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Festival de Cannes 2006 : retour sur un palmarès (trop ?) consensuel et sur douze journées festivalières intenses

Avec La Nuit américaine, Truffaut se demande si le cinéma est supérieur à la vie. Il n’apporte pas de réponse. Moi non plus, je n’ai pas envie, Cannes non plus, Cannes nous évite d’apporter une réponse puisque les deux s’y confondent plus ou moins harmonieusement. Le cinéma y devient vital. La vie y est très cinématographique : dramatique (très peu), cocasse, cynique (très), politique (plus que jamais) mais surtout fantastique, dans les deux sens du terme. Un spectacle truculent aux frontières de l’irréel toujours saisissant même lorsqu’on s’y mêle pour la cinquième année consécutive. Le festivalier cannois se doit pourtant d’être blasé. J’espère ne jamais le devenir, et toujours « volver » ainsi de ce festival : la tête pleine de souvenirs insolites, d’images marquantes, d’échos d’applaudissements exaltés, ou encore et surtout « de rencontres improbables, parfois magnifiques » pour reprendre les termes de Vincent Cassel à la cérémonie de clôture, et enfin avec cette envie plus prégnante que jamais de voir et d’écrire du cinéma. Cannes : magma filmique brûlant, dangereux, fascinant, effrayant, grisant. Coloré, festif, exubérant, excessif, comme ce Festival de Rio auquel s’est hasardé à le comparer Vincent Cassel lors de la cérémonie de clôture. Alors une semaine après, que reste-t-il de ce tourbillon d’improbabilités filmiques et vitales ? De cette ivresse cinématographique et festive ? De la nostalgie certainement. Mais surtout des images, beaucoup d’images, et avant tout celles d’une remise des prix mémorable.

Pour beaucoup de commentateurs ce palmarès est trop consensuel, politiquement correct, en demi-teinte, indécis, et en récompensant tout le monde ne récompenserait personne. De toute façon, le palmarès est toujours critiqué ! Trop audacieux ou trop frileux. Impossible de faire l’unanimité. C’est pourtant à l’unanimité que Wong Kar Wai et son jury ont remis la palme d’or au Vent se lève de Ken Loach, un film pour lequel j’avais eu un coup de cœur et dont je vous avais déjà parlé ici (voir article ), un film dont certains raillent le classicisme. Mais ne vaut-il mieux pas un film classique extrêmement réussi qu’un film aux prétentions novatrices raté ? Et extrêmement réussi, Le vent se lève l’est incontestablement. Le sujet a tellement de force que des effets de mise en scène auraient été superflus. Il réunit toutes les qualités d’une palme d’or. Politique, sans être didactique. Bouleversant, même si certains spectateurs se sont ennuyés. Un film qui vous bouscule, vous interroge, un film sur l’occupation (britannique) d’hier qui pourrait être celle d’aujourd’hui (Irak). Un film universel et intemporel, et comme l’a dit son réalisateur en recevant son prix : « Si nous disons la vérité sur le passé peut-être alors la dirons-nous aussi sur notre présent ».

Le jury a choisi d’attribuer le Grand prix à Flandres de Bruno Dumont, un film radical et radicalement différent...quoique. Dans les Flandres donc, Demester partage sa vie entre sa ferme et les balades avec Barbe, son amie d’enfance. Il l’aime secrètement et douloureusement, acceptant d’elle le peu qu’elle lui donne. Avec d’autres jeunes, Demester part comme soldat à la guerre dans un pays lointain. La barbarie, la camaraderie et la peur, transforment Demester en guerrier. Au fil des saisons, seule, Barbe attend le retour des soldats et dépérit. L’amour qu’éprouve Demester pour Barbe le sauvera-t-il ? Au fond, Loach et Dumont évoquent tous deux l’(in)humanité, celle que provoque la guerre, et signent tous deux des films de désespoir ; désespérant même, seulement concernant le second même s’il faut, paraît-il, en interpréter la fin comme une lueur d’espoir (mais que n’aura-t-il pas fallu subir avant cela !), le réalisateur ayant finalement opté pour cette fin un peu plus optimiste ayant renoncé au massacre initial du village des Flandres où retourne Demester par lequel aurait dû se terminer le film... Dans Flandres, rien ne nous est épargné : viol, massacre d’enfants, lâcheté ... tout cela avec une caméra qui filme froidement, nous met face à l’inacceptable, nous confronte à notre impassibilité, en nous jetant en pleine figure une avalanche d’images plus insupportables les unes que les autres telles celles transmises par les informations et identiquement ingurgitées. Flandres est un film social cruel, qui réfute tout effet spectaculaire, Bruno Dumont y filme avec brutalité et banalité, en lumière naturelle et son direct, la monstruosité pour nous interpeller, pour que nous cessions enfin de la regarder avec froideur, habitude, désintérêt. Comme dans L’Humanité ce sont des acteurs non professionnels, d’où un jeu plus qu’approximatif. J’avoue préférer l’allégorie à cette prise en otage du spectateur, à cette démonstration de force et d’horreur, à ce film (volontairement ?) insupportable, et prétentieux. En voulant nous alerter contre la dangerosité de la banalisation des images, Dumont reproduit le même schéma, le même manque de recul et finalement le dégoût n’est pas dirigé contre les actes et leur banalisation et la banalisation des images qui les transmettent, mais contre le film, à moins que ce ne soit le dégoût pour notre propre inertie que veuille susciter Dumont. De ce point de vue, le film est une réussite totale, parfaitement amoral, on en ressort avec un profond malaise, et même un agacement contre ce cinéaste qui nous dicte nos regards avec condescendance. Le prix du jury n’est pas tellement une surprise, le cinéaste ayant toujours eu les faveurs du jury et Cannes ayant toujours aimé cette radicalité.

