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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Encore le Transréalisme

Encore le Transréalisme

Le hasard fait bien les choses. Si je n’avais pas séjourné au Portugal l’année dernière, je n’aurais pas écrit cet article. Le Manifeste Transréaliste de Sejo Vieira que j’ai lu, sur AgoraVox, m’aurait semblé, certes, très intéressant et pourtant j’aurais fini par l’oublier, comme tant d’autres choses intéressantes que je lis au fil des jours.

C’est qu’en le lisant, je me suis souvenu de l’endroit où pour la première fois j’ai entendu parler de ce peintre.

C’était le mois d’août, je traversais le Portugal, venant de Salamanca. Je m’étais arrêté pour déjeuner dans une ville du département d’Aveiro, à une trentaine de kilomètres de la côte. Une ville charmante au milieu de petites montagnes où dominent le sapin et l’eucalyptus. Il y avait là une fête : une foire internationale dédiée aux activités industrielles et commerciales de la région. Une centaine de stands et les divertissements habituels des foires. Pendant que mes gosses s’amusaient dehors, je me suis promené dans le complexe sportif. Dans le stand de la mairie, une grande affiche a attiré mon attention. C’était la photo de deux mains gigantesques (40 mètres de hauteur) collées l’une sur l’autre, sortant de la terre, en haut d’une colline, où apparemment il n’y aurait que des cailloux et de la végétation naine. Il s’agissait du projet Le Mémorial des Martyrs de la Liberté. L’auteur était un peintre, Sejo Vieira. J’ai lu le texte du projet et j’ai voulu en savoir davantage. Un des responsables du stand m’a signalé que quelques-unes de ses œuvres se trouvaient en exposition dans le hall principal. Je m’y suis rendu, il y avait beaucoup de gens devant une dizaine de tableaux de grandes dimensions, mais l’artiste n’y était pas. Un an est passé. Son Manifeste et les commentaires qu’il a suscités, m’ont donné envie d’écrire sur lui.

On ne passe pas devant ses tableaux sans s’arrêter et se questionner. Chaque œuvre dégage une impression d’insolite et de beauté mélangés. On s’installe devant et immédiatement on a envie de pénétrer dans le tableau, d’y déambuler. C’est un monde qui, en s’ouvrant au regard attentif du spectateur, l’invite à en faire partie. Sejo Vieira nomme cela l’appel du Transréel. Un terme qui prend toute sa signification, quand on contemple les paysages et les personnages de ses œuvres, et que l’on y décèle la vision d’autres mondes. On suit avec curiosité, en lisant son Manifeste, cette recherche obstinée d’autres réalités possibles, en partant de la réalité perceptible. On a envie alors de repenser toute la peinture se référant au monde psychique, en la comparant aux voies nouvelles que le Transréalisme trace aux peintres de l’imaginaire. Les mécanismes du rêve et aussi ce qu’il appelle « la pensée à la dérive » sont utilisés non pas pour comprendre la réalité quotidienne et encore moins les réalités à venir, mais pour conduire à une réalité transfigurée, transformée. Ici, pas de « cadavre exquis », mais un travail solitaire où, aidée par le fabuleux outil cérébral qui est l’imagination, s’appuyant sur l’incommensurable registre d’images et de sensations gardées dans la mémoire, toute la complexité du travail cérébral pendant le rêve va devenir la porte ouverte à la création d’autres réalités, d’autres mondes, d’autres concepts de pensée. « Ainsi la créativité transréaliste invente, en la reconstituant, une réalité qui n’existera que sur la toile ou dans la voix du poète ». L’artiste devient réellement un démiurge dans son art.

Une règle d’or : la peinture Transréaliste ne peut être que figurative. Forme et couleur sont totalement associées « dans la mise en scène du thème, dans l’ambiguïté et richesse de la description... », afin que « le Transréalisme provoque la réflexion, installe l’inquiétude et l’interrogation ».

