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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Guetta out of a ear...

Guetta out of a ear...

Ce soir commence la première émission de l’année, tant attendue chez les habitués, qui porte un nom peut-être un peu m’as-tu-vu, c’est vrai, mais qui recèle tout ce que la France compte de plus neuf en matière de musique, de chant, et d’espoir. Des milliers de jeunes, n°1 sous leur douche, ou seuls au volant, sont si timides parfois, que c’est la sœur, le voisin, ou leur meilleur ami qui les ont inscrits et poussés jusqu’au devant de cette scène acoustique. Celle-ci est la plus difficile, parce que plus personne ne vous soutient, ni orchestre ni sono, et surtout que vous êtes face au jury le plus professionnel qui soit en la matière, au niveau national ou même mondial. L’émotion y est souvent intense, autant chez le chanteur que chez des millions de français qui, comme vous et moi, musiciens ou pas, mais sans doute mélomanes, apprécient. Le jury lui-même, pourtant tous professionnels aguerris, sont parfois les premiers surpris.

Un musicien raté, un peu dans mon genre par exemple, l’est souvent parce qu’il n’a pas su s’introduire dans le monde des radios crochet, des caf’ conc’. Il n’a pas été soutenu par sa propre famille, ou son cercle d’amis, ni n’a croisé la route d’un profileur, ces chasseurs de têtes qui arpentent ces espaces où viennent se frotter les jeunes groupes. Bien sûr, faire carrière ne suffit pas à s’épanouir puisque l’on peut en mourir, drogué et alcoolique noyé dans son vomi, et chanter tout l’été au coin du feu non plus, puisque dès l’arrivée de l’hiver, il faut chanter pour se réchauffer, ce qui remplace l’envie par un besoin nécessaire à la survie, qui est une sorte de sur envie...

Un musicien épanoui est celui qui, même s’il met zéro ou trente ans à accéder au sommet de son art, s’en réjouit chaque jour, même sous sa douche ou au volant. Je ne suis pas là pour raconter ma vie, mais en profite pour glisser cette anecdote explicative à propos du sujet dont j’écris : à l’age de douze ans, j’ai fait mon premier disque à l’initiative d’Alain Etévé, alors professeur de chant à l’école de Sainte Marie à Meaux où j’étais pensionnaire. J’y chantais en soliste dans la chapelle remplie, et n’ai jamais cessé de chanter depuis et suis toujours pleinement épanoui. Chanter n’est pas si simple et peut paraître anodin, pour plusieurs raisons. D’abord, quand on est timide et réservé en privé, on l’est encore plus en public. Lorsque l’on parle déjà debout devant une tablée, cela peut être émouvant, et de là à chanter devant six mille ou cent mille personnes, faut carrément être drogué pour vaincre le trac. Ensuite, si, dire une simple bêtise, un simple mot déplacé, ou une simple phrase exprimée calmement peut déclencher le rire ou l’humeur de l’assemblée, chanter revient à la proférer à haute voix avec parfois, toute la puissance du geste qui fait de votre petit organe buccal, une trompette aigüe ou un baryton sonnant. Chanter, c’est un peu de la folie, car la moindre déviation peut contrarier en une seconde toute l’assemblée des auditeurs. Ces émotions immatérielles qui circulent dans les flux nerveux, transmises par vibrations sonores ondulatoires, sont d’une force étonnante, et si elles peuvent générer des frissons dans le dos de dizaines d’auditeurs, elles provoquent l’équivalent de l’effet de l’alcool chez ceux qui la produisent, jusqu’à un point que seuls les chanteurs peuvent connaître.

Mais l’objet de mon article décliné dans le titre, est la nouvelle comme quoi pour être numéro un des ventes de disques français sur le marché mondial, point n’est besoin d’être, ni chanteur, ni musicien, mais plutôt compositeur, une nouvelle race de charlatans. « David Guetta reste l’artiste français qui vend le plus de disques au monde, plus de 7 millions d’exemplaires ont été écoulés depuis le début de sa carrière. Derniers titres de gloire : son album One Love, a généré 15 millions d’euros de chiffres d’affaires et le titre Chick s’est classé en première position des meilleures ventes de singles dans le monde.  » Comment en est-on arrivé là ?