J’aurais néanmoins préféré que ce grand prix fût dévolu au Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro, le grand oublié de ce palmarès, le réalisateur ayant quant à lui préféré la métaphore pour évoquer la monstruosité, ce qui n’en a que plus de force puisqu’il ne se positionne pas contre le spectateur mais avec lui. Je vous ai déjà parlé de ce film (ici) et de l’atmosphère incroyable de sa projection officielle, certainement la plus applaudie et la plus émouvante du festival. Le labyrinthe de Pan est un conte pour adultes, à double lecture, très imaginatif qui met en parallèle un univers fantastique issu de l’imagination d’une petite fille peuplée de monstres finalement pas si démoniaques que cela et notamment de Pan, et de la réalité avec ses humains monstrueux, et surtout le très autoritaire Vidal, capitaine de l’armée franquiste. Film à la fois sombre et enchanteur sur l’innocence pervertie et sur le franquisme, il fait coexister le merveilleux et l’histoire, le conte ensorcelant et la réalité historique dramatique. Le Labyrinthe de Pan, fable politique, film mystérieux et poétique, sombre et lumineux, aurait eu toutes les qualités d’une palme d’or, à la fois pour son originalité, ses résonances contemporaines et l’incroyable performance de son acteur principal (Sergi Lopez) ici méconnaissable. Je vous engage vivement de nouveau à vous perdre dans ce labyrinthe, vous aurez tout à y gagner...

A Cannes, rien n’est décidément impossible, la réalité historique côtoie le fantastique, et les morts se mêlent aux vivants, c’est en tout cas ce que parvient à nous faire croire Pedro Almodovar dans Volver. Trois générations de femmes y survivent au vent d’Est, au feu, à la folie, à la superstition et même à la mort grâce à leur bonté, des mensonges et une vitalité sans limites. Il y a Raimunda (Penelope Cruz), mariée à un ouvrier au chômage, et sa fille adolescente ; Sole, sa soeur, qui gagne sa vie comme coiffeuse ; et leur mère, (Carmen Maura trans-dé-figurée) morte dans un incendie aux côtés de son mari. Le personnage de la mère apparaît d’abord à sa soeur puis à Sole ; pourtant, c’était avec Raimunda et avec sa voisine du village, Agustina, qu’il lui restait des affaires importantes à régler... Plus que jamais le rire côtoie les larmes comme les morts côtoient les vivants, presque naturellement. C’est le don d’Almodovar : nous faire croire à l’impossible avec une sincérité et une facilité apparente déconcertantes, nous emmener et nous faire adhérer à son univers, nous faire croire que l’amour est plus fort que la mort, que toutes les difficultés de la vie, même l’inéluctable, peuvent être surmontées. Almodovar nous emporte avec lui dans sa fantaisie désenchantée, avec ses fantômes chatoyants, dans son univers magnifiquement kitch. Finalement l’intérêt n’est pas tellement dans un scénario trop mélodramatique et tiré par les cheveux, mais plutôt dans son prétexte à signer de magnifiques portraits de femmes qui veulent vivre envers et contre tout, à donner beaucoup de présence et de force au poids de l’absence, à signer un film vibrant de vie sur la mort, à nous donner envie de chanter « volver » avec Penelope Cruz. Nous faire croire à l’impossible me semble mille fois plus louable que de filmer les possibles inhumains comme dans Flandres. Un peu comme à Cannes, dans Volver, ce qui ailleurs deviendrait parfaitement incongru (les personnages fantasques d’Almodovar seraient presque ternes à côté de ceux parfois croisés à Cannes !) paraît totalement normal et naturel. Ce Volver est un retour aux origines, un retour à la vie qui nous emmène dans sa belle utopie, dans son drame comique et fantastique. Récompenser ses six actrices d’un prix d’interprétation est un hommage à leur magistrale interprétation collective (Penelope Cruz y est réellement magnifique, certainement son plus beau rôle) mais en récompensant « la famille tout entière que constituent les actrices de ce film », (Le Prix d’interprétation féminine a ainsi été attribué par Jean Rochefort -toujours aussi truculent qui a bien déridé le grand Théâtre Lumière, ce qui n’est pas toujours chose facile !- aux actrices Penélope Cruz, Carmen Maura, Lola Dueñas, Chus Lampreave, Yohana Cobo et Blanca Portillo ) c’est un peu à tout le cinéma d’Almodovar et à son univers que le Festival a rendu hommage, six ans après son prix de la mise en scène pour Tout sur ma mère. Peut-être un prix de la mise en scène pour ce film audacieux visuellement parfaitement maîtrisé aurait-il néanmoins été plus compréhensible qu’un prix du scénario, lequel n’est pas forcément le meilleur atout du film...

