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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Frédéric Bazille, aux avant-postes de l’impressionnisme

Frédéric Bazille, aux avant-postes de l’impressionnisme

« De tous les jeunes gens que j’ai connus, Bazille était le plus doué, le plus aimable. » (Edmond Maître, 1870).



Je ne sais pas si, avec la crise sanitaire, un musée du monde a pris l’initiative de marquer le 150e anniversaire de la mort du jeune peintre impressionniste français Frédéric Bazille. En France, les musées ne rouvriront en principe que le 15 décembre 2020 (si tout va bien), mais beaucoup de musées donnent la possibilité de faire des visites virtuelles sur leur site Internet. Frédéric Bazille, sergent-major, est mort le 28 novembre 1870 dans le Val de Loire (à la Bataille de Beaune-la-Rolande) en voulant protéger des femmes et des enfants. Il a reçu des balles de l’ennemi, un Allemand, ou, plus exactement, un Prussien. Il n’avait alors que 28 ans, ou plutôt, il était à une semaine de ses 29 ans, né le 6 décembre 1941 à Montpellier.

En ce sens, il fut l’une des nombreuses victimes des guerres imbéciles. Quand ce sont des artistes, cela peut sembler plus révoltant (en fait, pas plus : toute mort d’humain est révoltante), un peu comme Charles Péguy en 1914. Mais je mettrais plutôt la comparaison avec le mathématicien Évariste Galois, à la vie trop brève pour son génie, comme si, pour ce genre de personnes, la densité de vie l’emportait sur la vie tout court.

Probablement que le sort de Frédéric Bazille a été longtemps injuste, oublié parce que parti trop tôt. Comme pour Gustave Caillebotte, on n’a vraiment redécouvert ses œuvres qu’après la Seconde Guerre mondiale. Son talent est désormais reconnu. Le musée Marmottan a proposé une exposition de ses œuvres du 2 octobre 2003 au 18 janvier 2004.

Sa consécration internationale n’a eu lieu qu’en 2016 lorsqu’une large rétrospective, qui lui a été dédiée ("Frédéric Bazille. La jeunesse de l’impressionnisme"), a été organisée d’abord au Musée Fabre de Montpellier (du 25 juin au 16 octobre 2016), puis au Musée d’Orsay à Paris (15 novembre 2016 au 5 mars 2017), enfin à la National Gallery of Art de Washington (du 9 avril au 9 juillet 2017). L’hebdomadaire "L’Express" a même titré le 8 janvier 2017 : "La bande à Bazille au Musée d’Orsay" ! Malgré sa jeunesse, il a laissé environ une soixantaine de peintures réalisées entre 1862 et 1870. Le Musée Fabre de Montpellier a cherché à collecter et conserver les œuvres de Bazille depuis sa mort, mais certaines ont été acquises par des collectionneurs américains.





Frédéric Bazille est bien né, c’est-à-dire dans un milieu aisé, la bourgeoisie protestante de Montpellier, des parents riches propriétaires terriens issus d’une famille de négociants, son père était un avocat, sénateur de Montpellier pendant un mandat de neuf ans, bien inséré, également viticulteur, président de la société d’agriculture de l’Hérault, il fut même l’un des découvreurs du phylloxéra le 15 juillet 1868. Frédéric Bazille a donc pu choisir et suivre sa vocation même si ses parents l’auraient voulu médecin. La peinture fut rapidement sa passion et il a donc suivi des cours de dessin et de peinture (il a abandonné définitivement ses études de médecine en 1864).

On peut voir ses parents assis à droite dans son chef-d’œuvre "Réunion de famille" (1867) où les convives (frère, tante, cousines, belle-sœur, etc.) sont installés à l’ombre des marronniers, dans la propriété familiale, pas loin de Montpellier.

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Ce fut dans un atelier de peinture qu’il a fait la connaissance de futurs grands peintres. Très vite, ils sont devenus amis, la plupart étaient de la même génération, nés autour de 1840 : Claude Monet, Berthe Morisot (dont j’apprécie beaucoup les toiles), Alfred Sisley, Auguste Renoir, Paul Cézanne, certains étaient un peu plus âgés, comme Camille Pissarro, Édouard Manet, Edgar Degas, etc. À ces peintres s’ajoutaient aussi des écrivains de la même génération, Émile Zola et Paul Verlaine. D’esprit très limpide, Bazille était capable d’affronter Degas dans des discussions passionnées, ce qui était rare.

Au printemps 1863, Bazille et Monet ont commencé la peinture en plein air dans la forêt de Fontainebleau. Inspirées de Courbet, Manet et Cézanne, les œuvres de Bazille montrent réalisme et clarté, et surtout, proposent une nouveauté de composition, avec des portraits en plein air, des scènes de famille, etc.

