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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Georges Brassens, l’ami même de ses ennemis

Georges Brassens, l’ami même de ses ennemis

Il ne nous aura pas ratés, mais personne ne lui en tient rancune. Comment ce chanteur anarchiste a-t-il réussi à ne se faire que des amis et à laisser un si beau souvenir quarante ans après son enterrement à Sète (même si ce n’est pas sur la plage) ?

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Georges Brassens (22 octobre 1921 – 29 octobre 1981) est le seul chanteur à textes dont j’écoute vraiment les textes, tous les textes. Pourquoi ? Parce que cet orfèvre de la langue française se fait comprendre et apprécier dès la première audition, ce qui n’empêche pas de faire des découvertes même à la dixième audition. Ajoutons que les gens qui disent : « Brassens, c’est toujours la même musique » ne l’ont pas vraiment écouté. Ses mélodies, et les arrangements, sont très travaillés et toujours originaux (essayez de chanter juste « Les croquants »). Dans un inédit qui figure dans l’Intégrale, il existe une chanson qui s’appelle « Le général dort debout ». À l’audition, ça a toutes les caractéristiques d’un rockabilly, aussi bien le rythme que cette espèce de mise en suspens, avec reprise de plus belle (même si la chanson date de 1935 et est de deux auteurs britanniques). C’est dire si Brassens n’avait pas du tout « un » style, encore moins un style vieillot. Contrairement à beaucoup de chanteurs de cabaret, il a exploré de nombreuses pistes et il a su surprendre.

Un héritier de la langue française qui la retravaille

 Bien que d’origine italienne, Brassens est peut-être le plus franco-français des chanteurs. Ayant écrit la plupart de ses chansons, il a tout de même adapté 17 poètes, dont François Villon, Verlaine, Hugo, Paul Fort, Francis Jammes, etc. Sa poésie si fleurie semble couvrir la langue française quasiment depuis les origines jusqu’à son époque. Je crois avoir hérité de lui ma propension à combiner langage vulgaire et imparfait du subjonctif, habitude dont il eût fallu que je me débarrassasse mais que je conserverai même si ça emmerde les gens. Brassens, c’est la France d’antan, qui va du Moyen-Âge à, grosso modo, la Gaule de De Gaulle. Le petit monde de Georges Brassens (comme celui de Don Camillo) est très familier ; chacun y est à sa place et dans son rôle : ses gendarmes et ses voleurs, ses saints et ses prostituées, ses jeunes chasseresses de papillons et ses ondines marines, ses politiciens pourris et ses paysans misérables, ses bourgeois bien rangés et ses femmes adultères, ses curés et ses poivrots, ses enterrements et ses (non-)mariages. Pas de noirs, pas d’Arabes, pas de Juifs, pas de racailles de banlieues, pas de catégories. Juste de pittoresques délinquants au rang desquels il aurait pu rester, n’eût été la mansuétude de son père qu’il racontera dans « Les quatre bacheliers ». Libre-penseur par son géniteur, très catholique par sa génitrice et sa scolarité, Brassens l’anarchiste est un beau produit de son époque, une synthèse idéale des « deux France ». Une France de tradition bien catholique, avec un Jésus qui l’est tout autant. Il n’y a ni Ancien Testament, ni protestants dans le panthéon brassensien. Il y a Marie (« Je vous salue Marie ») et Joseph, et Jésus sur sa croix (qui en a marre de « jouer pour tous ces pauvres types »), un Évangile de pure charité (« L’Auvergnat ») toujours présenté positivement. Cet homme sans religion est obsédé par la mort : les cimetières, les fossoyeurs, les amis disparus et son propre testament (« Le testament », et « Supplique pour être enterré à la plage de Sète » qui est un pur chef d’œuvre) montrent qu’il ne fuit pas le sujet. Il y a un au-delà très fourni chez Brassens, mais qui relève de la mythologie païenne et chrétienne. Avait-il, secrètement, un semblant d’espérance ? Toute simple, sa tombe comporte une croix bien visible. (1) L’au-delà est un sujet trop sérieux pour être confié aux ecclésiastiques : ils en prennent plein la tête, et « Tempête dans un bénitier » est un hilarant massacre à la tronçonneuse ! On peut estimer que Brassens vise juste lorsqu’il fustige les aspects ridicules et figés de l’Église instituée, et c’est peut-être pour ça que, avec une certaine honnêteté, celle-ci semble avoir gardé pour lui de la tendresse malgré toutes les horreurs qu’il a pu débiter sur elle. Il est hautement significatif qu’une anthologie de 1990 titrée Merci, Monsieur Brassens soit présentée par François-Régis Barbry (1941 – 1998), journaliste au groupe catholique Bayard-Presse et à Sélection du Reader’s Digest (éditeur de ladite anthologie). Entre Brassens et les curetons (y compris le père Duval, le curé à la guitare, le seul qu’il nomme et qu’il a connu), pas de rancune !

