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Fluxus et reflux pour Yoko Ono, Lion d’or à Venise, bingo !

Dans le Landerneau de l’art contemporain, on a bien sûr appris que c’est l’artiste américain Bruce Nauman qui a remporté le Lion d’or (meilleur pavillon national) de la dernière Biennale de Venise mais, selon moi, on n’a peut être pas assez insisté sur le fait qu’un Lion d’or honorifique a été décerné, aux côtés de John Baldessari, à une artiste femme pour l’ensemble de son œuvre, Yoko Ono.
 
A l’heure où Beaubourg réalise une expo-rétrospective sur la place de la femme dans l’art de notre temps (chose importante à mes yeux car on retrouve dans elles@centrepompidou de grands noms de l’art tels que Joan Mitchell, Eva Hesse ou Orlan), je trouve très bien que Yoko Ono soit ainsi félicitée. Non pas que ce serait une première qu’une plasticienne soit mise à l’honneur à Venise (il y a eu déjà du côté de la Sérénissime des récompenses suprêmes accordées à des Louise Bourgeois, Su-Mei Tse et autres Annette Messager) mais c’est fort appréciable qu’on reconnaisse (enfin) Yoko Ono à sa juste valeur – en tant qu’artiste d’envergure, naviguant entre manifeste et humour – sans avoir à la juger éternellement à l’aune de sa rencontre avec le célébrissime John Lennon. Bien entendu, on connaît la chanson : dans l’imaginaire collectif, elle est la muse du fondateur des Beatles, mais elle incarne surtout la femme froide étant la cause majeure de la séparation du groupe. Stop, Give Yoko Ono A Chance ! Elle n’est pas que ça et ce Lion d’or vient le confirmer en beauté.
 
Pour Lennon, au moment où il l’a rencontrée, elle était « l’artiste inconnue la plus célèbre du monde avant-gardiste ». Artiste multimédia (musicienne, chanteuse, compositrice, écrivain, comédienne, cinéaste), Yoko Ono est une artiste Fluxus importante, au même titre que Beuys ou Filliou. Filousophe et figure engagée dans l’activisme politique (pour la paix, l’amour libre et les droits de la femme), elle a fait de la musique expérimentale (allant de John Cage aux Pet Shop Boys via le Swinging London), des Fluxfilms tels que son cul-tissime Four (Bottoms) (1967), « film-pétition signé de l’anus » (Ono) qui montrait 365 paires de fesses (le cadrage en gros plan venant dématérialiser tous ces postérieurs pour en faire un quadrillage abstrait), et, last but not least, elle est surtout l’auteure de performances qui appartiennent à l’histoire de l’art. En 1965, elle réalise Cut Piece au Carnegie Hall de New York : des spectateurs sont invités à prendre une paire de ciseaux pour découper ses vêtements jusqu’à ce qu’elle soit complètement nue : en même temps que ce « théâtre de la cruauté » vient questionner le statut de la femme japonaise dans la société patriarcale, c’est aussi une action d’« esthétique relationnelle » qui, pour prendre à rebrousse-poil le sexisme et l’un de ses avatars (la violence conjugale), s’affirme en tant que témoignage d’un besoin manifeste d’unité et d’amour sociaux entre les gens. En mars 1969, à Amsterdam, pour promouvoir la paix dans le monde, Yoko & John réalisent Bed-In durant leur lune de miel à l’hôtel Hilton * : fameux happening s’opposant au merdier du Vietnam, ils reçoivent leurs interviewers au lit, façon Give Peace A Chance.
 
En 2009, 40 ans après, cette œuvre conceptuelle, et dadaïste, cherchant moins la pérennité que la quête de l’éphémère et le goût du risque, et livrant un véritable combat pacifiste et humaniste, est célébrée alors que le monde actuel est sous tension permanente : intégristes de tous poils, climat sécuritaire post-11 Septembre asphyxiant, menaces nucléaires de l’Iran et de la Corée du Nord. Tant mieux. Bref, c’est banco pour Yoko Obama, euh pardon, Ono.
 
 
* Pour la petite histoire, John & Yoko ont refait un Bed-in dans la suite 1742 de l’hôtel Reine Elizabeth à Montréal, du 26 mai au 2 juin 1969. En ce moment, à Montréal (musée des beaux-arts), l’expo Imagine - La ballade pour la paix de John & Yoko (2 avril – 21 juin 2009, entrée libre) connaît un vif succès : pas moins de 50 000 visiteurs en une vingtaine de jours d’ouverture. Cette exposition, célébrant le 40ème anniversaire du Bed-in de John Lennon et Yoko Ono, est participative, invitant la foule à rejoindre le lit des deux stars afin de contribuer à une espèce de « printemps de la paix » et de grande performance gratuite. Si ça vous chante, c’est là : http://www.mbam.qc.ca/imagine/fr/index.html
 

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