Le milieu de la musique de boite de nuit, afin de ne pas se soumettre à la loi de la sacem, et à la redistribution des droits d’auteurs auprès des chanteurs qui, il y a encore peu, avaient une place de choix dans leur sein, ont entrepris de fabriquer eux mêmes, dans leurs propres studios, de la musique sans musiciens. Comme une église qui aurait décidé de se passer de dieu et de saints, une médecine qui aurait décidé de se passer de médecin et de médocs, dans ces studios usines, aucun instrument acoustique n’a la parole, et ne sévissent que les appareils analogiques et numériques, c’est à dire synthétiques. Ceux-ci n’assemblent entre eux que des bouts de ficelles auxquels sont adjoints et mixés, des portions infimes de morceaux de tubes célèbres des années soixante dix et quatre vingt. Le vol a été quasiment manifeste et le pillage d’autant plus difficile à détecter que la sacem ne peut pas toujours vérifier si, ce cri particulier, cette demi seconde de gimmick, est bien l’original, une copie conforme, ou la propriété de l’auteur. La frontière est si étroite quand il s’agit de simple cris, rifs de guitare ou ports de voix, que le métier de contrôleur devient vite semblable à l’épicier, voire au chipoteur. C’est cette savante faille dans laquelle s’est engouffrée ce monde parallèle, qui fait des millions d’euros avec du vent, sans aucun professionnalisme et qui ne le diffuse que dans des salles obscures. Ce système à l’échelle mondiale est accompagné de commerces souvent douteux que sont les alcools forts parfois frelatés, les belles filles faibles qui finiront gogo-girls, les drogues dures tombées dans leurs verres, et soutenus par des armées de vigiles maintes fois décriés, puisque puissants sélectionneurs discriminatoires.

Mais surtout, ce phénomène participe également à rompre le lien qui était déjà formé entre les clients de cette fête traditionnelle du samedi soir où l’on va danser ensemble, et certains artistes que l’on retrouvait habituellement tous les jours au top cinquante, hors de ces salles. C’est d’ailleurs pour eux qu’est née la loi hadopi, qui sait faire preuve de pression, de répression, et de pénalisation auprès du petit contrevenant, tout en fermant les yeux sur les véritables falsificateurs du système qu’elle est sensée défendre.

Nous vivons une époque contemporaine formidable, où il n’y a plus besoin de savoir écrire pour obtenir le prix médicis, où il n’y a plus besoin d’être musicien pour vendre des disques, où il n’y a plus besoin d’être artiste pour vendre des chefs d’oeuvres, où il n’y a plus besoin d’être plombier ni électricien, mais simple dépanneurs pour faire du fric, où il suffit d’être intermédiaire pour emporter, sans impôts à l’État des sommes occultes considérables, où il n’y a plus besoin de sagesse universelle pour faire prêcheur, où il n’y a plus besoin de travailler pour gagner plus, enfin où n’importe qui peut faire n’importe quoi sur un marché parallèle sans contrôle d’une autorité commune.

En se retournant ainsi, envers et contre le peuple, pour obtenir de celui-ci le manque à gagner, et combler l’absence dans les caisses de l’État, l’on supprime encore des libertés par des lois inapplicables, et au détriment des petits. Pendant ce temps là, cette même génération, formatée au marteau piqueur, avale sans concurrence possible de kilomètres de contrefaçons grossières, que des années de rabaissement de la culture musicale a dissout dans une soupe indigeste, et qui profite allègrement à cette mafia musicale. Celle-ci vous attend tous en fin de semaine pour racler votre paye au moment d’aller vous amuser un peu en ville, et en passant, vous raffler votre plus belle fille, amoureuse fanatique du dieu de la soirée, le D’Jieu, ou de l’un de ses apôtres, sélectionneurs à l’entrée...

L’émission de ce soir, la Nouvelle star, offre la chance à des milliers de jeunes français de se faire connaître par leur talent, et d’obtenir une tribune dignement soutenue par les plus grands professionnels de la musique. Ceux-ci ont entre leurs mains, les clés des plus grands studios de ce monde du son et des ondes musicales qui parviennent parfois jusqu’à nous par les chemins des ondes hertziennes. Ces jeunes pourtant timides et émotionnés, mais souvent méritants, sont notre espoir de voir enfin les vraies personnalités musicales de demain, agrémenter notre quotidien, et s’intégrer dans ce réseau à l’usage du divertissement du public. Ils ont plus besoin de notre soutien que de lois restrictives, car la musique est sensée adoucir les mœurs, dès qu’elle n’est pas armée de breaks à la mitrailleuse automatique et au canon à particules extra-sismiques.