Frédéric Bazille a ensuite partagé un atelier avec certains d’entre eux. Dans l’avant-dernière œuvre que je propose ici (n°7), on peut y retrouver l’ambiance culturelle, artistique et amicale où l’on voit Frédéric Bazille (peint par Manet dans ce tableau) présentant une nouvelle œuvre à Manet et Claude Monet, Edmond Maître au piano ainsi qu’Émile Zola et Auguste Renoir en pleine discussion du côté de l’escalier, à gauche. Edmond Maître, également de la même génération, était un grand ami de Frédéric Bazille et un mécène culturel, marchand d’art, très apprécié par cette petite "bande" de peintres pour son humour (Edmond Maître était aussi l’ami de nombreux écrivains, en particulier de Verlaine et Baudelaire).

Les premières expositions des œuvres de Frédéric Bazille ont eu lieu en 1866 dans des salons, mais aucune ne fut exposée lors du premier salon des impressionnistes, après sa mort. Frédéric Bazille s’est alors partagé entre sa région natale du Languedoc-Roussillon et la région parisienne où se trouvaient tous ses amis impressionnistes pour former une petite communauté de complicité, de mutualisation des moyens et des idées.

Qu’est-ce qui a pris à Frédéric Bazille de venir s’engager à 28 ans dans le 3e régiment de zouaves le 16 août 1870 pour combattre les Prussiens ? Le patriotisme qu’une guerre peut susciter ? On a peu d’information sur le sujet si ce n’est que ses parents, les premiers mécènes du jeune peintre, étaient bien évidemment inquiets et opposés à cet engagement. Aujourd'hui, qui irait sacrifier sa vie pour son pays à 28 ans ? J'ose espérer qu'il en existe encore.

Frédéric Bazille est mort de ses blessures par balles le 28 novembre 1870. Le célèbre tableau de Claude Monet, "Impression, soleil levant" a été peint le 13 novembre 1872 et exposé pour la première fois du 15 avril au 15 mai 1874 au 35 boulevard des Capucines à Paris (chez Nadar) lors de la première exposition des peintres impressionnistes. Aucune œuvre de Bazille n’a été exposée à cette occasion. Probablement qu’avec son grand talent, Frédéric Bazille aurait suivi le mouvement de ses amis pour créer des œuvres qu’on ne peut que… fantasmer.

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Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 novembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Frédéric Bazille.
Chu Teh-Chun.
Rembrandt dans la modernité du Christ.
Jean-Michel Folon.
Alphonse Mucha.
Le peintre Raphaël.
Léonard de Vinci.
Zao Wou-Ki.
Pierre Soulages.
Auguste Renoir.

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20 réactions à cet article    


  • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 28 novembre 2020 17:19

    Comme quoi il faut redécouvrir les soit disant petits maîtres . Merci.


    • oncle archibald 28 novembre 2020 18:00

      J’ai eu la chance de voir la rétrospective exposée au Musée Fabre de Montpellier et je pense qu’incontestablement il faisait partie des grands. La maturité venant il aurait certainement fait partie du petit groupe des très grands.


      • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 28 novembre 2020 19:21

        @oncle archibald

        Oui et c’est impressionnant comme cela se sent .


      • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 28 novembre 2020 20:09

        @Aita Pea Pea

        pas de jeu de mot Tonton . Impressionnant devant tant de talent.


      • S.B. S.B. 28 novembre 2020 20:52

        On ne voit pas le rapport avec l’impressionnisme en regardant les tableaux. 

        Le 5 est très original.


        • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 28 novembre 2020 21:00

          @S.B.

          5 et 7.


        • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 28 novembre 2020 21:07

          @S.B. Sinon comme dit tonton un peintre très doué mort trop jeune. Pour le reste nous ne saurons jamais rien. Mais le 5 est très impressionnant. Et suis pas pd ...lol


        • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 28 novembre 2020 21:24

          @S.B.

          Une intuition Sabine . Le 7 avec Hopper. Pas le thème mais je ne sais quoi.


        • S.B. S.B. 28 novembre 2020 21:31

          @Aita Pea Pea
          C’est un mélange ėtonnant de clacissisme, de naïvisme (?), de Van Goghisme et de surréalisme (le 7), un inclassable qui ne rentre pas dans un « isme ».
          Monet et ses Nymphéas, quel ennui...
          « Nous ne saurons jamais rien ». Grande sagesse.


        • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 28 novembre 2020 21:52

          @S.B.

          je reste sur Hopper qui a trainé ses guêtres en France avant la première saloperie générale...une influence ( le 7 )


        • oncle archibald 29 novembre 2020 12:25

          @Aita Pea Pea

          Moi la composition du 5 me fait penser à Gauguin. Il y a beaucoup de personnages et les intentions de Bazille me restent impénétrables.


        • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 29 novembre 2020 13:37

          @oncle archibald

          il avait un grand talent ...il se cherchait encore.


        • velosolex velosolex 30 novembre 2020 12:10

          @S.B.
          Il faut voir les nymphéas comme l’ultime œuvre obsessionnelle de Monet, qu’on apprécie en rapport avec ce qu’il a fait avant, et la recherche éperdue de la lumière chez ce peintre qui perd peu à peu la vue. 

