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« Est-ce que j’ai une gueule d’Arletty ? » en Incarnation au Petit Montparnasse

On croirait assister presque à une résurrection ! Dans la salle intimiste du Petit Montparnasse, enturbannée, vêtue d'une robe 1920 d'un blanc immaculé, chaussée d'immenses lunettes aux verres fumés, Elle longe la scène, démarche altière, adressant un salut aux spectateurs installés ou glissant un mot aux arrivants, avec un accent nasillard ''titi'' parisien reconnaissable entre tous.

 

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EST-CE QUE J’AI UNE GUEULE D’ARLETTY ?
© Olivier Brajon

  

Oui, c'est Elle, la Star du Music-hall, aussi vraie que nature, en contact direct avec le public, attendant que tout le monde prenne place avant d'arpenter le plateau d'un pas alerte, avec la furieuse envie de danser, de chanter, de jouer.

« Comme de bien entendu ! », ce n'est pas Arletty qui est devant nous en chair et en os et, pourtant, Elodie Menant, lumineuse comédienne, va faire illusion pendant 1 h 30 en l'incarnant audacieusement, insolemment, avec toute sa verve joviale, son bagou effronté et son sens de la répartie cinglante.

« Est-ce que j’ai une gueule d’Arletty ? » parodiant le fameux « est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère », réplique culte lancée à Louis Jouvet dans ''Hôtel du Nord'' est un fabuleux spectacle entremêlé de numéros de cabarets, rythmé par des intermèdes musicaux, créé au festival Off d'Avignon en juillet 2018. 

 

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EST-CE QUE J’AI UNE GUEULE D’ARLETTY ?
© Olivier Brajon

   

Elodie Menant s’est passionnée pour le tempérament et les amours ambivalentes de la légende du cinéma des années 30-40, au point de co-écrire avec Éric Bu un spectacle protéiforme entièrement consacré à sa vie.

Et, c'est en maîtresse de cérémonie qu'elle annonce, dès la première scène, d'une voix gouailleuse, copie conforme, que ce soir, elle passe sa vie en revue, de la petite Léonie Bathiat née à Courbevoie, la patrie des repasseuses, le 15 mai 1898, fille de Michel Bathiat, ajusteur-tourneur pour les tramways de Paris et de Marie Marguerite Philomène Dautreix, lingère à l'humour caustique, jusqu'à sa vieillesse esseulée, atteinte de cécité depuis de longues années avant son décès, en 1992, à l’âge de 94 ans.

 

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EST-CE QUE J’AI UNE GUEULE D’ARLETTY ?
© Olivier Brajon

  

Elle nous embarquera avec un dynamisme incroyable du petit pavillon de son enfance à l'usine où elle a travaillé avec sa mère, sur les grands boulevards où elle rencontre un collectionneur de tableaux Paul Guillaume qui la recommande à Armand Berthez, directeur du théâtre des Capucines.

Un temps mannequin chez Poiret, sous le pseudonyme d'Arlette (prénom choisi dans le roman Mont-Oriol de Maupassant), Berthez anglicise son nom en Arletty préférable pour une meneuse de revues.

On la retrouve au Music-hall où elle danse le Charleston, chante des opérettes puis au Cinéma qui la rendra éminemment célèbre avec Jacques Prévert, Marcel Carné, Michel Simon, Louis Jouvet, Sacha Guitry et tant d'autres !

 

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EST-CE QUE J’AI UNE GUEULE D’ARLETTY ?
© Olivier Brajon

  

Arletty inspirera également les peintres Marie Laurencin, Kees van Dongen, Moïse Kisling, Fujita et Jean-Gabriel Domergue qui la prennent comme modèle.

Sa vie foisonnante traverse la Belle Époque, les Années folles et les deux guerres, celle de 14-18 lui a fauché son petit amoureux tué au front, surnommé ''Ciel'' à cause de ses yeux très bleus. Elle en sera très affectée.

Elle côtoie Pétain, De Gaulle, et surtout Laval car elle est l'amie de sa fille et rencontre Hans Jürgen Soehring, officier allemand, l'un des hommes de confiance de Göring à Paris le 25 mars 1941. Sur le tournage des ''Enfants du Paradis'', Arletty, alors enceinte de ce dernier, avorte.

 

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EST-CE QUE J’AI UNE GUEULE D’ARLETTY ?
© Olivier Brajon

  

Cette liaison dangereuse lui procurera bien des soucis après la Seconde Guerre mondiale. « Si mon cœur est français, mon cul, lui, est international », lancera-t-elle devant la cour spéciale qui la jugera à la Libération. Elle sera emprisonnée quelques semaines pour « trahison » et « collaboration avec l'ennemi ».

Autour d’Elodie Menant, espiègle à souhait, les excellents comédiens Céline Espérin, Marc Pistolesi et Cédric Revollon campent avec brio et virtuosité l’ensemble des protagonistes, plus d'une trentaine, qui gravitent autour d'elle, parents, amis, amants, artistes, politiques, connus ou anonymes.

 

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EST-CE QUE J’AI UNE GUEULE D’ARLETTY ?
© Theothea.com

  

Les costumes sont multiples et leurs changements sont très rapides, parfois dignes du transformisme. Les manteaux, robes, chapeaux et accessoires divers virevoltent pour passer d’un personnage à l’autre dans un décor ingénieux, une structure permettant de faire revivre autant le cabaret avec la petite estrade en arrondi, les rideaux, et les loupiotes côté jardin que l’intérieur de chez Arletty, avec une table dans l’embrasure côté cour.

Enchaînant les saynètes à vive allure sous l'impulsion du pianiste Mehdi Bourayou, Johanna Boyé signe une mise en scène enlevée et donne à cette comédie musicale une vitalité, une fraîcheur qui requinquent.

 

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EST-CE QUE J’AI UNE GUEULE D’ARLETTY ?
© Theothea.com

  

Jacques Prévert a écrit « Arletty n'est pas charmante, elle est le charme. Elle n'est pas drôle, elle est l'humour ». Elodie Menant, au tempérament bien trempé et au sourire enjôleur, a su envelopper de grâce la gouaille de son personnage et séduire le public fasciné par une telle justesse de ton. Hallucinant de vérité !

  
photos 1 à 5 © Olivier Brajon
photos 6 à 8 © Theothea.com
   
EST-CE QUE J'AI UNE GUEULE D'ARLETTY ? - **** Cat’S / Theothea.com - de Eric Bu & Elodie Menant - mise en scène Johanna Boyé - avec Céline Espérin, Elodie Menant, Marc Pistolesi, Cédric Revollon & Mehdi Bourayou - Théâtre du Petit Montparnasse
 
   
  

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© Theothea.com

   


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3 réactions à cet article    


  • simplesanstete 10 mars 04:02

    Si j’étais à Paris j’irais voir cette pièce sur cette grâce de l’Histoire qu’était Arletty cet enfant du paradis dans les 2 sens. Lu récemment un livre d’échanges de lettres entre elle & cet officier allemand....la classe !


    • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 10 mars 10:38

      Pas facile de jouer une telle icone...


      • Paolawikiserie 21 mars 03:57

        El erotismo del estilo cabaret que tiene esta obra me ha motivado a escirbir una gran reseña despues de que tuve la oportunidad de disfrutarla. Por favor leela y dale un visto bueno si ? He tratado de mostrar como lo has hecho tu la realidad trasfondo de la historia. Revisa en wikiserie

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