le dernier Superman, Man of Steel, de Zack Snyder ou de Matt Bomer, qui a joué dans Magic Mike de Steven Soderbergh). Dépassant vraisemblablement le nombre de ventes du dernier Harry Potter (Harry Potter et les Reliques de la Mort, de J.K. Rowling) sur le site anglais d’Amazon, la saga revisite le complexe de l’amour impossible entre deux personnes que tout oppose, sauf une attirance physique irrésistible l’un pour l’autre qui va les consumer jusqu’au bout. Cliché, vous avez dit ? Oui, mais pourquoi ça marche ? Et surtout, pourquoi ça ne devrait pas ! 

Revenons un peu sur la saga Twilight. Nous n’évoquerons pas ici la qualité littéraire ou son absence, ou encore la (l’in-) cohérence du scénario (tant des livres que des films) ou les acteurs, mais attardons-nous plutôt sur les thèmes qui sont les véritables raisons du succès des romans en question.

D’un côté, nous avons Edward Cullen, qui se trouve être un vampire. Bon, d’accord, la mythologie vampirique inventée par Stephenie Meyer a scandalisé toute la société fan des vampires, de Bram Stoker à TrueBlood en passant par Underworld, Buffy et Mascarade (le Jeu de Rôles) (mais bon, au passage, quel écrivain n’aurait-il pas le droit de créer son propre univers ?). Au risque de mécontenter les partisans de telle ou telle mythologie (on trouve toujours des petites différences un peu partout sur la culture du vampire), nous ne parlerons pas non plus de cela ici, car c’est loin d’être la raison du succès du livre. En effet, les nombreux inconditionnels des vampires auront fui le livre comme la peste, et les demoiselles en mal d’amour n’auront pas fait attention à ces détails ou leur auront trouvé des excuses pour adorer le vrai sujet. 

Donc, Edward.

Tout d’abord, il est la perfection physique incarnée, la beauté suprême, l’homme à la fois le plus viril et le plus élégant qui soit sur Terre.

Ensuite, il est immensément riche. A force d’hériter de soi-même au bout d’un siècle, c’est sûr ça aide un peu. Même si on ne sait pas bien comment sa fortune lui est parvenue au départ ou à long terme (il y a des histoires d’actions en bourse rapidement évoquées dans les romans, mais encore une fois, passons).

Et enfin, il est obsédé par l’héroïne, Bella Swan. Je dis bien « obsédé ». Pour les fans, il est éperdument amoureux. Mais franchement, un mec qui se glisse la nuit dans la chambre d’une fille pour la regarder dormir (bon ok il ne dort pas, et alors ? il ne pourrait pas aller chasser le grizzli et lui donner un peu de vie privée ?) et qui la suit partout comme un tueur en série suit sa proie, ce n’est pas de l’amour, c’est de l’obsession maladive ! L’amour, il me semble, c’est aussi respecter l’intimité et la liberté de celui ou celle qu’on aime, non ? L’obsession se justifierait ici notamment par le fait que la demoiselle est si maladroite qu’elle devient un aimant à danger à protéger à tout prix.

Ah nous y voilà, au cœur du problème ! L’héroïne est une très jeune femme fragile, maladroite, un peu mal dans sa peau, si différente des autres qu’elle en devient un peu une outcast. Bref, c’est le cliché de la femme en péril que seul un homme jeune/fort/riche/beau peut venir sauver des aléas de la vie et surtout de tous les maniaques qui peuplent cette Terre et qui ont tous décidé de venir attaquer la jeune fille. Oui, je sais, la vie des gens heureux n’intéresse personne et on n’en fait pas un best seller, mais encore une fois passons sur le scénario, car c’est bien le thème récurrent de la jeune femme en mal d’amour qui fait cartonner les box offices.

Au passage, on ne sait pas bien non plus pourquoi il est obsédé/amoureux par/de l’héroïne. Bon, d’accord, c’est elle qui raconte l’histoire et on ne devine pas les pensées de son cher et tendre. Mais il est suffisamment bavard pour que l’on comprenne que le coup de foudre a eu lieu quand il s’est rendu compte que 1/elle sentait super bon à manger (sic), que 2/elle était super jolie mais n’en avait aucune idée (parce que toutes les vraies héroïnes sont des top models qui s’ignorent, c’est bien connu ; pour les moyennement jolies et les moches, on repassera, le grand amour avec un Apollon/Crésus, c’est pas pour elles), que 3/il ne pouvait pas lire dans ses pensées à elle alors qu’il peut lire dans les pensées de tout le monde (ce qui fait qu’il ne peut pas savoir qu’elle est tout aussi immature que les autres ados de son âge et tout aussi béate devant lui) et que 4/elle est tout le temps en danger donc il faut la surveiller non stop pour pouvoir la sauver au moindre coup de vent.

Traduction : il est amoureux d’elle parce que 1/ elle est bonne et 2/ elle dit pas grand-chose.