Excusez moi de proposer un sujet léger en cette période difficile, mais la musique aussi a besoin d’être sauvée des pattes de puissants charlatans. Je n’aurai qu’un mot pour ce garçon reconnu internationalement par les sous-représentés, ou sourds représentés, Guetta out of a ear... !

En bon français, fiche le camps de mon oreille.

 

sujet à l’origine de l’article sur envoyé spécial

chuis pas dentiste, je suis plombier...

petits extraits au choix sur trente quatre pages de vingt vidéos

juste derrière les champions, des quantités de brillants sujets

Gregory lemarchal, vingt six pages de vingt vidéo à lui seul...


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19 réactions à cet article    


  • Lisa SION 2 Lisa SION 2 2 mars 2010 12:49

    Autre post : http://www.lepost.fr/actu_bulle/2010/03/02/1966254_que-dit-andre-manoukian-jure-de-la-nouvelle-star-qui-va-auditionner-30-000-nouveaux-candidats.html

    Et cet amusant auquel je ne résiste pas : ALLÔ ? DIEU ?

    Confessez-vous ... en ligne !

    Un poids sur la conscience ? Appelez « DIEU »...


    • Antoine 2 mars 2010 22:45

      Soit mais cette émission (je n’arrive même pas à en écrire le nom) relève aussi de la soupe pour cochons. Si l’on veut savoir ce qu’est un chanteur ou une chanteuse, une solution, une seule : aller à l’opéra ( à défaut en écouter des enregistrements), seul endroit où écouter des oeuvres méritant ce nom et où s’additionnent le génie et l’authentique talent...


      • Lisa SION 2 Lisa SION 2 2 mars 2010 23:14

        Bien sûr Antoine,

        je ne suis pas foncièrement contre, l’opéra est bien un style à part entière et indémodable, mais l’on est plus dans la cour du roi, ni sur les balcons de Venise.

        Chaque style a droit de cité et tout le monde n’est pas capable d’émettre ainsi des sonorités et sur des técitures aussi étendues et vastes. Tout le monde n’est pas non plus obligé de brailler « je t’aime » audible à mille lieues, et donc chacun doit pouvoir croire qu’il a une chance aussi de cultiver son propre outil.

        L’opéra, je l’aime particulièrement lorsqu’il est d’aujourd’hui : http://www.musicme.com/Alessandro-Safina/albums/Musica-Di-Te-0828765730228.html?play=01 a+.


      • Antoine 3 mars 2010 00:48

         Ma chère Lisa, je crains pour vous que vous ne connaissiez guère l’opéra ! Il ne contient pas que des cours royales ou des balcons sur cour ou sur mer ! Et d’ailleurs peu importe : dans une oeuvre d’art le sujet est secondaire, seule compte la façon de le traiter, même si un beau sujet ne saurait nuire. A l’opéra, on ne braille pas, ce serait plutôt le cas du boucan qui semble vous convenir, sauf si brailler signifie pour vous être audible sans micro par dessus l’orchestre au delà du deuxième rang (peut être l’ignorez vous, mais à l’opéra on ne triche pas). Le musique qui semble vous convenir n’est que de la musiquette simplette apte à ne contenter que les tympans primaires. 


        • Lisa SION 2 Lisa SION 2 3 mars 2010 04:45

          Certes cher Antoine,

          mais quand je parlais de « brailler je t’aime audible à mille lieues, » je ne parlais pas de l’opéra. Je suis surpris que vous ne l’ayez pas senti, et d’ailleurs ce n’est pas non plus le sujet de mon article.

          Vous dites, « Le musique qui semble vous convenir n’est que de la musiquette simplette apte à ne contenter que les tympans primaires. » La musique qui me conviens est un peu représentée dans un article que j’ai mis en modération qui s’appelle « amusicalement votre ». Il me plait qu’elle soit à ma portée pour que je puisse l’interpréter, qu’elle soit de mon époque c’est à dire d’aujourd’hui, et qu’elle ait bien étendu l’éventail des harmonies afin de ne pas paraitre ni binaire ni primaire. Dans ce cas, l’opéra ne remplit aucune de mes conditions.