Il nous emmerde mais…

 On pourrait beaucoup épiloguer sur ce phénomène. Brassens fait l’unanimité pour lui-même ; pas une voix dissonante. Beaucoup d’entre nous n’adhérions pas à ses valeurs ou à sa contestation des valeurs, mais on l’aimait bien ; c’était un véritable ami, même quand il nous étrillait férocement. Car il y a une chose qui émane constamment de ce « pornographe du phonographe » coureur de jupons et chantre des filles de joie : sa gentillesse. Il avait de très fortes relations d’amitié, notamment avec un personnage aussi bon que Bourvil, qu’il avait eu comme voisin. (2). Peu de gens semblent avoir fait une telle unanimité sur le plan relationnel. Là où Jacques Brel était très caustique, grinçant, cruel (et si acerbe contre le catholicisme belge), Brassens est tendre, extrêmement amusant et souvent bienveillant jusque dans ses vacheries. Il est un des rares à pouvoir faire rire un chrétien engagé avec des histoires d’adultère complètement scabreuses (« À l’ombre des maris »), à pouvoir nous faire avaler le refus de tout engagement (« Mourir pour des idées » (on verra d’ailleurs qu’il fera une entorse à cette ligne de conduite puisqu’il fera des galas contre la peine de mort, abolie vingt jours avant son décès), à nous faire savourer la poésie des maisons de passe qu’il semblait bien connaître et dont il sut décrire les côtés sombres, à nous faire secrètement jubiler devant l’interdit (« Fernande », « La religieuse »), bref, à nous faire digérer des tas de choses absolument scandaleuses qu’il pratique souvent sans se prendre au sérieux. Il est à noter qu’il ne se considère pas comme un étalon ni comme un bon amant (« 95% » est du féminisme à 200%) et qu’il manifeste un grand respect pour les femmes qu’il courtise presque toutes de façon passagère mais pas méprisante, sauf une certaine « peau de vache » ; « Le blason » est un des plus beaux hommages qu’on ait rendu à la gent féminine. « S'il y a quelqu'un qui a fait des femmes des déesses, c'est bien moi ! disait-il Les femmes ? Je les aime toutes ou presque. » Chaque humain ayant ses contradictions, ce solitaire qui voulait que son cœur « ne puisse plus servir à personne » aura néanmoins vécu une sorte de fidélité à Joha Heiman, une Estonienne qu’il « non-demandera » en mariage et qui le rejoindra dans son caveau de famille en 1999. L’« éternel fiancé » aura consacré la moitié de son répertoire aux femmes.

 Ce qui fait aussi le côté intemporel, quasi indémodable de Brassens, c’est qu’il énonce très peu de références directes à l’actualité et ne lâche quasiment pas de noms propres. L’exception est « Le roi » (des cons) où sont désignés « le shah d’Iran », « le petit roi de Jordanie », « le bon Négus » « le vieux Franco », « la couronne d’Angleterre », « Marianne » (constatons qu’il n’y a dans cette liste qu’un seul patronyme ; c’est aussi peut-être la seule chanson de Brassens accompagnée par une chorale).

Si mortel et si intemporel

 Brassens est sans doute assez méconnu des jeunes, mais il est certain qu’il sera redécouvert, comme le fut (de manière beaucoup moins méritée) Charles Trenet, par exemple. Georges Brassens est désormais un auteur classique, à part entière. Dans le genre orfèvre du verbe doublé d’un talent de chroniqueur souvent bucolique et intemporel, je ne vois guère que Francis Cabrel, de trente-deux ans son cadet, pour lui succéder.

 

______________

1- Cela est d’autant plus surprenant qu’il est le premier enterré parmi les quatre présents. Hormis sa compagne, les deux autres sont présentés par une vidéo comme « ses parents »… qui auraient respectivement 9 et 6 ans de plus que lui : quelle précocité !

2- https://www.ina.fr/video/I04075253 : Brassens parlant de Bourvil, avec qui il discutait de tondeuses à gazon et de… théologie. Témoignage très émouvant.

