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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Gérard Granel : pourquoi traduire et publier la Crisis ?

Gérard Granel : pourquoi traduire et publier la Crisis ?

Edmund Husserl, La crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale - Le blog de Robin Guilloux

http://lechatsurmonepaule.over-blog.fr/article-e-husserl-la-crise-des-sciences-europeennes-et-la-phenomenologie-transcendantale-notes-de-lecture-112772915.html

Edmund Husserl, La crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale (abrégé Krisis dans la suite du texte et les notes), Paris, Gallimard, 1976, traduction française et présentation par Gérard Granel.

Gérard Granel (né en 1930 à Paris - mort le 10 novembre 2000) était un philosophe français influencé à la fois par Marx et par Heidegger. Professeur d'université, auteur d'ouvrages de philosophie, traducteur (notamment de Wittgenstein, Gramsci et Heidegger), il fut également éditeur de livres philosophiques à partir de 1980.

Dans la préface à sa traduction de l'allemand de La crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale (Die Krisis des Europaischen Wissenschaften und die Transzendentale Phaenomenologie) d'Edmund Husserl aux Editions Gallimard (1976), Gérard Granel s'interroge sur le double intérêt de son travail de traducteur et de la publication de sa traduction : "Livre complètement désuet. Ancienne scène d'un ancien théâtre. Ce qu'il faut alors justifier - ou plutôt expliquer - est exactement l'inverse de ce qu'on pourrait attendre, et c'est  : pourquoi le traduire, pourquoi le publier ?"

Il est entendu par une sorte de pacte tacite entre Husserl et le lecteur que la crise des sciences européennes est le symptôme d'une crise plus profonde et que la phénoménologie transcendantale en est le remède, mais cette crise historique n'est jamais analysée en elle-même, mais uniquement sa "superstructure" prétendue : la crise des sciences, en supposant que l'analyse du symptôme suffira à guérir la maladie, illusion typique de l'idéalisme.

Gérard Granel souligne le décalage "surréaliste" entre cette analyse  et le contexte de son élaboration : montée du nazisme et du totalitarisme, Mussolini au pouvoir en Italie, Franco en Espagne, antisémitisme virulent, etc., contexte auquel Husserl ne fait jamais allusion.

Alors pourquoi traduire et publier ce livre que Granel qualifie lui-même de "désuet" ? Justement pour mettre en évidence la faillite d'une certaine manière de penser, qui va de pair avec la lâcheté des démocraties occidentales au moment de Munich et de la guerre d'Espagne, pensée dont l'une des sources, selon Granel, est l'attachement à la notion rousseauiste ambiguë de "volonté générale", incapable de s'opposer au pire, faute de reconnaître sa propre responsabilité dans ce qui est en train de se produire et dans le devenir historial de l'Europe et du monde : la prise en main de l'individu par l'appareil d'Etat et sa dissolution totale au nom de la gravité d'un "péril" qu'il a lui-même suscité.

Granel ne voit pas que Heidegger, même s'il est plus "profond", n'est pas plus lucide que Husserl et il reste à espérer que parmi les grosses bêtises (Dummheiten) de Heidegger, Granel ait tout ignoré (on en apprend tous les jours) de sa participation à la commission d'élaboration du Droit aryen qui a préparé les lois de Nuremberg, la conférence de Wansee et la "solution finale" aux côtés de Karl Schmitt et de Hans Franck.

... Et peut-être aussi pour souligner l'impuissance de l'idéalisme, aujourd'hui comme hier et nous amener à y réfléchir, à un moment où la "crise", comme les Aliens, est en train de faire retour et où le Capital tente par tous les moyens à sa disposition et Dieu ou le diable savent s'ils sont puissants : publicité, propagande, sondages d'opinion, mise aux commandes d'hommes providentiels, centrisme prétendument "modéré", mots d'ordre creux comme la "moralisation de la finance" et toute la vieille niaiserie qui en attrape encore quelques uns à sa glue, en vue de l'acceptation de la nécessité (entre autre) de bloquer les salaires et de diminuer les petites retraites "pour le bien du pays", en vue d'anesthésier ce qu'il peut rester d'esprit critique et de capacité de résistance au marché mondialisé, au fétichisme de la marchandise, à la confusion entre valeur d'usage et valeur d'échange, au divorce du capital et du travail, à la toute-puissance de la finance, à l'endettement exponentiel de l'Etat auprès des banques privées, à la confiscation de la démocratie par les technocrates de l'Union européenne.