        • Antoine 3 mars 2010 00:57

           (Ma chère Lisa, suite) Je me suis rendu à l’adresse indiquée par vous. De l’opéra, cela ? De la savonnette baveuse pour ascenseur, et encore à condition qu’il n’y ait pas trop d’étages...
          ps. c’est bien ce que je disais, vous ne connaissez pas l’opéra, dommage pour vous.


          • Lisa SION 2 Lisa SION 2 3 mars 2010 05:03

            Antoine,

            il faut que je vous raconte quelque chose : je suis allé un jour dans une église bretonne écouter un concert de classique. j’y ai écouté douze morceaux dont six de compositeurs les plus connus, Bach, Beethoven...j’ai trouvé les harmonies classiques primaires pauvres et plates. Par chance, j’ai aussi pu écouter du Couperin et Fauré, et là, immédiatement les harmonies nettement plus sophistiquées et complexes qui ne repassent jamais par la case départ et qui vous emmènent sur des chemins variés et riches en paysages mélodieux...j’ai réagi ainsi parce que j’ai choisi d’étendre la portée de mon arc et de tourner le dos aux cent quatre vingt degrés de pompeuses musiques mécaniques. Celle qui est décrite dans mon article dont je refuse l’accès à mon oreille au profit de quelques jeunes perles telles qu’on peut en entendre dans le filet de voix d’une ou plusieurs des trente mille personnes présentées à la nouvelle star. Et ne me dites pas le contraire, je ne connais pas votre sujet, mais il y a huit ans que j’écoute le haut du plateau de la jeunesse française en question.

            on ne juge un dommage différemment selon que l’on en soit l’auteur ou la victime. Merci pour cet échange.


          • pierrot123 3 mars 2010 10:14

            Lisa Sion, vous paraissez plutôt sympathique...
            Mais, question Opéra, s.v.p....Sachez avoir un peu de tenue...De la tenue, quoi !


            • Lisa SION 2 Lisa SION 2 3 mars 2010 10:47

              Pierrot123,

              ce n’est pas mon sujet mais bon. On est d’accord, en plein air ou au théâtre, l’opéra est brillant et puissant, et même Florent Pagny nous a bluffé avec Caruso de Dalla. Mais sur les supports enregistrés, il ne tient pas la très très très très riche concurrence.


            • Lisa SION 2 Lisa SION 2 3 mars 2010 17:23

              Pendant que j’y suis, je ressort cet article de la modération qui trouvera parfaitement sa place ici. Ce n’est pas du boum boum ni de l’opéra ; Pardonnez moi pour mon éclectisme.

              http://www.musicme.com/Khalil-Chahine/albums/Turkoise-3448964490036.html?play=07 Ce morceau commence si doucement, c’en est bon pour démarrer à froid, et ce voyage va vous emmener vers des sommets à partager seul avec le son. Sans même accélérer, mais juste en allant chercher le tréfonds de sa respiration, l’artiste déclenche ce frisson, qui parcours en un instant le grand canal nerveux dorsal central de haut en bas. Se répartissent ensuite les fourmis ouvrières jusqu’aux derniers réseaux de sensibilité pour les réveiller, c’est vivifiant. Le soutien rythmique rappelle le tintement de ces trousseaux de clés qui se balancent à votre ceinture quand vous marchez tranquillement. Les intonations de sa voix vont du plus doux des soupirs, du plus velouté des élixirs, sensés éveiller les plus chauds des désirs, jusqu’aux timbres brillants, trémolos vibrants et ondulant comme ces vagues régulières des plus belles plages abandonnées. Les suivre avec acuité peut entrainer l’esprit à rejoindre l’âme du poète et faire à ses cotés le plus pur des voyages. Le partager avec une femme sensible peut mener à connaître la couleur de son aura. La sensibilité de ces mots couchés sur un tapis féminin ramène immédiatement tout le restant de ce monde, à un immense jeu de boules pour brutes qui s’ignorent. Beaucoup d’autres chansons se prétendant d’amour deviennent subitement des autoroutes en papier de verre où circulent de vulgaires Bull-Dozer sans pots d’échappement...L’amour, lui, entrera sans frapper.