Voilà, ça c’est du scénario et voilà comment vendre de l’amour aux midinettes d’aujourd’hui. La personnalité, l’humour, le relationnel, tout ce qui fait qu’on apprend à connaître quelqu’un et à l’apprécier, voire à l’aimer ? Circulez y a rien à voir : Dieu vivant est amoureux de l’héroïne, un point c’est tout. Coup de génie de l’auteure : parler à la première personne à travers Bella, ce qui permet à chaque demoiselle de s’identifier à elle…

Bref, vous l’aurez compris, Edward Cullen est en fait un gros machiste qui prend sa dulcinée pour une écervelée depuis le début en lui disant que lui, Musclor depuis belle lurette, connaît bien mieux le monde qu’elle, ce dangereux et mystérieux univers dont il doit la protéger car elle, pauvre créature chétive, est incapable de mettre un pied devant l’autre. Arrosez ça de lunes, de chevauchées au vent dans les forêts, de déclarations d’amour à en perdre la tête, de peau qui brille, de voitures de luxe et de villa paisibles, et vous obtiendrez un vampire des temps modernes qui se nourrit de la naïveté et de l’énergie d’une jeune ado pour la rendre complètement accro à une belle illusion.

Autre coup de génie de l’auteure : Monsieur Parfait est certes un beau parleur, mais c’est Bella, l’héroïne, donc la lectrice, qui choisit volontairement de tomber dans ses filets et de se laisser faire comme un bébé que l’on materne et que l’on cajole et que l’on enferme dans un joli rôle : celui de l’amoureuse transie qui ne vit que pour son chéri, par son chéri et avec son chéri. On oublie les études, on oublie sa famille pour adopter celle de son chéri, on oublie ses amis (sauf s’ils veulent bien vivre sous le même toit que son chéri et elle et que le chéri les a préalablement acceptés), on oublie sa vie pour suivre celle de son chéri. Bref, on oublie son identité pour devenir « la chérie de Monsieur Parfait ».

Coup de génie de l’auteure donc, absolument sexiste, eh oui ! On oublie les siècles de lutte pour l’égalité homme-femme : Bella ne devient l’égale d’Edward, autrement dit une vampire, avec force et agilité et richesse et présence d’esprit, qu’une fois qu’elle a accouché de leur progéniture qui symbolise en quelque sorte leur union religieuse ; histoire de bien montrer que pour être l’égale de son homme, il faut lui avoir donné un enfant/avoir accompli son devoir de femme jusqu’au bout (parce que coucher par amour après le mariage, ok, mais faut quand même que ça serve à quelque chose ?) ? On oublie aussi la libération sexuelle de la femme : Bella est convaincue par Edward que le sexe, c’est pas bien avant le mariage, malgré qu’elle en ait très très envie au départ. L’auteure aura beau faire passer tout ça dans ses romans à coup de compromis et de négociations entre les deux personnages, nous on gobe pas le morceau gros comme une maison.

 

Et c’est ce bon cliché de l’homme protecteur qui subvient à tous les besoins de son amour que l’on retrouve dans Cinquantes Nuances, par E.L. James. Mais ici, ne s’agit-il pas en fait d’une parodie, d’une critique, d’une traduction de ce que représente réellement la saga Twilight ? E.L. James n’a-t-elle pas voulu montrer ce qu’est la relation d’Edward et Bella transposée dans la vie réelle ? Edward, le vampire obsédé, voyeur, harceleur, ultra protecteur, sexiste et paternaliste et Bella, la jeune fille naïve, vierge, peu sûre d’elle sauf de son amour pour le vampire, prête à tout pour le seul petit copain qu'elle ait jamais eu, sans caractère, ne seraient-ils par respectivement Christian Grey, le richissime dominateur sadomasochiste et Annastasia Steele, la jeune soumise sadomasochiste ?

Cinquante Nuances de Grey est-il une traduction de la saga Twilight (ce qui expliquerait pourquoi le premier est ennuyeux à mourir, au moins dans le second on a des vampires et des loups garous qui courent partout) ? Une adaptation bien réelle des relations entre Edward et Bella ? Voyons voir…

Tout d’abord, nous avons Christian Grey. Ici, même topo, c’est un dieu vivant. Il est d’une beauté époustouflante, viril, élégant, fort et musclé, tellement beau que « cela ne devrait pas être légal » (sic, c’est tiré du livre, mesdames, tenez-vous bien). Il est aussi immensément riche (là on comprend mieux qu’un PDG d’une multinationale soit extrêmement riche, même si à 27 ans c’est assez rare ! oui, même au pays du self-made man, mais passons aussi sur le scénario et la qualité littéraire des romans…). Et enfin, il est obsédé par l’héroïne. Sauf que là, remercions l’auteur d’être honnête : il est obsédé par elle parce qu’il veut coucher avec elle et s’amuser à quelques jeux de SM (sadomasochisme) et en plus il lui dit cash. Pourquoi ? Parce que vu le comportement de la jeune femme, il a cru qu’elle était plutôt du genre soumise au lit. Pourquoi ? Parce qu’à leur premier rendez-vous, elle était le cliché de la gentille petite fille. Et alors là, attention mesdemoiselles, ne froissons personne : l’héroïne est ultra timide, ultra maladroite et ultra coincée. Le cocktail des rôles féminins des livres roses de nos mamans et que le héro décoince fissa, mais surtout, le cocktail des héroïnes d’aujourd’hui dans les grands films hollywoodiens bon public. Vous savez, cette gentille jeune femme/fille innocente qui bat des cils, dont la maladresse attendrit le cœur des gros durs et qui fait fondre le bad boy dont elle est secrètement amoureuse. Manque de bol, Annastasia est vierge. Le SM, elle ne sait donc pas si c’est son truc. Heureusement, Monsieur Parfait est un vrai gentleman, il ne va pas la dépuceler avec des chaînes et des fouets, il lui propose d’abord un bon vieux missionnaire.