Extrait de la préface de Gérard Granel : 

"Mais s'il n'y pas de problème important qui subsiste quant au corpus de la Krisis, écrasante apparaît en revanche la tâche d'une "préface", dès lors qu'elle consiste à conduire vers une lecture - vers des lectures - d'une oeuvre d'autant plus intimidante qu'elle constitue le "dernier mot" d'un Husserl déjà malade, et bientôt mort, dans une Europe encore plus malade et à la veille des convulsions de la seconde Guerre mondiale.

Une des voies de lecture consisterait à suivre dans la Krisis le développement, en partie nouveau, en partie répétitif, des thèmes déjà esquissés dans les œuvres antérieures - principalement dans la Philosophie première - qu'il s'agisse du détail de la reconstitution téléologique de l'histoire de la philosophie occidentale (on pourrait noter par exemple la place grandissante prise par Galilée dans la partie moderne de cette histoire, dont il forme à lui seul le porche, relever également la constance de Husserl dans l'importance accordée aux empiristes anglais, etc.), qu'il s'agisse de l'ontologie de la Lebenswelt (et sonder alors comment, décidément, la pensée de Heidegger, qui hante douloureusement les dernières années de Husserl, lui échappe complètement) ou du retour - encore et toujours - sur les rapports de la phénoménologie avec la psychologie. Tous ces chemins sont à suivre, mais il n'est pas besoin qu'on le fasse ici à la place des lecteurs. Il n'est pas nécessaire non plus que soit redite, à propos de la Krisis, une thèse qui place dans la phénoménologie de la perception le lieu où la phénoménologie se trouve à découvert et joue son destin (ou plutôt, où son destin la joue et la déjoue).

Ce qui seulement est nécessaire, croyons-nous, est de se laisser aller à suivre ce qui rend, comme on dit, "rêveur" dans le projet de la Krisis et dans ses dates, ou plus exactement dans le rapport du projet et des dates. 1935-1936 : le nazisme est au pouvoir en Allemagne depuis plus de deux ans, l'antisémitisme fait rage, Mussolini domine l'Italie depuis dix ans et invente un type de société et un mode de pouvoir auxquels aucune analyse (y compris marxiste) ne comprend rien, Franco s'apprête à soumettre l'Espagne, les démocraties libérales s'effritent dans l'atermoiement en attendant de s'effondrer dans la lâcheté. De son côté, le socialisme est devenu stalinisme, sans que l'on sache (on ne le sait pas encore aujourd'hui) comment, dans ce glissement, il ne fait que suivre l'étrange, l'horrible mouvement de terrain qui emporte l'Europe, ou, comme dira Husserl, "l'humanité européenne". Car si la "Crise" est quelque part, elle est là : dans l'innommé/innommable d'une sorte de basculement d'un monde, qui se prenait pour le Monde (et qui, en un sens, l'était en effet).

Pour comprendre ce que nous nous efforçons ici d'indiquer, et qui est d'autant plus effrayant qu'il est justement aujourd'hui encore largement insoupçonné, il faut concevoir que le rétablissement de ce "même" Monde par la victoire finale précisément des "démocraties libérales" (alliées au stalinisme) en 1945, n'est qu'une mince apparence, un paravent de papier. Le rétablissement de l'idéologie politique bourgeoise - celle de la volonté générale, de la loi "au-dessus des hommes", dont Rousseau (pourtant le fondateur) désespérait déjà comme de la "quadrature du cercle", bref le second cours de la Liberté-libérale, peut en apparence passer pour être la victoire historique de ces grands Humanistes, qui, comme Cassirer et comme Husserl, tentaient d'opposer, dans les années 30, à la montée de la "barbarie" fasciste diverses formes de "rajeunissement" de la philosophie rationaliste moderne. Car tel est le projet, explicite dans la Krisis : réveiller (et accomplir une fois pour toutes) sous la forme de la philosophie transcendantale phénoménologique absolue cette immanence de la raison dans l'homme, qui définit son humanité. Mais l'avertissement de Hegel sonne ici comme un glas : "Pour dire encore un mot sur la prétention d'enseigner comment doit être le monde, nous remarquons qu'en tout cas, la philosophie vient toujours trop tard. En tant que pensée du monde, elle apparaît seulement lorsque la réalité a accompli et terminé son processus de formation (...) Lorsque la philosophie peint sa grisaille dans la grisaille, une manifestation de la vie achève de vieillir. On ne peut pas la rajeunir avec du gris sur du gris, mais seulement la connaître."(Principes de la Philosophie du Droit, Préface)

