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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Fume et tue » : Antoine Laurain et la cigarette comme symbole de (...)

« Fume et tue » : Antoine Laurain et la cigarette comme symbole de résistance

L’histoire : au Panthéon des fumeurs cultes, vous avez connu Serge Gainsbourg, Winston Churchill, Humphrey Bogart, Georges Simenon... Jamais vous n’oublierez Fabrice Valantine. Chasseur de têtes, accro à ses deux paquets de blondes quotidiens, Fabrice Valantine se rend un beau jour chez un hypnotiseur dont on lui a vanté les résultats miraculeux : à la surprise de tous, il a décidé d’arrêter de fumer ! La séance paraît tout d’abord réussir. Pourtant, quelques semaines plus tard, il craque, en allume une, et constate, stupéfait, que si l’envie de fumer demeure, le plaisir, lui, a totalement disparu. Fabrice va bientôt découvrir que ses voluptueuses sensations ne lui reviennent... qu’après avoir commis un meurtre. Drôle, inquiétant, provocateur, « Fume et tue » raconte la vie tabagique et l’œuvre criminelle d’un homme qui aurait bien voulu qu’on le laisse fumer ses cigarettes tranquillement.

Notre analyse :

roman noir de forme très classique, teinté d’un humour noir et d’un cynisme jubilatoires, Fume et tue, deuxième roman d’Antoine Laurain, est un livre qui se lit très facilement. Son écriture est légère et agréable, et l’histoire est bien menée de bout en bout. Mais la critique s’arrêterait là s’il n’était qu’un bon polar. Or, c’est un peu plus que ça. Car à travers l’histoire amusante de Fabrice Valantine, le « tueur à la cigarette », Antoine Laurain passe à la moulinette notre société contemporaine et, notamment, notre cher et bien-aimé président tout neuf ainsi que le parti qu’il dirige. Et cela, et c’est même ce qui rend la chose si intéressante, de la façon la plus subtile qui soit. En effet, si jamais le nom de l’UMP n’est cité, il est pourtant clairement visé par l’auteur, comme pourrait le prouver, s’il ne fallait que ceci, la mention faite par le héros dès la première page du livre, selon laquelle le déclenchement de l’histoire et de sa folie meurtrière se trouve être la loi antitabac de 2007.

Anecdote amusante : on remarque au cours de la lecture que les descriptions des personnages, de façon systématique, mentionnent la marque de cigarettes fumées par ceux-ci. C’est presque une qualité inhérente à leur personnalité, presque un révélateur de leur psychologie. « Dis-moi ce que tu fumes, je te dirai qui tu es », pourrait-on dire. Or, il se trouve que tous les personnages sympathiques, amis avec le héros, appréciés par lui, sont des fumeurs. A l’inverse, le nouveau patron de Valantine, jeune golden boy sportif et sûr de lui, sa femme, adepte de l’adultère ou, encore, son amant, un jeune artiste contemporain en vogue, hautain, condescendant et méprisant envers ceux qui ne comprennent pas son art (dont Valantine lui-même), sont uniformément non-fumeurs.

Autre anecdote : on peut trouver, par-ci par-là, de nombreuses références à la dictature et, notamment, à Hitler. A chaque fois, c’est sans rapport avec l’histoire, à chaque fois c’est un détail. Pourtant c’est frappant. Par exemple, à la page 41, un collègue de bureau avoue au héros qu’il a tenté d’arrêter de fumer, mais que le Zyban, cet antidépresseur si souvent utilisé dans le sevrage à la nicotine, lui faisait faire chaque nuit un cauchemar dans lequel il se voyait partageant la chambre d’hôtel d’Hitler, et voyait finalement arriver dans la suite une troupe de SS en uniforme rose fluo. Suite à quoi il a repris la cigarette. Autre exemple : Valantine trouve les idées pour ses crimes sur le site internet d’un ancien GI racontant ses opérations d’espionnage durant la guerre froide. Avec bien sûr moult détails sur la situation en Russie durant l’ère communiste.

