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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Fuck America au théâtre

Fuck America au théâtre

Pièce d'après le roman de Edgar Hilsenrath

 
Adaptation : Vincent Jaspard<
Mise en scène et jeu : Bernard Bloch, Thomas Carpentier, Corinne Fischer et Vincent Jaspard
Lumières : Luc Jenny
Conception sonore et violon : Thomas Carpentier
 
 
Au Théâtre de la Girandole
4 rue Edouard Vaillant à Montreuil
Jusqu'au 29 avril 2013

Fuck America est à l'origine un roman de l'écrivain juif allemand Edgar Hilsenrath.

Aux éditions Attila.

Cet auteur est né en 1926. En 1933, devant la montée en puissance du nazisme, la famille Hilsenrath cherche à immigrer aux États-Unis, mais n'obtient pas de visa. Edgar, sa mère et son frère trouvent refuge en Roumanie alors que le père se cache en France. Après la guerre et maintes péripéties, la famille enfin réunie finit par partir à New-York. Attelé à la rédaction de son premier roman, Hilsenrath survit en multipliant les petits boulots, sans jamais s'adapter à la vie américaine. Ce n'est qu'après de nombreux déboires que son deuxième livre rencontre le succès, notamment en Allemagne, où il revient se fixer de façon définitive en 1975, trop attaché à la langue allemande pour vouloir vivre ailleurs.
C'est ce shéma que nous retrouvons dans Fuck America : en racontant l'histoire de Jakob Bronsky, rescapé de la Shoah, écrivain immigré vivant d'expédients dans le New-York de l'après-guerre, Hilsenrath semble largement s'inspirer de sa propre histoire. S'en suit une évocation provocatrice et drôle de moments qui confèrent pourtant au tragique et à la misère humaine, parfois dérangeante mais mettant en lumière l'absurdité du monde.

Et la transposition du texte au théâtre par Vincent Jaspard est des plus réussies. Il décrit son envie d'en faire un texte théâtral comme allant presque de soi. Edgar Hilsenrath a dit d'ailleurs :
 

"Le dialogue est la forme qui me va le mieux. La langue est simple mais pas la pensée."

Si, malgré d'indéniables qualités, le texte m'a semblé inégal, et même parfois un peu gênant je l'avoue..., la mise en scène m'a enthousiasmée. Sur un plateau dépouillé, trois comédiens se partagent les rôles : Vincent Jaspard joue Jakob Bronsky, Bernard Bloch tous les personnages masculins et Corinne Fischer tous les personnages féminins. Et pour passer des uns aux autres, d'une époque et d'un lieu à l'autre, un jeu de chaises musicales est rondement mené. Des chaises musicales ? Oui, presque comme le jeu d'enfants. Trois tabourets occupent le plateau et, accompagnés par le violon de Thomas Carpentier et par des jeux de lumière, les comédiens les investissent tour à tour, créant avec une énergie communicative de nouveaux univers sans qu'il ait été besoin de toucher aux décors, aux costumes ou de faire intervenir de nouveaux acteurs.
 

Bravo ! J'aime ce théâtre qui avec une chaise fait voyager sans problème de New-York à Berlin. Intelligence, inventivité et talent sont indéniablement force de conviction.


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3 réactions à cet article    


  • njama njama 13 avril 2013 15:49

    J’aime bien le titre de la pièce ...

    Il y a des titres comme ça qui nous interpellent, en peu de mots ils suggèrent un en-deçà, un au-delà de tant de choses ... on y pressent déjà l’humour, un humour sain, décapant, délicatement ravageur, salutaire parce qu’iconoclaste, mais pas méchant au fond.

    J’avais accroché tout de suite par exemple avec « J’suis pas plus con qu’un autre » de Henry Miller (il est épuisé chez l’Editeur, mais je mets l’image pour les sceptiques. Je comprends qu’on serait sceptique, c’est tellement improbable comme titre) ...
     « Fuck América » me fait le même effet !

    Je crois qu’on a des comptes à régler avec America, nous, le « vieux continent » qu’ils nous appellent là-bas ! et le peuple américain a aussi des comptes à régler avec America. Se libérer d’un mythe ... celui d’un faux-eldorado qui cache ses misères pour garder bonne contenance et avoir l’air bien élevé, celui de l’american way of life en carton pâte, ... celui de son mythe fondateur bricolé par ses pasteurs puritains ...

    Ça viendra un peu à la fois, comme les superstitions, on ne s’en débarrasse pas du jour au lendemain. Ça viendra d’ici - d’où ils viennent en fait -, et de chez eux. Il y en a qui ont déjà commencé à démonter le décor hollywoodien qu’ils s’étaient fabriqués pour se donner bonne mine ... trop clean pour être être vrai.

    Je pense à Howard Zinn, il lui taille une croupière à la trop belle Histoire des States avec son « Une histoire populaire américaine » qui parle de ceux qui ne parlent pas dans l’histoire officielle, les esclaves, les Indiens, les déserteurs, les ouvrières du textile, les syndicalistes et tous les inaperçus en lutte pour briser leurs chaînes.

    On peut mettre des tombereaux de choses juste derrière « Fuck America », C’est génial, c’est fantastique ! rien que de le dire, c’est libérateur ! « Fuck America » !!!

     


    • njama njama 13 avril 2013 17:23

      son mythe fondateur bricolé par ses pasteurs puritains ... allusion au messianisme américain, cette névrose archaïque qui sévit encore et fait des ravages.

      « L’Amérique est la seule nation idéale dans le monde […] L’Amérique a eu l’infini privilège de respecter sa destinée et de sauver le monde […] Nous sommes venus pour racheter le monde en lui donnant liberté et justice [...] Je crois que Dieu a présidé à la naissance de cette nation et que nous sommes choisis pour montrer la voie aux nations du monde dans leur marche sur les sentiers de la liberté »
      Thomas Woodrow Wilson président de 1913 à 1921, dont le père était pasteur de l’église presbytérienne.

      « Les Etats-Unis doivent diriger le monde en portant le flambeau moral, politique et militaire du droit et de la force, et servir d’exemple à tous les peuples »
      Jesse Helms, sénateur, en 1996

      Georges Bush avait grosso-modo toujours les mêmes délires ...

      « Fuck America » !!! 


      • brieli67 13 avril 2013 18:50

        « Alice, Who the Fuck Is Alice ? ».

        next door oder wie immer bei Schneider.

        the Way of Oompah Music !!!! au Soulard

        l’Association des faubourgs de Strasbourg Obenheimer Express Band

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