Livre complètement désuet, donc. Ancienne scène d'un ancien théâtre. Ce qu'il faut alors justifier - ou plutôt expliquer - est exactement l'inverse de ce qu'on pourrait attendre, et c'est  : pourquoi le traduire, pourquoi le publier ?"


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16 réactions à cet article    


  • Choucas Choucas 8 février 11:37

     
    Mussolini rembourse très simplement la dette italienne à Rothschild, sur une grande vasque romaine :
     
    De l’idéalisme ?
     
    https://www.youtube.com/watch?v=sbKqb80AZqs
     
     
    Léon Degrelle, vous explique l’empirisme gogochon  :
     
    Marrant non ?
     
    https://www.youtube.com/watch?v=47JRajorwAI&nbsp ;&nbsp ;&nbsp ;
     
     
    (crisis ce n’est pas crise mais résolution, jugement, tournant, acmé...)


    • Choucas Choucas 8 février 11:40

      manque la petite citation...
       
      « La crise qui menace de nous faire retourner à la barbarie, a ses racines dans la générosité aveugle de ce siècle »
       
      Thomas Mann (gogochon pourtant) ‘Avertissement à l’Europe et aux chalots’


    • Gollum Gollum 8 février 12:28

      Mouais bon…. Livre désuet, jugement péremptoire de la part d’un ancien catho qui n’a rien trouvé de mieux que de se jeter à corps perdu dans Marx le bonhomme n’était pas forcément le mieux qualifié pour opérer une telle traduction.


      Je suis en plein dans ce bouquin actuellement, qui est d’une difficulté totale, rébarbative, et dont je suis incapable de savoir si cela vient du traducteur ou pas.. J’avance dans ce livre comme si j’étais en train de faire l’ascension de l’Everest..

      Une chose quand même. Pourquoi idéalisme ? Nul idéalisme chez Husserl. Il s’agit de pratique opératoire. Arriver à faire l’époché. Ce qui implique de mettre la perception ordinaire de côté. Émerge alors une autre façon d’observer. Il est où l’idéalisme puisque c’est du vécu ? Husserl n’a fait que redécouvrir le primat de la conscience dans l’acte vécu et remettre la fameuse objectivité à sa place. On peut observer d’ailleurs une similitude avec la pratique bouddhiste de distanciation de soi, de ses émotions, une perception de sa perception qui amène à ne plus être le jouet de ses émotions et pulsions.

      D’autre part c’est quoi cette focalisation sur le contexte politique de l’époque ? Mais on n’en a rien à faire de cela ! Il n’y a qu’un marxiste pour être obsédé par les événements extérieurs… Ce sont des obsédés de l’action et en conséquence de la réaction, quasi pulsionnelle, aux différents contextes politiques (lutte contre la réaction, le fascisme, le capitalisme, et que sais-je encore..) Il n’y a pas plus dépourvu d’intériorité qu’un marxiste.

      Bref, il serait bon que cette œuvre soit retraduite par quelqu’un qui soit un vrai disciple d’Husserl et non pas quelqu’un qui est passé complètement à côté.


      • Christian Labrune Christian Labrune 8 février 13:06

        ERRATUM
        Je ne sais pas pourquoi j’ai oublié la négation dans ce que j’ai répondu à Gollum. Je vois après coup que cela n’a aucun sens et je donne ci-dessous une version corrigée.
        On voudra bien m’excuser.

        Nul idéalisme chez Husserl.
        ...................................................................... ...................
        @Gollum
        Je suis bien d’accord ! Il n’y a aucun « arrière-monde » dans cette philosophie, et tout l’effort de Husserl aura été précisément - c’est répété dans tous ses textes - de ne jamais hypostasier le « réel », de ne jamais confondre les phénomènes qui se donnent à la perception ou à l’intellection avec des substances.
        Malheureusement, c’est ce qu’auront très vite perdu de vue des chrétiens comme Ricoeur ou Nancy. Ils ne peuvent -ou n’ont pu- s’en réclamer, que parce que Husserl n’est plus là pour en rire !