              http://www.musicme.com/Murray-Head/albums/Say-It-Ain%27t-So-0042284245227.html?play=01

              Afin de donner un peu de vitesse et de poids à vos sens ainsi réveillés, ce morceau va chercher encore plus loin dans les aigus, probablement pour révéler le féminin endormi en chacun. Le sentiment porté par l’artiste sur les risques qui pèsent sur le monde l’emmène à appeler si fort au secours, que personne ne peut rester indifférent à ce cri authentique. La tension actuelle prouve à quel point il avait raison, et le renvoyer un instant dans les oreilles initiées, ne peut que lui permettre d’à nouveau couvrir le brouhaha de nos ondes quotidiennes si tristes. Les glissements du doigts métallique sur les cordes filées plat de la pédal-steel-guitar apportent une sensualité à cette note qui passe par tous les tons sans aucune interruption, et d’autant plus qu’elle est double. Les nuances permises par la basse Fretless créent cette instabilité et ce déséquilibre sur lequel il est impossible de s’appuyer, mais soustrait tout la strictitude des notes établies et fixes. Ce concert de nuances possibles enrichissent d’autant l’éventail établi de l’octave musical, et repoussent les limites de la liberté de chanter. Laissez vous bercer jusqu’au dernier phrasé, il est injonctif, certes, mais salutaire à ceux qui voudront bien l’entendre.

              http://www.musicme.com/Florent-Pagny/albums/Talents- :-Florent-Pagny-0600753066409.html?play=12 Ce chanteur à la mode qui s’est mesuré à deux fois plus lourd que lui aux cotés de Pavarotti and friends, a démontré que son organe, si petit soit-il, percute aussi fort et juste à nos sens. L’harmonie complexe et les paroles profondes de ce morceau exporte immédiatement l’artiste hors du champs des banalités rabâchées à longueur de journée pour formater les jeunes à la sous culture du vide. La femme, ce thème incessamment allongé par tous les poètes sur le papier et dans les airs, est ici si symboliquement déshabillée de l’intérieur, que son cœur apparait effleuré et caressé par la voix chaude du magicien musicien hypnotique et chirurgical. Les harmonies complexes sortent des ornières profondes et boueuses où s’enterrent les tubes classiques en accords majeurs et descentes chromatiques. Dès la première note, l’on sent que l’artiste a ouvert une porte inhabituelle et le chemin qu’il y parcourt est plein de découvertes et de renouveau, c’est enrichissant. Sa recette consiste en commençant le morceau sur un La, alors que le rez de chaussée de cette chanson est bien le Do. La circulation se maintient ainsi dans les étages, ce qui facilité l’envol de l’esprit qui finit bien sûr par retomber sur ses pieds, mais après une agréable lutte contre l’apesanteur.

              http://www.musicme.com/Level-42/albums/Level-Best-0042284139922.html?play=06 Ce morceau est d’une douceur étrange parce que l’artiste y déclare à sa compagne qu’il la quitte définitivement. Le poids de la partie rythmique alourdit encore le message et lui donne un caractère non plaisantin. Il sait qu’il va faire mal, qu’il sent déjà les larmes couler sur les joues d’une femme qu’il a dû aimer de tout son cœur et s’en excuse, d’autant plus qu’il a mal lui-même très profondément. C’est poignant. Sans doute cet éminent bassiste, d’habitude nettement plus prolixe dans le jeu de ses doigts marteaux puissants sur ces solides cordes, a-t-il été lui aussi touché de plein fouet par la chanson que les Beatles avaient développé sur un sujet un peu semblable dans « She’s leaving home ». Sans besoin d’artifices ni de fioritures, le sentiment profond est le seul moteur de ce morceau puissant où le cœur parle à nu. Des quantités de sons synthétiques sophistiqués accompagnent de discrets arrangements de cordes d’une pureté remarquable, et le mariage est parfaitement réussi.

              J’espère que ce voyage vous aura plu, et si vous en redemandez, j’ai encore bien des surprises.


