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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Gonzague Saint Bris, le Tourangeau pur rillettes

Gonzague Saint Bris, le Tourangeau pur rillettes

« Lors de mes vagabondages dans les verdures éternelles, j’avais l’impression de lire l’univers et la forêt était pour moi la plus belle des bibliothèques. » ("L’Enfant de Vinci", éd. Grasset, 7 juin 2005).



La mort n’est jamais joyeuse et restera toujours prématurée. Néanmoins, il n’aurait certainement pas déplu à Gonzague Saint Bris, malheureusement fauché dans un terrible accident de la route le 8 août 2017, de retour de Normandie, d’avoir une destinée qui se rapprocherait de celle d’un Albert Camus ou d'une Lady Di, eux aussi partis bien trop vite. Son enterrement a eu lieu le 14 août 2017 en la collégiale Saint-Denis d’Amboise où il habitait. Une messe sera dite en septembre 2017 à Paris.

À 69 ans (il est né le 26 janvier 1948 à Loches), Gonzague Saint Bris a commencé comme journaliste en 1967 et fut un écrivain très fécond, puisqu’il a publié une cinquantaine d’ouvrages, souvent des romans historiques, des biographies, des récits de son enfance aussi, etc. Son dernier livre, qui avait reçu, comme d’autres précédents livres, un certain succès, fut publié cette année, le 2 mars 2017, sous le titre un peu racoleur "Déshabillons l’histoire de France : Tableau des mœurs françaises" (Xo Éditions) pour évoquer les décisions prises par des hommes de pouvoir sous l’influence de leurs histoires d’amour. Sa dernière dédicace a eu lieu le 20 juin 2017 au pique-nique du faubourg Saint-Germain organisé par la mairie du septième arrondissement de Paris.

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Fils d’un énarque diplomate, petit-fils de résistants morts en déportation, Gonzague Saint Bris, comte et châtelain, fut un homme de culture et de terroir, aimant se définir comme un "Tourangeau pur rillettes" pour son enracinement dans la Touraine. Il fut pendant quelques années conseiller municipal (d’opposition) de Loches et au-delà de nombreuses manifestations culturelles et audiovisuelles auxquelles il a participé (il a collaboré dans beaucoup de journaux, d’émissions de radio ou télévision, a été l’un des précurseurs des radios libres), l’un de ses apports culturels principaux fut la création en 1995 de la Forêt des Livres à Chanceaux-près-Loches.

Cette sorte de foire aux livres rassemble chaque dernier dimanche du mois d’août, depuis vingt-deux ans, environ 200 auteurs et 60 000 visiteurs dans un village de 150 habitants, qualifiée par certains étrangers de "Woodstock de la littérature" ou de "Glyndebourne de la culture". Parmi les présidents d’honneur de cette manifestation, il y a eu Françoise Chandernagor (2003), Charles Aznavour (2004), Renaud Donnadieu de Vabres (2005), Maurice Druon (2006), Bernard Pivot (2007), Hélène Carrère d’Encausse (2008), Simone Veil (2009), Jean d’Ormesson (2010), Didier Decoin (2011), Jean-Marie Rouart (2012), René de Obaldia (2013), Dominique Bona (2014), etc.

Depuis 2003, de très nombreux prix (des "lauriers verts") y sont décernés chaque année, au risque de susciter un peu d’ironie mordante comme celle de David Caviglioli, journaliste du "Nouvel Observateur" qui titrait sa diatribe le 3 septembre 2012 "Pommade en forêt" et fustigeait le choix du "jury" : prix de l’œuvre à Jean-Marie Rouart (qui présidait aussi ce salon ; c’était le cas aussi de Simone Veil en 2009, Jean d’Ormession en 2010, Didier Decoin en 2011 et Dominique Bona en 2014 !), prix de la rentrée à Florian Zeller, prix de l’héroïne de roman à Valéry Giscard d’Estaing (pour "Mathilda" ; le journal "Le Monde" estimait que « la principale qualité du roman est sa brièveté »), le prix histoire à Lorant Deutch, le prix de la critique littéraire à Claude Sérillon, etc. En 2012, Michel Rocard aussi fut primé du prix essai. Brice Lalonde et Patrick Poivre d’Arvor ont eu aussi leurs prix d’autres années.

