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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > État des lieux de la Fantasy

État des lieux de la Fantasy

Avant toute chose, une petite précision. Malgré toute l’affection que j’ai pour la SF, je ne pense pas que la Fantasy en soit un sous-genre, mais un parent proche. En fait, je dirais que les deux font partie de la même famille de l’imaginaire avec à un niveau basique l’utilisation d’une force contrôlant les éléments, la science en SF, la magie en Fantasy. Il se glisse entre les deux le Steampunk pour un goût du désuet autant que pour un émerveillement de la technique.

L’un des problèmes de la Fantasy serait dû à quelques oeuvres majeures qui éclipsent les autres productions. Je dirais que c’est surtout spécifique aux jeux vidéos de Fantasy. Aujourd’hui, les gens préfèrent avoir le travail mâché et la lecture demande un énorme travail d’imagination de visualisation mentale de ce qui est écrit dans un livre, là une image virtuelle fournit la même chose sans effort. Les jeux vidéos du même genre, non seulement éclipsent, mais en plus épuisent le genre en réutilisant l’intégralité de ses poncifs, si bien que les autres oeuvres surnagent car ne pouvant se distinguer de manière originale. La Science-Fiction par exemple est épargnée car elle recèle des facettes moins spectaculaires, plus complexes que la Fantasy trop souvent manichéenne et plus propice à des scénarios de second couteau. Entre nous, Mass Effect est bien plus intéressant que Fable… Mon propos cependant n’est pas de porter au pinacle la Science-Fiction qui souffre de ses propres défauts.

La crise décrite comme découlant d’un échec de refondre une culture populaire vient à mon sens d’une saturation. Avant le Seigneur des Anneaux, les rayons de Fantasy faisaient grise mine. Aujourd’hui ils ont quasiment pris la place de la Science-Fiction, quand ce ne sont pas les mangas (allez dans n’importe quelle Fnac ou Cultura et vous le verrez sans mal, même dans les librairies dites standards). Il y a eu consécutivement à la sortie du film une très forte demande, là où le marché du livre peine en temps normal à écouler ses stocks. Et puis d’une autre manière, la Fantasy s’oppose un peu à la Science-Fiction. Désormais, le progrès technologique est souvent associé à la pollution et coûte très cher, la course à l’espace n’existe plus, et les principales innovations se bornent à des expériences incompréhensibles pour le commun des mortels dans des machines sous terre et silencieuses, qui ne font pas de bruit ni de grosse lumière. La science perd de son intérêt, et les gens ont naturellement cherché un autre imaginaire à explorer, qui fut ouvert par SDA, comme on son temps Star Wars avait relancé la SF dans les années 70, alors que le genre vivait une crise face au New Age, la contre-culture, le Nouveau Roman et la critique de la science avec les relents de guerre froide apocalyptique. Les éditeurs n’ont pas hésité une seule seconde et se sont mis à produire une masse d’œuvres sans nécessairement se soucier de la qualité. Ce faisant, le marché littéraire a connu une saturation et un certain appauvrissement puisque de bons livres sont cachés dans la masse qui survit bien mal face à des monolithes littéraires tels Robin Hoob ou … Stephanie Meyer.

J’en viens à Tolkien. Son œuvre figure comme un modèle et son influence est certaine. Il faudrait un jour arrêter d’en parler. Les polars ont arrêté de toujours se référer à Cristie, les auteurs de Fantastique à Monpassant et ceux de SF à Verne ou Asimov. Il serait temps de se détacher de ce « maître », juste le considérer comme un défricheur, et l’oublier un temps pour penser sereinement au lieu de se demander si ça déjà été fait. La réponse est oui. Aucune idée ne peut être nouvelle ou originale, seul son traitement l’est.

La Fantasy connaît aujourd’hui une crise similaire à celle qu’a connue la Science-Fiction dans les années 40. À l’époque, les grandes tendances étaient les invasions, les machines destructrices et les Space Opera à la sauce western, et les magasins, les pulps, se livraient une guerre sans merci. Le genre s’en est sorti par la qualité, et un recentrage sur les fondamentaux. Au lieu d’avoir des œuvres bavardes et bruyantes, les auteurs se sont lancés dans la prospective, la réflexion sur notre société actuelle et les conséquences techniques sur notre quotidien. Par ailleurs, il y a eu une volonté de casser les codes, de renverser la vision. Les robots d’hier qui tuaient les humains deviennent avec Asimov des êtres serviles au raisonnement complexe pouvant s’apparenter à des émotions. Les humains, toujours envahis, se retrouvent envahisseurs à leur tour avec Heinlein.