Alors ici, au passage, tout de même, deux mots sur le thème principal du livre : le sexe. Oui, c’est un livre avec du sexe, oui c’est un livre avec du SM. Mais non mesdemoiselles, si vous vous attendez à un vrai porno tout du long, passez votre chemin : c’est ce que nos compatriotes américains appellent du Mommy Porn, le genre de choses gentilles que nos mamans liraient le soir après nous avoir donné le biberon, un peu excitant mais pas trop non plus, il ne faut pas pousser la bonne ménagère, papa est fatigué lui aussi. Et non, ce n’est pas du SM effrayant comme on se le demande toutes : Monsieur Parfait utilise des plumes et des menottes qui ne font pas mal. Voilà, comme ça tout le monde est content.

Après tout c’est un livre sur l’amour… pas un porno.

(PS : Je n’ai pas lu les tomes 2 et 3, je ne sais donc pas à quel niveau de SM l’auteure est montée, ces propos sont donc sous toutes réserves que je lise un jour ces tomes…mais le courage me manque, c’est vraiment très ennuyeux, désolée ! Il est vrai qu’à la fin du Tome 1, Monsieur Parfait lui donne une sacrée raclée à la ceinture, et que l’héroïne, ayant un peu mal au derrière, décide de rompre la relation contractuelle qui les aurait unit dans la chambre rouge. Mais elle a tout de même accepté ce petit égarement de soumission, histoire de voir ce que ça faisait vraiment).

Revenons donc à cet amour, justement. Avec plus de réalisme, l’auteur nous le décrit comme naissant de leur relation de plus en plus sérieuse et passionnée. Bref, jusque là, rien d’anormal. Là où ça redevient désagréablement familier, c’est qu’encore une fois, Monsieur Parfait tombe amoureux d’une héroïne cliché : naïve quant aux relations homme-femme et maladroite. En somme, la pucelle à sauver et protéger d’elle-même et des autres. Elle trébuche d’un trottoir ? Il la rattrape comme un prince charmant. Et paf, elle tombe amoureuse. Et cet exemple n’est que le symbole de ces relations amoureuses dont on nous abreuve partout où l’homme riche/beau/musclé/fort sauve la demoiselle en détresse à l’aube de sa vie. Et pour bien faire, Monsieur Parfait lui offre tout un tas de choses qu’elle ne peut s’offrir elle-même (les femmes riches, apparemment, ne risquent pas de trouver l’amour d’un beau prince charmant, y a rien à sauver ou à materner, ou à couvrir de beaux cadeaux inutiles) et qui sont bien pratiques pour la surveiller à n’importe quelle heure : un téléphone, un ordinateur portable, une voiture de luxe (pour le côté confort et sécurité au volant, parce que bien sûr, une femme au volant est un danger public, comme chacun sait, et qu’il vaut mieux lui offrir un tank qu’une simple bagnole que tout homme pourrait, lui, conduire sans problème). Tout ça pour qu’elle soit joignable n’importe quand et pour la remercier de sa disponibilité. Prostituée vous avez dit ? L’héroïne s’en moque, sa « déesse intérieure  » (sic, c’est du livre) se dit que ce n’est qu’un prêt qu’elle rendra une fois qu’elle se sera fait plaisir. Ah cette conscience qu’on étouffe gentiment pour dire aux jeunes femmes que l’amour se vend et s’achète sans problèmes, que non, ce n’est pas se vendre, ce sont des compromis !

Bref, vous voyez le schéma ? Cet homme parfait et bien sous tous rapports veut soumettre physiquement et sexuellement sa partenaire pour son propre plaisir et soi-disant celui de l’héroïne. Il lui fait comprendre que c’est purement consensuel. Il la protège et la sauve de tous les petits tracas de la vie quotidienne comme un papa protégerait sa fille et la moucherait quand elle éternue. Un peu comme Edward essaie de faire comprendre à Bella que s’il la harcèle et la couve comme un bébé, c’est pour son bien, parce qu’elle serait elle-même incapable de se protéger et de prendre soin d'elle. Comme Edward domine réellement Bella dans la vie de tous les jours par la force physique, la rapidité, l’argent, la présence, en occupant chacun de ses instants et de ses pensées, en lui achetant tout ce dont elle a besoin, en prévenant le moindre problème qui arriverait dans sa vie. Une domination mentale et psychologique que E.L. James applique à un monde non surnaturel par une domination sadomasochiste.

 

En conclusion, on adhère ou pas à cette traduction et à cette interprétation. Mais les similitudes entre les deux personnages sont évidentes : l’homme parfait dans tous les domaines est inaccessible sauf aux belles femmes jeunes, naïves et innocentes qui rêvent du prince charmant. Il les couve comme des enfants, il les domine, et surtout elles le veulent bien, acceptent d’être soumises et en redemandent.