Contrairement au Surréalisme, qui était une sorte d’auberge espagnole (Miro, Picasso, Magrite, Dali et même des abstraits ont séjourné allégrement sous la même enseigne), dans le Transréalisme seule une figuration proche du réalisme s’y verra admise. Exclus impressionnistes, expressionnistes, dont la peinture, selon lui, ne traduit pas la réalité. L’artiste transréaliste « ... refuse la perception immédiate, l’émotion instantanée, préférant s’aventurer de l’autre côté du miroir, là, où la raison sait créer des mondes avec les sensations du vécu, les fragments de la mémoire ».

Il y a un grand souci d’éthique dans l’œuvre de Sejo Vieira. Des règles ? Plutôt des lignes de conduite : « On ne peut concilier l’acte de créer avec cupidité, narcissisme, glorification, corruption, titres honorifiques et autres artifices aliénants pour l’esprit » et encore : « L’artiste est responsable devant ceux qui le procurent ! Malheur à nous si nous le trompons, si nous avons pour lui du mépris, si nous le laissons repartir l’esprit vide ! ». Sejo Vieira est l’opposé d’un Dali. En lui l’Art c’est le combat pour l’homme, pour sa dignité. En Dali c’est la recherche du gain, du prestige, de l’immortalité simplette, enfantine.

Aux yeux de Sejo l’œuvre artistique, littéraire viendra après l’homme. L’important ce n’est pas son œuvre, pour plus génial qu’elle soit, mais la posture morale, la valeur humaine. L’Art non seulement ne sera jamais neutre, comme devra s’impliquer dans le combat pour la transformation de l’individu. « Le Transréalisme possède une force cachée que l’on ne trouve en aucun autre courant artistique. Une force qui l’aide à dévoiler les mystères de l’âme, à saisir les imprévus de la vie, à combattre l’absurdité du quotidien, l’irrationalité de l’homme ». Cette force cachée serait donc le Message. Dans tout Art, devra exister l’impératif « Humain ». Et les hommes ont besoin du Message pour pouvoir transformer leur vie, leur quotidien. Avec le Transréalisme, il s’agit de provoquer dans le spectateur un processus mental qui le fasse réfléchir sur les situations présentées, et cela dans le but de l’amener à partager les préoccupations et défis de l’artiste. C’est l’art dans la rédemption spirituelle.

« Aucune autre peinture ne pourrait rendre aussi poétique, aussi humaine la recherche de l’Absolu, la croyance en un idéal. » Voilà en peu de lignes ce qui serait le grand objectif de cet art : atteindre l’absolu, tout en étant fidèle à un idéal. Il exprime dans son Manifeste une croyance totale dans l’homme et dans ses capacités de se transformer pour pouvoir participer dans la transformation du monde. L’Art Transréaliste serait une des voies conduisant à un changement mental et existentiel universaliste.

On peut avoir un aperçu de son travail dans son blog Humainutopie, en http://globumain.unblog.fr


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2 réactions à cet article    


  • JL JL 25 octobre 2007 14:29

    Intéressant. Sait-on quelles sont les dimensions des oeuvres visibles sur le site référencé ?


    • pierre 14 décembre 2007 13:33

      Bonjour Ami, Je découvre que le terme « transréalisme » est utilisé pour exprimer des concepts différents. Je l’ai personnellement proposé, en 1994, pour souliger, notamment, la fonction d’épanouir de l’Art, à l’occasion d’une exposition inaugurale, regroupant six Artistes qui révèlent des angoisses, obsessions et aspirations de notre époque, manifestation qui a été relatée par « France Culture ». 10 expositions ont suivi avec la réalisation de dix dossiers sur le sujet. J’ai écrit un livre sur l’idéal que recouvre ce terme : « Les révélations d’Omar », en 1996. Cette initiative a été appréciée par René Huyghe, de l’Académie Française, et a été mentionnée lors du Salon d’Automne parisien de 1996.

      Bien cordialement, Pierre Gouverneur www.sejourdart.com

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