      • Christian Labrune Christian Labrune 8 février 12:46

        @Robin Guilloux
        Ce qui est regrettable, c’est que les éditions Gallimard en rééditant la Krisis dans TEL aient cru bon de devoir conserver la préface de Granel de l’ancienne collection Bibliothèque de philosophe que je viens d’aller voir. J’ai donc lu cette préface, il y a plus de trente ans, mais je n’en garde aucun souvenir. Le texte de Husserl a nécessairement vieilli : le philosophe voit bien les nuages s’amonceler, mais nous savons mieux quel lui quel orage allait en sortir. Quelques années plus tôt à Berlin (33-34), Sartre, lui, n’avait rien vu, s’était seulement laissé séduire par la « profondeur » de la « pensée » heideggerienne.

        Si Granel, dans cette préface, se réclame, comme Beaufret à la même époque et quelques autres aveugles congénitaux, du berger de l’être, c’était une raison de plus de ne pas rééditer cette préface, infiniment plus dérisoire qu’un texte de Husserl qui, pour être un peu diffus, n’en est pas moins très instructif sur son cheminement intellectuel.

        Après les travaux de Farias, de Faye et plus récemment l’énorme pavé de Stéphane Domeracki intitulé Heidegger et sa solution finale, il ne devrait plus jamais être possible de mettre des penseurs comme Brentano et Husserl dans le même sac infâme où s’agite encore un peu le philosophe nazi. Au reste, je crois me souvenir que c’est bien dans la Krisis que Husserl réduit la « philosophie » de son funeste élève à une simple « anthropologie » ; pour lui, ces sortes de sciences molles ont plus à voir avec l’apparente profondeur d’une inconsistance radicale qu’avec la rigueur nécessaire à toute approche transcendantale des phénomènes.

        Si on n’a pas beaucoup lu Husserl, il vaut sans doute mieux ne pas commencer par la Krisis. Ou bien se contenter de lire la brève conférence de mai 1935 : « La crise de l’humanité européenne et la philosophie » qu’on trouve en version bilingue chez Aubier. Je viens de m’apercevoir, qu’on peut aussi la trouver directement sur le Net, en format .pdf, à cette page :

        http://www.ac-grenoble.fr/PhiloSophie/old2/file/husserl_depraz.pdf


        • Gollum Gollum 8 février 14:45

          @Christian Labrune


          Merci pour ce lien. L’introduction par Nathalie Depraz est remarquable. Elle, elle a visiblement compris.

          J’en retire ceci : 

          Quiconque veut vraiment devenir philosophe devra « une fois en sa vie » se replier sur lui-même », affirme Husserl dans les Méditations Cartésiennes1. La phénoménologie requiert en effet un effort de réflexion sur soi-même. C’est ce qui fait d’elle une philosophie dont le point de départ est la subjectivité. On ne saurait pour autant la confondre avec un quelconque subjectivisme qui ramène tout ce qui est à l’être du sujet ou de la pensée. Inversement et parallèlement, l’objectivisme ne valorise que la réalité de l’objet en faisant fi des données subjectives qui me permettent d’y accéder. Ces deux attitudes sont caractérisées par la négation de leur opposé : préjugeant ainsi d’une opposition entre sujet et objet, elles sont à ce titre naïvement dualistes. L’attitude phénoménologique, au contraire de ces dernières, dénonce l’opposition du sujet et de l’objet qui les sous-tend comme un préjugé et veut ainsi dépasser cette opposition, cherchant dans l’expérience l’unité d’un sens antérieur à tout dualisme stérile.

          Cela ne peut que rappeler la doctrine védantine de la non-dualité de Sankara en Inde.


          Quant à la critique comme quoi Husserl se serait désintéressé des événements dramatiques de son époque j’en retire ça :

          Dans ce texte ultime de la Krisis, Husserl traite de la crise des sciences européennes. Nous tenterons de faire apparaître comment la crise des sciences que décrit Husserl exprime en profondeur la crise des valeurs qui déchire l’Europe dans les années trente. Loin de séparer crise des sciences et crise éthico-politique, Husserl décrit phénoménologiquement, en son unité, la crise que vit l’Europe. Selon lui en effet, la crise est une, et seul un retour réflexif sur l’état des sciences peut permettre d’élucider le sens de la crise qui s’est manifestée jusqu’au niveau politique.

