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Ethique érotique : un galvaudage ordinaire

Hier soir, plaisirs concis dans des temps urbains ordinaires. Nous rejoignons avec ma chère amie, le colossal cinéma de centre ville, pour y prendre le pouls romantique d’une photo de Paris, un essai en image, une induction subjective, une invitation à retrouver l’éthique de la beauté, ici, maintenant.

Cafouillage dans les places et séance prorogée, nous roulons notre bosse jusqu’au Quick. Universalisme purotin, écrasement culturel miséreux que nous apprêtons dans notre microcosme constitué à dessein d’un affranchissement relatif. La file d’attente est courte distribuée entre commis taylorisées et préposées à fourguer des consommables industrieux, des artefacts coulés, graissés, empaquetés, ingurgités avec plus ou moins de compréhension, avec plus ou moins de sensibilité.

Dans une logique spontanée, dans une rationalité inconsciente et bohème, notre trajectoire fatidique, tracée depuis l’entrée et dans la plus courte traversée, nous pousse vers la droite de la desserte stipendiaire. Rouages vitupères ignorés ou très vite oubliés, maritornes instituées en ordre militaire, entre toutes, ma requête gourmande fut reçue et diligentée par celle dont je ne sais rien, dont je n’apprendrai pas plus. Cette jeune femme du Quick, douce occurrence pourvoyeuse d’effervescence qui supplée la collation. Soudaine émotion.

Elle s’affaire, c’est ordinaire. Elle cueille en légèreté le casse-croute, presse la crème dans son berlingot. J’en oublie la CB. Elle me le rappelle. Ses cheveux tressés et débauchés, la douceur, la beauté de ses traits. Un instant désarçonné, je ne compose plus mon code, je pianote une ode. Je fabule : elle me sourit. Je déraisonne : elle me désire autant. Une intensité tendre et dilatée, rattrapée et étouffée par l’oppression d’un process méthodique qui prohibe le lyrique.

Et puis nous sortons, nous installons en terrasse. Retour ironique et romantique sur l’improbable béguin. Les yeux plus gros que le ventre, nous échangeons en humeur pour une théorisation élégante du sociétal. Et puis, si jamais elle m’a quitté, elle me revient et fait irruption dans la conversation. Rechercher un dessert, gagner le cœur de ma cantinière. Et puis, retour à terre. Contingence de la séance. Nous nous levons, débarrassons notre plateau en friche et là, incroyable, improbable et pourtant. Elle est là, juste à côté. Elle vient d’arriver, juste là, à côté. Je suis perturbé. Je la salue, je lui souris, voluptueux et muscadin – c’était un souhait, amène mais malagauche en réalité. Faussement détaché, un acte manqué pour compenser cette lâcheté, ce désir pressuré : un dernier regard ostentatoire. Mon amie attentive de me dire que si je supputais la réciprocité, je pouvais maintenant m’en assurer. Distanciation obligée, regret latent. Cinéma.

A Paris, à Minuit, on effleure l’idée que plutôt qu’à vivre dans le fantasme d’une époque oubliée, il vaut mieux jouir à l’envie de la tentation révélée. Et Gil, fanatique anachronique, lui qui devait retourner se marier outre-Atlantique, de rencontrer Gabrielle autour d’un vinyle, de décider de s’installer dans la ville, son idylle. Et puis à la sortie, elle s’affairait encore. Un Coca, un Giant et un baiser ? Incongruité supposée. Un fantasme mythifié, un désir écorché dans la réalité ? Je suis passé et j’ai eu tort.

*Le film évoqué : Minuit à Paris, le dernier de Woody Allen. Que je vous recommande.


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1 réactions à cet article    


  • Jean-Paul Foscarvel Jean-Paul Foscarvel 5 juin 2011 10:51

    Merci.

    Dans l’atmosphère suffocante du monde, un peu d’oxygène nous est parfois nécessaire.

    Un réalité s’éloigne, un rêve se crée, une main se tend, un sourire s’effleure.

    Un sentiment de joie dans l’éphémère, et tout bascule. Son échange crée la beauté.

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Bertrand Colin

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