3- « Brassens m’a fait aimer la chanson française ». https://www.nouvelobs.com/culture/20201016.OBS34800/francis-cabrel-brassens-m-a-fait-aimer-la-chanson-francaise.html


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49 réactions à cet article    


  • Moi ex-adhérent 22 octobre 14:35

    Est-ce le reflet de ta moustache, ou bien tes cris de mort aux vaches, qui les séduit ? ..... les filles de joie, les filles de peine, les Margoton et les Germaine, riches de toi, comme dans les histoires anciennes, deviennent vierges et souveraines entre tes doigts ... si je ne suis qu’un mauvais drôle, tu joues toujours pour moi, le rôle de l’Auvergnat. Jean Ferrat

    C’est plutôt rare une chanson de poète en forme d’éloge, pour un autre de son vivant.


    • Pale Rider Pale Rider 22 octobre 14:40

      @Moi ex-adhérent
      Merci du rappel de cette belle chanson de Ferrat, que je connais. Voir aussi https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/quand-georges-brassens-et-jean-ferrat-debattaient-sur-l-engagement Je viens de tomber dessus.


    • cevennevive cevennevive 22 octobre 16:19

      @Pale Rider,

      Merci pour le site de l’INA !

      « Seul un changement profond de l’homme changera le monde… et j’ai peur que l’homme ne soit pas prêt de changer… » (Georges Brassens)

      Comme il avait raison !


    • Nowhere Man 23 octobre 08:37

      @Moi ex-adhérent
      Moustaki a également écrit un bel hommage à Brassens qui a eu beaucoup de succès, « Les amis de Georges ».

      https://www.youtube.com/watch?v=xsRPI6VkEh8


    • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 23 octobre 08:43

      @cevennevive
       
       Dans la même veine :
       
      «  Un jour on verra surgir à l’horizon des menaces de paix. Or, nous ne sommes pas prêts. » Tristan Bernard


    • ZenZoe ZenZoe 22 octobre 15:13

      Vous avez tout dit dans ce très bon article.

      Brassens fera toujours l’unanimité parce qu’il était la bienveillance même et n’a jamais essayé de péter plus haut que son derrière malgré un immense talent. C’est tellement rare !


      • Fergus Fergus 22 octobre 15:55

        Bonjour, ZenZoe

        Je viens de poster ci-dessous un commentaire dont je m’aperçois à la lecture du vôtre que nous avons la même perception du bon moustachu sétois.


      • tashrin 22 octobre 15:17

        Alors perso je suis fan depuis gamin (merci les parents dans la voiture)

        Mais de son temps, il était pas si universellement apprécié. Il a quand même sorti des trucs pas piqués des vers pour l’époque, gare au gorille aurait fait scandale aujourd’hui tout comme la quasi totalité des chansons touchant à la religion, la guerre, le sexe, le mariage, etc etc... C’etait le premier rappeur

        Pour rappel il a été excommunié. Pour l’époque, c’etait fort même si lui devait en être particulièrement fier :)

        En tous cas il serait bien malheureux en 2021.

        RIP


        • Lonzine 22 octobre 18:10

          @tashrin
          oui et « je vous salue Marie »


        • Lonzine 22 octobre 18:15

          @Lonzine
          c’est , préparez des mouchoirs....


        • Fergus Fergus 22 octobre 15:53

          Bonjour, Pale Rider

          Merci pour ce très bel article !

          J’ai de Brassens et du regard qu’il portait, tant sur lui-même que sur nous tous, la même image : celle d’un poète qui jamais ne se poussait du col, celle surtout d’un entomologiste bonhomme qui a observé en détail ses semblables, et mis en chansons leurs comportements d’une manière bienveillante, et cela jusque dans les flèches décochées ici et là à quelques-uns.

          Plus que la plupart des Académiciens, Brassens restera un « immortel », un créateur dont on continuera d’étudier les textes et les musiques dans des siècles.
           


          • cevennevive cevennevive 22 octobre 15:55

            Bonjour Pale Rider,

            Merci pour ce bel hommage.

            Oui, Jean Ferrat, Francis Cabrel (et dans une moindre mesure Renaud) dont j’apprécie les textes et les chansons...

            Mais cette moustache, cette pipe, cette bonhommie discrète et ce sourire futé, en proférant des mots à faire hérisser les poils des bourgeois ! Il n’y a que lui !