Le sentiment prédominant dans ce livre est que ce qui est, dans la morale largement répandue, synonyme de liberté, à savoir la non-dépendance à la nicotine, est pour le héros un enfermement. Ce qui est une liberté pour lui, c’est de pouvoir fumer. C’est notamment frappant lorsque Valantine, arrivé en prison, retrouve enfin le plaisir de fumer. Le contraste est saisissant : il se sent libre parce qu’il peut fumer, alors que matériellement, socialement, il n’est plus libre, puisque prisonnier.

De tout ceci, ressort un sentiment de dictature de la bienséance. Une sorte de nouvel arianisme basé non plus sur l’aspect, la race ou les gènes, mais sur le mode de vie : sobre, sans tabac ni alcool, avec activité physique régulière, prédominance de la santé et régimes équilibrés (mangez 5 fruits et légumes par jour). A l’inverse, ce qui paraît être une addiction, un enfermement malsain dans une dépendance, devient la véritable liberté.

Bien sûr, rien n’est clairement formulé, mais on le ressent nettement : Laurain n’aime pas le « sarkosysme ». Si rien dans l’histoire ne le laisse paraître, toutes les anecdotes, les petits débordements de l’histoire, les détails, tendent vers un but commun : nous signifier que la morale actuelle ressemble à s’y méprendre à une nouvelle forme d’arianisme, donc sans doute de dictature. Ceci expliquant les fréquentes références au totalitarisme, alors même que rien ne semblerait le motiver dans la logique de l’histoire. Dès lors, on peut même se demander si Valantine, l’assassin, ne serait pas une grande métaphore de la résistance. Une forme de cynisme présente même dans le message de l’auteur peut-être ? En tout cas, par tous les aspects, un très bon livre et un grand vent de fraîcheur dans l’actualité littéraire.

Pascal Gatty (rédacteur sur www.melting-actu.com )


Moyenne des avis sur cet article :  4.43/5   (14 votes)




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16 réactions à cet article    


  • tvargentine.com lerma 5 février 2008 10:11

    Voile un article qui mélange une loi de santé publique forcement fasciste ,un pôvre fumeur qui ne veut pas faire d’effort pour arrêter de fumer et se retrouver avec un cancer et des soins payés par le contribuable et une conclusion  : "Bien sûr, rien n’est clairement formulé, mais on le ressent nettement : Laurain n’aime pas le « sarkosysme ».

    Suffit-il d’etre anti sarko primaire ou anti-américain pour avoir le droit de publication ?????

    Si encore les arguments été vraiment développées,mais ce n’est pas le cas 

    totalitarisme,sarkozisme,nazisme..... vraiment ,l’extreme gauche prend un virage inquiétant

     

     


    • Zalka Zalka 5 février 2008 10:26

      Lerma lui ne prend pas de virage, il se dirige bien droit vers le mur de la stupidité et ne déviera pas d’un iota. C’est dur quand même sa fixette sur Sarko, alors qu’il ne s’agit que d’un aspect du bouquin.

      @L’auteur : Amusant. Vous me donnez l’envie de fum.. de lire ce livre !

      Sinon, je crois qu’il y a une petite coquille dans votre avant dernier paragraphe. Vous parlez "d’aryanisme" et non "d’arianisme" qui est une doctrine chrétienne (dont la particularité est de considérer Jésus comme un simple prophète à la "musulmane" et non comme le fils de Dieu).


      • pallas 5 février 2008 11:28

        Fumer tue, vivre tue, le probleme de la loi anti fumeur, n’est pas tant la cigarette mais de la composition chimique des cigarettes qui sont composé de divers produits chimiques et adictifs dont le fumeur deviendra dependant, il y a aussi le tabac qui est ogm, donc oui la cigarette actuel est nocif, contrairement aux cigarettes d’il y a une 20 enes d’années qui etait composé de tabac naturel sans produits chimiques n’y agent de conservateurs et autres ogm. Il y a aussi le probleme du cancer qui explose a cause de notre de vie.