Malgré la nouvelle du décès de son créateur, la dernière édition de la Forêt des Livres a été maintenue ce dimanche 27 août 2017. Son ami, animateur du café littéraire de la manifestation, Christian Panvert, a confié à l’AFP le 9 août 2017 : « Gonzague a bouclé cette 22e édition, tout est calé, tout est prêt, les affiches sont parties, les livres des écrivains sont commandés : nous sommes à quinze jours de l’événement, le public ne comprendrait pas qu’on ne fasse pas quelque chose. ».

S’il a été trois fois candidat malheureux à l’Académie française (le 7 juin 2001 au fauteuil de Michel Droit, le 7 février 2008 à celui de Bertrand Poirot-Delpech et le 10 ami 2012 à celui de Jean Dutourd), Gonzague Saint Bris fut toutefois auréolé de nombreuses gratifications et honneurs comme (entre autres) : chevalier de la Légion d’honneur, commandeur des Arts et des Lettres, officier du Mérite agricole, etc. et il a reçu notamment le Prix Interallié 2002 pour "Les Vieillards de Brighton" paru le 30 avril 2002 (éd. Grasset).

Personnalité atypique et peu "classifiable", il étonna en novembre 2014 en cherchant à refaire à dos de mulet le chemin tracé par Léonard de Vinci en 1516 pour aller d’Italie en France sur l’invitation du roi François Ier. Léonard de Vinci est mort au château du Clos-Lucé (à Ambroise), dont Gonzague Saint Bris était propriétaire avec ses frères. Passionné par la personnalité de Léonard de Vinci, il rappela un jour : « Même l’air conditionné a été inventé par De Vinci, pour qu’Isabelle d’Este puisse se maquiller dans son boudoir de beauté. ».

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De ses livres, j’ai lu notamment "Le Coup d’éclat du 2 décembre" préfacé par Alain Decaux, publié le 29 août 2001 (éd. Taillandier), qui raconte précisément les événements qui ont abouti au coup d’État du 2 décembre 1851 destiné à instaurer le Second Empire (l’année suivante) au profit de Louis Napoléon Bonaparte, élu Président de la République pour un mandat de seulement quatre ans non renouvelable le 10 décembre 1848. Comme pour ses autres romans historiques, Gonzague Saint Bris a cherché à "populariser" l’histoire de France avec un style qui rompt avec les essais plus académiques.

Je propose ici quelques citations provenant de Gonzague Saint Bris sur différents sujets.

L’amour : « C’est quoi l’amour ? Une fulguration ? Une sublimation ? Une reconnaissance réciproque, soudaine et silencieuse ? Un éblouissement ? La certitude qu’on vient de décacheter le flacon du parfum du bonheur ? Le moment le plus beau, c’est quand enfin l’alliance relaie l’éclat du désir et tuent les promesses de la passion. Cet instant parfait destiné à durer une éternité, je l’appelle le romantisme absolu. » (30e Festival du film romantique de Cabourg, en 2016). Gonzague Saint Bris fut le créateur de ce festival.

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Sur les conjoints des Présidents de la République : « L’Élysée est construit pour la Pompadour par Louis XV. Or, durant les deux derniers quinquennats, les Présidents nous ont servi une matière riche, Cécilia et Carla pour Sarkozy, Valérie et Julie pour Hollande. Quelles rimes, quelle transition ! Chacun semble se donner du mal pour que tout change et tout reste pareil. » ("La Tribune de Genève", le 1er avril 2017, interviewé par Cécile Lecoultre).

Sur la crise de notre époque : « On croit que les renaissances sont nées dans des périodes fastes, mais en fait, les renaissances sont toutes nées dans des périodes difficiles, des périodes de crise. On ne peut pas nier qu’on est dans une période de crise, et on ne peut pas nier non plus qu’une renaissance est possible. » (LeProg, en 2015, interview).