            • Fergus Fergus 22 octobre 15:59

              Bonjour, cevennevive

              J’apprécie également beaucoup Jean Ferrat.
              Mais force est de reconnaître que si la plupart de ses textes  souvent engagés sont superbes, tel n’est pas le cas de ses musiques, à de rares exceptions près. C’est ce qui fait la différence à mes oreilles avec Georges Brassens.


            • Pale Rider Pale Rider 22 octobre 16:18

              @Fergus
              Avec ma femme, nous avons longuement réécouté Ferrat en voiture. Belle voix, bonnes chansons. Mais il y a surtout que les orchestrations des chansons de Ferrat ont terriblement vieilli : les ondes Martenot, les choeurs de femmes aux voix blanches dans le style des chants cathos des années 60, les violons grandiloquents, c’est surtout ça qui nuit.
              Brassens, avec sa guitare et ses paroles aussi intemporelles l’une que les autres, ne vieillit pas, ou alors comme un bon vin. Lui qui a tant parlé de la mort a quelque chose d’éternel, ce qui est un paradoxe pour lui qui n’était pas croyant. Dieu a-t-il cru en lui ? Parfois, je me le demande...


            • Et pourtant en classe, je m’asseyais près des moches. Pas du tout pour me mettre en valeur (j’ai horreur de cela), mais pour les aider à trouver leur Prince charmant. L’une je lui ai dit de ne pas parler trop avec un accent bruxellois, et de se cultiver. L’autre, (bon, c’est pas facile à dire,.... va voir le dentiste ou la gastrolgue (mauvaise haleine), La plus timbrée, on s’adorait : surtout pour faire les 400 cpoups. Une communiste pure et dure avec une tête de loup. Des dents pointues, des cheveux pas nets, des gauloises dans sa poche. Elle, je ne lui ait rien dit : parfois une certaine laideur peut avoir un charme fou..avec un zeste de grande culture.... chacun sa chacune...



                • Brassen le nouvel emblème du féministe des-cons-multiplexés .

                   

                  Margoton, la jeune bergère trouvant dans l’herbe un petit chat
                  Qui venait de perdre sa mère l’adopta
                  Elle entrouvre sa collerette et le couche contre son sein
                  C’était tout c’qu’elle avait, pauvrette comme coussin
                  Le chat, la prenant pour sa mère, se mit à têter tout de go
                  Émue, Margot le laissa faire, brave Margot
                  Un croquant, passant à la ronde, trouvant le tableau peu commun
                  S’en alla le dire à tout l’monde et, le lendemain

                  Quand Margot dégrafait son corsage
                  Pour donner la gougoutte à son chat

                  Tous les gars, tous les gars du village
                  Étaient là, lalala la la la
                  Étaient là, lalala la la la

                  Et Margot qui était simple et très sage
                  Présumait qu’c’était pour voir son chat

                  Tous les gars, tous les gars du village
                  Étaient là, lalala la la la
                  Étaient là, lalala la la la

                  L’maître d’école et ses potaches, le maire, le bedeau, le bougnat
                  Négligeaient carrément leur tâche pour voir ça
                  Le facteur, d’ordinaire si preste pour voir ça, ne distribuait plus
                  Les lettres que personne, au reste n’aurait lues
                  Pour voir ça (Dieu le leur pardonne)
                  Les enfants de chœur, au milieu
                  Du saint sacrifice, abandonnent le saint lieu
                  Les gendarmes, même les gendarmes qui sont par nature si ballots
                  Se laissaient toucher par les charmes du joli tableau

                  Quand Margot dégrafait son corsage
                  Pour donner la gougoutte à son chat

                  Tous les gars, tous les gars du village
                  Étaient là, lalala la la la
                  Étaient là, lalala la la la

                  Et Margot qui était simple et très sage
                  Présumait qu’c’était pour voir son chat

                  Tous les gars, tous les gars du village
                  Étaient là, lalala la la la
                  Étaient là, lalala la la la

                  Mais les autres femmes de la commune privées d’leurs époux, d’leurs galants
                  Accumulèrent la rancune, patiemment
                  Puis un jour, ivres de colère, elles s’armèrent de bâtons
                  Et, farouches, elles immolèrent le chaton
                  La bergère, après bien des larmes pour s’consoler prit un mari
                  Et ne dévoilà plus ses charmes que pour lui
                  Le temps passa sur les mémoires, on oublia l’événement
                  Seuls des vieux racontent encore à leurs petits enfants

