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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « El Camino de San Diego » de Carlos Sorin

« El Camino de San Diego » de Carlos Sorin

Tati est comme des millions d’Argentins, il voue un culte au légendaire footballeur Diego Armando Maradona. Il vit dans des conditions précaires, avec son épouse et ses trois enfants, au milieu de la forêt de Misiones. Alors que le grand Diego est hospitalisé d’urgence à l’hôpital de Buenos Aires, Tati découvre une racine qui, pour lui, prend la forme et les traits du jeune Diego. L’Argentine entière se recueille pour le rétablissement de son idole. Tati décide, lui, de traverser tout le pays pour offrir à Maradona la statue de bois à son effigie...

Guacamole Films

On imagine mal ici la ferveur populaire qu’engendre le football en Amérique du Sud et, en particulier, en Argentine. En France, la passion autour du foot est souvent raisonnable. Au-delà de nos frontières, en Angleterre, en Espagne ou en Italie, le lien fusionnel qui unit le peuple à ce sport est déjà nettement moins rationnel.

En Argentine, le foot est plus que tout. Les supporters de Boca Junior ou River Plate, lorsqu’ils meurent, se font enterrer dans des cimetières particuliers qui leurs sont réservés et dans des cercueils siglés par l’écusson de leur club favori. Le football est une religion, ni plus ni moins, et Diego Armando Maradona son Dieu incontestable. Il est celui qui vengea l’Argentine en crucifiant les Anglais, de deux buts venus d’ailleurs dont le premier marqué de la main de Dieu, selon l’expression consacrée. Ce jour, le 22 juin, est désormais inscrit au calendrier de l’église maradonienne (1)

Maradona est celui qui offrit la Coupe du monde à son peuple. Imaginez la liesse des Français le 12 juillet 1998 et multipliez-la par 100 pour mesurer l’impact émotionnel qui s’abattit sur Buenos Aires ce 29 juin 1986, jour de victoire face aux Allemands en finale de la Coupe du monde...

Le football est l’opium du peuple, là-bas plus qu’ailleurs. Dans l’introduction à « El Camino de San Diego », un carton nous informe que lors de l’annonce de l’hospitalisation de Maradona, suite à un malaise cardiaque, des milliers d’Argentins se sont empressés de rallier Buenos Aires pour manifester à l’artiste tous leurs soutiens. « Tati aurait pu être l’un d’entre eux ».

Dans l’un de ses précédents films, « Historias Minimas », l’une des héroïnes parcourait l’Argentine en direction de Buenos Aires afin de participer à un show télévisé populaire. D’une certaine manière, le périple de Tati est assez semblable. Lui qui n’a jamais quitté sa province oubliée part en quête d’une illusion qui, pendant un moment, le comblera d’un bonheur simple et extatique qui, à tout jamais, se rappellera à lui dans les moments plus difficiles. A travers le voyage de Tati, Carlos Sorin dessine évidemment en creux la photographie de la situation économique et sociale d’un pays quelque peu à la dérive. Cela n’empêche pas l’espoir d’exister. Carlos Sorin montre aussi un peuple solidaire où les individus n’hésitent pas à s’entraider sans contrepartie. Tout est plus subtil que cela, bien sûr, mais nous ressentons cette empathie comme réelle et authentique entre chacun.

« El Camino de San Diego » est un film d’une grande sensibilité. Il est difficile de ne pas être touché par la grande naïveté de Tati, jeune homme modeste et réservé mais dont les étoiles brillent dans le regard. A la fin, il n’est pas important de savoir si Tati a réussi dans son entreprise. Le seul fait qui compte est que lui y croit, comme il a cru que cette racine était incarnée par son idole fétiche.

TRIVIA :

Quant à Maradona, nous n’avons pas fini de parler de lui. Le documentaire de Kusturica qui lui est consacré nous est promis pour 2008, avec peut-être une projection à Venise. Maradona a bâti une grosse partie de sa légende à Naples et l’Italie fut ainsi le théâtre de quelques-uns de ses plus grands exploits, de quelques-unes de ses plus importantes frasques aussi...

Désormais, l’Italie le lui rend bien, également via le cinéma. Marco Risi vient de sortir au mois de mars un biopic sur le joueur mais très tièdement accueilli par la presse, « Maradona, la mano di dio » (encore inédit en France).

Enfin, en 2001, Marco Ponti signait une comédie sympathique (également inédite chez nous) « Santa Maradona » ou le héros, tifosi à ses heures, vibre devant la maestria du Pibe del oro...


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