              • Antoine 3 mars 2010 23:31

                 Lisa, vous avez décidé« de nous faire un numéro comique ? La musique de Bach et de Beethoven est plate et pauvre ? TOUS les grands noms de l’histoire de la musique ont eu une totale dévotion pour eux et s’en sont inspirés et vous, sublime critique contemporaine, les trouvez sans intérêt ? Alors au sujet de votre »concert", ou vous aviez gardé vos boules quies, ou les interprètes n’en étaient pas, ou il s’agissait d’oeuvrettes de second ordre (tous en ont composé quelques unes pour des circonstances ponctuelles ou pour des raisons strictement alimentaires, encore que pour Bach et Beethoven il faut vraiment les chercher). Cela dit vous avez parfaitement le droit d’aimer la guimauve pour bruit de fond sauf que si tout le monde fait comme vous, on ne donnera plus les véritables oeuvres pour une petite poignée de fins connaisseurs qui auront encore le bon goût d’en avoir...


                • Lisa SION 2 Lisa SION 2 4 mars 2010 16:31

                  Antoine,

                  ce n’est pas mon sujet, mais je vais faire preuve de la meilleure volonté et ouvrir le dialogue.

                  Bach et Beethoven sont le Johnny Halliday et Eddy Mitchell de l’époque, proche de la cour du roi, et chargés de claironner jusqu’aux frontières de tout l’empire que « sa grandeur » est grand. Pour cela, cette musique mécanique faite d’assemblages d’accords majeurs parfaits est bien plus populaire, c’est à dire à la portée du plus grand nombre. Elle s’est ainsi imposée jusqu’à aujourd’hui dans les esprits collectifs et soumis, pas dans le mien.

                  Moi je préfère la musique riche en harmonies et c’est pour cela que j’ai pris la peine d’écrire un mot sur ce phénomène du boum boum largement récompensé en millions d’euros, bien que complètement vide d’émotions.


                • Antoine 4 mars 2010 23:22

                   Lisa, je me demande si vous ne faîtes pas semblant de délirer,, histoire de faire de la provocation .
                   Dans la négative, je vous signale que Bach et Beethoven étaient, selon une expression d’aujourd’hui, des rebelles et, conscients de leur génie ils ne ciraient les pompes de personne, ce qui leur a valu d’ailleurs quelques ennuis. Si Bach a chanté la grandeur de quelqu’un, c’est celle de dieu. Ses créations sont de la musique pure et ce qui est fascinant, sans la moindre faiblesse. Les prodigieuses constructions de ses oeuvres, comme la grande passacaille pour orgue ou le clavecin bien tempéré, en sont des témoignages uniques dans l’histoire de la musique. Celles de Beethoven sont de la plus haute exigence artistique et au delà de quelques thèmes d’oeuvres les plus connues du commun des mortels car relativement accessibles, ses quatuors par exemple sont un sommet du genre et hélas savourés par la seule élite du système auditif. 
                   Alors comparer ces immenses génies à des nains musicaux comme vos idoles de pacotile est du meilleur effet...


                  • Lisa SION 2 Lisa SION 2 4 mars 2010 23:39

                    c’est bien ce que je dis : « Si Bach a chanté la grandeur de quelqu’un, c’est celle de dieu » exact, il n’a fait que se soumettre à l’autorité et écrit, afin de ne pas froisser son oreille, des trucs basiques et faciles. Ce sont les tubes énormes de ces orgues d’églises et de cathédrales, et les petits flutiaux stridents qui amplifient nettement sa musique et lui donnent un caractère grandiose...mais dans la trame, c’est plat et pompeux, type un peu marche militaire impérieuse.

                    C’est cette même trame qu’utilise le sujet traité dans mon article, un son magistral scandé par une sono d’enfer, mais des compositions basiques et pauvres comme le bas degré des balourds qui l’écoutent...


                  • Antoine 5 mars 2010 23:24

                    Lisa, vous passez du comique au ridicule. Bruckner, fervent catholique, a composé des cathédrales sonores somptueuses à la gloire de dieu et Schubert, qui pourtant n"y croyait pas, a écrit de superbes messes même s’il amputait le credo .Athée, Verdi nous a laissé un superbe requiem. Bref, c’est comme si vous disiez que Michel-Ange lui aussi n’aurait fait que du minable barbouillage dans la chapelle Sixtine. Toutes ces oeuvres sont admirables ( je suis agnostique) et les reflexions que vous m’avez opposées sont très puériles (pour rester gentil !).