                  Quand Margot dégrafait son corsage
                  Pour donner la gougoutte à son chat

                  Tous les gars, tous les gars du village
                  Étaient là, lalala la la la
                  Étaient là, lalala la la la

                  Et Margot qui était simple et très sage
                  Présumait qu’c’était pour voir son chat

                  Tous les gars, tous les gars du village
                  Étaient là, lalala la la la
                  Étaient là, lalala la la la
                  Étaient là, lalala lalala la la la


                  • Rincevent Rincevent 22 octobre 19:12

                    J’ai eu la chance, il y a… longtemps, de le voir de près. Un copain m’annonce qu’il passe dans ma ville, mais c’est pour la fin du mois et, à l’époque, j’étais déjà fauché à partir du 20… J’avais les boules !

                    Puis ce pote me dit, l’air de rien, qu’à l’occasion il s’occupe d’une sorte de service d’ordre discret quand il y a des spectacles dans ce grand cinéma à l’ancienne (avec un bar pour l’entracte). Ça m’intéresserait d’en faire partie ? Tu parles, je l’aurais embrassé !!! C’est comme ça que je me suis retrouvé au premier rang, puis à contenir la foule des admirateurs lors de la séance des autographes au bar, où il signait les yeux baissés (il était affreusement timide). J’ai encore le souvenir de cette femme, relativement âgée, qui lui tendait un Orangina ! Par politesse, il en avait bu un peu… J’ai encore une photo de lui dédicacée mais, le temps ayant fait son œuvre, la signature au feutre s’est effacée. Pas le souvenir.

                    En 2005 je suis allé voir sa tombe au cimetière du Py (le cimetière des pauvres). Il y avait un petit pin parasol dans un pot et il a bien grandi depuis, dominant maintenant la tombe. 


                    • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 22 octobre 20:49

                      Son amour de Villon , son vieux maître. Peu connu : Épitaphe de François Villon. Youtube (chez Chancel ) .


                      • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 23 octobre 08:42

                        Bonjour Pale Rider,

                        Bel hommage au cher moustachu disparu.

                         

                        J’ai retenu cette phrase : « Je suis anarchiste au point de toujours traverser dans les clous afin de n’avoir pas à discuter avec la maréchaussée. » Georges Brassens

                         

                        De là à dire que le conformisme est une forme d’anarchie ou l’inverse ...

                        Autrement dit, qu’il est bien difficile d’être anarchiste

                         

                        Question cruciale en cette saison de masques et de pass insanes.


                        • Nowhere Man 23 octobre 09:27

                          Ce qui fait le succès d’une chanson c’est d’abord la musique, si les textes sont également brillants on atteint des sommets.

                          Or Brassens est certainement le meilleur mélodiste de la chanson française (avec Trenet diront certains). C’est l’avis de J. Clerc qui a excellé dans ce domaine. Quant aux textes...

                          On peut en faire la démonstration avec par exemple deux monuments dont les musiques sont moins évidentes et qui sont ignorés par beaucoup.

                          ’L’épave’ :

                          https://www.youtube.com/watch?v=RRI8ucVs_Fc 

                          et ’Le pluriel’ :

                          https://www.youtube.com/watch?v=eWS-PAC1BDg

                          « Tout est bon chez lui il n’y a rien à jeter » que c’en est incroyable.

                          Comme les Beatles pour moi, des titres totalement méconnus qui seraient des références pour d’autres musiciens : « Rain », « Hey Bulldog », « For no One », « Across the universe » etc.

                          (Excusez le HS je peux pas m’empêcher.)


                          • PascalDemoriane 23 octobre 10:11

                            @l’auteur
                            A votre bel hommage bien composé, j’ajouterai la touche plus musicologique qui lui manque :

                            Brassens fut un classique, le petit maître d’un art mineur certes, mais un grand classique de la chanson vue comme une orfèvrerie de haute tradition : un des rares auteurs-compositeurs du « tout de son cru » !. Donc un homme de l’art, un vrai ouvrier de métier : excellent mélodiste méticuleux, solide harmoniste (comme Chopin), dont la maîtrise repose sur l’économie, la sobriété de moyen, instrumental comme esthétique. En cela c’est un grand de l’humilité, et comme Chopin, un musicien poète de l’intimité, l’antithèse d’un homme de spectacle.