Alors pourquoi ces livres marchent ? Est-ce parce que, d’un point de vue psychologique (sans prétendre m’y connaître le moins du monde), les femmes rêvent secrètement de cet homme trop parfait qui viendra les sauver et les protéger de tout, prendre soin d’elles comme des petites filles ? Est-ce qu’elles attendent cet homme qui viendrait remplacer leur papa, ce qui est choquant et révoltant ? Si oui, alors ces livres sont la réponse fantasmagorique de leur illusion. Et c’est la raison précise pour laquelle ces livres sont ridicules et malsains.

Comment éduquer de jeunes ados à se débrouiller seules dans la vie adulte si on les bassine à tour de vampire qui brille et de multimilliardaire SM qui leur veulent du bien tout en les dominant dans la vie quotidienne ? Parce que sérieusement, quelle est la probabilité que toutes ces fans rencontrent un jour un homme suffisamment riche et beau pour les rendre aussi heureuses et comblées que leur héroïnes ? Comment donner confiance en elles aux jeunes filles sur l’estime de soi, l’amour et les relations sexuelles si tout cela se négocie à coup de mariage et d’ordinateurs portables ?

Que Cinquante Nuances de Grey libère les femmes dans leur sexualité au point de donner des heures sup aux pompiers de Londres, pourquoi pas, chacun ses pratiques, et tant mieux pour elles ! Mais quand je vois une gamine de quinze ans lire ce bouquin dans le RER comme si de rien n’était, ou même et surtout un des Twilight, j’ai juste envie de lui arracher et de lui remplacer ça par Les Hauts de Hurlevent… 


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9 réactions à cet article    


  • Anna Flow 13 août 2013 11:23

    Je suis bien d’accord avec vous, et malheureusement, les seules choses que les gamines lisent ou regardent c’est ce genre de choses idiotes comme Twilight, au lieu d’aller lire la littérature anglaise ou française classique


  • Anna Flow 13 août 2013 11:31

    c’est vrai, mais j’avais le sentiment en regardant autour de moi et en voyant ces bouquins dans les mains de beaucoup de filles, que cette catégorie particulière avait tendance à tristement s’agrandir ! et je trouvais ça bien dommage, car le message de ces livres est mauvais, et il faut voir le succès mondial que ça remporte malgré tout ! 

    effectivement, les parents devraient mieux jouer leur rôle aussi


    • Elodie Leroy Elodie Leroy 16 août 2013 12:48

      Bonjour Anne,

      Tout d’abord, et même si je vais émettre des critiques, je tiens à souligner que vous avez un certain courage de parler de Twilight de cette manière, c’est-à-dire sur le contenu, sur un site comme Agoravox, avec ces excités masculinistes qui gangrènent les forums. Rien que pour cela, je respecte votre article.
      Ceci étant dit, je n’ai pas lu 50 shades of grey donc je ne peux pas en parler (je sais juste que c’était au départ une fan fiction de Twilight), mais j’ai lu Twilight et vu les films. Et bien que n’étant pas fan, je regarde le phénomène avec bienveillance et je vais même me faire l’avocat du « diable » (si diable il y a).

      Concernant le vampirisme, Twilight a certes fait gueuler une partie de la communauté, mais vous noterez que cette partie était surtout masculine. En effet, malgré la présence de quelques auteures dans ce registre (Anne Rice, par exemple), le terrain du fantastique dark a longtemps été chasse-gardée pour les hommes. Comme tout ce qui est dit « de genre », d’ailleurs. Anne Rice mise à part (et elle ne fait pas l’unanimité chez ces messieurs), la vision du vampire que nous avions jusqu’à présent était une vision masculine. Le vampirisme parlait de sexualité masculine ou s’il parlait de sexualité féminine, c’était telle qu’elle était imaginée par les hommes.
      Ce qui dérange dans Twilight, c’est la réappropriation par les femmes de l’univers des vampires, et donc de cette manière de parler de la sexualité. Mais que l’on adhère à l’œuvre ou non (et après tout, Meyer ne représente pas toutes les auteures, c’est son point de vue à elle) cette réappropriation est logique avec la montée des femmes dans la société et notamment dans l’expression artistique. C’est peut-être bien ça que les puristes n’acceptent pas.

      Ce genre de mythe est amené à être constamment revisité, voire redéfini, à mesure que la société évolue. Ce qui a changé depuis les œuvres fondatrices du genre, c’est entre autres la liberté sexuelle des femmes grâce à l’accès à la contraception. De ce fait, du point de vue des personnages féminins, le vampire ne représente plus un péché ou un danger mais un désir légitime. En gros, la femme a apprivoisé le grand méchant loup. Le vampire, comme la sexualité féminine, n’a plus besoin de rester dans l’ombre et peut donc affronter la lumière du jour. Mais la vision du prince charmant a elle aussi évolué : à présent, le prince charmant ne désire plus seulement se marier mais aussi baiser. L’héroïne aura donc peur que le gentil vampire ne se transforme subitement en « monstre » (comprendre : même l’homme le plus romantique peut devenir une « bête » à certains moments). En ce sens, Twilight est parfaitement en phase avec son temps.
      Le truc qui émeut les jeunes filles chez Edward, c’est finalement qu’il soit obsédé par Bella mais pas pour la baiser. C’est elle qui veut du sexe et c’est à ça qu’elles s’identifient.