Ce prix de la mise en scène est donc revenu à Babel de Alejandro Gonzalez Inarritu qui le méritait néanmoins largement (voir précèdent article à ce sujet ici). Il réussit superbement ce que tous les autres films du Festival ont tenté de faire plus ou moins maladroitement : nous brosser le portrait d’un monde chaotique, qui n’a jamais aussi vite et mal communiqué. Si la construction n’avait été qu’un vain exercice de style, cela aurait été particulièrement agaçant mais son intérêt provient justement du fait qu’elle illustre le propos du cinéaste, qu’elle traduit les vies fragmentées, l’incommunicabilité. Le montage alterné ne cherche pas à surprendre mais à appuyer le propos, à refléter un monde chaotique, des vies désorientées, des destins morcelés. En résulte un film riche, puissant, où le spectateur est tenu en haleine du début à la fin, un film qui nous emmène sur trois continents avec le même intérêt sans jamais que notre attention ne soit relâchée, qui nous confronte à l’égoïsme, qui nous jette notre aveuglement et notre surdité, notre indolence en pleine figure, un instantané de notre époque troublée. Selon la Bible, Babel fut une célèbre tour construite par une humanité unie pour atteindre le paradis. Cette entreprise provoqua la colère de Dieu, qui pour les séparer, fit parler à chacun des hommes impliqués une langue différente, mettant ainsi fin au projet et répandant sur la Terre un peuple désorienté et incapable de communiquer. Le point de départ du film est le retentissement d’un coup de feu au Maroc, coup de feu déclenchant une série d’évènements, qui ont des conséquences désastreuses ou salvatrices, selon les protagonistes impliqués. Peu à peu le puzzle se reconstitue brillamment, certaines vies se reconstruisent, d’autres sont détruites à jamais. Jamais il n’a été aussi matériellement facile de communiquer, jamais la communication n’a été aussi compliquée, jamais nous n’avons reçu autant d’informations et avons si mal su les décrypter jamais un film ne l’a aussi bien traduit. Chaque minute du film illustre cette incompréhension, parfois par un simple arrière-plan, par une simple image qui se glisse dans une autre, par un regard qui répond à un autre. Véritable film gigogne, Babel nous montre un monde paranoïaque, paradoxalement plus égocentrique que jamais, mondialisé et individualiste. Le montage traduit magistralement cette angoisse, ces tremblements convulsifs d’un monde qui étouffe et balbutie, qui n’a jamais eu autant de moyens de s’exprimer et pour qui les mots deviennent vains. Loin d’être une démonstration stylistique, Babel est un édifice magistral tout entier au service d’un propos qui parvient à nous transmettre l’émotion que ses personnages réapprennent. Un voyage qui ne peut laisser indemne. Le film bouleversant du festival. Une émotion cinématographique comme je n’en avais pas ressentie depuis longtemps. Un film que je retournerai voir et que je vous engage à courir voir dès sa sortie.

Beaucoup plus classique est la réalisation d’Indigènes (dont je vous ai déjà parlé, voir ici) de Rachid Bouchareb (lequel est d’ailleurs aussi coproducteur de Flandres) mais certains propos s’accommodent mal de l’originalité, je préfère un film dont la force du sujet se suffit à elle-même par exemple aux 20 minutes d’esbroufe de World Trade Center d’Oliver Stone vu à Cannes en avant-première mondiale (voir mon article ici). Là non plus pas de ralentis, pas d’effets, pas de fioritures, le sujet se suffit à lui-même. Prix trop politiquement correct pour un film qui l’est également, a-t-on lu çà et là. Pour moi, film sincère porté par une vraie volonté de rendre hommage aux tirailleurs dont la plus belle reconnaissance est ce prix symbole de la solidarité de ceux qu’il met en scène. 1943. Ils n’avaient encore jamais foulé le sol français, mais parce que c’est la guerre, Saïd, Abdelkader, Messaoud et Yassir vont s’engager comme 130 000 autres « indigènes » dans l’armée française pour libérer « la mère patrie » de l’ennemi nazi. Ces héros que l’histoire a oubliés vaincront en Italie, en Provence, et dans les Vosges, avant de se retrouver seuls à défendre un village alsacien contre un bataillon allemand. Bien sûr ce prix peut résonner comme un écho à l’actualité ou même aux paroles de Vincent Cassel à l’ouverture du Festival mais aurait-il fallu ne pas primer ce beau film sous prétexte qu’il était trop « évident » ? Avec Le vent se lève c’est l’image de la fraternité déchirée par la guerre que le jury a primé, ici c’est la solidarité qu’il a récompensée en remettant symboliquement le prix d’interprétation masculine aux 5 acteurs principaux d’ailleurs difficilement dissociables. A travers eux, ce sont les rapports coloniaux qui sont évoqués. Indigènes rappelle aussi que l’Etat rechigne à payer la pension légitime qu’il leur doit, soixante ans après. Pour Bouajila ce film traduit « le désir de toute une génération du besoin de retrouver sa mémoire, son histoire et de (pousser) un grand cri d’amour ». Jamel Debbouze, quant à lui, a semé un vent de folie salutaire que le Festival n’avait plus connu depuis Benigni en remerciant Michel Rocard pour le RMI et Michel Poniatowski sans lequel, faute de carte de séjour, la famille Debbouze ne serait pas française et en n’hésitant pas à aller saluer ou embrasser le jury ! Le Prix d’interprétation masculine, remis par Diane Kruger, est donc allé, de manière collective, à Jamel Debbouze, Samy Naceri, Sami Bouajila, Roschdy Zem et Bernard Blancan. Après leurs remerciements enthousiastes, les acteurs récompensés ont chanté l’hymne des tirailleurs algériens, sénégalais, pieds noirs. Certes le jury a peut-être récompensé un sujet, mais aussi l’obstination d’un cinéaste qui le portait viscéralement et l’a mené à bien contre vents et marées, évitant le manichéisme en se concentrant sur ces hommes unis par la solidarité et la volonté de libérer la France du joug nazi. Indigènes est un vibrant plaidoyer contre l’injustice et sur le sacrifice. Ignorer ce film du palmarès aurait été une nouvelle fois bafouer ceux qui l’ont déjà tant été. Parfois certains films dépassent le cinéma. Cannes dépasse le cinéma. La polémique ferait presque oublier que les prix d’interprétation étaient mérités, et ils le sont réellement. Jamel a réussi à nous étonner là où on ne l’attendait vraiment pas, son interprétation est réellement saisissante de justesse, et gageons qu’il n’a pas fini de nous surprendre...

