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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Gonzo Highway : traduction des correspondances de Hunter Thompson

Gonzo Highway : traduction des correspondances de Hunter Thompson

On a appris récemment que Johnny Depp devrait se charger de faire disperser les cendres de Hunter Thompson ... à coups de canon (sources AFP). L’écrivain et journaliste s’était suicidé d’une balle dans la tête dans sa maison de Woody Creek (Colorado) près d’Aspen. Troy Hopper, rédacteur en chef adjoint du journal que dirigeait Thompson (l’Aspen Daily News) a indiqué que « Hunter avait parlé de cette idée de voir ses restes tirés à partir d’un canon (...) et Johnny a les moyens et la volonté de faire en sorte que cela se produise ». L’acteur avait été amené à travailler avec Thompson sur l’adaptation au cinéma de son roman Las Vegas Parano (Fear and loathing in Las Vegas, réalisé par Terry Gilliam). Selon Troy Hopper Johnny Depp devrait financer la construction d’un monument en forme de poing de 45 mètres de haut, pour les obsèques de l’auteur prévues le 20 août.

Hunter S. Thompson est généralement présenté comme journaliste-romancier. Il fut notamment l’auteur d’un ouvrage intitulé Hells Angels, portrait de ces bandes de motards avec qui il a vécu durant plusieurs semaines. Son thème de prédilection fut la fin du rêve américain, c’est celui que l’on trouve en action dans Fear and loathing in Las Vegas. C’est sur son style et sa manière de faire le journalisme que HST s’est fait remarquer. Mêlant largement faits et fiction, objectivité et subjectivité, travail et défonce, Thompson s’est forgé une image, un mode de vie et une manière de traiter l’actualité : le journalisme Gonzo.

Le milieu de l’édition française, faisant fi de sa tristesse, a su trouver le courage de rompre le deuil et saisir l’occasion d’un départ théâtralisable pour nous livrer, le 30 mai, la traduction d’une partie des lettres accumulées par Thompson entre 1955 et 1976 sous le titre Gonzo Highway. Ce recueil avait été publié aux Etats-Unis en 1997. C’est tout à l’honneur de la société Robert Laffont d’avoir pu transcender sa douleur en travail pour nous offrir, à peine plus de trois mois après le suicide de HST, un recueil des correspondances dont il conservait scrupuleusement des doubles sur papier carbone, comptant bien les voir publiées avant sa mort. Il écrivit à ce propos en 1959 à Larry Callen, un ami de l’armée de l’air, « Je vais tacher de faire publier ma correspondance avant d’entrer dans l’histoire et non après ». Remercions donc tout de même l’éditeur d’avoir ouvert son tiroir mortuaire car cet ouvrage est éclairant, et à plusieurs titres. Pour la connaissance du personnage d’abord, tout aussi efficace qu’une biographie et bien plus excitant. Pour l’histoire d’une époque et des tumultes cuturels qui l’ont marqué. Pour le regard de Thompson sur cette époque, Thompson insoumis et irrévérencieux. Pour son style, drôle, incisif et cynique. Pour son idée du journalisme, de l’écriture plus globalement et de l’engagement enfin.

Hunter S. Thompson représente aujourd’hui pour beaucoup de journalistes, ou au moins pour ceux qui, tentant de ne pas sombrer dans le recel de nouvelles, se risquent à adopter un point de vue et une plume, un idéal dont on admire l’aura, les emmerdes, le style littéraire, la constance dans l’engagement et le refus de se soumettre à la norme, bref un type auquel on s’identifie, un super-héro perdant qui a voulu changer de journalisme.