      Les représentations de vampires actuelles destinées aux hommes (Blade, etc.) ont elles aussi évolué et ne correspondent pas plus aux codes du genre. Aujourd’hui, les vampires pour hommes ont un mode de consommation violent, associé au combat et à la monstruosité, bien éloigné du raffinement ou du côté inquiétant d’antan. On n’est plus dans l’horreur mais dans l’action. Pour les hommes, montrer un vampire caché qui consommerait de manière raffinée est complètement dépassé. Car dans nos sociétés, l’érotisme est dépassé pour les hommes. Mais pas pour les femmes (je ne parle pas de la réalité, là, mais de la représentation dans les médias). Le seul cas encore pertinent pour le point de vue masculin, et qui respecterait les codes du genre, c’est si on montre des hommes entre eux. Car l’homosexualité doit encore se cacher – on en a eu une belle preuve chez nous il y a quelques mois. Donc Entretien avec un vampire est encore d’actualité.

      Pour ce qui est du côté « machiste » de Twilight, j’ai beaucoup de choses à reprocher à ces romans, mais pas spécialement le machisme. Bon, à la limite je coince juste sur l’affaire de l’accouchement, mais pour le reste, je ne fais pas la même lecture que vous.
      J’ai cependant été titillée par la question dans le passé et lorsque j’en ai eu l’occasion, j’ai été interviewer la scénariste des films, Melissa Rosenberg. Je me permets de vous adresser le lien : http://www.stellarsisters.com/home.php/cinema/interview-twilight-et-le-sexe-la-scenariste-melissa-rosenberg-sexplique/
      Je vous laisse découvrir ce qu’elle dit sur la question du sexe car c’est intéressant et nuancé (si vous n’avez pas le courage de tout lire, voir à partir de la photo où Bella est entourée par Edward et Jacob). J’adhère particulièrement à ce qu’elle dit sur la représentation des femmes désirantes dans les fictions pour jeunes.

      (suite dans le post suivant)


      • Elodie Leroy Elodie Leroy 16 août 2013 12:52

        (suite)

        Toutes mes excuses, j’ai écrit Anne au lieu de Anna. Anne est mon deuxième prénom. :)

        Le génie de Stephenie Meyer est d’avoir compris deux choses : que les adolescentes adoraient les créatures de ce genre d’une part, et d’autre part, qu’elles n’avaient pas, en Occident, d’histoires leur étant adressées sur ce mythe. En termes marketing, Meyer visait un public de niche. Or, cette niche était vacante d’où le succès considérable. Cela dit, les filles n’avaient rien en Occident sur ce thème mais au Japon, en revanche, il y avait déjà tout ce qu’il fallait dans les mangas. Et pour cause : il y a énormément de mangakas femmes très influentes dans le business (le groupe CLAMP, par exemple, qui fait aussi dans le BDSM avec le manga SF intitulé « X »).

        Pour ce qui est des films, ils ne sont pas très réussis mais ils ont au moins eu un effet positif : démontrer qu’un film destiné aux filles pouvait cartonner. Je ne sais pas si vous avez noté mais l’écrasante majorité des blockbusters dans lesquels beaucoup d’argent est investi sont des films d’hommes, où il n’y a souvent qu’un malheureux personnage féminin, au mieux deux (la gentille et la méchante, la mère et la p***) auquel s’identifier. Avant que vous ne me disiez que le succès de Twilight était attendu, je vous renvoie à la fiche du film sur Box Office Mojo : le budget était ridicule (http://www.boxofficemojo.com/movies/?id=twilight08.htm) par rapport au carton qu’a fait le film. Oui car c’était produit par un petit studio (qui a grandi depuis), les gros studios n’étant guère intéressés par un film destiné aux filles. Le public féminin n’était jusqu’alors pas considéré comme suffisamment sérieux pour justifier d’un gros budget. Avant Twilight, les producteurs raisonnaient de la manière suivante : chez les jeunes, il y a le spectateur et… la copine du spectateur à qui on donne un peu de romance pour qu’elle ne s’ennuie pas. Vous voyez le tableau. Depuis Twilight, on voit enfin des films pour jeunes mettant des filles au premier plan, comme Hunger Games (même si j’ai détesté ce film, ça a le mérite de ne pas reposer sur la romance). Et encore, il n’y en a pas tant que ça mais au moins il y en a régulièrement. Le public féminin est devenu un public qui compte sur le marché. C’est aussi ça, l’effet Twilight. Toutes ces productions ne sont pas parfaites, mais au moins les filles s’identifient à des premiers rôles, pas à des seconds, et à force de se développer, le genre va se perfectionner comme dans la littérature.

