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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Figaro divorce » de Ödön von Horvath à la Comédie-Française

« Figaro divorce » de Ödön von Horvath à la Comédie-Française

Le rideau s’ouvre sur les ténèbres d’une nuit et dans cette obscurité se détachent les silhouettes de deux couples en fuite, l’un aristocratique le comte et la comtesse Almaviva, en tenue du XVIIIe siècle, l’autre leurs valets Figaro et Suzanne, vêtus de manière moderne, établissant ainsi par le costume un lien entre le Figaro de Beaumarchais qui laissait son héros à la veille de la Révolution Française et un XXe siècle de l’entre-deux-guerres, quelque part en Europe.

Passant une frontière et déchus de leurs rangs, les aristocrates voient leurs repères s’écrouler et se sentent perdus.

Quant à Figaro, il veut profiter de la situation pour voler de ses propres ailes, briser l’état de servage et devenir son propre maître ; il décide de devenir barbier et avec sa femme Suzanne achètent, dans ce nouveau pays, un salon de coiffure.

Ayant rompu les liens avec un pouvoir monarchique, le débrouillard Figaro est cependant victime à son tour du nouveau système petit-bourgeois qui le met dans une servilité vis-à-vis de ses clients et bientôt, voulant assurer un bien-être matériel, ne pense plus qu’à son travail, refuse l’enfant que désire Suzanne et sombre dans un état d’aliénation dont Suzanne à son tour voudra se libérer.

Elle le trompera afin d’avoir un motif de divorce et fuir cette existence qu’elle juge étriquée et sans envergure.

Fuite, déchéance, rupture, exil et, après tous ces échecs, retour au pays pour constater que le château des Almaviva est devenu un camp pour pupilles de la nation aux relents hitlériens où Figaro puisera les moyens de servir une nouvelle cause pleine d’utopie.

Dans cette pièce d’Horvath, entrée au répertoire de la Comédie-Française, tout l’univers de l’auteur s’y décèle, lui-même honni par le régime nazi, sur le chemin de l’exil et voulant émigrer aux Etats-Unis, mourra foudroyé, le 1er juin 1938, à Paris devant le théâtre Marigny... une véritable ironie du sort !

Emportés par un mouvement incessant, les personnages doivent réagir à l’histoire troublante des années 30, mais la mise en scène de J. Lassalle les statufie parfois un peu trop.

Grâce à une plate-forme tournante, nous assistons à des saynètes cinématographiques à l’atmosphère sombre et parfois inquiétante, station de sport d’hiver, salon de coiffure, club de jazz, cabaret berlinois (saluons Loïc Corbery en juriste féminine sur talons hauts), aire de jeux aux allures fascistes, qui nous embarquent dans des pérégrinations à travers un monde en crise menacé par le totalitarisme.

Une très bonne distribution, d’un Michel Vuillermoz débonnaire et caméléon, d’une Florence Viala en Suzanne déterminée, un Bruno Raffaelli en comte un peu las ou un Denis Podalydès en intendant véreux, fait de cette pièce acerbe une réussite.

Photo © Cosimo Mirco Magliocca

FIGARO DIVORCE - ** par Cat.S / Theothea.com - de Ödön von Horvath - mise en scène : Jacques Lassalle - avec Bruno Raffaelli, Clotilde de Bayser, Roger Molien, Gilles David, Pierre-Louis Calixte, Loïc Corbery, Christian Cloarec .... - Comédie-Française


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