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Elf, la pompe Afrique

Dans une salle de spectacle, Le grand parquet 20bis rue du département 75018 Paris, la compagnie un pas de côté joue deux spectacles de Nicolas Lambert : un sur le procès lié à Elf Aquitaine et un autre sur le nucléaire… Des spectacles qui font du théâtre un sport de combat.

Nicolas Lambert a tout fait, sauf inventer les personnages. Il n'a pas non plus inventé l'histoire. Il est allé pendant quatre mois au procès de Stirven, Loïc Le Floch-Prigent, André Tarallo… Son spectacle pratique un choix dans ce qui y a été dit, il a taillé dans les échanges mais il n'a pas créé de texte. Il joue tous les personnages, y compris, au début, lui-même, ses difficultés à entrer dans la salle d'audience, les places réservées aux journalistes et qui ne sont pas remplies en général.
 
Il nous propose ainsi une sorte de théâtre de reportage, alors qu'il est clair que le théâtre est un art de la représentation. Au passage, et c'est un passage succulent et qui a son importance, il propose que les journalistes aient un statut d'intermittent, comme celui qui lui a permis de rester quatre mois et d'embrasser la totalité de ce procès. Le journalisme aussi est représentation. La sociologie aussi... qui ne le sait pas ou ne veut pas le voir ni le dire.
 
C'est un théâtre de notre temps, qui nous parle de nos problèmes, comme on voudrait en voir plus souvent. Il n'est pas nécessaire de se déconnecter de la singularité pour atteindre l'universel.
 
Nicolas Lambert donne à tous ses personnages le temps de s'installer. Il se donne le temps de les installer. Il ne bondit pas de l'un à l'autre comme on voit souvent faire en pareil cas. Il leur donne un rythme, une imposition physique, une voix... Il nous les rend sensibles et souvent nous fait rire avec, arrivant même à rendre comique parfois un personnage qui ne parle pas.
 
Ainsi, on y est. Rien ne nous échappe et l'on voit ces hommes « réinventer l'histoire de la caisse noire » d'Elf Aquitaine, comme dit l'un d'entre eux (Le Floch-Prigent, je crois).
 
Les prévenus devaient donc « dégager des fonds » pour la caisse noire. C'était leur tâche. Ils avaient, l'un d'eux l'évoque, d'autres moyens : des cargaisons partaient parfois sans aucune inscription nulle part... etc. ou bien, ils bâtissaient une école, un hôpital, une route… hors budget, toujours… en échange de l’obtention des marchés, bien sûr…
 
Ces prévenus nous font voir un monde de petits arrangements, d'à peu-près, de doubles-jeux, avec des sommes astronomiques au regard des sommes qu'ont les citoyens-travailleurs ordinaires. Ils donnent à droite et ils donnent à gauche, par prudence. Il y a deux mains qui ignorent chacune ce que fait l'autre. Ce n’est cependant pas justice, car il y a une grande main et il y a une petite main. André Guelfi prête son entreprise off-shore et reçoit un cadeau de 13 millions de Francs. « Pourquoi refuserais-je un cadeau ? » Eh oui. On se le demande. Sous-entendu : Vous auriez fait pareil si vous aviez été à ma place. A ce prix-là, ce n'est plus un prêt. C'est une prestation de service. Une complicité. Une co-réalisation.
 
Il n'y a pas que les sommes en jeux qui sont de l'ordre du délire, par rapport au commun des mortels. Il y a aussi et surtout le lien entre la politique et l'économie. Ces « commissions » organisent les Etats africains et dominent la vie de leurs citoyens, engagent les questions de développement ou de non-développement, de liberté démocratique ou de contrainte occulte...
 
On voit apparaître (ou réapparaître pour ceux qui s’en souviennent) que, dès sa création par le Général De Gaulle, Elf avait des missions politiques et diplomatiques explicites et assez précises. Cela fait partie de la Françafrique, de la domination continue de la France sur l'Afrique de l'Ouest et qui a traversé toutes les élections.
 
Elf Aquitaine était lié à Jacques Chirac et Edouard Balladur a réussi à faire acheter cette entreprise par Total, beaucoup plus petite à l'époque. Sans doute pour priver Chirac d'une source de financement de ses campagnes. Ce qui lui a été insuffisant, comme chacun sait pour qu'il se fasse élire.
 
C'est à l'occasion de ce rachat qu'Elf Aquitaine a posé une plainte contre ses anciens salariés pour abus de biens sociaux, en gros. Ils auraient piqué dans la caisse noire ! C'est ce qui fut jugé.
 
Ce système de caisse noire, qui relève de la définition même de la corruption (c'est-à-dire que les lois à l'œuvre ne sont pas les lois apparentes et déclarées être en cours d'application), ce système est bien apparu dans ce procès. Et n'a pas lui-même fait l'objet ni d'une instruction, ni d'une recherche d'application de la loi démocratique.
 
J'avais, pour ma part, tout oublié de ce procès, des conditions de la création d'Elf, de Total... J'ai été embarqué de façon très agréable, et j'ai tout compris...
 
Nicolas Lambert nous rend visible, limpide... ces arcanes du pouvoir, toujours à l'œuvre et dont il convient de pister sans cesse les faits et gestes, les manœuvres et leurs conséquences et tâcher d’en modérer la réalisation, la surface, les conséquences...
 
Un vrai théâtre de combat pour notre temps.

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1 réactions à cet article    


  • Kakapo Kakapo 29 novembre 2011 16:35

    Ce « spectacle », sur elf, est passé sur France o, il y a quelques mois. Super intéressant (prenant et drôle). Ce type arrive à faire, ce qu’un journaliste ne veut pas faire : nous faire comprendre. Longue vie à ce type de « spectacle ».

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