                            Je me souviens d’un récital au Vieux Colombier, petit théâtre de quartier populaire du vieux Paris, format idéal pour un duo avec son bassiste, bien plus adéquat qu’un Olympia ou autres. Je l’y ai croisé parfois, on s’est même accroché dans la rue pour une bêtise...et oui, j’avoue, je l’ai même traité de c... ! c’était peu après 68 je crois, on était les jeunes cons des vieux cons de sa propre chanson !

                            Oui, donc le classicisme sobre et la tradition ancrée dans la vraie vie, c’est ce qui vieillit le moins, alors qua la modernité est éphèmère par définition, surtout quand elle est singée : oui même un Férrat, une Barbara, ou un Gainsbourg par ex. s’y sont égarés.


                            • Pale Rider Pale Rider 23 octobre 10:37

                              @PascalDemoriane
                              Merci pour ce commentaire fort intéressant.
                              On peut l’appliquer aussi à Cabrel. Ces artistes sont aussi des artisans ; inspiration et application.
                              Pour Brassens, je pense par exemple au « Bistrot » avec ces rimes en -asse autour de ce « gros dégueula-asse » : c’est un bijou.
                              Merci aussi à toutes celles et tous ceux qui envoient des commentaires sympa et constructifs ; ça fait du bien, et ça en dit long sur la bonté qui émane de Brassens même post mortem.


                            • Réflexions du Miroir Réflexions du Miroir 24 octobre 21:02

                              @Pale Rider
                              Merci pour ce complément que j’ai plus présenté par un ensemble de ses chansons.
                              Je l’ai ajouté en commentaire sur mon journal personnel.
                              Actuellement, j’ai étudié l’émission « Brassens par Brassens » que j’ai enregistrée qui retrace la vie de Brassens depuis ses débuts jusqu’à sa fin. smiley


                            • Pale Rider Pale Rider 25 octobre 08:39

                              @Réflexions du Miroir
                              Merci pour votre gentillesse. J’avais lu votre article bien fourni en documentation sonore. C’est sympa que nous ayons pu rendre un petit hommage à cet absent toujours si présent. Amitiés. smiley


                            • wagos wagos 23 octobre 10:41

                              Bel hommage bien torché (  )...c’est du second degré hein ? ...pour dire que Brassens et Brel étaient mes favoris , l’un vieil anar et l’autre écorché vif...

                              Les textes , waww ! du sur mesure ! musique terminant la sauce juste au poil, J’aime bien Maurice Fanon également, mais moins connu ...François Béranger, Claude Léveillée, et Dick Annegarn avec son Bruxelles fabuleux...

                              Maintenant hélas, plus d’auteurs de ce genre , ou bien ils se cachent peut -être ..


                              • ZenZoe ZenZoe 23 octobre 13:29

                                @wagos
                                Dick Annegarn avec son Bruxelles fabuleux

                                Marrant ça, j’ai réécouté cette chanson il y a deux jours seulement ! Renversant en effet, texte, mélodie, sincérite, accent belge, tout y est...


                              • mmbbb 24 octobre 09:14

                                @wagos L epoque de Brassens etait plus coercitive , certaines de ses chansons sont néanmoins datées puisque la religion catholique en France est en déclin
                                Les virulents anticléricaux d antan ont des yeux de Chimène pour cette religion
                                qui libere la femme en les voilant
                                Mourir pour ses idées ( ou convictions ) le plus tard possible , S Paty n a pas eu le loisir de chosir
                                S il y avait un nouvel G Brassens ecrivant des chansons égratignant cette religion, il serait classé islamophobe ; Ce serait l hallali .


                              • wagos wagos 24 octobre 11:16

                                @mmbbb

                                En fait , Brassens est arrivé en pleine mutation des consciences d’après guerre, alors que la religion catholique avait pignon sur rue dans les campagnes , le XIX éme siècle d’était pas si loin, et les gens en étaient encore imprégnés .

                                Etant écolier à cette époque, je me souviens que dans la famille d’accueil au sein de laquelle j’ai grandi, dés que l’on entendait du Brassens à la radio, on éteignait le poste parce que « c’était pas convenable » !

                                Il a fallu arriver aux années 60 pour qu’enfin la censure radiophonique et cinématographique se relâche un peu, quoique Madame De Gaulle voulait qu’on interdise « les colonies de vacance de Pierre Perret  » !

                                Le Film « les Amants » avait fait l’objet de réclamations des Cathos qui voulaient l’interdire au nom de la morale et des bonnes moeurs ! 

                                Brassens pour moi, c’est la liberté de penser avant tout, et de dire merde aux faux culs et grenouilles du bénitier de l’époque ! 


