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Federico Fellini - hommage

"Les ombres meurent-elles  ?" demandait le cinéaste pour souligner le caractère immanent du clown dans les formes du spectacle contemporain. Et c’est précisément cette poésie de l’inutile et du superflu qui habite l’art de Federico Fellini : un univers fantasmé qui se reflète dans la vie, un monde où ne cessent de cohabiter le vraisemblable et l’artifice. Auteur singulier, insaisissable, magicien de la lumière, la présence de ce réalisateur inclassable dépasse de beaucoup le domaine du 7e Art, auquel il a pourtant donné une âme, un coeur et des images inoubliables. Car il est de ceux qui non contents d’animer des personnages, de donner existence à des récits et à des contes, ont influencé un langage en libérant l’imagination onirique et en devenant les géographes de mondes inexplorés. Il est également de ceux qui se sont fait les chantres de la mémoire, du faux et du vrai, et dont chaque oeuvre ouvre des perspectives inédites.

Federico était né à Rimini le 20 janvier 1920. Il héritera de ses parents une sensibilité peu commune qu’il considère ainsi : "Certains pleurent dans leur for intérieur. D’autres rient. Moi, j’ai toujours eu tendance à protéger l’intimité de mes émotions. J’étais content de partager ma joie et mes rires, mais je ne voulais pas que l’on sache que j’étais triste ou que j’avais peur. Ce que je sais - ajoutait-il - c’est que mes souvenirs m’appartiennent et qu’ils seront miens tant que je vivrai."
On comprend déjà à cette façon simple et compliquée de s’expliquer, l’alchimie secrète dont il saura user, cet apanage des grands qui ne craignent pas d’assumer leurs extravagances et leurs désirs et donnent raison à la phrase de Shakespeare dans La Tempête : "Nous sommes faits de la même matière que nos songes." Il ne craignait pas davantage le chaos et se plaisait à le provoquer, afin de reconstruire mieux et de manière autre, plus proche de son idéal.

Deux thèmes vont dominer son art : l’amour et le voyage. Jeune, il aimait s’évader et la fugue, qui le marquera le plus profondément, sera celle qu’il fera avec un cirque, où les personnages de clowns le frapperont à un point tel qu’ils feront partie à tout jamais de son inspiration. Il affirmera d’ailleurs après sa rencontre avec le clown Pierino : "Je compris que lui et moi n’étions qu’un seul et même être. Je ressentis une affinité immédiate avec son manque de respect. Il y avait quelque chose dans sa négligence soigneusement pensée, quelque chose d’amusant et de tragique." Il ira jusqu’à laver un zèbre déprimé, épisode dont il se souviendra toujours.
Bien que la légende veuille qu’il ait été un cancre et un vaurien, il faut croire que l’enfant Federico avait des dons assez exceptionnels et une intelligence assez vive pour avoir su tirer de cette jeunesse agitée et instable une manne capable de nourrir toute sa vie d’artiste et de créateur. Il ira même jusqu’à dire : "J’ai passé ma vie à tâcher d’oublier mon éducation", mais il le fera de façon à n’offenser personne, à ne causer de souffrances à quiconque, comme à son habitude. Ainsi il s’éloignera peu à peu d’une école peu stimulante, d’une mère mélancolique, d’une éducation régressive, d’une province trop fermée, afin de devenir pleinement lui-même, un homme qui chérit la fantaisie, l’improvisation et se plaît dans un monde imaginaire qu’il peut édifier selon ses rêves. Excellent dessinateur, il va commencer à monnayer ses premiers dessins et à 17 ans justifie la bonne raison qui lui fait quitter le domicile paternel : il vient d’être engagé par une revue satirique de Florence. Il y résidera quatre mois et se fixera ensuite à Rome où il s’inscrit, de façon à rassurer sa famille, à la faculté de droit. "Dès que je suis arrivé à Rome - écrira-t-il - j’ai eu l’impression d’être chez moi. Rome est devenue ma maison dès que je l’ai vue. C’est à cet instant-là que je suis né."