        • pallas 5 février 2008 11:32

          Je veux dire que le cancer explose a cause de notre de vie, antennes relais pour les tel portables, les tel portables, les polluants dans l’air, la nourriture bourré de pesticide, l’eau polluer malgré qu’ont essai de la rendre potable etc etc. Vous seriez surpris de voir que de nouveaux cancers apparaissent sur des individues de plus en plus jeunes, ainsi que les maladies neurologiques, ainsi meme que des maladies affectant nos nerfs.


          • pallas 5 février 2008 11:33

            notre mode de vie, j’ai oublie "mode" dans mon ecrit, dsl j’’ecris trop vite.


          • Deneb Deneb 5 février 2008 11:51

            Pallas, bravo, tu as bien appris ta leçon !


          • Deneb Deneb 5 février 2008 11:46

            Bon article qui donne envie de lire l’ouvrage. En effet, la dictature, de plus en plus pesante, du politiquement correct laisse présager un avenir morne et sans passion. Sans vouloir nier la nocivité du tabac, ni les bénéfices d’une vie saine, je suis quand même effaré par la puissance de la manipulation médiatique qui nous amènera inévitablement vers la pensée unique (dont nous sommes tous d’accord pour dénoncer les méfaits smiley ). Ayant vecu dans une dictature (pas trop méchante tout de même) je m’aperçois que la démagogie n’a pas de couleur politique et je reconnais de nouveau les techniques que je croyais d’un autre âge. Quand mon fils de 5 ans, en sortant de l’ecole maternelle me dit que je devrais voir un médecin pour m’aider à arrêter de fumer (je fume très peu, 1 - 2 par jour), je me dis que l’on est en train de fabriquer une génération de petits soldats que l’on pourra sans peine envoyer au casse-pipe si "par malheur" cela s’avère nécessaire.

            C’est pour cela que j’applaudis des 2 mains tout ouvrage à contre-courant de cette pensée unique qui fera de nous les clones sociaux, si pratiques et si faciles à gérer par un pouvoir de plus en plus agressif.

             


            • pallas 5 février 2008 11:47

              au lieu d’interdir les fumeurs tel que moi il aurai mieu fallu qu’elles redeviennent naturel au lieu de stigmatiser une frange de la population dont je fais parti, ainsi que d’arreter de mentir sur les cancers, il y a de moin en moin de fumeurs et de plus en plus de cancers.

               


              • Zalka Zalka 5 février 2008 12:05

                Que les clopes redeviennent naturelles ?! Supprimer toutes les saloperies qu’il y a dans le tabac (agents de gout etc..) et le nombre de nouveaux fumeurs chutera drastiquement, c’est une certitude.


              • Georges Yang 5 février 2008 12:21

                Bien vu ! Je ne suis pas le seul à defendre le droit de fumer et d’autres libertés futiles mais essentielles.

                Il y a une indéniable dépendance à la nicotine et des effets toxiques du tabac sur les fumeurs, mais vivre en prenant des risques, déranger les sanitairement bien pensants, se marginaliser dans une forme de paradélinquance sociétale, fichtre que c’est agréable. Gainsbourg est mort , mais il a heureusement une relève. Helmut Schmitt , qui est pourtant loin des préoccupations gainsbouriennes a été victime recemment d’une plainte pour coups et blessure parce qu’il avait fumé en public. Gainsbourg aurait dit :"Où allons nous ?"

                "C’est notamment frappant lorsque Valantine, arrivé en prison, retrouve enfin le plaisir de fumer".

                LA PRISON SERA PARADOXALEMENT BIENTOT LE DERNIER ESPACE DE LIBERTE POUR LES FUMEURS !

                Je retrouve dans cet article et le livre qu’il analyse,une communauté d’idée avec ce que j’écris dans mes articles concernant tabac, liberté, Sarkozy, conformisme, Hitler and co

                 

                Merci et continuez


                • Céphale Céphale 5 février 2008 12:45

                  Je n’y avais jamais pensé !

