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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Gastronomie : le dernier été

Gastronomie : le dernier été

Ceci est arrivé demain dans un pays oublié qui ne saurait que fortuitement ressembler à une nation réputée pour sa gastronomie et que certains lecteurs connaissent.

Au printemps de cette année là, au terme d’une délicieuse soirée et observant combien ses courtisans, venus même de l’opposition, allaient à la soupe, le monarque Sarkubu régalé de compliments en sauce et autres mièvreries succulentes, décidait de placer la gastronomie de son royaume au patrimoine mondial de l’humanité.

Peu nombreux furent les chroniqueurs, pourtant fidèles clients des établissements étoilés, à mesurer les conséquences d’une telle décision. En effet ce qui appartient au « Patrimoine » devient par-là même intouchable et toute atteinte à celui-ci est sévèrement sanctionnée par la loi.

Par simple décret le ministre de l’identité et de l’intimidation nationale vit sa mission déjà lourde élargie à la surveillance des assiettes et à la protection de mets devenus intouchables. Au cours de l’été quelques arrestations furent signalées d’imprudents porteurs de baguette sous le bras au sortir de boulangeries et de consommateurs de camembert dans les campings repérés par l’odeur attisée par la forte chaleur. La presse ne prit pas très au sérieux ces premiers actes de préservation de notre patrimoine, car la presse croit toujours qu’il existe un ‘deuxième degré’ permettant de banaliser les décisions que le monarque prenait, lui, au premier degré…

Au début juillet pourtant avait été promulgué discrètement un autre décret ‘ Egivde’ qui permettait à l’autorité pour chaque sujet du royaume et à partir de l’âge de treize ans (pour les cantines scolaires du primaire la mesure antérieure avait déjà été prise), de contrôler les relations et déplacements de chacun et, par la même, la fréquentation des lieux de restauration. C’est bien dans ces lieux en effet que pouvait être livré notre patrimoine sacré à l’appétit et la dévoration par des sauvageons ou autres racailles. Certains, les plus dangereux par la hauteur de leurs commandes portaient costume trois pièces accompagnés de créatures au profil souvent anorexique mais capables de goûter tête de veau, foie gras, grenouilles ou ortolans en infraction majeure avec la Loi. Ce n’est qu’au début septembre que survinrent les premières rafles après déploiement de la brigade gastro-repressive informée sur les meilleures adresses de regroupement de ceux qui ‘venaient dans nos bols et nos assiettes dévorer notre patrimoine’…Le premier groupe de résistants apparus fut dissous avant Noël et ses deux dangereux chefs Got et Millot incarcérés. Les ligues de vertu saluaient le courage des mesures prises interdisant la consommation des champagnes qui précédaient nécessairement des soirées lubriques ; d’autres portaient un soutien plus ambigu qui spéculaient déjà sur la bonification des stocks dans nos caves désormais gardées par l’armée.

Les plus irréductibles adversaires de cette préservation patrimoniale se réunissaient en cachette dans des restaurants exotiques autour de cuisines barbares encore autorisées, mais d’autres brigades intervenaient ici aussi pour renvoyer chez eux les semeurs d’épices et de senteurs venues de l’axe du mal. La période fut rude et la mortalité effroyable dans les établissements du troisième âge inapte à convaincre leurs locataires de la nécessaire consommation de mets issus des OGM désormais seuls d’usage légal, en remplacement des produits du terroir qui avaient fait leur longévité mais étaient devenus intouchables. Les suicides de ‘toques’ célèbres se comptèrent par dizaines, interdits désormais de dilapidation du patrimoine sacré.

Puis vint le temps de l’accalmie avec une génération qui avait traversé la crise sans même y prêter attention. Ils étaient jeunes et souvent obèses, ignoraient la Loi mais fréquentaient depuis longtemps les établissement bien identifiables pour la délivrance de la malbouffe étrangère et des boissons synthétiques. Tous ces bouffodromes avaient remplacé partout les épiceries, boulangeries, charcuteries, fromageries, crêperies et autres troquets dont le signalement était désormais interdit dans les annuaires et les guides touristiques. Les enseignes qui les remplaçaient enrichissaient leur logo rouge et jaune de la mention RDP (respectueux du patrimoine) qui garantissait que les brigades gastro-répressives resteraient à l’écart.

Notre patrimoine était sauvé, des échantillons préservés restaient visibles noyés dans des résines transparentes dont on espérait une longévité égale à celle de la grande pyramide, dans une annexe du musée Branly.

Chacun débarrassé des ivresses dangereuses qu’avait procuré la fréquentation des saveurs propices aux débordements des esprits et même aux idées rebelles s’impatientait de connaître la prochaine décision protectrice du Guide. Les indiscrétions venues du palais évoquaient l’idée que l’amour à la Française, ou peut-être au début seulement le ‘french kiss’ mériterait bientôt son classement prestigieux au patrimoine culturel de l’humanité.

JACQUES RICHAUD


NOTES UTILES pour une fable presque crédible
 : Cette aventure observée dans un temps proche déraisonnable avait été précédée d’une première tentative lorsque le président d’un grand pays occidental proposait pour la première fois le classement de sa gastronomie au patrimoine culturel mondial de l’UNESCO, à l’ouverture d’un salon de l’agriculture le 23 février 2007 (La gastronomie française au patrimoine de l’humanité ? ).