        En réalité, une chose me heurte beaucoup dans tout ce que je lis sur Twilight un peu partout : cet acharnement à démontrer que cette histoire est intrinsèquement bête PARCE QUE destinée aux jeunes filles – que l’on nommera de manière condescendantes « midinettes » (au passage, y a-t-il un terme équivalent pour les garçons ?). Sous prétexte que ce sont des filles, ce public est présumé faible d’esprit et inapte à faire la part des choses. Ca me rappelle quand un oncle de mon père a dit un jour à ma mère, quand j’avais 12-13 ans, de ne pas me laisser lire Madame Bovary... En tant que fille, j’étais présumée influençable. Il fallait me désigner ce que j’avais le droit d’aimer ou non. En fin de compte, ce que l’on constate avec ces articles traitant de Twilight, c’est que les mentalités n’ont pas vraiment changé. On veut toujours leur désigner ce qu’elles doivent aimer ou non. Pour une fois qu’une œuvre pour adolescentes fait un méga carton, pour une fois que le succès s’est fait parce que les filles l’ont CHOISI, les réactions ont été extrêmement violentes : il y a eu une véritable contre-campagne pour discréditer Twilight et rabaisser son public, juste parce que ces messieurs n’acceptent pas que ces gamines aient leur truc à elles, qu’elles ont choisi. Laissez-les vivre !

        Je vais même aller plus loin et ça ne concerne pas votre article. Ce qui motive en réalité cette contre-campagne est beaucoup plus sordide que ça. Quand on lit les articles de blogs sur le sujet, et ils sont écœurants, on découvre que les fans de Twilight et plus spécifiquement celles de Robert Pattinson, se font appeler les « pisseuses pré-pubères ». Vous voyez ce que je veux dire ? Le genre de pensées que cette idée suscite chez ces bonshommes ? Ils imaginent les gamines de 13 ayant des… fantasmes. Et ça leur fait de l’effet mais en même temps ça les dégoute parce que ça échappe à leur contrôle. Contrairement aux icônes de la presse féminine (minimum 40 balais, riches, grands et baraqués), ce n’est pas eux qui ont désigné Pattinson comme icône sur lequel les dames ont le droit de fantasmer, ce sont elles. C’est là tout le problème.

        Alors, qui est le plus machiste, ceux qui acceptent Twilight avec ces défauts comme faisant partie de la culture pop actuelle, ou ceux qui dénoncent et attaquent férocement son public ?
         


      • Anna Flow 18 août 2013 09:12

        (D’ailleurs, même le Dracula de Coppola, quand bien même d’une autre époque, était très féminin avec Minnie qui finit en désirant son vampire plus que tout, comme symbole de la vie, de l’amour, paradoxalement ! de l’éternité. Il faut reconnaître au génie de Coppola d’avoir compris que le vampire attire tant l’homme que la femme et fascine l’un comme l’autre, avec notamment un Dracula parfois très féminin (avec un Gary Oldman superbe évidemment). 

        C’est donc vrai que Twilight met au 1er rang une jeune fille, et lui donne le 1er rôle, mais ce n’est pas le premier finalement, et d’autres avaient mieux réussi avant. Le fait est que l’auteure parle à la 1ère personne, et c’est ce que je remarquais, car cela a un effet phénoménal sur le lecteur/la lectrice : une identification totale à son personnage car on lit et on pense en « je ». au bout de 4 romans de minimum 400 pages, c’est sûr ça façonne une certaine identification ! 
        (Au passage, je suis tout à fait d’accord avec vous sur ces films d’actions blockbuster avec les rôles féminins réduits à la méchante et à la gentille, que le héro baise finalement tant l’une que l’autre ! donc pour la représentation de la personnalité féminine, c’est extrêmement mauvais, dangereux ou misogyne ! du style « peu importe que vous soyez une fille bien ou pas, vous êtes là pour être baisée par le héro viril et être oubliée aussitôt ! ») 

        Un équivalent masculin pour midinette ? « ado prépubère » ? « ado boutonneux » ? « puceau » ? « qui n’a pas encore mué » ? J’avoue ne pas trop savoir ! 

        Si c’est vrai qu’une fille est influençable par ses lectures, un garçon l’est tout autant, il ne s’agit pas ici d’une question de sexe, mais d’âge au final. Et c’est pour cela que si on martèle nos enfants avec des clichés de l’homme baroudeur, qui baise tout ce qui bouge sans faire attention à la personne, qui casse tout sans réfléchir, qui est le roi sur Terre, et des clichés de femmes faciles, molles, rêveuses, qui ne pense qu’à l’amour et le font passer avant tout, c’est extrêmement dangereux tant pour la fille que pour le garçon, qu’ils lisent l’un ou l’autre indépendamment de leur sexe, et grandissent avec ces clichés sans s’en rendre compte. 
        Mon petit frère a grandi avec moi sur Buffy, et sans s’en rendre compte, a grandi avec ce message (encore inconscient pour lui) qu’être une femme forte/libérée, c’est pas facile et qu’il faut la respecter. C’est con, mais c’est le pouvoir des messages véhiculés derrière le fantastique et la SF. 