                    • Lisa SION 2 Lisa SION 2 5 mars 2010 23:51

                      Bon, allez, je suis bien d’accord, tout ce que nous composons aujourd’hui, ma pomme et même tous les Goldman d’aujourd’hui, bien d’autre musiciens du passé l’ont déjà écrit et joué mille fois sur leurs moulinets et leurs morceaux de bois et de boyaux tendus, on est bien d’accord.

                      Maintenant, cette musique, n’accepte pas les modes d’enregistrements et de synthétisation qui fabriquent des sons absolument magistraux. Une seule pression sur une touche peut libérer dix instruments savamment articulés et modulables, c’est majestueux. Le meilleur exemple, sont les plages, enfin les nappes de violons. L’acoustique en plein air ou dans une cathédrale est merveilleux, mais le cinq point, chez moi est encore plus grandiose.

                      C’est la sensibilité du preneur de son qui permet à chacun d’être pile à sa place qui fait de cet ensemble un chef d’œuvre : http://www.musicme.com/Compilation/Nuit-Celtique-5099751118626.html?play=01

                      Qu’en pensez vous ?


                    • Antoine 7 mars 2010 15:56

                       La musique est un acte d’expression et donc l’expressivité de l’exécution est primordiale. Et vous, vous expliquez que vos violons en conserve sont le top. Et pourtant quoi de plus beau que les couleurs différentes du philharmonique de Berlin, de Vienne et de bien d’autres ? Le scorbut auditif vous guette. Vous composez une tambouille (si j’en juge par vos admirations « musicales ») et cela vous rend heureuse, tant mieux. Comme d’autres adorent le macdo et y prennent leur pied culinaire. Bon appétit !
                       


                      • Lisa SION 2 Lisa SION 2 8 mars 2010 05:38

                        Bon, c’est vrai, Chopin est à l’origine de bien des compositions de Gainsbourg ou Champfort, on est d’accord ( léon ), mais je ne suis pas sûr qu’aujourd’hui, s’il revenait parmi nous, il ne serait pas subjugué par les meilleures compositions des Beatles, par le voix magnifiques des Beach Boys, Supertramp, autres quantités de formidables partisans de ces outils magiques que sont les micros et amplis...

                        Pour être franc, mes oreilles ont accumulé des quantités de watts super puissants dans de nombreux concerts en tous genre. Mais au moins, je n’aurai pas ce remords d’être passé à coté des choses.

                        Je ne suis pas seulement fasciné par les harmonies, mais aussi par les belles mélodies que j’ai interprété, par la majestueuse qualité des sons numériques, et aussi par la technique fantastique de certains musiciens comme il y en a maintenant des milliers, et aussi à la nouvelle star, sujet de mon article je vous rappelle.

                        En attendant, j’écoutais ceci il y a quarante ans : http://www.musicme.com/Chaka-Khan/albums/Whatcha-Gonna-Do-For-Me---0075992586726.html?play=06

                        Et cette guitare, écoutez comme elle vole : http://www.musicme.com/Raoul-Petite/albums/Raoul-Petite-C%27est-Sur,-Si-T%27assures-C%27est-Pas-Dur-3229261074323.html?play=09

                        Et ne venez pas me dire que ces musiciens ne sont pas des virtuoses de leur voix ou instruments !

                        Merci à vous pour votre participation à ce débat à trois mains. L.S.


                      • Antoine 8 mars 2010 22:51

                        Oui, vos exemples, c’est de la musiquette. Il existe des petits vins, parfois assez agréables à boire mais sans plus, qu’on appelle des vins de soif. Et puis il y a les grands vins sublimes. La musique n’est jamais plus belle que lorsqu’elle est tragique. Les grands vins sont très chers et pas à la portée de tous. La musique sublime n’est pas plus chère voire moins que les bluettes à la mode mais là il faut être riche culturellement. Essayez d’écouter Tristan (les premières mesuresde l’ouverture sont toute la misère du monde) ou un opéra de Janacek (de la maison des morts, par exemple) ou de Richard Strauss (mais ce sera peut être trop moderne pour vous bien qu’il les ait composés depuis bientôt un siècle), et vous ne vous ruinerez pas. A bon entendeur...

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