• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « FEUX » d’August Stramm au Théâtre de la Cité Internationale

« FEUX » d’August Stramm au Théâtre de la Cité Internationale

Les spectateurs s’assoient devant une vitre dressée tout le long de la scène reflètant leur image, et deviennent, par ce dispositif scénique, des laborantins implacables qui observeraient l’évolution d’humains en cage tels des cobayes dont le comportement, pris au piège des parois en verre, se disloquerait, se débattrait, s’éparpillerait dans tous les sens de la panique non maîtrisée.

Au réveil d’une asphyxie par le gaz qui sest avérée inefficace, un couple de prolétaires misérabiliste entouré d’un bric-à-brac d’objets hétéroclites, se déchire, s’insulte, pleurniche, se tape dessus, rendant l’air irrespirable, en quête de vie malgé tout mais se paralysant mutullement, étranglé par leur propre incapacité à vivre et à désirer.

Dans cette première courte pièce "Rudimentaire" d’une trilogie qu’est "FEUX" d’August Stramm, auteur allemand du début du XXème siècle, Julie Denisse est étonnante, démonstrative dans la contorsion du mouvement, véritable acrobate de l’étouffement qui oppresse ou du désespoir qui chiale face à un costaud quasi mutique dans une opposition pittoresque (Jean-Louis Coulloc’h).

De part et d’autre de la vitre, comme deux couloirs de lumière et de clair-obscur, avec les mêmes comédiens, la deuxième courte pièce qui s’intitule "La Fiancée des Landes", aborde l’univers psychique d’une jeune femme fait de frustrations, et poussée à une fin tragique par l’oppression de l’environnement familial. D’une farce réaliste noire, on passe ici à une sorte d’interrogatoire symboliste et fantasmatique qui plonge aussi dans les ténèbres.

Obscur univers qui s’embrase dans la dernière pièce "Forces", apothéose de la folie qui s’exprime de manière radicalement ahurissante par Dominique Reymond, à la fois dansante et ondoyante dans sa robe du soir noire et cassant soudainement un calme apparent par un mouvement complètement désynchronisé, un déhanchement sec et une bouche sensuelle qui devient grimace, rire sardonique, puis cri munchien de la désespérance.

Un pastiche expressionniste cruel et clinique de la bourgeoisie. Plus que quelques mots, des onomatopées, des échappées pulsionnelles et chaotiques d’insconcient frustré de brûlants désirs, "Forces" est la quintessence de la douleur incontrôlable et hystérique, un ballet de mort jusqu’au sang, une véritable combustion.

"FEUX" nous livre donc une langue souvent elliptique, heurtée, d’une observation crue du désir, de la jalousie, de la transgression et des névroses humaines. Trois avatars possibles du comportement que Daniel Jeanneteau et Marie-Christine Soma ont su mettre en lumière dans une mise en scène subtile, très stylisée, puissante et horrifiante.

Photo © Elisabeth Carecchio

FEUX - *** Cat.S / Theothea.com - d’August Stramm - mise en scène : Daniel Jeanneteau & Marie-Christine Soma - avec Axel Bougousslavsky, Jean-Louis Coulloc’h, Julie Denisse, Mathieu Montanier & Dominique Reymond - Théâtre de La Cité Internationale / La Gallerie -

 


Moyenne des avis sur cet article :  3.67/5   (3 votes)




Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON








Les thématiques de l'article


Palmarès



Partenaires