Autre oublié du palmarès, Quand j’étais chanteur de Xavier Giannoli, (film et soirée déjà évoqués ici) film certes très classique dont la sélection en compétition officielle peut être assez étonnante (ou surtout s’expliquer par la présence au générique de Gérard Depardieu) mais dont la projection fut un moment salutaire pour des festivaliers parfois lassés des univers sombres voire glauques dans lesquels les différents cinéastes en compétition se sont obstiné à nous plonger. Dès la montée des marches un petit air de musique française (chaque jour le DJ Michaël Canitrot animait la montée des marches avec un mix lié au programme de la soirée autour des thèmes musicaux des films et des pays invités) a rythmé les pas alertes des festivaliers, s’est installé dans leurs têtes, et ne les a plus quittés. Gérard Depardieu incarne Alain, un chanteur de bal cinquantenaire qui fait aussi les comités d’entreprise et les inaugurations. Il a les cheveux teints et est mondialement connu à Clermont-Ferrand. La chanson était toute sa vie jusqu’à ce qu’il fasse la connaissance de Marion, une jeune maman un peu perdue incarnée par Cécile de France.... Dommage que le scénario donne davantage lieu à une juxtaposition de scènes qu’à une histoire comme ces appartements que Marion et Alain visitent ensemble, qui se suivent et n’ont pas vraiment de ressemblances ou de liens entre eux. Se dégage néanmoins de ce film un charme suranné, un air lancinant envoûtant. Gérard Depardieu se fait oublier pour être magistralement ce chanteur de bal dont il interprète d’ailleurs réellement les chansons et qui « pour comprendre les gens et le monde regarde les danseurs sur une piste de bal ». La chanson est ici la voix intérieure du film qui reflète les émotions des personnages. Alors que pour certains il s’agit d’un film condescendant sur la province, il s’agit au contraire d’un film plein de tendresse pour un univers (celui du bal populaire) et des personnages qui nous charment progressivement. Un film à l’issue duquel tous les spectateurs enchantés sont ressortis en fredonnant L’Anamour de Gainsbourg ou Quand j’étais chanteur de Delpech que Gérard Depardieu interprète avec tantôt toute la retenue, tantôt la douceur, tantôt la tristesse seyant à l’état d’esprit de son personnage. C’est aussi un hommage à Truffaut (ah, nous y revoilà...) selon lequel « les chansons disent la vérité surtout quand elles sont sentimentales ». Enfin, un film dépourvu de cynisme et de brutalité avec un personnage fantaisiste (il vit avec une chèvre, non pas « La » chèvre...) qui nous emmène avec lui dans son monde si proche et si lointain et dans lequel nous aurions bien aimé rester encore un peu plus longtemps, dont en tout cas tous les festivaliers sont ressortis le sourire aux lèvres.

medium_defi50.jpgCe n’est pas vraiment le cas du film qui a reçu le prix du jury dont la fin apparaît comme un soulagement. Finalement c’est à un premier film que le prix du jury a été attribué : Red road de Andrea Arnold . Jackie (Kate Dickie) travaille comme opératrice sur des caméras de surveillance. Chaque jour, elle veille sur une petite partie du monde, en protégeant les personnes qui vivent leur vie sous ses yeux. Un jour un homme apparaît sur son moniteur, un homme qu’elle pensait ne jamais revoir, un homme qu’elle ne voulait jamais revoir. À présent, elle n’a pas le choix, elle est obligée de se confronter à lui. Haneke, (l’an dernier encore avec Caché en sélection officielle) a depuis longtemps abordé et cerné le sujet du voyeurisme en interrogeant l’image, le filmage et ses ambivalences. Le jury a choisi de primer ce premier film (le seul de la compétition officielle) dans lequel l’actrice principale est certes remarquable mais dont les sujets (la culpabilité et la vengeance, la fascination étrange de la victime pour son bourreau) et son traitement avaient des airs de déjà et mieux vu. Ce qui aurait pu être une histoire de désir de vengeance se transforme en désir de la victime pour son bourreau. Le film s’achève par une morale simpliste, voire risible, l’objet de vengeance devenu sujet de désir déclarant « ne pas avoir eu la chance d’être aimé »... comme si cela suffisait à faire oublier qu’il a tué son mari et sa fille, comme si c’était là l’explication attendue depuis une heure et demie. Destination bien décevante pour cette Red road dont le début était pourtant plein de promesses.