        Ce que je reproche à Meyer, en fin de compte, c’est le message DERRIERE son univers fantastique. Oui, Bella a envie de s’envoyer Edward. Mais c’est un coup de génie de l’auteur, extrêmement imprégnée de la religion mormone il faut bien le dire, que de la faire changer d’avis parce que c’est tout d’un coup l’homme qui n’a pas envie de le faire avant le mariage, donc dans un cadre contrôlé, religieusement autorisé par la société. Bella est convaincue par son grand amour que finalement son point de vue vaut mieux que le sien. 
        Et ce n’est pas un problème que toutes les filles se soient mis à aimer le bouquin. Pourquoi pas, même si je pense qu’en littérature anglaise, on peut trouver une foule de très bons livres pour les femmes, de Mary Shelley à Jane Austen... 
        Mais le gros problème, et cela vaut pour 50 Shades of Grey, d’où mon article, c’est que si la femme a enfin un rôle de désirante, un rôle principal, un rôle d’héroïne, il est étouffé par l’homme qu’elle aime, et pour lequel elle va tout donner et tout abandonner. Annastasia découvre le sexe et le SM et décide de s’y adonner. Soit, aucun problème ! Mais qu’elle accepte d’être un bébé dans la vie quotidienne en dehors de cette « chambre rouge », ou en dehors du lit, c’est le problème ! Qu’elle accepte d’être maternée comme une enfant par un homme riche qui va subvenir au moindre de ses besoins. Lui donner un téléphone portable pour la géolocaliser et la suivre et la retrouver comme il veut (oui, Grey est aussi riche que cela), c’est du harcèlement, et elle ne bronche pas car en échange il lui donne un orgasme. Qu’il lui offre un ordinateur portable ou s’occupe à sa place, et sans lui demander son avis ou son autorisation, de vendre sa voiture pour une plus sûre, c’est ce que ferait un papa, pas un vrai compagnon de vie, non ? 
        De même que Bella ne revoit ses amis que lorsque, épuisée de ses moments passés avec Edward, celui-ci lui laisse vivre un peu sa vie. ou encore elle ne revoit son Jacob que lorsque Edward décide finalement de la laisser le voir, pas parce qu’elle lui a dit « écoute coco, t’es gentil, mais je vois qui je veux, que tu le veuilles ou non, alors back off ! ». Non mademoiselle se laisse dicter ses allers et venues, au PRETEXTE que cela ne serait pas sûr pour sa sécurité physique. Mais à qui d’en décider ? à lui ou à elle ? Et si c’est à lui dans le livre, l’auteure fait CROIRE que c’est la fille qui accepte. Or c’est le problème de ces bouquins, car par l’utilisation de la première personne, la lectrice s’identifie à quelqu’un qui accepte de se laisser marcher dessus dans la vie, et pas qu’au pieux (où chacun fait ce qu’il veut pour prendre son pied). 

        ce n’est donc pas féministe à mon sens, mais au contraire très paternaliste, si ce n’est machiste. 

      • Elodie Leroy Elodie Leroy 20 août 2013 23:44

        Bonjour,

        Merci pour votre longue réponse ! Je ne peux pas répondre sur 50 shades of grey mais ce que vous m’en racontez attise encore plus ma curiosité. Je vais donc le lire prochainement, hehe. :)

        Vous avez raison de me corriger sur un point : Buffy était là avant sur le terrain du gothique. Ce qui confirme quelque chose que je lisais récemment sur les séries TV, à savoir qu’elles ont toujours été à l’avant-garde par rapport au cinéma sur ce genre de thèmes de société (dans le genre de la SF, l’ouverture des sphères de pouvoir aux femmes et aux Noirs avait très vite été intégrée dans Star Trek, par exemple). Underworld était là aussi mais le film était quand même davantage destiné aux hommes, même s’il s’est avéré assez féministe. C’est l’histoire d’une émancipation, d’ailleurs. J’apprécie également le fait que le personnage de Scott Speedman soit envisagé à travers le point de vue de celui de Kate Beckinsale. Mine de rien, le regard de la femme sur l’homme est extrêmement rare, tant les réalisateurs comme les réalisatrices ont intériorisé la domination du regard masculin. Cela dit, les autres Underworld n’ont pas suivi : le 2e s’est avéré être un simple blockbuster sans saveur et le 3e, s’il est plutôt sympathique, sort du contexte et s’avère ultra masculin. Et Scott Speedman devient le véritable héros du 2e opus, ce qui le rend tout de suite beaucoup moins sexy à mes yeux car j’aimais la position de vulnérabilité qu’il avait dans le 1er.

        Je persiste tout de même à dire que Meyer a fait un coup de maître marketing en mêlant le gothique avec une « grande histoire d’amour » - du moins ce qui est voulu comme tel. Buffy était avant-gardiste sur beaucoup de thèmes, d’ailleurs, mais ce n’était pas une histoire d’amour à proprement parler. Twilight a cela de particulier que l’histoire est vraiment centrée sur la romance.
        Avant de revenir sur Twilight, encore un mot sur Buffy. Ayant toujours eu depuis mon enfance des centres d’intérêt dits « masculins » (SF, fantastique, horreur, arts martiaux, etc.), j’ai fréquenté pas mal de milieux geek et je connais assez bien leur état d’esprit. Aujourd’hui, beaucoup de geek avouent qu’ils ont toujours aimé Buffy. Mais à l’époque, ces mêmes gars tenaient un discours tout à fait différent. J’ai le souvenir que Buffy se faisait énormément dénigrer par la gent masculine. Après, je suis peut-être tombé sur les mauvaises personnes. Mais je peux vous dire que j’en ai entendu, des commentaires misogynes suscités par le phénomène Buffy !

        Pour ce qui est de Twilight, c’est amusant parce que je n’en fais pas la même lecture.