La Fantasy peut difficilement se renouveler contrairement à la SF. La Fantasy est, et sera toujours déconnectée de notre réalité, proposant un monde différent et merveilleux. La SF quant à elle, même si elle se projette dans des futurs et des possibles lointains, se positionne comme un outil de prospective, ou d’extrapolation de notre époque, si bien que le genre évolue à mesure que le monde évolue. Chose plus délicate pour la Fantasy qui ne pourra jamais tester les conséquences des réseaux sociaux dans une civilisation dont la majorité de la population ne sait pas lire… Les histoires sont donc condamnées à se répéter d’une manière ou d’une autre.

Il se dégage une tendance, comme quoi la Fantasy n’innoverait pas trop. Ce n’est pas seulement une affaire de scénario, ou que de scénarios, mais également de cadre. Disons franchement, la Fantasy pour sa majorité, ça se passe dans un univers médiéval type européen avec son lot de châteaux et les inévitables auberges. Si la Fantasy commençait à explorer d’autres époques comme l’Antiquité, ou d’autres lieux, comme l’Inde, on pourrait déjà innover rien qu’avec les différentes cultures et les codes de conduites que ça pourrait donner aux personnages, avec par exemple une réflexion autre sur le bien et le mal, ou l’honneur. Personnellement, j’aimerais bien lire un récit de Fantasy prenant place dans une cité Maya mettant en scène pourquoi pas un de leurs dieux au nom imprononçable.

Après, il faut être prudent. Prenons le Steampunk par exemple. C’est un genre qui n’a jamais eu d’apogée ni ne connaît de déclin, il vivote sans briller ni disparaître, continuant à surprendre et intriguer les lecteurs. Les éditeurs ne s’y hasardent pas tellement pour la simple raison qu’il n’y a pas eu de succès majeurs dans le genre, par d’œuvre similaire à Harry Potter pour le régénérer alors que le genre existe depuis les années 70, si l’on excepte À la croisée des mondes. Les lecteurs ne s’y attardent donc pas, car ils ne savent pas sur quoi ils vont tomber, et entre nous disons-le franchement, le Steampunk n’est pas transcendant. Peu de romans sont vraiment intéressants, et ce, malgré un décor incroyable et des machines fabuleuses. Le cadre ne fait donc pas tout, mais il aide tout de même beaucoup car à lui seul il permet à un genre de continuer à exister. Même si c’est insuffisant, je pense que ça peut être une bonne option à explorer toutefois pour remuer les habitudes médiévales de la Fantasy.

Un autre facteur peut-être est le symptôme Ouroboros ; à savoir que la Fantasy tourne sur elle-même. Il y a dans la Fantasy des histoires de Fantasy. Comment dire… Disons que c’est toujours des luttes entre des familles, des guerres, des magiciens et des quêtes. Croiser les genres pourrait être intéressant.