En témoigne un article de Nicolas Santolaria du 25 février 2005 sur le site de Technikart : « La seconde raison qui fait que Hunter S. Thomspon est classé en tête dans les concours de name-dropping au sein des rédactions tient au fait qu’il réunit à lui seul la plupart des tares affectant la profession, la lâcheté mise à part. Ainsi, Hunter S. nous apparaît à nous, mélancoliques détenteurs de la carte de presse, comme un frère de misère. »

Même signal chez Nova dans un court article intitulé « Hunter Thompson, son dernier trip » : « A Nova, nous sommes d’autant plus touchés que Thompson avait pas mal contribué (à son insu) au lancement d’Actuel en 1979. Alors jeunes journalistes, nous nous étions goinfrés de pages de Thompson avant de partir nous-mêmes en reportage ou d’écrire nos papiers. Sans atteindre, il faut le reconnaître, son niveau de performance. Respect. »

Libération consacrait le 22 février une double page au « chantre de la contre-culture américaine », on pouvait y lire dans l’éditorial : « Le flingage volontaire de ce journaliste écrivain dandy bouffon politique kamikaze rock, chantre de la vie défoncée, obsédée et armée à feu, vient bizarrement nous rappeler à une certaine éthique intenable et refoulée qui nous fonde coûte que coûte, avec notre quotidien d’époque. A l’heure où l’obscurantisme étatique local repart en guerre (perdue) contre le cannabis, le suicide de cet apôtre de l’intoxication manifeste que se droguer et se foutre en l’air c’est bien. La vie en œuvre de ce Jean-Edern K. Dick à la surproduction vitupérant et gondolante célèbre cette frénésie de jouissance-déviance assumée. »

Le trouble qui a parcouru l’échine de la profession à l’annonce de la mort de l’écrivain trouve en partie son origine dans l’idée que se faisait Thompson du journalisme et dans la manière dont il le pratiquait. Dans une lettre au journal San Juan Star Thompson, qui répondant à une petite annonce pour un poste de rédacteur sportif, explique : « J’ai fait une croix sur le journalisme à l’américaine. Le déclin de la presse américaine est depuis longtemps une évidence, et mon temps est trop précieux pour que je le gâche à essayer de fourguer à l’homme de la rue sa ration quotidienne de clichés (...) il existe une autre approche journalistique (...) gravée dans le bronze, à l’angle sud-est de la tour du Time, à New-York ». Ladite plaque porte la profession de foi de Joseph Pulitzer : « Une institution qui se battra toujours pour le progrès et la réforme, ne tolérera ni injustice ni corruption, luttera contre les démagogues de tous bords, n’appartiendra à aucun parti, s’opposera aux classes privilégiées et aux pillards du bien public, sera solidaire des pauvres, se consacrera au bien-être de tous, ne se contentera pas d’imprimer des nouvelles, sera toujours farouchement indépendante, ne craindra jamais de s’en prendre au mal, qu’il s’agisse de ploutocratie prédatrice ou de pauvreté prédatrice. »

Le rédacteur en chef du San Juan Star lui avait d’abord suggéré de se remettre à son roman, « voire d’en commencer un autre, dont l’intrigue serait bâtie autour de la fameuse plaque de bronze de la tour du Times. Il faut toujours écrire sur ce que l’on connaît intimement. » mais après que Thompson l’ai grassement insulté par courrier interposé il lui proposa finalement un poste au San Juan Star.

Voilà donc le genre d’enseignements que l’on peut tirer de ce recueil de lettres. A l’époque de l’écriture sur le net il parait essentiel de se reporter à de telles références pour donner un sens à nos écrits.


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1 réactions à cet article    


  • johann83 johann83 31 mars 2008 02:51

    Hunter S. Thompson, voilà un nom que je suis pas prêt d’oublier. j’ai toujours un bouquin de lui dans mon sac, ma table de nuit, en passant de Hell’s angels à Rhum express (mon préféré, malgrés que se soit son premier roman). c’est un modèle pour beaucoup et un maître dans son art. Respect pour lui et toute son oeuvre, je trouve que sa mort (volontaire) représente bien l’idée du personnage. une vraie bouffée de liberté en lisant !

     

    PS : si vous savez où trouver les quelques rares bouquins, hormis ceux qu’on trouvent à la Fnac, traduits en français, contactez moi merci

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