Une mission sénatoriale avait été confiée à une savoureuse représentante de la majorité présidentielle (gastronomie française au patrimoine mondial de l’Unesco : mission au Sénat : Catherine Dumas (Paris) vient de se voir confier une mission d’information sur la candidature de la France pour l’inscription de sa gastronomie par l’Unesco au patrimoine culturel de l’Humanité. Elle débutera jeudi 12 juin ses auditions de grands chefs et spécialistes de la gastronomie et des produits du terroir qu’elle achèvera en juillet. Elle entendra également Jean-Robert Pitte, ancien président de la Sorbonne chargé par Nicolas Sarkozy de piloter le dossier de candidature français. En effet, le président de la République avait annoncé le 23 février que la France allait déposer auprès de l’Unesco une demande de classement de sa gastronomie au patrimoine culturel immatériel de l’Humanité.)

Les travaux furent intensifs (GASTRONOMIE La gastronomie française, marque ou monument ? Jeudi 10 juillet 2008 La France voudrait classer sa gastronomie au patrimoine immatériel de l’Unesco. Le festival "Gastronomy by the Seine" en a convaincu certains mais nombreux sont les sceptiques….C Dumas souligne la nécessité de "cerner un angle d’approche pertinent" pour que la candidature de la gastronomie française au patrimoine mondial immatériel de l’Unesco aboutisse, dans un rapport rendu public mardi. Après avoir auditionné près d’une trentaine de personnes, Mme Dumas formule plusieurs remarques et propositions sur la candidature française, dans un document adopté à l’unanimité par la commission des affaires culturelles du Sénat…. La sénatrice relève "plusieurs difficultés" pour l’inscription de la gastronomie française, notamment "le contexte diplomatique". Pour certains pays en effet, la convention de 2003 vise à rétablir un équilibre entre les pays occidentaux et ceux du Sud, plus riches en traditions populaires, rituelles qu’en patrimoine matériel. "L’entreprise de conviction sera donc ardue, a fortiori dans le contexte de crise alimentaire", estime Mme Dumas dans la note de synthèse de son rapport…. "Je ne suis pas pessimiste du tout, au contraire", a-t-elle déclaré lors d’un point de presse.

Le président de l’Assemblée générale des Etats membres de la convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco, Chérif Khaznadar, avait estimé samedi que "la convention (de l’Unesco), ni dans l’esprit, ni dans la lettre, ne pouvait inclure la gastronomie… Le dossier devrait être déposé en août 2009 et l’Unesco devrait faire connaître sa décision début 2010.

Aucune gastronomie n’a pour l’instant été inscrite au patrimoine immatériel de l’humanité.

Chez les professionnels le débat fut aussi passionné (Le cassoulet à l’Unesco ?, Valentin Goux, le 24-07-2008).

Voir aussi ‘Benn ar fin ! juillet 31st, 2008 Posted in La vie de la cité, et aussi ceci.

Dans un communiqué un célèbre goûteur de soupe présidentielle s’était réjoui de l’initiative (Dans un communiqué, Jack Lang s’est félicité de l’annonce présidentielle, précisant qu’il avait entrepris lui-même une démarche en ce sens auprès de Nicolas Sarkozy à la demande de l’Institut européen d’histoire des cultures de l’alimentation (IEHCA)."Avec de nombreux gastronomes et chefs réputés, nous nous battons pour que la création culinaire figure au rang des chefs d’oeuvre qui méritent protection", souligne l’ancien ministre socialiste de la Culture.)

Mais d’occultes forces antinationales firent capoter le projet (la gastronomie française a peu de chances d’être classée à l’Unesco. Créé le 06/07/08 L’inscription de la "gastronomie française" au "patrimoine culturel immatériel de l’humanité" est vouée à l’échec, a estimé le président de la convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco !Pierre Hermé).


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2 réactions à cet article    


  • Bobby Bobby 9 août 2008 17:03

    Dans une ambiance de "matins bruns" sauce ubusark, j’ai fort apprécié votre article ! un "plus" avec pastis !

    Bien cordialement


    • Lisa SION 2 Lisa SION 10 août 2008 01:04

      "...En effet ce qui appartient au « Patrimoine  » devient par-là même intouchable et toute atteinte à celui-ci est sévèrement sanctionnée par la loi..."  ???

      Le patrimoine gastronomique français nécessite plutôt d’être protégé, car la loi pourrait le traduire en justice. En effet, la gastronomie ne souffre aucune étude légale, elle diffuse des produits qui passent directement du fossé à l’assiète sans le moindre contrôle. chaque grand chef a un jardin privé souvent en ville, il n’y cuisine que des poissons de rivières qui sont en majorité polluées, Ils achètent au noir des champignons qu’ils basculent immédiatement dans votre assiète sans aucun contrôle, et sont tous au dessus de la loi. Si celle-çi se penche sur eux, ils sont mal ! 

      La seule façon efficace de protéger notre gastronomie serait de décrèter la France " parc National Naturel " et y préserver la magnifique biodiversité qui devrait accompagner obligatoirement toute forme de cueillette ou d’élevage...on en est loin. La solution adoptée à l’heure qu’il est est l’importation de saumons d’Alaska, et de quantités d’autres condiments d’importation lointaine...et là, il n’est plus question de gastronomie française. Appelons les choses par leur nom, s’il vous plait.

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