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Face à la mer. Cantigas de Amigo de Martín Códax par Vivabiancaluna Biffi et Pierre Hamon

Il n’est jamais aisé d’interpréter les Cantigas de Amigo de Martín Códax (XIIIe siècle) sans que cela ne tombe ni dans un son éthéré « new age » ni dans un souk arabisant de pacotille. Comme à peu près toute musique médiévale, le pari est délicat et nous n’aurons jamais de certitudes quant au rendu sonore d’origine des musiques de ces manuscrits heureusement arrivés jusqu’à nous - et il serait vain d'ailleurs de chercher une « version de référence ». Ce qui nous intéresse ici est symptomatique : le parchemin retrouvé en 1914 reprend en notation carrée et sur une seule ligne les mélodies de six poèmes, le septième est dépourvu d’annotation musicale. Aucune autre indication n’est donnée et c’est là que le travail de l’interprète entre en jeu. Vivabiancaluna Biffi et Pierre Hamon proposent une vision extrêmement séduisante, parue ce mois d’octobre chez Arcana/Outhere Music.

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Martín Códax est un poète-compositeur non noble originaire de Vigo en Galice. La cantiga de amigo (chant de l’ami) est née sous l’influence de la poésie des troubadours mais est un genre attribué à des auteurs exclusivement masculins galéco-portugais s’exprimant à travers une voix de femme. Ainsi, le poème d’entrée Ondas do mar de vigo (« Vagues de la mer de Vigo ») traite d’une femme amante qui chante l’absent, l’éloignement et la solitude, l’ami qui est loin ou ne pourra jamais revenir. Elle se plaint et cherche consolation auprès de Dieu, ses soeurs, ses amis afin de rendre la nostalgie supportable. Ces chants font partie des mariñas, une sous-catégorie où la dame confie son chagrin à la mer. Dès le titre, la référence est patente : invoquer la mer c’est présenter l’éternel mouvement des vagues qui s’approche et s’éloigne comme l’amant perdu. Quatre des sept poèmes y font allusion.

Car il s’agit bien de poésie tout au long du disque. Insondable poésie des mots donc, il en est de même des mélodies qui sont constituées principalement de variations et de répétitions afin de faire ressortir toute l’immobilité de la mélancolie. Vivabiancaluna Biffi a choisi l’intimité de la voix qui entre résonance avec sa viola d’arco et les flûtes ponctuelles de Pierre Hamon. Une orientation pertinente qui rend justice aux mots et aux contours harmoniques avec une attention stupéfiante. On pouvait craindre des extrapolations malvenues comme il en existe malheureusement trop dans ce type de répertoire (on fera l’impasse par exemple sur l’enregistrement de l’Ensemble Fin’Amor chez Musica Ficta) mais heureusement rien de tout cela ne figure ici au programme. 

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Il faut noter que de beaux enregistrements consacrés au Martín Códax ne manquent pas, chacun avec leur esthétique personnelle : songeons à la vision certes austère mais pionnière de Paul Hillier (« Distant Love », Harmonia Mundi, 1994) ou encore à celle de l’Ensemble Triphonia (« Mia yrmana fremosa - Médiéval woman’s songs of love and pain », Challenge Classics, 2010), sans compter sur les extraits par la regrettée Montserrat Figueras (« Lux Feminæ », Alia Vox, 2006). A l’instar de Paul Hillier mais en allant considérablement plus loin, on retrouve chez Vivabiancaluna Biffi cette science d’en dire beaucoup avec peu, nous faisant prendre conscience que ces mélodies sont avant tout monodiques.

Rehaussée d’une magnifique pochette à l’iconographie savamment choisie, nous tenons ici une interprétation épurée, attentive et sans esbroufe. Vivabiancaluna Biffi et Pierre Hamon nous avaient déjà enchanté dans de précédents disques Machaut (chez Eloquentia) mais force est de constater que le monde de Vivabiancaluna Biffi a encore bien des choses à nous dévoiler. Ce que l’on découvrait avec Fermate il passo (Arcana) en 2014 se confirme dans ce deuxième opus. La musique médiévale et de la Renaissance a trouvé l’une de ses meilleures ambassadrices et les Cantigas de Martín Códax se dotent enfin d’un disque véritablement ambitieux où sa richesse tient dans la réflexion et la sobriété face au parchemin.

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_____________________________

Ondas 
Martín Códax, Cantigas de Amgo

Extrait

Vivabiancaluna Biffi, voix et viola d’arco
Pierre Hamon, flûtes


2015 Arcana A390


Ce disque peut être acheté ICI


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