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En mode Gossip

 Le groupe de l'inévitable Beth Ditto revient et prend un virage pop vertigineux, à des années-lumière de l'esprit punk qui l'avait habité jusque là. Faut-il voir dans cet acte manqué (?) une prise de risque purement artistique ou le produit d'une réflexion maline née d'une arrière pensée vilement commerciale ?

 

 Figure égérique et fanstasmagorique, icone trash, mais aussi porte drapeau haut en couleur de l'homosexualité taille XXL, les adjectifs épicés et les superlatifs ne manquent pas pour caractériser le personnage emblématique de Beth Ditto. Après un aparté solo franchement évitable, elle reprend du service, enfin, avec Gossip, son groupe, pour un cinquième album et un virage radical. Enfin pas si radical que ça, car la métamorphose avait été légèrement entamée avec l'album précédent, Music For Men, qui préfigurait déjà la tournure pop, voir disco que les trois acolytes allaient prendre. Enfin, on n'imaginait pas que ça allait être à ce point-là.

 Revenons un peu plus en arrière : après des débuts punk-hardcore ultra-violent, le groupe avait déjà mis de l'eau dans son vin pour ce qui reste à mon avis son meilleur album à ce jour, Standing In The Way Of Control, et son tube du même nom, absolument monstrueux. La pierre angulaire de la discographie des américains. L'équilibre était parfait entre punk dominant et soul tapie dans l'ombre, et il était difficile, pour qui aime le rock de ne pas tomber sous le charme de cette femme à la voix d'or, à la fois puissante et pure, douce et crade, couillue et distinguée. Il suffisait à l'époque de les voir en concert pour se rendre compte de l'énergie incroyable dégagée par la chanteuse monstrueuse, au sens propre comme au sens figuré. Quelques années plus tard, Music For Men diluait encore un peu son punk dans la pop et malgré quelques ratés, le résultat était honorable avec des morceaux de grande qualité (Heavy Cross, bien sûr, 8th Wonder) et deux tubes un peu "soupeux" qui allaient faire leur chemin sur les ondes de radio généralistes (Love Long Distance, Pop Goes The World). Un résultat un peu mitigé en somme.

 Débarque aujourd'hui donc A Joyfull Noise, qui risque de voir s'éloigner les puristes du début, et arriver un nouveau (grand) public jeune peu pointilleux, tout en confortant celui de Music For Men version mielleuse. Après une première écoute assez surprenante (ça change quand même), j'ai décidé de ne pas faire mon puriste même si j'avoue quand même avoir été désarçonné. J'ai donc laissé intentionnellement de côté la vieille fibre réactionnaire qui nous habite tous afin d'aller de l'avant, tout en choisissant quand même de rester critique face à la qualité intrinsèque de l'oeuvre.

 Première constatation, les guitares saturées ont pratiquement disparu et Brace Paine est maintenant quasi-exclusivement derrière ses machines et son clavier, à quelques exceptions près. Deuxième constatation, Beth chante toujours aussi bien, mais ses textes manquent franchement de coffre, et elle en fait parfois un peu trop. Troisième constatation, préparez-vous à bouffer Move In The Right Direction à toutes les sauces pendant l'été, sur les ondes, à la télé, dans les boîtes... C'est, à mon humble avis, LE tube du disque, une sorte d'électro-disco puissante (très) accrocheuse qui envoie du lourd, portée par la voix exceptionnelle de Beth, façon Cindy Lauper, Abba ou Madonna sous Coke mais qui risque d'être un peu pénible à la longue. Voire même très pénible.

 Le premier single, Perfect World était quand à lui, malgré une qualité indéniable, un peu tiède si on le compare aux productions précédentes du groupe. La majorité des chansons du disque est malheureusement à l'image de ce morceau. Le potentiel est là, mais le tout manque quand même un peu de substance et j'ai peur que ça ne vieillisse pas superbement bien... L'entrée en matière, Melody Emergency est plutôt intéressante malgré un côté répétitif lassant. Get A Job est à mon avis le morceau le plus abouti de l'album avec un petit côté robotique à la M.I.A. ou Santigold soutenu par cette voix caractéristique qui a vraiment des chevaux dans le moteur. Rien à dire. La suite est honnête sans être transcendante (Casualties Of War, Get Lost), Into The Wild  est ridicule (ambiance camping de beauf à la Grande Motte) et la fin plutôt honorablement moyenne (dans l'ordre, Involved, Horns, I Won't Play, Love In A Foreign Place).

 Au final, l'effet de surprise passé, et malgré un potentiel intéressant, A Joyful Noise déçoit si on le compare aux précédentes livraisons du groupe. Par contre, il y a fort à parier que le succès commercial sera au rendez-vous. Tant mieux pour Gossip. Tant pis pour les puristes.

 Virage en épingle et sortie de route évitée de justesse...


Moyenne des avis sur cet article :  4.2/5   (5 votes)




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2 réactions à cet article    


  • Switcher 24 mai 2012 20:33

    A quand Gossip remixé chez Guetta ?

     smiley

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