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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > En hommage à Gilles Deleuze

En hommage à Gilles Deleuze

Que dire de cet homme ? Voudrait-il simplement que nous parlions de lui, dix ans après sa mort ?

Lui rendre hommage c’est, pour moi, entrer dans cette continuité qui fut la sienne et qui ne s’identifie pas à une position statique de la pensée.

En fait, ce n’est pas une position, c’est une dynamique dans une série multiple de percepts, une vocation à surfer, à explorer les plis de la vie : j’oserai dire que les pensées sont des rhizomes aux formes induites et aux effets circulants.

L’hommage est court ici, car il y en aurait long à dire, mais si nous voulons suivre sa voie, celle de la création de concepts, il faudra prendre le temps. Travailler, parcourir, déclencher les productions vivaces de la pensée et savoir récupérer, de ses plis sans cesse en mouvement, ce qui façonnera ce concept. Travail de la philosophie. Travail de toute une philosophie !

Merci, Gilles, d’avoir ouvert la voie !

Je vous livre ici un extrait de L’Abécédaire, R comme Résitance, qui nous parle de la honte d’être un homme, un des motifs de la pensée :

"...Je crois qu’un des motifs de la pensée c’est une certaine honte d’être un homme. Je crois que l’homme, l’artiste, l’écrivain qui l’a dit le plus profondément, c’est Primo Levi. Il a su parler de cette honte d’être un homme. Ce qui dominait à son retour des camps de concentration, c’était la honte d’être un homme. C’est une phrase à la fois très splendide, je crois très belle, mais ce n’est pas abstrait, c’est très concret, la honte d’être un homme. Mais elle ne veut pas dire les bêtises qu’on veut lui fait dire, ça ne veut pas dire nous sommes tous des assassins, où nous sommes tous coupables ; par exemple, nous sommes tous coupables devant le nazisme. Primo Levi le dit admirablement, cela ne veut pas dire que les bourreaux et les victimes soient les mêmes. On ne nous fera pas croire cela, on ne nous fera pas confondre le bourreau et la victime. La honte d’être un homme, cela ne veut pas dire : on est tous pareils, on est tous compromis (...), mais ça veut dire plusieurs choses ; c’est un sentiment complexe, ce n’est pas un sentiment unifié. La honte d’être un homme, ça veut dire à la fois : comment des hommes ont-ils pu faire cela ? Des hommes, c’est-à-dire d’autres que moi, comment ils ont pu faire ça ? Et deuxièmement, comment est-ce que moi, j’ai quand même pactisé, je ne suis pas devenu un bourreau, mais j’ai pactisé assez pour survivre,, et puis une certaine honte d’avoir survécu, à la place de certains amis qui n’ont pas survécu. C’est donc un sentiment très complexe. Je crois qu’à la base de l’art, il y a cette idée ou ce sentiment très vif d’une certaine honte d’être un homme qui fait que l’art, ça consiste à libérer la vie que l’homme a emprisonnée. L’homme ne cesse pas d’emprisonner la vie, de tuer la vie, la honte d’être un homme, l’artiste c’est celui qui libère une vie, une vie puissante, une vie plus que personnelle, ce n’est pas sa vie..." (1)

(1)Vidéo - L’Abécédaire de Gilles Deleuze Claire Parnet / P. A. Boutang - [ R comme Résistance]

Image provenant du site :
http://www.editionsmontparnasse.fr/presse/titres/regards/deleuze.jpg


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4 réactions à cet article    


  • brigetoun (---.---.69.126) 15 février 2006 22:20

    le silence fait sur cet anniversaire est assez assourdissant et un peu inquiétant


    • Senatus populusque (Courouve) Courouve 15 février 2006 22:32

      Le silence sur cet anniversaire n’est pas étonnant. Deleuze n’est pas un philosophe de première grandeur, sauf pour l’extrême gauche parisienne.


      • MauvaisEsprit (---.---.119.173) 16 février 2006 10:22

        Deleuze est un philosophe immense Il est énormément lu aux USA (French Theory) et en Amérique Latine C’est quoi cette réponse pleine de parti pris, pas très cool de la part d’un professeur...

        ME


        • Louis (---.---.9.62) 16 février 2006 11:12

          Je trouve Monsieur Mauvais Esprit excellent. Merci pour Deleuze. Je pense qu’en France, on n’aime pas les bons français. Je pense qu’en France en particulier, la politique, les compromissions, les mensonges sont la nouritures des foules mais sans doute aussi des « élites ». Quelqu’un de bien sera toujours conspué. Les « intellectuels » n’auront de cesse de le déchirer, de l’ignorer et si le génie n’est pas doublé d’un art consommé de self défense, il a peu de chance de monter dans l’audimat ! On disait que pour atteindre la notoriété, il falait faire connaitre son art à l’étranger avant de revenir en France. Deleuze n’est pas le seul exemple !

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