          C’est aussi la beauté consommée et restituée sur place, dans son jardin, alors qu’avant il battait la campagne, à la recherche du sujet ;

          Les bords de seine offraient alors des sujets variés, qu’on a bien du mal maintenant à trouver. Ce n’est plus une époque pour les peintres de l’émotion. A un moment donné nous sommes tombés du tableau, et nous n’y sommes jamais remontés.


        • S.B. S.B. 28 novembre 2020 21:44

          Hopper, non. Il y a des gens qui se parlent, des tableaux et le tuyau qui sont de travers et me font penser au surréalisme, à un « commençons par mettre les choses de travers, par briser les apparences avant de tout exploser ».


          • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 28 novembre 2020 21:55

            @S.B.

            Hopper pour moi c’est le silence.


          • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 28 novembre 2020 21:55

            @S.B.

            Hopper pour moi c’est le silence.


          • In Bruges In Bruges 29 novembre 2020 15:04

            @S.B.
            @Aita Pea Pea
            Ca n’a sans doute que peu à voir, mais comme il y a là à la fois un habitant de la mer du Nord et une amoureuse de la mer tout court, je voudrais dire deux mots de Spilliaert, dit « le peintre belge de la nuit intérieure ».
            C’est une ex. qui, en septembre, comme cadeau d’anniversaire, m’a mis sur les oreilles un casque avec ceci dedans. Ce mec, faut en profiter tant qu’il y en a, parce que ça durera pas.

            https://www.youtube.com/watch?v=bH8x447yeNI

            Zeebruges et Oostende , je connaissais.
            Spilliaert, non.

            https://www.franceculture.fr/emissions/lart-est-la-matiere/leon-spilliaert-un-grand-melancolique

            Merci Arno.
            Ca m’a parlé. Je garde ce mec dans un coin de tiroir, you never knows. Just in case..


          • velosolex velosolex 30 novembre 2020 12:03

            @Aita Pea Pea
            Hopper pour moi c’est le silence.

            Avec une fille appuyée appuyée contre une porte, dans la lumière d’été, dont l’ombre du chapeau cache les yeux, alors que sa robe un peu transparente, révèle un peu la beauté des jambes.


          • velosolex velosolex 30 novembre 2020 11:52

            Bon article sur un peintre dont Rimbaud finalement fit le portrait, dans son poème « Le dormeur du val ».

            Quel connerie la guerre. Je peux pas la voir en peinture. 

            Quelle belle peinture. On voit des influences croisées. On pense à Delacroix, à Monet et à Caillebotte ou a Cézanne, selon les oeuvres 

            J’ai lu l’an passé ce très beau livre de Michel Bernard, sur l’amitié de Monet avec Bazille, dont la mort le dévasta....Je le conseille à tous

            « Deux remords de Claude Monet » https://bit.ly/39tFjrQ


            • velosolex velosolex 30 novembre 2020 12:00

              @velosolex
              « Deux remords de Claude Monet »

              extrait : « Comme personne n’avait fermé ses paupières après l’agonie, au milieu du marbre du visage les yeux sans regard étaient ouverts sur le ciel. Leurs pupilles à peine piquetées de grains de terre étaient du même bleu que celles du père. La ressemblance entre le mort et le vivant était évidente. Gaston Bazille tomba à genoux, au pied des trois hommes. Il saisit la main droite de son fils et, en se courbant, replié sur lui même, pressa ses lèvres dessus. Il étouffait sa plainte. Les assistants, des hommes rudes, en avaient beaucoup vu depuis huit jours ; ils furent surpris et soulagés de leurs propres larmes. »
                           ------------------------------------------
              « Frédéric était heureux de retrouver le pays natal, la sèche odeur du thym, le parfum de la lavande et l’amertume exaltée du buis, l’assourdissant cisaillement des cigales. Il évaluait le gris poussière et le noir des plantes grandies dans les plis du roc éblouissant, le bleu presque blanc du ciel du matin, filé des reflets verts de la mer proche, et en dessous, dans l’ordre que leur avait donné son père, les longs traits de la vigne.
              (...) C’était là, dans ce climat, devant ces paysages, qu’il sentait sa manière s’épanouir, entrer en accord intime avec le monde. Ses meilleurs tableaux, les plus ressemblants à lui-même, ils les avait faits ici. Le mot »lumière« qu’il disait à Paris quand il parlait peinture avec ses camarades d’ateliers et ses amis, Monet, Renoir, Sisley, ce mot qui exprimait ce qu’il voulait, comme eux saisir et rendre sur la toile, c’est ici qu’il s’était gorgé de sens, de matière. Il lui semblait que son sang était mêlé de cette lumière du midi. Sa peau l’aimait  »
                                ---------------------------------
              Bazille, quand il recevait de l’argent de Montpellier, se faisait le mécène de son ami (Monet) et lui achetait un tableau (...)
              Bazille pardonnait à Monet ces manières rudes.
              Il comprenait qu’elles étaient celles d’un homme humilié
              par la misère, qui, dans ses rapports avec les autres, n’avait de richesse que les mots et la hauteur pour les dire (

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