                   

                  Mais je me suis remis à fumer (très peu) après vingt ans d’abstinence totale, quand j’ai vu écrit sur les paquets de cigarettes FUMER TUE. Trop, c’est trop !


                  • beren57 5 février 2008 21:28

                    J’aimerais quand même revenir sur deux trois points... Ok, la cigarette c’est le mal, c’est du poison, c’est addictif, tout ca, même en étant fumeur, je suis entierement d’accord. Mais vous êtes totalement hors sujet, désolé de vous le dire... Je livre ici l’analyse d’un roman. Je ne suis pas en train de clamer que le tabac ca devrait etre vendu des l’école maternelle ! arretez de tout melanger !

                    Ce roman, d’ailleurs, lui-même, n’a pas pour pretention de defendre les fumeurs, ni les lobbys du tabac, ni de promouvoir les bienfaits du cancer, arretons... Je le précise bien, pourtant... Il s’agit d’une metaphore, d’un point de départ pour denoncer quelque chose de bien plus important que le droit ou non de fumer dans les lieux publics. Si vous ne comprenez pas l’article comme ca j’en suis désolé pour vous, mais ce n’est pas forcément "etre d’extreme gauche" que de comprendre qu’un roman sur un fumeur assassin puisse être une metaphore dénoncant les dérives et les dangers d’une idéologie dont la plupart des fondements sont les mêmes que ceux des dictatures... Alors on peut etre pour ou contre cette loi anti-tabac, ok, mais ici ce n’est pas le sujet. Ici on parle d’un roman, dont le propos est la cigarette, certes, mais sans pour autant que le message soit "fumez, c’est super vous verrez !". Arretez donc votre levée de boucliers parce que c’est quand même relativement ridicule, pour être tout a fait franc.

                    Sinon en ce qui concerne la coquille : je ne parlais pas d"arianisme", la doctrine religieuse, ce qui n’aurait pas grand chose a voir avec le sujet, mais d’"aryanisme", l’idéologie raciale, dérivée du mot "aryen", et qui concerne l’idée selon laquelle tout homme blond, grand et aux yeux bleus serait un être humain superieur, né pour dominer, voire eradiquer, tous les autres. J’ai fait des recherches, et c’est un mot qui existe.

                     

                    L’auteur de l’article


                    • beren57 5 février 2008 23:01

                      apres relecture : en effet il y a coquille... Mais c’est a imputer au correcteur de l’article :p


                      • vinvin 6 février 2008 02:21

                        Bonjour.

                         

                        Ben moi je fume des "caraques" ( pardon je voulais dire des "Gitanes" sans filtres,) et j’ ai décidé de m’ arretre de fumer le 31 février !

                         

                         L’ alcool conserve les fruits,

                         et la fumée conserve les viandes.

                         SERGE GAINSBOURS.

                         

                         Aucun homme, aucune femme, aucune guerre, aucune loi, ne me feront arretrer de fumer.

                         B. VINVIN.

                         

                         Cordialemnt.

                         VINVIN.


                        • vinvin 6 février 2008 02:28

                          Bonjour.

                          Une Gitane, une Gauloise, et une Blonde discutent........

                          Et la Blonde dit a ses copines Gitanes et Gauloises ceci :

                          "Depuis que nous avons des filtres, les hommes ne vont plus jusqu’ au bout !......"

                           

                           

                          Cordialement.

                           

                          VINVIN.


                          • kalach47 6 février 2008 04:56

                            Et Simone Signoret dans " Casque d or " et Dominique Laffin et sa gitane boudeuse ..... et J Prevert et....Loi idiote et contreproductive .....qui n aura d effets que d augmenter vos impots , et certainement pas un faux et prétendu bénéfice sur la santé des Français et des jeunes ....Toute loi répressive , aboutie a des effets inverses....merci les pisse-froids et les tenants du politiquement correct . Et surtout , en stigmatisant une bonne partie des Français contre les autres , cela évite les sujets qui fachent ...( chomage , pouvoir d achat , paquet fiscal aux plus aisés , Rmi stes fainéants etc....)

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