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Entre « Balé de Rua » et « Délirium » : Nicole Croisille, Isabelle Georges & Maria de Medeiros

En cette fin mars parisienne, Nicole Croisille célébrait Claude Nougaro en une soirée unique au Casino de Paris pendant qu’en lien avec les favelas, le Balé de Rua prolongeait au Trianon sa fête du Brésil à l’instar d’une Maria de Medeiros qui chantait le spleen de l’exil au café de la danse alors qu’Isabelle Georges incarnait au 20e Théâtre La French Touch d’un show musical en deux exhibitions annonciatrices des trois que, hors son chapiteau, le cirque du Soleil inaugurait à Bercy grâce à son Délirium.

Tous ces artistes possèdent en commun le sens du rythme qui parle au corps au moment de mettre les mots sur des musiques qui, de la comédie musicale intimiste jusqu’au grandiose conte onirique en passant par les percussions de Sambas autant que par l’expression francophone des Brel, Bécaud, Brassens, pourraient être branchées avec le phrasé du chantre de la ville rose tout en embrassant un blues universel qui, de Toulouse à Rio, transiterait au cœur du syncrétisme d’un Nouga York.

Ainsi, Nicole Croisille en tournée mondiale s’arrêtait-elle à Paris pour un concert exceptionnel où l’hommage rendu à Claude Nougaro à travers le jazz et la langue française s’inscrivait en tête d’affiche à l’ombre de ses propres succès mélodiques qui jalonnent depuis 45 ans sa carrière professionnelle en compagnie d’Aldo Franck, son alter ego au piano. Ainsi d’Amstrong, je ne suis pas noire à Chabadabada, de Nougaro à Croisille, d’un homme à une femme, un film de mémoire jazzy pouvait s’actualiser en marche arrière accélérée tant la chanteuse sur scène maîtrisait une forme physique éblouissante que la présence effective de Claude Lelouch pouvait contresigner authentique.

Héritière d’un tel dynamisme et autre expressionnisme du même abattage, Isabelle Georges possède tous les dons. Déjà petite, elle voulait être "un performer" ; mais allez oser annoncer cela aux parents aussi compréhensifs, soient-ils, alors même que la France a tendance à classer ses artistes en chanteurs, danseurs, comédiens ou interprètes sans concevoir qu’il est possible de relever tout à la fois de l’ensemble de ces disciplines.

Gageure qu’Isabelle saura pourtant assumer en s’élevant au plus haut des potentiels scéniques, tout en se faisant reconnaître de manière internationale à l’égale des plus grandes Liza Minelli, Barbara Streisand et autre Judy Garland.

Pour cette French Touch l’associant au pianiste Frédérik Steenbrink, comme c’était déjà le cas pour Une étoile et moi, deux musiciens l’accompagnent à la batterie (Philippe Dallais) ainsi qu’à la contrebasse, accordéon & guitare (Stéphane Logerot). En une quinzaine de chansons s’effectue un parcours éclectique où Jacques Brel côtoie James Brown, où Gersshwin réplique à C. Porter, où Une petite fille de Claude Nougaro rivalise avec les 2 minutes 35 de bonheur, si chères à Sylvie Vartan et Carlos.

Du clown à la diva, sachant capter la lumière sur l’ensemble de la palette, tout sied à Isabelle Georges aussi bien en robe fendue qu’en jupe courte hauts talons alors que ses longues jambes dynamiques n’en finissent pas de propulser sa voix vers les plus émouvants des frissons.

En prise avec des sensibilités du spectre davantage exacerbées, vêtue sobrement d’un jean et corsage turquoise, sans guère plus d’artifices que son aisance toute naturelle, l’actrice Maria de Medeiros fait d’emblée autorité dès sa présence sur scène en tant que chanteuse d’origine portugaise.

Dans la salle intimiste du Café de la danse, les chansons de son récent album A Little More Blue résonnent comme un appel à la bossa-nova que des textes engagés et subversifs ont su, durant la dictature militaire du Brésil, s’approprier sous des écritures subtiles afin de contourner la censure.

Pleine de vivacité contenue, la comédienne introduit chacun des titres par des extraits de poèmes ou quelques commentaires historiques qui permettent de mieux appréhender la situation douloureuse de tout exilé politique éloigné de ses références culturelles et affectives.