L’imagination fonctionne de manière combinatoire. L’esprit prend plusieurs éléments existants et les assemble pour former quelque chose de nouveau, un peu à la manière d’un enfant qui connaît les mots et s’en sert pour former des phrases. La Fantasy gagnerait à mon avis à tester de nouvelle combinaison, en empruntant à d’autres genres, ou inverser ses codes comme l’a fait la SF. Qu’est-ce qui empêche d’imaginer une enquête sur un meurtre dans un palais royal ? La Science-Fiction a déjà fait ça dans les années 50 et continue, alors que la Fantasy n’a pas, du moins à ma connaissance, testé en empruntant aux autres genres. Au lieu d’avoir un jeune apprenti qui va explorer le monde puis le sauver, on peut imaginer plein de choses différentes, comme le changement de point de vue pour se positionner du côté du méchant. À titre d’exemple, je pense que c’est à ça que tient le succès du dessin animé Aladin, car le spectateur peut autant suivre les efforts de Jaffar pour s’approprier la lampe qu’Aladin pour la garder ; la curiosité étant double. Hitchcok disait bien que les meilleures histoires sont celles où il y a les meilleurs méchants. Aussi, suivre l’avancée maléfique d’un sorcier pourrait être captivant, et au lieu de sauver le monde, on assisterait à sa conquête… Une autre variante est possible en changeant le positionnement dans le temps. Comment le héros fait pour gouverner une fois le pays sauvé ? Et si l’ennemi est en vie, ça pourrait être marrant d’inverser les rôles : le héros commence à se lasser du pouvoir et de sa vie idyllique et va se lancer dans de petites exécutions avant de passer aux massacres, et ce pendant que l’ancien ennemi se rachète une bonne conduite, tente de profiter de la situation, ou cherche à changer le pays d’une autre manière que par la conquête. Autre variante qui me fascinerait ; dans tous les romans de Fantasy qui utilisent la magie, celle-ci est ancienne, occulte, il y a de grands secrets et des sortilèges puissants connus de rares personnes, comme ça avait été là depuis toujours. Et si c’était l’inverse ? Par exemple un contexte de progrès technique similaire à la Renaissance où la magie émergerait pour la première fois. D’abord conspuée, rejetée, elle serait vite adoptée, on commencerait à faire des recherches, à concevoir les premiers sortilèges, et les classes apparaîtraient avec les nécromanciens et les alchimistes, qui pourraient se disputer une économie face aux mécaniciens et l’armée commencerait à s’intéresser…

Et si … ? est la meilleure formule pour explorer d’autres possibles, par forcément d’autres mondes, d’autres époques ou d’autres personnages, mais plutôt des manières différentes de l’aborder. Je terminerais par un exemple génial, celui de Kaim avec son cycle d’Alexandre sur l’ancien Forum. En soi, ça reste très classique, et la force vient en partie des trames parallèles multiples et un style fluide, mais pas que. Le siège de Dümrist est fascinant sur un point, les elfes, toujours universellement traités comme des êtres parfaits et altruistes, deviennent des créatures perverses à l’idéologie dominatrice, considérant les humains comme inférieurs, et chercheront à les exterminer. Ce petit renversement de paradigme, couplé à une critique implicite du raciste, mêle autant la créativité qu’un thème d’actualité, et ce, sans sortir des clous.

C’est une des meilleures pistes à suivre, il semblerait.


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15 réactions à cet article    


  • fabdolette fabdolette 28 août 2015 12:07

    bonjour, intéressant article. je suis d’accord avec le fond, j’ai d’ailleurs le plus grand mal à lire des nouveautés de SF car il en sort très peu. mais en ce qui concerne les pistes, je vous renvoie à de nombreux auteurs français qui les ont déjà explorées : colin, botero, jaworski et pleins d’autres... pour moi, ce sont surtout les français qui sont à la pointe des trois genres. lisez-les si ce n’est pas encore fait.
    ps : la horde du contrevent


    • slave1802 slave1802 28 août 2015 13:13

      Un mélange de fantasy, de science-fiction et de Bonapartisme ça vous tente ?

      La quadrature du Cercle

      Existe aussi en papier chez lulu.com en ebook chez Amazon...


      • slave1802 slave1802 28 août 2015 15:46

        @slave1802

        Pas esclave mais russe dans l’âme, j’écris pourtant en français... 


      • COVADONGA722 COVADONGA722 28 août 2015 20:23

        @slave1802

         j’écris pourtant en français... , justement d’ou la confusion 

        Du latin médiéval sclavus signifiant « slave » au VIIe siècle et prenant le sens d’« esclave » au Xe siècle. Les Slaves des Balkans faisaient l’objet d’un commerce intensif à partir du haut Moyen Âge. Ce terme est probablement né par formation régressive à partir de *sclavone « slave » pris pour un accusatif et issu du slavon словѣнинъ « slave ».

      • fabdolette fabdolette 28 août 2015 13:34

        à esclave : je viens de commencer à le lire, mais le style de l’écriture ne me convient pas.


        • Zolko Zolko 28 août 2015 15:26

          @Ostramus : avec de telles idées, pourquoi ne pas écrire des scénarios ?

          Concernant la SF, elle a été tuée - pour le moment et pour longtemps - par la navette spatiale et l’ISS : les gens se rendent compte que l’avenir ne sera pas comme Star Wars, il n’y a pas d’hyperespace, tout le monde a des lasers, les robots sont cons ... bref, pas intéressant. Et j’en suis le premier désolé.