Marie-Antoinette de Sofia Coppola qui a longtemps eu les faveurs des pronostics avant d’être royalement sifflée en projection presse ne figure finalement pas au palmarès, comme si la jeune réalisatrice avait été victime des mêmes préjugés, quolibets que ceux dont sont victimes son héroïne. Au sortir de l’adolescence, une jeune fille découvre un monde hostile et codifié, un univers frivole où chacun observe et juge l’autre sans aménité. Mariée à un homme maladroit qui la délaisse, elle est rapidement lassée par les devoirs de représentation qu’on lui impose. Elle s’évade dans l’ivresse de la fête et les plaisirs des sens pour réinventer un monde à elle. Ainsi résumé, Marie- Antoinette pourrait se dérouler à n’importe quelle époque, il pourrait s’agir de n’importe quelle jeune fille, seulement l’époque c’est le XVIIIe et la jeune fille, c’est Marie-Antoinette, pourtant cet aspect est presque secondaire. Certes, Sofia Coppola a choisi de tourner à Versailles au XVIIIe et donc de situer temporellement son histoire mais elle a surtout choisi d’y insuffler un vent de modernité pour la rendre intemporelle ou même contemporaine, que ce soit par le plan des Convers, par la musique (The Cure, Air...) qui se mélange à la musique du XVIIIe, ou enfin par le jeu des acteurs qui pour une fois ne prennent pas des postures figées et empesées comme c’est souvent le cas dans les films historiques. Ce film se regarde comme un tableau de Watteau ou de Boucher, on n’attend pas la suite, on se laisse juste envelopper, on est plongé dans un univers qui prend vie sous nos yeux éberlués, hypnotisés, comme si nous entrions dans un parc d’attraction, dans ce manège de Cour qu’on regarde, qui nous entraîne, en éprouvant presque nous aussi une sensation de vertige... Cette jeune fille qui vit son apprentissage (encore, thème visiblement récurrent chez Sofia Coppola), lost in translation à Versailles est donc légère, espiègle, désinvolte, frivole, emportée malgré elle dans les tourbillons de l’histoire dont les troubles ne sont ici évoqués que parcimonieusement comme si nous étions nous aussi dans l’univers à la fois ouaté et impitoyable de Versailles, comme si nous les voyions à travers le regard désinvolte de Marie-Antoinette. Versailles ridicule (on repense ainsi au film de Leconte qui sur ce point reste inégalé), et décadent, chatoyant, gourmand, scintillant malgré les heures sombres de l’Histoire, malgré la détresse de la population dont la clameur est à peine audible puisque nous voyons alors la situation du point de vue de celle qui est sourde et aveugle à celle-ci. Sofia Coppola nous dépeint avec minutie les fastes, les frivolités dans lesquelles Marie-Antoinette s’évade, s’égare, se grise. Si Sofia Coppola dépeint une époque, c’est la nôtre. Et un lieu. Cannes peut-être ? Peut-être est-ce le miroir d’eux-mêmes que les festivaliers n’ont pas aimé, peut-être est-ce la raison pour laquelle le film a été sifflé à Cannes ? Cannes n’a certainement pas aimé se voir dans ce miroir grossissant, se reconnaître dans ce monde d’éphémères, de griseries, de paraître, de sourires feints, de courbettes, de hiérarchie, de critiques cinglantes, dans ce monde où chaque mot, chaque geste est amplifié, décrié, dans ce monde où la soif inextinguible de reconnaissance guide les actes et pervertit. Etrange mise en abyme pour une réalisatrice qui n’a pas été épargnée par la Cour cannoise, cette Cour dont les applaudissements ou leur absence retentissent comme la récompense ou le châtiment suprêmes, toujours avec excès. En tout cas la vraie raison pour laquelle elle a été sifflée n’est certainement pas sa « trahison » historique, Sofia Coppola n’ayant jamais prétendu faire un film fidèle à l’histoire et c’est tant mieux, ses anachronismes et ses ellipses l’enrichissent, l’empathie dont elle fait preuve pour Marie-Antoinette, jeune fille « lost » singularise son film. C’est d’ailleurs là la preuve de son talent de jeune cinéaste : celle d’avoir apposé son regard qui transparaît dans chacun des plans. Sofia Coppola aura au moins eu le mérite d’aller au bout de son idée et de son originalité et de ne pas laisser indifférente l’impitoyable Cour cannoise. On peut peut-être regretter que le film n’ait pas été tourné en français avec des acteurs français, le fait que l’Autrichienne Marie-Antoinette ou que Louis XVI parlent en anglais étant finalement plus gênant que les anachronismes. Un film étourdissant au vertige duquel je vous engage vivement de céder...