Sur le métier de vivre : « C’est très difficile d’apprendre à vivre. (…) Au fond, vivre est un métier qui s’apprend. Savoir vivre, cela n’est pas ne plus s’indigner, bien sûr, mais c’est apprendre à ne plus laisser cette indignation se porter sur les autres, au risque de leur causer un préjudice, mais la canaliser en soi, afin qu’elle donne naissance à des choses nouvelles au plus profond de nous mêmes. Cela veut dire tout simplement que dans la vie, il faut toujours essayer de faire d’un mal un bien. » ("Ligne ouverte : au cœur de la nuit", en 1978, éd. Robert Laffont, reprenant son émission nocturne sur la radio Europe 1).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 août 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Gonzague Saint Bris.
Max Gallo.
Jacques-Yves Cousteau.
Michèle Cotta.
Claude Estier.
Philippe Alexandre.
Hannah Arendt et la doxa.
Jean-Jacques Servan-Schreiber.
Elie Wiesel.
Jean-François Deniau.
Jean Boissonnat.
Étienne Borne.
Alain Decaux.
Pierre-Luc Séguillon.
Françoise Giroud.
Jean d’Ormesson.
André Glucksmann.
Henri Amouroux.
René Rémond.
Noël Copin.
Maurice Duverger.
Jean Lacouture.
Bernard Pivot.
Michel Polac.

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5 réactions à cet article    


  • sarcastelle sarcastelle 29 août 14:28

    Je réponds au récent article de M. Rakotoarison sur le grand Raymond Barre, et vous explique pourquoi je n’en garde pas bon souvenir. 

    .
    En 1977 ce talentueux génie créa une vignette pour les avions. Ben oui, il n’y en avait pas. Trop de frais de perception pour peu d’imposés.
    .
    Je possédais un avion monoplace de construction amateur vieux de 14 ans, racheté d’occasion huit mille francs, 180 kilos à vide, à moteur automobile Volkswagen poussif de 26 chevaux réels. Comme une voiture de même puissance ne devait pas payer beaucoup plus de cent francs de vignette, j’ai pensé que je m’en tirerais à bon compte, d’autant plus que le régime administratif des avions de construction amateur ne leur imposait qu’un contrôle technique, mais, à l’inverse des avions légers industriels, aucun entretien en atelier spécialisé ni usage de très onéreuses pièces détachées certifiées aviation. Un rapport d’au moins dix dans les budgets d’entretien.
    .
    Mais Babar et son équipe de technocrates confirmés pondirent un barème éblouissant.
    Tout avion de moins de 100 chevaux réels : mille francs de vignette, et cela quelque soit son régime administratif, amateur ou industriel. 
    Si l’avion faisait jusqu’à 180 chevaux (la puissance d’un type de moteur très répandu), on le ponctionnait un peu plus : 1200 francs. 
    1000 francs de 1977 font 570 euros de 2017 (voir le site France-Inflation).
    .
    Donc :
    - Un quadriplace de 180 chevaux, machine croisant à 220/240 km/h, éventuellement avec un tableau de bord pour le vol aux instruments digne d’un Boeing, le tout pour le prix d’une maison (pas d’une Phénix), 1200 francs de vignette.
    - Un monoplace de 26 chevaux construit dans un garage, 125 km/h en croisière et trois cadrans devant la pilote : 1000 francs de vignette.
    Voilà les productions Raymond Barre. 
    .
    Je m’en serais sortie pour moitié prix, puisque la vignette était divisée par deux après 10 ans (5 pour les voitures).
    .
    Pour finir je n’ai rien payé. L’organisation rassemblant les avions construits dans les garages a réussi à faire voter l’exemption des avions construits dans les garages, pourvu toutefois qu’ils n’excédassent pas deux places. 
    .
    Comme en ce temps il était défendu de priver l’état d’une ressource acquise, il fallait en proposer une autre à la place. Ce fut je ne sais quelle huile industrielle qui à la place se vit surtaxer de deux centimes à l’hectolitre. 














    • Clocel Clocel 29 août 14:36

      @sarcastelle

      Un bon vieux Jodel D9 ? smiley


    • sarcastelle sarcastelle 29 août 16:52

      @Clocel

      .
      Pas loin. Un Turbulent. 

    • sarcastelle sarcastelle 30 août 03:23

      @sarcastelle
      .

      Tiens, le crétin qui moinsse sans savoir pourquoi a encore frappé. 

    • sarcastelle sarcastelle 29 août 23:19

      Bon, trois réponses toutes hors sujet : on dirait que Gonzague Saint Bris n’était pas follement connu. 

      Pourtant je le connais depuis que j’ai trouvé cet article de Sylvain Rakotoarison. 

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