          Mais on pourrait effectivement mélanger les genres SF et Fantasy, à la Mad Max : s’inscrire dans un futur apocalyptique où un petit groupe d’humains a réussi à garder la technologie et se comporte en Dieux pour le reste de l’Humanité qui, elle, est retombée dans le Moyen-Age.


          • Xenozoid Xenozoid 28 août 2015 15:31

            quand les multivers de morcook rencontre stargate cela donne hollywood.....
            le problem c’est le spectacle pas l’idee, tout est dans la dimension quón lui donne

            ps ; j’adore chtulu


            • Unghmar Gunnarson Unghmar Gunnarson 30 août 2015 12:26

              @Xenozoid
              Bonjour, si vous aimez Lovecraft ( parce qu’aimer Cthulhu c’est bizarre ) il y a une chaîne YouTube qui y est consacrée : https://www.youtube.com/channel/UCbs2NP7U3utFvmP2rU1Sluw/videos

              La Couleur Tombée du Ciel est parfaite pour commencer.


            • surfeur 28 août 2015 18:18

              C’est quoi ce bins !!

              Vous prétendez faire un état des lieux de la fantasy en ne mentionnant quasi aucun livre de (heroic) fantasy !

              Vous avez cité « le seigneur des anneaux », mais n’avez pas pris la peine de nous dire combien il se distingue ou se rapproche d’autres oeuvres de fantasy.

              A vous lire, « Cugel l’astucieux », « le cycle Princes d’ambre », « les portes de la mort », « Le cycle des dragons de pern », « Conan », « le cycle des épées »c’est d’la fantasy pareil ça n’innove pas.

              « Les dames du lac », « la roue du temps » (jordan), « une chanson de feu et de galce » seraient tous des pauvres bourgeons sur une souche desséchée.

              J’ai rien contre vos conclusions, mais étayez les !!


              • Montdragon Montdragon 28 août 2015 19:30

                @surfeur
                Conan est en réalité la première fantasy, en développant des codes propre repris abondamment par la suite, bien plus multikultu que Tolkien finalement.


              • surfeur 28 août 2015 19:49

                @Montdragon

                Ouais, avec HOWARD, il n’y-a pas de monde à sauver et ce n’est pas le destin d’un royaume/univers qui est en jeu.

                C’est vrai qu’avec HOWARD on se rapproche du personnage, c’est plus...intime, même si on n’est pas dans l’égotisme.

                PS : j’adore l’efficacité du style de HOWARD dans les « CONAN ».


              • COVADONGA722 COVADONGA722 28 août 2015 20:31

                @Montdragon

                Conan est en réalité la première fantasy
                 et Abraham Merrit la nef d ishtar ou les habitants du mirage 1923/1932 c’est du poulet ?    smiley

              • Montdragon Montdragon 29 août 2015 22:43

                @COVADONGA722
                yes exact mais c’est illisible lol la nef d’ishtar !!


              • Croa Croa 28 août 2015 23:58

                Le genre plaît assurément et il est à la mode. Quoiqu’en dise l’auteur au départ il y a toujours des livres et si beaucoup zappent direct les jeux ils ont tors !
                C’est tellement tendance que le genre à ses salons,
                 smiley smiley Ici en septembre chez les bougnats smiley smiley
                 smiley smiley Ici en octobre chez les cheûtemi smiley smiley
                Et d’autres régulièrement !!!


                • Gilles Mérivac Gilles Mérivac 30 août 2015 18:12

                  "j’aimerais bien lire un récit de Fantasy prenant place dans une cité Maya mettant en scène pourquoi pas un de leurs dieux au nom imprononçable."
                  Il me semble que le livre de David Gemmel, L’écho du grand chant, répond à cette description.

                  La littérature de SF était d’abord une littérature d’idées (du moins dans les meilleures œuvres ).
                  Ce n’était pas tant les combats spatiaux ou les empires galactiques qui faisaient son intérêt mais plutôt les évolutions possibles de la société.
                  La Fantasy a abandonné cette voie pour décrire des univers alternatifs du passé. Mais là encore, ce n’est pas tant l’accumulation de personnages bizarres tels que magiciens ou elfes qui est important, mais plutôt la leçon d’humanité sous-jacente révélée par ces aventures. Elle est toujours lumineuse chez Tolkien aussi bien que chez Vance ou Gemmel.

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