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Giselle, Cuba sous la nef

J’avais quitté le Grand-Palais sous le joug d’Anselm Kiefer : ses ruines monumentales ont fait place à un grand échafaudage (habilement nimbé de lumière bleue pour faire plus joli et couronné de tribunes pour faire plus rentable), et ses Sternenfal aux chutes programmées des étoiles du Ballet national de Cuba.

Car Giselle est un ballet romantique, avec ses phases bucoliques, ses phases surnaturelles, et ses morts tragiques nécessairement spectaculaires. Il commence comme un épisode de Heidi ou de La Petite Maison dans la prairie, avec pour héros une grue bleue anorexique (Sadaise Arencibia alias Giselle) et un héros-héron grand dadais au regard aussi vif que celui d’une truite (Miguelangel Blanco dans le rôle du prince Albrecht, sans doute le fruit de générations de cosanguinité). Le document animalier embraye logiquement sur une parade nuptiale impliquant toute la basse et la haute cour, jusqu’à ce moment de grâce où la grue traverse la scène en sautant sur une seule pointe, réveillant aussitôt les stigmates de mon épine calcanéenne en phase de guérison d’une fracture mâtinée d’algodystrophie. Giselle-Sadaise en sort transfigurée, se révèle soudain une authentique comédienne au masque bouleversant de douleur (les arpions, sans doute). Le temps pour elle de sombrer dans la folie et de caner dans les bras de sa mère, et c’est la fin de l’acte I.

Sur fond de musique cubaine, l’audience hispano-bobo se désaltère en se faisant brumiser la face et rhumiser le petit palais sous l’immense verrière du Grand.

Retour au XIXe romantique : cape au vent et fleurs à la main, Albrecht pleure Giselle sur sa tombe. Myrtha (Yolanda Correa) et ses Wilis trucident rapidement son rival Hilarion mais ce qui les excite c’est d’avoir la peau du grand dadais (un collant visiblement chipé au Silver Surfer). Gisèle tente bien de s’interposer mais outre-tombe, Sadaise a retrouvé l’expressivité de Frédérique Bel dans la minute blonde et ne peut rien contre cette horde de harpies. Albrecht devra danser jusqu’à en mourir, et nous supporter jusqu’au bout une agonie autrement moins convaincante que celle du premier acte.

Sadaise Arencibia recueille finalement plus d’applaudissements que la directrice du Ballet national de Cuba. Au premier rang, celle-ci n’aura rien vu de son ballet. Car Alicia Alonso est aveugle, ce qui explique peut-être la présence de Blanco dans le casting.

"Giselle" par le Ballet national de Cuba - Les Étés de la danse de Paris 2007. En alternance avec "Don Quichotte" jusqu’au 03/08.


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