                              • wagos wagos 24 octobre 11:37

                                @ZenZoe

                                Eh bien comme quoi des fois hein ? ravi en tout cas de trouver une personne de goût 
                                https://youtu.be/vVQX9g9hXRI......si je me permets, voici pour vous ....


                              • chantecler chantecler 24 octobre 11:53

                                @wagos
                                Il n’empêche que G. Brassens a longtemps été interdit d’antenne (radio ,TV : 1950 /1960)
                                Le« gare aux gorilles » par exemple était considéré comme venimeux , subversif, etc ....
                                https://www.francemusique.fr/emissions/plages-interdites/plages-interdites-du-15-juillet-par-aurelie-sfez-georges-brassens-gare-au-brassens-6950
                                PS : curieux ! Pas d’article sur G. Brassens dans wikipédia !
                                Désolé si quelqu’un en a parlé !



                              • mmbbb 24 octobre 12:18

                                @wagos je suis d accord avec votre propos d autant plus que je fus enfant de choeur Malgre une éducation stricte , je n ai jamais eu de probleme avec les filles de la campagne qui m accompagnèrent dans la découverte des plaisirs charnels Tres tôt , nous n avions guère de loisirs il fallait occuper notre temps . Evidemment les rendez vous en catimini à la sortie de la catéchèse etaient secrets
                                Le paradoxe est que cette génération dont Brassens a été un des libérateurs par sa prose a laisse une nouvelle génération s enfermer dans un dogme religieux .
                                Je ne pense pas que Brassens aurait apprécie la vue d une femme voilée .
                                Les cathos ont ete le ferment de la désertification rurale , dans ma region , ce sont désormais les turcs ! Nous notre libérté , notre horizon , ce fut la vie américaine ou le possible etait réel sans le carcan de la tradition . Il est toujours aisé de critiquer l américanisatuon de la vie francaise comme le fait l intello de service R Debray , mais l amérique etait alors un tropisme .
                                Lorsque j entends les jérémiades sur cette désertification rurale et le passéisme entretenu sur cette culture dite rurale , je souris avec délectation .


                              • mmbbb 24 octobre 12:24

                                @chantecler c est vrai « gare aux gorilles » , les magistrats se sentaient un peu vises ! Ce n etait pas tres élogieux , la sentence , non plus !
                                La censure , B VIAN l a subie « le déserteur » Chanson interdite
                                Leo Ferré « Avec le Temps » chanson interdite
                                et je dois en oublier


                              • wagos wagos 24 octobre 12:30

                                @chantecler

                                Ah oui , merci, bon c’est vrai que l’ORTF était encore très rétrograde dès que l’on abordait le texte sulfureux au nom des familles « comme il faut » et de l’audience plus familiale des années 50 et 60, qui réunissait les générations sous le même toit le soir venu ou le Dimanche devant la télé .


                              • chantecler chantecler 25 octobre 06:39

                                @Pale Rider
                                J’avais tapé « Georges Brassens » sur wiki et je n’avais rien obtenu côté biographie ...
                                Ben tant mieux et merci .


                              • In Bruges In Bruges 23 octobre 11:19

                                Mouais...

                                Brassens était un artiste tout ce qu’il a d’honorable, mais enfin..( sans doute un problème de génération, car Avox, c’est quand même le club des 60/80 ans...).

                                Tout ce remue ménage ( et pas méninge).

                                Il nous a certes amusé (« gare au gorille », etc), mais hormis « les passantes »( titre intemporel brillant, bien que sobre), je le trouve très « daté ».

                                Un papy sympa à la pipe qui nous lâchait des maximes devant la mer.

                                Rien à voir, au niveau fulgurance textuelle et scénique ( Brassens ne faisait pas de scène ou alors, assis sur un tabouret, il avait une gestuelle et un charisme d’huitre..), rien à voir, disais-je avec Ferré ou Brel, pour rester dans cette tranche d’age.Lesquels n’ont à mon sens pas vieilli, parce qu’ils n’étaient pas « au dessus » ou « en dessous », mais ailleurs.

                                On n’imagine pas « la mémoire et la mer » ou « y’a plus rien »

                                https://www.youtube.com/watch?v=cVvDjJ9EtPQ

                                sortir du cerveau ni des lèvres de Brassens, qui est à mon gout un peu trop « papy cassoulet ».

