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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Hamlet, Le Prince des ombres

Hamlet, Le Prince des ombres

« Hamlet et sa folie raisonneuse : « Hamlet raisonne trop. Il ne fait même que cela, raisonner, vidant ainsi le monde de sa substance. » Ivre d’elle-même, la raison dessèche la vie »
(Luc Ferry pourrait dire cela...avec beaucoup de respect, cela s’entend.)

"Être, ou ne pas être, telle est la question.

Y a-t-il plus de noblesse d’âme à subir la fronde
et les flèches de la fortune outrageante,
ou bien à s’armer contre une mer de douleurs
et à l’arrêter par une révolte ? Mourir.., dormir, rien de plus..."

Depuis le moyen âge, ce mythe hante le monde, pour prendre sa forme la plus spectaculaire et la plus accomplie avec Shakespeare à la Renaissance.
C’est une grande fierté anglo-saxonne, ce héros se confond volontiers à celui qui lui insuffla son âme et son génie.

« Hamlet est le fils du Roi de Danemark, remplacé sur le trône et en tant qu’époux de la reine Gertrude par son frère aîné, Claudius. Le spectre du souverain défunt apparaît une nuit à Hamlet pour lui révéler qu’il a été empoisonné par Claudius, et le pousser à le venger.
Hamlet feint la folie afin de démasquer son oncle usurpateur. On met cette folie passagère sur le compte de l’amour qu’il porterait à Ophélie, fille de Polonius, conseiller du roi.
Hamlet ourdit une nouvelle ruse et fait jouer par une troupe de théâtre la reconstitution des véritables circonstances de la mort de son père. Claudius, en interrompant les comédiens au beau milieu de la représentation, conforte Hamlet dans sa certitude. Il se résout à assassiner son oncle, mais hésite. Il décide de tout révéler à sa mère, et croyant que Claudius se dissimule derrière un rideau, y plante son épée, tuant non pas le régicide, mais son conseiller, Polonius. Claudius contraint Hamlet à l’exil en Angleterre. Ophélie folle de douleur se suicide par noyade, et Laërte, son frères, jure de venger sa sœur et son père en tuant Hamlet.
Hamlet ne tard pas à faire savoir qu’il retourne au Danemark, son bateau ayant été attaqué par des pirates. Claudius saisit l’opportunité de se débarrasser du dangereux héritier légitime, et fait en sorte que celui-ci affronte Laërte en duel. Il prend la double précaution d’enduire de poison la lame de ce dernier, et d’en verser également dans la coupe de vin de Hamlet.
Durant le combat, Gertrude boit à cette coupe et décède. Laërte quant à lui parvient à blesser Hamlet de sa lame empoisonnée, mais se blesse lui-même avec l’arme mortelle, et trépasse. Hamlet parvient à assassiner Claudius avant de succomber lui-même à sa blessure empoisonnée.
Fortinbras, seigneur norvégien qui s’apprêtait à déclarer la guerre au Danemark, arrive à Elseneur où l’histoire de Hamlet lui est contée. Il ordonne d’inhumer celui qui aurait été son ennemi avec tous les honneurs. »

La dimension et l’intensité tragiques, ce bel anglais shakespearien masquent peut être l’émotion bien humaine, mais les hommes de tous les temps ne s’y sont pas trompés, Hamlet les accompagne encore. C’est son ombre qui s’active dans nos modestes vies du tout venant.
Sa proximité charnelle, son pourpoint de nuit rehaussé d’une collerette blanche et ses chausses de prince, cheminent discrètement dans notre imaginaire meurtri.
Et comme dans un rêve, il s’abandonne. Du fond de notre adolescence de lumière et de révolte on le questionne...il nous répond.

Ecrasante ta charge ?

Tout me remonte à la bouche comme un gout d’amertume. Oui, c’est une lourde charge de vouloir honorer le nom de son père pour redresser son royaume.
Mais je crois aujourd’hui que le plus lourd fardeau, c’est d’avoir eu une mauvaise mère. De cela, on ne guérit pas. La pensée de sa trahison me plonge dans une profonde mélancolie.
Mon malheur illustre vivement un sort commun, un aspect de la condition humaine.
Nous avons tous en commun une mauvaise mère, la marâtre nature.

Ta sombre humeur te fait parler injustement ?

La nature engloutit tous les jours ses enfants, quelques fois dans des conditions effroyables.
La nature humaine peut anéantir le vrai, le beau, le bien et se prostituer sur l’hôtel de l’illusion des puissances mercantiles.

Ton histoire est commune. On te disait mort ?

Je suis intemporel, ma légende m’a affranchi de mon histoire, je m’insinue dans les cœurs désemparés, les romantiques, les mal aimés, les écorchés, les éternels adolescents, les marginaux. Je suis libre et léger, je suis l’ombre des vivants. J’ai feint jadis la folie, feindre la mort m’est donné de surcroit. Mes fréquentations spectrales m’enracinent dans l’autre monde, le royaume des ombres.

Pourquoi ton hésitation ?

