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Frère &soeur : le ring de la cour d’honneur se charge de symboles

Frère & sœur, de Mathilde Monier, avec douze danseurs et un espace vide, dans la cour d’honneur du Palais des Papes à Avignon du 20 au 27 juillet 2005.

Le noir se fait. Les objectifs se braquent sur une scène vide : trois ring et une boite noire. La musique, assourdissante, gagne les murs de la cour d’honneur. Hommes et femmes jaillissent de la boite, foule anonyme à l’heure de pointe de la danse. Les voici qui se rangent et s’ordonnent, puis s’animent d’un mouvement brownien qui les fait s’entrechoquer, puis se battre, hommes et femmes, avec la même hargne, les mêmes visages envahis par la haine aveugle, la haine qui nourrit la haine. La danse pourrait-elle échapper à la spirale infernale ? En aller-retours incessants, les danseurs vont du ring à la tour noire, dressée au sud de la scène désertique. Les heurts se poursuivent jusqu’à l’aveuglement, jusqu’à la nausée. Rien ne semble pouvoir arrêter le meurtre. Il n’y a plus d’hommes ni de femmes, plus que des frères et sœurs ennemis, les yeux et les mains agités de spasmes aveuglés de haine.

Et puis...

Et puis l’espace se fige dans une lumière blanche. La musique se fait glaciale sur l’amour déchiré. Rupture, divorce, errements... Et, en toile de fond, toujours cette même violence qui fait se tourner le dos aux frères, aux sœurs, aux amants d’un soir comme à ceux de toujours. Moi... je... moi... je... le jeux s’envenime dans l’indifférence d’êtres androgynes de passage. Espace du déchirement, corps spasmés d’un amour impossible. Impossible à trouver, l’amour, réduit au sexe et au sacrifice. Réduit au rêve, l’amour, dans la nuit médiévale, dressée au dessus de l’espace vide. Moi... je.... moi... je.... et la tour qui se retourne, devient palais des glaces pour d’ultimes changements de costumes : confusion des sexes, hommes/femmes, frères/soeurs, tout se mêle et s’emmêle.... Des mots d’amour se cherchent dans la nuit qui envahit le siècle. Un homme, seul au sommet de la tour, marche puis disparaît. La nuit triomphe de l’espace. Le silence nous rejoint sous une lune qui tarde à se remplir.

Moi... je... homme... femme... frère... sœur, et vous, public : que ressentez-vous ? Et demain, marcherez-vous avec la même indifférence, traversant l’espace zébré de violence, de domination au nom du sexe et de l’argent ? Vivrez-vous avec cette même avidité la relation appauvrie de frères et sœurs qui ne savent plus que se déchirer ?

Mathilde Monier hantera la cour d’honneur bien après la tombée du rideau, les pierres n’en auront pas fini de transmettre et retransmettre le vacarme du temps, la violence des mots et des corps. Le rideau symbolique ne couvrira jamais totalement nos rêves d’amour dans un monde où l’amour n’a plus sa place.

Avignon/Manosque, 19-20 juillet 2005


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