                                Pour faire des parallèles actuels, il est plus Cabrel que Thiéfaine, si vous voyez ce que je veux dire...


                                • ZenZoe ZenZoe 23 octobre 13:29

                                  @In Bruges
                                  Vous n’aimez pas le cassoulet ?


                                • Sandro Ferretti Sandro Ferretti 23 octobre 15:45

                                  @ZenZoe
                                  Vous qui entravez l’anglois, perdez pas le temps qui vous reste avec des franchouillardises.
                                  Allez directement à l’épure, au minimalisme qui tape direct au foie...
                                  Les Cowboy Junkies, par exemple (que Dame Stupeur m’a fait découvrir récemment.)

                                  Ca, c’est pas du cassoulet. C’est un gourde de thé froid pour la route, avec ce vieux Clint qui écoute ça dans l’oreillette.
                                  «  I had a dream
                                  I was a king
                                  a king of empty things... »

                                  https://www.youtube.com/watch?v=seMQf3P29Nc

                                  Ca c’est pas du Brassens.


                                • Pale Rider Pale Rider 24 octobre 11:11

                                  @Sandro Ferretti
                                  Magnifique, cette chanson, interprétée avec une économie de moyens remarquable...


                                • Sandro Ferretti Sandro Ferretti 24 octobre 12:45

                                  @Pale Rider
                                  Du très haut niveau, oui.
                                  Eu égard à votre foi ( vos croyances, diront d’autres), ce morceau( 15 ans auparavant) aux accents bibliques interprétation assez libre de la symbolique du vendredi Saint n’est pas mal non plus et pourrait vous plaire.
                                  https://www.youtube.com/watch?v=BB0y64uK1p0

                                  Pour le reste, google est votre ami ( notamment pour les reprises brillantes de titres de Neil Young que le groupe a fait entre canadiens...-)

                                  (PS : vous dites que vous êtes traducteur, mais vers quelle langue ? Car l’anglais des Cowboys junkies est assez subtil et nuancé parfois, comme la voix de la belle Margo )


                                • Pale Rider Pale Rider 24 octobre 18:28

                                  @Sandro Ferretti
                                  La belle Margo a une voix super belle. Je suis allé lire les paroles de la chanson, tellement poétiques que je comprends pourquoi je n’ai quasiment rien compris à l’audition. Il me semble que la fin s’apparente à la conclusion du « Grand Pan » de notre ami Brassens.
                                  Evidemment, comme le dit Comte-Sponville, incroyants et croyants ne sont séparés que par 3 jours...
                                  Merci d’avoir enrichi ma culture musicale, surtout vers ce groupe d’une rare qualité.
                                  NB : Je suis traducteur anglais-français.


                                • Sandro Ferretti Sandro Ferretti 25 octobre 12:13

                                  @Pale Rider
                                  Et il arrive aussi que les anges soient perdus, voire désorientés...

                                  https://www.youtube.com/watch?v=hFApH_DGDnw


                                • Sandro Ferretti Sandro Ferretti 25 octobre 12:23

                                  Bon, une dernière pour la route (puisque justement on a perdu le volant et que la direction ne répond plus....)

                                  https://www.youtube.com/watch?v=YC9yOgyRcHQ


                                • Pale Rider Pale Rider 25 octobre 12:38

                                  @Sandro Ferretti
                                  Apparemment, une histoire de femme accro à un conjoint maltraitant.
                                  Et merci pour l’autre chanson sur la panne de bagnole. Vous avez fait un nouveau fan des CJ !


                                • Sandro Ferretti Sandro Ferretti 23 octobre 14:28

                                  Sur le sujet, une vidéo que j’aime bien (pour diverses raisons personnelles).

                                  Reste qu’à la fin, ce sont les chats sauvages qui gagnent.

                                  https://www.youtube.com/watch?v=EVC-p2ZqFrU

                                  C’est pas ce vieux Dick (Rivers) qui aurait dit le contraire..


                                  • Pale Rider Pale Rider 23 octobre 14:41

                                    @Sandro Ferretti
                                    Merci. Charmante, cette chanteuse. En plus, j’ai découvert que nous avons quelques affinités géographiques...


                                  • SilentArrow 23 octobre 15:44

                                    @Pale Rider

                                    Merci pour ce splendide hommage à Brassens.


                                    • eau-pression eau-pression 24 octobre 10:13

                                      Il habitait des mots imbittables des NTM, le pornographe du phonographe.

                                      Mais saperlipopette, d’autres les font vivre encore.

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