          Christian Labrune : pour lui, ces sortes de sciences molles ont plus à voir avec l’apparente profondeur d’une inconsistance radicale qu’avec la rigueur nécessaire à toute approche transcendantale des phénomènes.

          Oui je crois que d’une certaine façon Husserl est resté un scientifique (pas au sens positiviste qu’il dénonce) alors que Heidegger semble bien être, au fond, un littéraire...



        • Christian Labrune Christian Labrune 8 février 16:01

          @Gollum
          Je viens de lire la moitié de la préface de Nathalie Depraz qui est effectivement tout à fait remarquable de rigueur et de précision, sauf quand elle fait d’Anselme de Cantorbery mort en 1109 un penseur du XIIIe siècle ! Mais c’est peut-être une faute de frappe dont j’aurais tort de rire : j’ai obtenu de la modération qu’elle supprime la première réponse que je vous avais faite où, par l’oubli d’une négation, je disais tout le contraire de ce que je voulais formuler.

          Cette préface à la conférence de 1935 constitue même une des meilleures introductions possibles à la philosophie de Husserl.

          J’ai jeté tout de suite après un coup d’oeil sur la préface de Granet, laquelle est brève, confuse, et infiniment plus « désuète » que le texte de Husserl. il est très évident, lorsqu’on lit les pages VI et VII de l’ancienne édition, que le bonhomme plaque sur la lecture de la Krisis une grille de lecture qui est celle d’un marxisme qui avait été, selon le mot de Sartre, « l’horizon indépassable de notre temps ». Le « discours » de la phénoménologie husserlienne, au fond, comme beaucoup d’autres, n’aura cessé, écrit Granet, « de fournir à la logique de la marchandise, et à son union avec l’essence de la technique moderne, c’est-à-dire au moteur réel de l’histoire européenne-mondiale, les moyens de rester invisible, insoupçonnée, sous le faux ciel des histoires imaginaires ».

          « L’essence de la technique moderne » ! Voilà magiquement réalisé le mariage mystique de Heidegger et de Karl Marx ! Quelle pitié ! Pauvre Granet !


        • Christian Labrune Christian Labrune 8 février 16:11

          ERRATUM
          GraneL et non Granet. Excuses.


        • Gollum Gollum 8 février 20:43

          @Christian Labrune


          Sur Granel je suis bien d’accord avec vous. Quel jargon !

          Je suis persuadé que sa traduction n’a pu être que désastreuse. Quand j’ai lu sa préface je me suis dit à l’époque : merde mais c’est quoi ça ? Un traducteur qui dénigre l’ouvrage qu’il traduit ? Mais où on va ?

          J’imagine les contresens, les mauvaises compréhensions et tout le tintouin dans de tels cas d’ouvrages hyper-difficles… 

          à regretter de ne pas savoir l’allemand.

          Je me souviens du Zarathoustra de Nietzsche hyper mal traduit par Maurice de Gandillac (je peux en dire du mal il est mort), un véritable calvaire à la lecture… et qui a fait que je suis resté éloigné de Nietzsche pendant longtemps. De toute façon j’estime qu’il ne faut pas aborder Nietzsche par le Zarathoustra. Cet ouvrage devrait même être lu en dernier.

        • Christian Labrune Christian Labrune 8 février 22:17

          @Gollum
          On remarque aisément que pour pour traduire les concepts de l’allemand, Granel a recours assez souvent à des fabrications, en français, de termes un peu baroques qu’affectionnent ordinairement les traducteurs de Heidegger, et je crains que cela n’obscurcisse bien des choses. Cela n’a pas du tout la même qualité que la traduction des Ideen par Ricoeur, ou des Méditations cartésiennes par Peiffer et Lévinas. La très longue préface de Ricoeur aux Ideen est aussi très bien faite.