 

Quant au Caïman de Nanni Moretti, je vois difficilement quel prix aurait pu lui être attribué ; cinq ans après sa palme d’or pour La chambre du fils. Certes, c’est un film réussi mais par aucun côté exceptionnel. Dans ce film un producteur en faillite professionnelle et sentimentale, Bruno Bonomo, avec un passé de producteur de films de série Z aux titres évocateurs, Les mocassins assassins ou Maciste contre Freud, n’arrive pas à financer son nouveau projet, Le retour de Christophe Colomb. Empêtré dans ses dettes, ses faiblesses, son mariage en fin de course, ses enfants sans repères, Bruno perd pied. Son chemin va croiser celui d’une jeune réalisatrice qui lui apporte un scénario, Le Caïman. Bruno croit à un thriller un peu musclé, mais s’aperçoit après une lecture plus sérieuse - bien qu’un peu tardive - qu’il s’agit d’un film sur Berlusconi. Il ne peut plus reculer et doit monter l’affaire, trouver l’acteur principal tout en essayant de recoller les morceaux de son couple. Pourtant, dans cet engrenage d’échecs et de difficultés, commence à naître en lui un nouvel élan vital : celui de l’affirmation de sa dignité. Cet homme qui semblait fini, trouve en lui l’énergie pour aller jusqu’au bout d’un projet qui était au départ le fruit du hasard, mais qu’il estime peut-être maintenant lui aussi nécessaire de réaliser. Le Caïman, c’est Silvio Berlusconi donc. On attendait de ce Caïman un brûlot politique, d’autant que certains sont même allés jusqu’à à lui imputer la défaite de ce dernier aux récentes élections. Moretti y pratique avant tout le mélange des genres : film sur l’Italie et sur le cinéma, déclaration d’amour au cinéma et de guerre à Berlusconi, comédie grinçante, Le Caïman est à la fois un film d’amour, un hommage au cinéma et un film politique. Ce « trois en un » s’il ne perd pas le spectateur ne parvient pas non plus réellement à l’intéresser à l’une des trois histoires. Il y filme avec beaucoup de tendresse la chambre du fils, avec beaucoup d’acuité les dérives berlusconiennes mais à mon avis le cinéma avec un peu trop de superficialité (ou alors il aurait fallu faire un remake de La nuit américaine, non, non ce n’est pas obsessionnel). Mais c’est certainement Morretti lui-même en conférence de presse cannoise qui a le mieux expliqué ce qu’il avait voulu faire "J’ai essayé de raconter, avec les moyens du cinéma, une réalité que nous ne parvenons plus à voir, à percevoir. Je pense que notre problème, c’est celui de l’habitude : on s’est habitués à des personnages et à des situations vraiment incroyables pour une démocratie ; donner à un citoyen la direction de trois des six chaînes publiques (une situation rendue possible par un vide juridique et entérinée par une loi votée pour l’occasion), et ensuite lui permettre de se présenter aux élections, c’est inacceptable. Et ce n’est pas parce que la gauche a remporté les dernières législatives que les problèmes ont disparu. Il n’y a qu’à voir ce qui s’est passé après les élections, et qui est une des choses les plus graves qui puissent arriver dans une démocratie : le perdant n’a pas voulu reconnaître sa défaite - ce qui n’a provoqué aucune réaction chez ses alliés. Cela correspond bien au comportement agressif que je montre dans le film. Déjà, en 1996, Berlusconi avait contesté les résultats des élections. Le plus grave, c’est l’accoutumance : tout le monde en Italie trouve cette situation normale. Moi, je ne veux plus qu’elle se reproduise." Tout l’intérêt est en effet qu’il n’a pas fait de Berlusconi un personnage comique, ce qui aurait instauré une distance avec la réalité, mais au contraire il en a fait un personnage sombre qu’il a à la fin du film lui-même incarné (scène la plus intéressante du film) .La noirceur finale (lorsque Morretti interprète lui-même Berlusconi reprenant des termes de ce dernier sur la justice qui donnent froid dans le dos) donne une réelle épaisseur au film, et cette dualité entre le film politique et le film le plus intime en constituent l’originalité. Certainement pas le meilleur film du cinéaste mais un film intéressant qui mérite d’être vu.

Quant aux deux derniers oubliés du palmarès, Les climats de Nuri Bilge Ceylan (voir mon article ici), sa mise en scène pourtant soignée et intéressante se rapprochait certainement beaucoup trop de celle d’Uzak (film pour lequel le réalisateur avait déjà été primé à Cannes) pour qu’il soit de nouveau primé, et quant à Summer palace de Lou Ye ses longueurs en annihilaient l’intérêt pourtant certain. Concernant La raison du plus faible de Lucas Belvaux, (photo ci-contre, l’équipe du film en projection officielle) sa seule originalité était d’inaugurer un genre « le thriller social » mais ne présentait malheureusement pas autant d’inventivité que sa trilogie. Dommage que Nicole Garcia avec Selon Charlie soit également repartie bredouille, peut-être son film était-il trop hermétique pour remporter les suffrages du jury, je vous le recommande toujours néanmoins vivement (voir article ici).