        Bella et Edward ne sont pas d’accord sur le sexe avant le mariage. Et elle accepte finalement sa position. Soit. Mais à condition qu’ils se marient tout de suite parce qu’elle ne veut pas attendre. A mes yeux, le mariage est un détail pour elle : ses parents ont divorcé, elle n’a pas l’air d’en être traumatisée mais le mariage n’a pas beaucoup de signification pour elle. Le vrai mariage, à ses yeux, ce qui va sceller leur union, c’est sa transformation en vampire. Or lui ne veut même pas baiser avant qu’elle soit transformée par peur de lui faire du mal (il pourrait perdre le contrôle, et patati et patata). Il y a donc deux conflits à propos du sexe : avant/après le mariage et avant/après la transformation. Ils trouvent une sorte de terrain d’entente : ils se marient d’abord mais ils baisent avant la transformation. D’autre part, en le faisant céder sur le fait de coucher avant la transformation, elle démontre une chose : coucher ensemble n’était finalement pas dangereux ! Vu que cette histoire parle beaucoup de sexe, en fin de compte, le message n’est pas anodin.

        Je pense aussi que l’on juge cette histoire à travers le prisme des enjeux idéologiques liés au sexe qui prévalent chez nous. Or les Etats-Unis, c’est une toute autre culture. On a tendance à l’oublier mais quand on se retrouve là-bas et qu’on expérimente les relations de séduction avec les hommes, on se rend vite compte du décalage.

        Je ne suis pas sociologue ni spécialiste de l’Amérique mais j’ai l’impression que les Américains vivent une véritable crise des mœurs depuis quelques années, entre le consumérisme effréné des uns, qui se traduit notamment par des rapports de plus en plus précoces et une multiplication du sexe oral chez les jeunes (personnellement, je suis pas contre la pratique en soi, mais je trouve ça glauque de commencer sa vie sexuelle avec les hommes en leur faisant des pipes), et de l’autre côté le militantisme forcené des mouvements pro-abstinence, souvent proches des religions. Bref, dans tous les cas, il n’y a plus vraiment d’écoute de ses propres désirs, notamment chez les filles (je ne suis pas sûre que ce soit bon pour les garçons non plus). Je pense que beaucoup de jeunes sont tiraillés entre ces deux extrêmes et se doivent de prendre position entre les deux.

        A mes yeux, Twilight représente bien ce tiraillement.  Au lieu de me demander si chaque détail de l’histoire est féministe, je serais tentée de me demander ce que Twilight reflète de son pays. Et de son époque, puisque les bouquins comme les films ont eu un énorme succès partout dans le monde.

        Si Twilight a connu un tel succès, il y a une bonne raison. J’ai évoqué une raison d’ordre marketing. Elle explique le phénomène sur le moment, mais pas en profondeur. Même chose pour la présence de clichés : tout ce que l’on consomme à la TV ou au cinéma est rempli de clichés mais toutes ces productions ne connaissent pas un succès aussi retentissant sur la durée.

        Qu’on aime ou non Twilight, il faut s’interroger dès lors qu’un succès dure et engendre des comportements de fétichisme. Cela veut dire que cette histoire a trouvé une résonnance. C’est pourquoi, au lieu de dénigrer Twilight, je trouve beaucoup plus intéressant de l’étudier pour comprendre ce que cela dit des jeunes d’aujourd’hui.

        Pour cela, il faut arrêter de les prendre pour des demeurées. On a tous été jeunes et excessifs. C’est un moment assez unique dans la vie et j’en ai un peu marre de voir spécialement les filles se faire insulter de cette manière (je ne parle pas de votre article mais de ce que j’ai pu lire en général sur Twilight). Car je maintiens que quand une histoire s’adresse aux ados garçons, le traitement dans les médias est complètement différent, beaucoup plus respectueux. Il suffit de voir le nombre de films de super-héros qui sortent chaque année depuis 10 ans pour se rendre compte du respect bien plus grand dont bénéficient les œuvres destinées aux adolescents : des budgets de 200 millions de dollars, des grands noms de réalisateurs qui en font des films « adultes », des acteurs ayant déjà reçu des nominations aux Oscars, etc.

        Quant aux journalistes français qui commentent ces films pour jeunes, j’en ai fait partie pendant des années et je peux vous résumer en une phrase leur mentalité vis-à-vis des divertissements à connotation adolescente : les trucs régressifs pour garçons, c’est noble, les trucs régressifs pour filles, c’est risible. Et ce sont parfois des hommes tout à fait charmants par ailleurs qui ont ce type d’opinion.

        E


      • Agafia Agafia 18 août 2013 20:14

        Je dirais que l’équivalent masculin de midinette c’est tout simplement le minet, non ?

        Pour le reste, no comment, vu que je n’ai lu ni l’un ni l’autre... mes goûts en matière de bouquin sont à 10 000 verstes de ce genre de littérature...
        Comme pour le reste, on tire tout vers le bas car :

        « L’abrutissement de la race humaine est la seule chance du système actuelle pour survivre... » 

         
        voilà, lg a tout dit. 


        • Agafia Agafia 18 août 2013 20:20

          La midinette était la petite ouvrière du 19e siècle qui se contentait d’une dinette le midi, bref qui mangeait sur le pouce à l’atelier, comme Nana, dans « l’Assomoir » de Zola, qui croquait une botte de radis le midi avec ses collègues à l’atelier de fleuristerie.

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Anna Flow


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