          J’ai lu beaucoup Nietzsche, quand j’étais jeune, mais je ne peux plus du tout le supporter et je ne parviens pas à le considérer comme un philosophe. Il n’y a rien de plus étranger à la philosophie que l’hybris, et dans Nietzsche, ça déborde de toute part. Cette sorte de vaine gesticulation, de jactance (Pourquoi j’écris de si bons livres !), m’est aussi odieuse que l’expressionnisme de la plupart des caravagesques séduits par la brutalité de leurs modèles. Au Louvre, je traverse les salles qui leur sont consacrées en regardant mes pieds, le temps d’arriver à Poussin et aux atticistes - enfin !


        • Gollum Gollum 9 février 14:45

          @Christian Labrune


          Sur Nietzsche je ne suis pas du tout d’accord avec vous (comme quoi les goûts et les couleurs..)

          C’est pour moi un des esprits les plus profonds et originaux de ces derniers siècles…

          Un anti-occidental. La volonté de puissance n’est pas l’hybris. D’autre part c’est loin d’être le seul apport de Nietzsche (perso je n’y suis guère sensible).

          Il est vrai que sur la fin il a tendance à quelque peu prendre la grosse tête.

          J’ai adoré la généalogie de la morale. M’enfin bon, je reste métaphysicien dans l’âme alors qu’il déteste ça…

          J’ai lu votre post aussi sur le texte sur Heidegger. Que les nazis se soient emparés de Nietzsche ne me semble pas un bon argument pour rejeter Nietzsche. Après tout l’Église s’est bien emparé de Jésus pour inventer la coercition mentale comme l’Inquisition, j’en passe et des meilleurs..

          Ce n’est pas une raison pour confondre non plus Jésus avec la catholicité.

        • Robin Guilloux Robin Guilloux 10 février 02:35

          @Christian Labrune


          Je suis d’accord. Vous avez bien vu, je pense, l’amalgame étrange entre la pensée de Heidegger (qui figure sur la photo au-dessus de l’article, aux côtés de Granet) et le marxisme chez Granet.

          Granet fait partie des penseurs « électrocutés » qui se laissent traverser par des contradictions qu’il n’arrive pas à penser sereinement. Après le « freudo-marxisme », le « marxisme heideggerien »... On nage en plein surréalisme !. Sa préface est un témoignage d’une époque brouillonne qui n’arrive pas à différencier les « niveaux ». Il y a des moments où il faut faire une cure de silence, aller se promener dans les bois et arrêter de penser à vide (le bouddhisme Zen peut aider !)

          Mon article visait à exhumer et à interroger une curiosité. Car c’est tout de même étrange qu’un homme qui a pris la peine de traduire un pavé de plus de 600 pages écrive dans la préface à sa traduction que le texte est « désuet » et sans intérêt. 

          Ceci dit, c’est vrai que la « solution » de Husserl à la crise qui secoue l’Europe dans les années 30 et qu’il semble réduire à une crise de la raison (de la science) paraît un peu... comment dire ?. C’est dans ce sens qu’il faut prendre la qualification « d’idéalisme ».

          Husserl est « idéaliste » quand il confond la maladie avec un de ses symptômes (Hannah Arendt a noté qu’il était tout-à-fait étranger à l’histoire et à la politique), mais il ne l’est évidemment pas dans son approche phénoménologique : la phénoménologie est bien une pensée qui veut aller droit aux choses mêmes, abolir le dualisme sujet/objet et la notion platonicienne d’arrière-monde. Et quoi qu’en pense Granet, tout n’est pas réductible à la politique et à l’histoire.

        • Choucas Choucas 8 février 15:57

           
          La phéréromonologie est bien plus avancée que la phénéménologie,
          même trans-galacticale et sa dialectique sujet-objet préhistorique (même négative)
           

          LES PHÉROMONES NUMÉRIQUES
           
          Les traces numériques laissées dans la rue par l’Iphone du gogochon (gogo, cochon de gôôôche, “on” heideggerien) s’ajoutent à celle des “piallements” et de “fesses-boucs”.
          Le Seigneur Mondialiste Zuckerberg les appelle les “phéromones numériques du gogochon”.
           