On a coutume de dire que Cannes est un miroir du monde, cette année le palmarès et Cannes ont reflété un monde en guerre, un monde chaotique, d’incommunicabilité, décadent, d’amours médiocres, un monde qui se grise de frénésies en tous genres pour ne pas affronter sa propre violence, c’est probablement pourquoi la passion brûlante de Ca brûle de Claire Simon, la fantaisie de Volver de Pedro Almodovar, le fantastique du Labyrinthe du Pan de Guillermo del Toro ou la douce mélodie de Quand j’étais chanteur de Xavier Giannoli auront davantage résonné dans le cœur des spectateurs. Miroir inquiétant d’un monde bouleversé, pourtant avide de fraternité (Indigènes de Rachid Bouchareb). Plus que jamais les films projetés ont eu une résonance politique au premier rang desquels Babel qui pourrait résumer tous les films de ce festival tant il reflète le monde contemporain et bien entendu la palme d’or de Ken Loach, le magnifique Le vent se lève .On aurait aimé un festival un peu plus à l’image de l’affiche de Gabriel Guedj (d’après une photo de Wing Shya sur le tournage d’In the mood for love), d’une lancinance poétique, mais après tout l’irréalité cannoise a apporté son lot de fantaisie salutaire. Cette année on a beaucoup dansé sur les marches : de Kaurismaki à Gatlif, on a même vu Gilles Jacob esquisser quelques pas de danse, on a aussi chahuté sur les marches notamment lors de la mémorable montée des marches d’Indigènes, et moi j’aurai chaque jour rêvé en les gravissant, comme petite lorsque je vivais ce cérémonial étrange par le prisme de l’écran de télévision, rêvant surtout à cette porte auxquelles elles aboutissaient, une porte qui ouvrait sur un monde magique, monde de tous les possibles, de toutes les audaces, de toutes les fantaisies, sur l’antre du septième art mondial que Cannes reste plus que jamais.

Et maintenant ? Et maintenant que ces douze jours haletants, trépidants, passionnés et passionnants ont pris fin ? Maintenant je vais retrouver un monde étrange où les soirées ne commencent pas par ce rituel d’ascension aussi vertigineuse qu’un plan de Marie-Antoinette, où les journées ne s’achèvent pas par des soirées à danser sur la plage sous les étoiles en compagnie de présences improbables, puis par des promenades d’une légèreté mélancolique sur la Croisette, où les murs, les plages, les voitures ne sont pas ornés d’affiches de films, où l’on ne côtoie pas à toute heure du jour et de la nuit des pingouins endimanchés , un monde où l’on ne siffle pas, n’applaudit pas avec excès au moindre prétexte, un monde où l’on ne surjoue pas ses opinions et ses émotions, un monde où l’on ne piétine pas à la moindre illusion d’orgueil ragaillardi, un monde malgré tout moins magique où l’on ne vit et ne vibre pas qu’au rythme du septième art, un monde moins fantaisiste, moins démesuré, moins excessif, moins festif, un monde d’illusions mortelles où portée par l’Anamour de Gainsbourg que je ne cesse plus de fredonner depuis que j’ai vu Quand j’étais chanteur, "je crains de m’égarer". Paraît-il que certains appellent ce monde bizarre réalité.

Maintenant les souvenirs vont s’étioler ou se sublimer. Maintenant il va falloir attendre un an pour se replonger dans cette étrange irréalité, pour les 60 ans du Festival.

Au bout du compte, parmi les films vus et présentés au Festival de Cannes, toutes sélections confondues, je vous recommande :

-En sélection officielle :

-Le vent se lève de Ken Loach

-Babel de Alejandro Gonzalez Inarritu

-Le labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro

-Indigènes de Rachid Bouchareb

-Selon Charlie de Nicole Garcia (voir article ici)

-Volver de Pedro Almodovar

-Marie-Antoinette de Sofia Coppola

-Quand j’étais chanteur de Xavier Gianolli

- Dans la section Un certain regard, je vous recommande :

-Paris, je t’aime, film collectif (voir article ici)