De son concert à la Bastille se dégageait une atmosphère d’écoute attentive que les spectateurs serrés les uns contre les autres appréciaient avec une ardente estime à l’égard de cette artiste dont les vibrations intérieures pouvaient se ressentir comme élevées en sustentation par une excellente formation de jazz composée de Pascal Salmon au piano, Emek Evei à la contrebasse et Edmundo Carneiro à la percussion.

Souhaitant être à l’avant-garde de l’engouement actuel envers toutes les musiques percutantes, le cirque du Soleil s’investit, en parallèle de ses spectacles thématiques sous chapiteaux, dans la conceptualisation sophistiquée de spectacles multimédia en "Arénas" où vont régner désormais les "sonorités tribales urbaines".

Ainsi Delirium, le premier de ce nouveau genre, sillonne l’Europe depuis 2006 sous la direction artistique de Carmen Ruest en occupant les plus vastes salles polyvalentes par des écrans panoramiques gigantesques sur lesquels se projettent en images composites, enregistrées ou captées en direct, un véritable théâtre d’ombres et de lumières qui sert de toile de fond à des tableaux vivants et acrobatiques où la passion humaine est appelée à triompher sur scène d’un monde virtuel.

En l’occurrence Bill, le héros isolé dans sa bulle technologique va multiplier, à distance physique et numérique, les expériences relationnelles avec l’univers qui l’entoure jusqu’à découvrir peu à peu l’irremplaçable richesse contenue dans une perception tangible du réel.

Avec cette fable éminemment contemporaine, le cirque du Soleil en profite pour revisiter son patrimoine de création musicale d’où sont extraites 21 œuvres, réécrites afin de relater la trame du conte, ainsi que remixées en techno-danse pour séduire et apprivoiser l’énergie du public.

Six musiciens, douze danseurs, six chanteurs, huit acrobates et trois acteurs impriment un souffle continu sur ce show époustouflant, très proche de la comédie musicale.

C’était cependant au Trianon que se jouaient les dernières cartouches d’un feu d’artifices quotidien qui durant plus de deux mois avait embrasé la salle au charme désuet et fort prisé, sise au pied de Montmartre.

Faisant suite à la révélation du Balé de Rua en 2006 à Mogador, c’est en foule que le public s’y pressait tout acquis aux rythmes effrénés ainsi qu’aux transgressions de danses intrépides et sensuelles structurées notamment autour de Sandra Mara Silva Gabriel, actuellement la seule présence féminine du groupe pour une vingtaine d’artistes sur scène.

Les percussions frappaient et violentaient la cadence d’un show se parant de tableaux costumés sous des faisceaux multicolores en pleine frénésie.

Issu des danses de rue nord-américaines, de la capoiera et de la samba, le Balé de Rua raconte une histoire afro-brésilienne, celle d’un groupe issu des quartiers populaires d’une petite ville du Minas Gerais, Uberlândia,

La Cie Balé de Rua est plus qu’un groupe de danse, c’est un idéal de vie qui s’inscrit dans le programme gouvernemental mis en place dès 2005 par Gilberto Gil, ministre de la Culture sous la présidence de Lula.

Alors oui du Balé de Rua jusqu’à Délirium, profondément enchanté par Nicole Croisille, Isabelle Georges et Maria de Medeiros, ce début de printemps acoustique s’avérait bel et bien chaud, car emportés sous le martèlement des instruments à percussion, les esprits pouvaient se laisser guider par des puissances telluriques retentissantes qui s’éveilleraient tout autant sous la création des grandes productions que grâce à l’émotion indicible qu’exerce l’élan vital de chaque artiste en pleine maîtrise de son feeling relié aux charismes respectifs.

Photo © Ali McKichan 2007

Consultez cette même chronique avec visuels sur Theothea.com

Références des spectacles : Nicole Croisille, le 27 mars au Casino de Paris - Isabelle Georges, les 24 & 31 mars au 20e Théâtre - Maria de Medeiros, le 28 mars au café de la danse - Délirium, du 31 mars au 2 avril à Bercy - Balé de Rua jusqu’au 23 mars au Trianon -


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