          Comme le multiethniquage standardisant dans le multi-akulti, ces effluences servent à assurer la bonne marche de la fourmilière, gouverner l’incertitude du futur, gouvernasse que Zuck nomme “l’économie comportementale”. Ce n’est pas de la statistique, qui demanderait l’entrée préalable de “catégories subjectives” déjà pensées (type social, ethnique, lieux etc...), pour seulement ensuite classer, hiérarchiser des données. Mais à l’inverse, ce sont les données de l’immanence naturelle du virtuel totalisé amorphes (La Nature Big Data) elles-mêmes, qui génèrent spontanément leurs propres catégories, mystérieuses souvent. Ce sont les phéromones qui créent les pistes à fourmis gogochonnes naturalisées.
           
          Ces pistes ne “répondent” pas à des “désirs” exprimés intentionnellement, mais anticipent suscitent pour guider elles-mêmes (“anticiper vos désir” dit la pub...) de façon totalement immanente à la Nature capitalistique de la fourmilière.
          Le Capital totalisé se branche ainsi directement sur l’inconscient libidineux du gogochon, pas sur sa volonté où son entendement qui doivent être nanifiés pour assurer le statu quo reproductif.
           
          Mais, les phéromones numériques font plus, elles formatent aussi la fourmi. Pour avoir reconnaissance des autres fourmis d’InterBEnet, beaucoup de “likes”, la fourmi gogochonne va d’elle-même adapter son comportement virtuel, modifier son profil fesses-boucs etc. Elle s’auto-optimise : le numérique se clôt sur lui-même. Par là, cette forclusion gère et gèle l’autobiographie même de l’animal (et même la sélectionne génétiquement par la parade sexuelle fesses-boucs).
           
          La classique dialectique sujet-objet fait donc intervenir un 3ème larron chiasmatique : la sélection virtuelle et son dessein intelligent caché, que l’animal gogochon ne peut comprendre, mais qui assure la pérennité des gènes du Capital Total.
          La fourmilière est ainsi immunisée automatiquement, naturellement, écologiquement, par les phéromones numériques bavées par les fourmis vertes gogochonnes.


          • Christian Labrune Christian Labrune 8 février 22:51

            @Choucas
            J’ai la nostalgie des écrits de Deleuze et Guattari, dans les années 70. Je n’ai jamais trop su si c’était du lard ou du cocochon et je préfère, indéfiniment, suspendre mon jugement là-dessus, mais j’étais jeune. Je me vois encore ouvrant chez un bistrot d’Amiens l’Anti-Oedipe que je venais d’acheter, pas très loin de la gare. Je n’avais pas trente ans.

            Votre manière de philosopher nous rajeunit. C’est bien. Merci encore.


          • Choucas Choucas 8 février 22:33

            Ces philosophies pompeuses n’ont aucun intérêt, et sont de tte façon balayées par la neuroscience. Hüsserl, Sartre, Lévinas...
            En système personne n’a dépassé Hegel (les marxistes y ont ajouté de l’économie politique)
            En littérature Nietzsche est le plus marrant, la poésie du gamin, imité par Heidegger, celle de l’aryen sombre des forêts teutoniques, mais laisez Merleau-Ponty, le panthéisme imaginaire du rhizome des miasmes chiasmatiques de la modernité soumise éduquée et enjouée.
             
            « Je pense que lorsque le dernier illettré aura disparu, nous pourrons faire le deuil de l’homme » Cioran
             
            « Signes de vie : la cruauté, le fanatisme, l’incohérence. Signes de décadence : l’aménité, la compréhension, l’indulgence. » Cioran
             
            « Pourquoi ne créerions nous pas, nous autres qui vivons l’agonie de la modernité [de l’Occident souchien], une morale tragique dans laquelle le doute et le désespoir se marieraient avec la passion, avec une flamme intérieure, en un jeu étrange et paradoxal » Cioran
             
            « Savoir qu’on ne pense pas est un bonheur encore plus grand » Cioran


            • Christian Labrune Christian Labrune 8 février 22:59

              @Choucas
              Ah ! voilà le rhizome ! Je n’avais pas encore lu ça, mais je sentais que ça viendrait : de l’anti-Oedipe à Mille plateaux, il n’y a pas si loin.

              Des nouvelles de Guattari : sa tombe, au Père-Lachaise, aura été assez longtemps misérable : une simple dalle de ciment et juste une petite plaque avec une citation dont je ne me souviens pas. Il y a quelques mois, on a ajouté une stèle qui figure une porte entrouverte. J’aurais préféré qu’on la fermât. A cause des courants d’air.

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