-La Californie, premier long métrage en tant que réalisateur de Jacques Fieschi, scénariste de Claude Sautet et notamment de Nelly et M.Arnaud mais aussi de Selon Charlie de Nicole Garcia, etc. Il y a eu un crime, là-haut, dans la villa, dans le quartier cannois huppé de la Californie. Depuis longtemps, rien ne peut séparer Mirko (Roschdy Zem) et Stefan. Les voici sur la Côte d’Azur. Ils n’ont rien, ils battent le pavé. Mais ils se débrouillent, se font vigiles, videurs. A la sortie d’une discothèque, ils ont rencontré Maguy (Nathalie Baye), une femme qui sort et boit beaucoup, qui claque beaucoup d’argent. Elle vit là-haut, dans une villa luxueuse. Elle entretient une poignée de gens, sa copine et souffre-douleur Katia, et un couple de garçons, Francis et Doudou. Maguy prend Mirko et Stefan à son service, cela signifie : s’occuper de la maison, faire les courses, entretenir le bateau. Ca veut dire aussi que Mirko couche avec Maguy. Hélène (Ludivine Sagnier), la fille que Maguy n’a pas élevée, arrive dans la villa. Elle ne vient pas se plaindre, demander des comptes. Entre Maguy et Hélène, Mirko et Stefan, va s’instaurer un jeu de désir qui les met en danger. Les billes du jeu s’entrechoquent et libèrent des passions violentes. Rien ne protège plus ces vies qui ont refusé la norme. De cette adaptation de Simenon et de la part du scénariste de Claude Sautet nous étions en droit d’attendre plus de tension sous-jacente. Or, ici, Jacques Fieschi a choisi la voie de la théâtralité pour confronter ces singularités amenées à vivre ensemble, des singularités que tout pourrait opposer et que finalement leurs marginalités si dissemblables et leur solitude réunissent. Tous pourraient commettre un crime, la question est de savoir quand et qui. Encore un noir écho à la vie cannoise puisque cette Californie dont il est question est celle du célèbre quartier cannois. Le grand (seul ?) intérêt de ce film est la prestation et la confrontation magistrale d’une Nathalie Baye plus talentueuse que jamais (qui rappelle un peu son rôle dans Les Sentiments mais qui utilise encore davantage ici son côté loufoque) et Roschdy Zem qui confirme encore à quel point il méritait son prix d’interprétation ayant ici un rôle diamétralement opposé à celui d’Indigènes.

- Dans la section Quinzaine des réalisateurs

-Ca brûle de Claire Simon : je vous en ai déjà parlé (ici) : Livia est une jeune fille de quinze ans. Elle passe son temps à faire du cheval jusqu’au jour où elle chute et se relève grâce à l’aide de Jean (Gilbert Melki), un pompier beaucoup plus âgé qu’elle dont elle tombe amoureuse. Elle entreprend tout ce qu’elle peut pour séduire cet homme pour qui elle éprouve une brûlante et irrépressible passion. Son amour la dévore et la conduit sur les pentes abruptes de l’exaltation jusqu’à l’irréparable. C’est le début des vacances et d’un été éternel... Un été meurtrier incandescent rythmé par le bruit strident des sirènes. Le désastre auquel va aboutir le film et que je vous laisse découvrir est un moyen d’exprimer cette passion qui la ronge et qui transpire du début à la fin du film. Le feu va être le théâtre d’une bataille sanglante entre son désir et le monde. Film mystérieux, poétique, onirique qui s’achève comme dans un rêve par un brouillard presque abstrait. Projeté à la Quinzaine ce film a été, à juste titre, ovationné.

Autres sites Internet, notamment pour plus de détails sur les palmarès :

Marché du film / Cinéfondation / Site officiel du Festival de Cannes/ Quinzaine des réalisateurs/ Semaine de la critique/


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3 réactions à cet article    


  • Sandra.M Sandra.M 6 juin 2006 23:42

    Vous pouvez réagir également réagir à cet article en laissant un commentaire sur mon blog : http://monfestivalducinema.hautetfort.com


    • Theothea.com Theothea.com 7 juin 2006 14:21

      - Sandra, vous évoquez François Truffaut qui se demandait si le cinéma pouvait se substituer à la vie, en suggérant à votre tour que le Festival de Cannes pourrait être une passerelle éphémère mais sublime de l’une à l’autre à l’occasion de ces douze journées annuelles intenses !...

      - Aussi, en ayant assisté à cinq festivals successifs, pourriez-vous nous décrire comment se passe en pratique une journée type de festivalière ? Quelles sont les contraintes et les satisfactions de l’emploi du temps ? Est-ce que l’on prends des habitudes quotidiennes durant cet événement exceptionnel ?


      • Gilbert Spagnolo dit P@py Gilbert Spagnolo dit P@py 7 juin 2006 21:46

        Bonjour Sandra,

        Dans ce monde de brutes, quelques minutes de sourires,… bien besoin en ce moment ! !

        A Cannes, avez vous vue :Ici Najac,.. à vous la terre !

        J’ai vu hier à la télé la bande annonce du film de Jean-Henri Meunier, et j’ai remarqué sur son site, qu’il avait été projeté à Cannes hors compétition. Ce film nous montre quelques habitants d’un petit village aveyronnais résistant avec bon sens citoyen, humour et poésie, au rouleau compresseur de la mondialisation. On y croise donc Henri le poète de la mécanique, Serge le paysan par philosophie, Robert le vigneron malicieux ou encore Jacky le clown Piccolo !

        Finalement, … des scènes de vie de notre France profonde, ou il fait si bon vivre !

        Puis j’adore surtout cette affiche du film ! http://www.cinema-france.com/Webmasters/Images/1150film20060531_225214_1_big.jpg

        .. et ces deux photos. http://www.cinemovies.fr/images/data/photos/G127061578505569.jpg

        http://www.cinemovies.fr/images/data/photos/G127061813513221.jpg

        Pour voir sa bande annonce http://www.ocean-films.com/icinajac/videos.htm

        Certainement un film qui sort des sentiers battus, c’est à dire en dehors des promos à l’américaine, un film pour sortir de la sinistrose, enfin je pense.

        @+ P@py

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