Après avoir connu les petits boulots, il est embauché par le journal Marc’Aurélia, authentique fourmilière de cerveaux humoristiques qui lui donnera l’occasion de réaliser de nombreuses illustrations, d’écrire environ 700 pièces et lui méritera la sympathie d’un public jeune. L’autobiographie et l’auto-ironie seront le moteur de ses rubriques et le secret de son succès. C’est à cette époque qu’il rencontre Giulietta Masina, une jeune actrice qui prête sa voix à l’un de ses personnages lors d’un enregistrement radiophonique. Fellini commence alors à fréquenter le milieu du music-hall qui l’inspire pour ses productions et fait, entre autres, la connaissance de Fabrizi pour lequel il rédige des dialogues. Ils se sépareront mais ces heures d’échanges et d’amitié suggéreront à Fellini certains de ses dialogues ultérieurs. Ce monde du music-hall le conduit à composer deux revues ; ses rapports avec Giulietta Masina se concrétisent par un mariage ; enfin on lui propose d’écrire son premier scénario. Mais Rome en cette année 1943 est occupée par les Allemands et la vie n’y est pas facile. On fait du cinéma en cachette et le public se rend au théâtre comme à une manifestation, afin de persuader l’occupant que la vie continue bon gré mal gré. Avec l’arrivée des Alliés, les acteurs et metteurs en scène vont être pris d’une vraie fringale de réalisations. Il y a tellement à dire et à montrer, d’autant qu’on sait l’épreuve stimulante. C’est à cette époque que Fellini croise Rossellini, rencontre déterminante qui va lui permettre de travailler à l’élaboration du scénario de Païsa (1946) et même d’en être, lors du tournage, l’assistant-réalisateur. "C’est grâce à Rossellini - dira Fellini - que m’est venue l’idée du film comme voyage, aventure, odyssée. Il fut un maître et un ami sans pareil."
Fellini vient de faire son entrée dans le 7e Art qui sera désormais son moyen d’expression privilégié. Il poursuivra un moment son apprentissage technique auprès de Lattuada avant de prendre son destin en main avec Courrier du coeur ou Le Cheikh blanc.

Suivront plus d’une vingtaine de films dont presque autant de chefs-d’oeuvre. "Je fais des films car je ne sais rien faire d’autre et j’ai l’impression que les choses se sont mises en place très rapidement, de façon spontanée, naturelle, pour favoriser cette inéluctabilité. (...) Je n’aurais jamais pensé devenir metteur en scène, mais dès l’instant où j’ai crié pour la première fois : ’Moteur ! Coupez !’, j’ai eu l’impression de l’avoir toujours fait, et je n’aurais pas pu faire autre chose, c’était moi, c’était ma vie. En faisant des films, je n’ai donc pas d’autres intentions que de suivre un penchant naturel, c’est-à-dire raconter en images des histoires qui me sont proches et que j’aime raconter dans un mélange inextricable de sincérité et d’invention avec l’envie d’étonner, de me confesser, d’absoudre, de prendre effrontément du plaisir, d’intéresser, de faire la morale, le clown, d’être prophète, témoin... de faire rire et d’émouvoir."
Le contrat aura été parfaitement rempli par ce réalisateur inspiré, l’un des plus grands maîtres du cinéma qui a su nous toucher si essentiellement et durablement par son don d’invention, son imprévisibilité. Mieux que personne, il savait que la mort n’existe pas, que ce n’est là qu’un accident de la vie normale, toujours vaincue par la puissance de l’imagination. De sa boîte magique, il a fait sortir les personnages les plus incroyables, les métaphores les plus inattendues, opposer à la médiocrité journalière les défis les plus délirants, jouer de l’étrange, du désarmant, de l’outrancier, surprendre toujours, décevoir rarement, mais choquer parfois ceux qui n’avaient pas encore pris le temps de le rejoindre.


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1 réactions à cet article    


  • SANDRO FERRETTI SANDRO 31 janvier 2008 11:42

    Les ombres meurent à Venise.

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