C’est vrai, la sensation d’un point d’appui m’invite à la fugue permanente, je n’ai point de répit. Errant, comme le chevalier sans doute. Dans ma tête lourde un questionnement d’éternité, mon discours obsédant et mon seul ancrage.
Dans mes yeux mouillés, Ophélie m’apparait avec ses cheveux dénoués et son corps délicieux épousé par l’eau vive.
Je vague et divague et me perd.
Mes scrupules m’envahissent parce que ma mère en était dépourvue. A mon passé je suis damné.
Je sais pourtant qu’un regard en arrière sur Euridyce brisa l’espérance d’Orphée.
Ma connaissance de tous les sortilèges ne me guérit pas du regard en arrière sur Ophélie perdue.
Agir, le maitre mot à mon cœur étranger. Agir sur l’autre ou contre l’autre m’est inconnu car j’ai du respect pour lui.
Le respect, le respect maladif pour ceux qui m’accompagnent dans mon désarroi, le respect est ma noblesse d’esprit.
Ce retour sur moi même qui assombrit mon âme, c’est ma vertu la plus farouche, mon émotion indélébile, le sens et le non sens de ma vie. Cette introspection immémoriale j’en suis le créateur et mes disciples grouillent sur toute la surface de la terre, à tous les temps, par tous les temps, pour toute l’éternité. Je suis le maitre des émotions humaines, le prince de l’imaginaire égaré.
Sur le parchemin du destin je refuse la guérison et choisis à jamais la part onirique de l’existence.
Une fois, j’ai agi virilement, par distraction j’ai crevé Polonius qui se dissimulait sous la tapisserie, Ophélie mon amour en perdit la raison et la vie. L’action n’est pas mon expression naturelle, le rêve est tout le sens de ma vie.
Les célèbres guerriers, ces grands créateurs chantés sur les bancs des petites et des grandes écoles, ces conquérants gisant au panthéon de la mémoire et de l’oubli, ont certainement supprimé une âme, un jour ou l’autre, virtuellement ou réellement pour assoir leur notoriété et leur postérité.
Au fond l’homme tue son Ophélie, son anima, c’est à dire son âme un jour ou l’autre...Ophélia !
J’ai choisi le respect, le préférant à l’action.

Tu as fait l’objet d’analyses critiques extrêmement nombreuses et variées, psychanalytiques, thématiques, stylistiques, historiques ?
Tu répugnes à l’action, tu es l’émotion personnalisée, ta vie est projection, ne crois tu pas ?


Dans ma main gauche, le crâne qui me rendit célèbre,
Jadis, Atlas, mon aïeul mythique, portait le monde sur ses épaules.
C’est peut être le monde que je tiens dans ma main, le monde des ombres,
Je suis le Prince des ombres, c’est à dire, celui de presque tous les hommes.
je rêve ma vie, je vis mon rêve !

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Hamlet, Le Prince des ombres

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6 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 13 octobre 2010 09:16

    Bonjour, Jack.

    Superbe texte, et superbe évocation d’un personnage en effet si lié à son auteur, à ses raisonnements, à ses tourments, que l’on en vient à mêler intimement l’un à l’autre sans plus trop savoir si c’est Hamlet qui parle ou bien Shakespeare.

    Ce grand auteur a pourtant été tout autre chose qu’un intellectuel perpétuellement assailli de questions existentielles et de grands sentiments, qu’ils soient nobles ou hideux. Ses comédies sont là pour démontrer qu’il a existé plusieurs Shakespeare, parfois plus légers et parfois mesquins, mettant ses propres intérêts au dessus de son humanisme. Bref, Shakepeare a avant tout été un homme, tout comme cet Hamlet qui est sa créature et qui, probablement, porte dans ses motivations, une part importante de son géniteur.

    J’aime beaucoup la statue de Stratford.

    Cordiales salutations.


    • jack mandon jack mandon 13 octobre 2010 10:48

      Cher Fergus,

      Comme vous le soulignez,

      Shakespeare est complexité et complétude.

      Sa connaissance de l’âme humaine lui permet de côtoyer les mythes et de partager leurs agapes.

      On a pu le comparer à Molière en soulignant qu’il était un tragédien comique,

      alors que Molière était un comique tragique.

      La vie de Molière fut très inconfortable, celle de Shakespeare plus sereine.

      Quant à votre visite, elle est enrichissante et sympathique...ça me repose.


      • jack mandon jack mandon 14 octobre 2010 00:18

        Abgeschiedenheit,

        ça déménage...

        Cela me permet de préciser quelques points.

        La part universitaire, c’est pure forme.

        Le prince des ombres qui rêve sa vie et vie son rêve,

        un lunaire opaque qui me permet de méditer sur l’ombre

        qui est centrale en psycho des profondeurs.

        La vie embryonnaire sur les rives de l’enfance et de l’adolescence.

        La schizoïdie, l’autisme, l’imaginaire créatif et douloureux.

        De plus l’esprit anglais de la renaissance...pour un gaulois du XXI ème siècle...

        Votre visite m’ouvre des perspectives, merci


        • jack mandon jack mandon 14 octobre 2010 09:44

          Abgeschiedenheit

          J’adhère à votre souci de défendre l’essence même de cette oeuvre,

          Mon regard est autre, je vous ai expliqué pourquoi.

          En art, chacun perçoit, voit, entend ce qu’il peut et veut entendre.

          Ce qui me navre, c’est que les précisions que vous apportez,

          au demeurant fines et justes, n’intéressent que 3 personnes.

          Vous, Fergus et moi, c’est peu sur la quantité des lecteurs.

          Avoir des idées et des convictions...important n’est-il pas ?


          • jack mandon jack mandon 14 octobre 2010 17:04

            Abgeschieheit,

            Vous avez raison, le nombre ne fait rien à l’affaire tant vous êtes une multitude à vous tout seul.

            Je pense tout à coup que vous fusionnez avec le héros.

            Vous avez le sens de l’énigme.

            J’’insiste expressément, je vous demande :

            Qu’y a-t-il de gâté au royaume de Danemark ?

            S’agirait-il d’une énigme policière ?

            Un cheminement initiatique qui garde ses secret ?

            L’énigme que vous cultivez suscite chez moi un surcroit d’intérêt.

            Au plaisir de vous lire.


            • jack mandon jack mandon 15 octobre 2010 07:20

              Abgeschiedenheit

              Pour l’essentiel, le cheminement est solitaire.

              Merci pour le partage au-delà du langage.

              Au plaisir

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